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06 janvier 2013

Verdi vs Wagner

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Tout balance.

D'un côté à l'autre, comme un métronome.
 
Du meilleur au pire, du pire au meilleur.

Un coup à droite, un coup à gauche, un bras après l'autre. Pousser, battre des pieds, glisser, avancer coûte que coûte, que l'eau soit douce ou saumâtre. En 2012, j'ai nagé 220 km.

Se révolter contre la bêtise, mais pas se braquer. Ne pas renoncer, mais ne pas se perdre, ni s'isoler. L'équation est complexe.

Verdi et Wagner sont célébrés ensemble pour leurs bicentenaires, et les programmateurs ont hésité entre ces deux jubilés, ont pris parti ou se sont pliés aux règles du partage.

L'un est léger, l'autre ténébreux. L'un évoque l'histoire humaine, l'autre s'ancre dans ses mythologies. L'un est dans son époque, l'autre jette les prémices de la nouvelle. Populaire, l'un a essaimé toutes les places lyriques du monde et des siècles, et aussi la variété contemporaine, quand l'autre s'est sacralisé, sanctuarisé, souffrant qu'on entrât dans son œuvre comme en religion. L'un a accompagné Lady Di vers sa dernière demeure, quand l'autre lançait dans une flamboyante esthétique le sublime assaut héliporté des troupes américaines contre le peuple vietnamien.
 
L'un vient d'être joué à Rome, sous la baguette de Riccardo Muti, en résistance à Sylvio Berlusconi. Nabucco-5.jpgL'autre était adoré d'Adolphe Hitler. Ainsi, bien longtemps après la mort des créateurs, les sociétés assignent-elles des messages et des fonctions à des patrimoines qui pourtant transcendent toutes les valeurs auxquelles on veut les rattacher. Le balancier s'en va de l'un à l'autre, puis revient, sans décider ce qui est le pire ni où est le meilleur. L'Opéra de Paris fera la part belle cette saison à l'Anneau du Nibelung, pour rentabiliser les nouvelles productions des deux saisons précédentes. Gageons qu'au début de la prochaine, c'est Verdi qui sera porté au pinacle, et que nous aurons droit aussi à un magistral chœur des esclaves de Nabucco. Pour exorciser nos périls.

38741656.jpgLe tournant de cette année est aussi celui des trente ans de la disparition d'Aragon, et des quarante de celle de Picasso, deux créateurs de génie et d'engagement, ancrés dans un vingtième siècle tourmenté qui ne laissait que peu transparaître ce qu'il adviendrait du vingt et unième. Gageons qu'ils en ont vu suffisamment pour ne pas avoir à se retourner aujourd'hui dans leurs tombes.

Le vingtième avait été le siècle des barbaries. La sacro-sainte civilisation occidentale et son héritage judéo-chrétien, dont beaucoup voudraient qu'on reconnaisse une supériorité à ses vertus, ont produit la pire d'entre elles. On a cru longtemps que la Shoah nous préservait pour toujours des ténèbres, l'Europe unie des rivalités imbéciles, mais au vingt et unième, la haine se répand. La quête du pouvoir ne connaît pas l'éthique. La compétition est la règle commune et tire notre époque dans l'abîme. Sans que l'on apocalypse-now_01.jpgsache si face à l’inouïe violence des espoirs déçus et des promesses trahies, le balancier s'arrêtera sur la case révolution citoyenne ou sur celle de la contre-révolution conservatrice. La roulette est lancée, l'on trépigne autour du tapis vert où l'attrait du gain seul compte.

Nous n'aurons pas d'élection, en 2013. Et pourtant, une partie serrée se joue. L'austérité et la crise tiennent la corde, se légitimant l'une l'autre. Plus qu'un simple mauvais moment à passer, ou un tunnel à traverser, la crise donne l'impression, surtout, d'être un moyen pour les possédants de restructurer en profondeur la société française. Le fameux "modèle social européen" dont ils se gargarisent, est devenu incompatible avec l'objectif obsessionnel de la compétitivité. Je crains qu'on soit loin de percevoir les tréfonds de la régression sociale qu'ils nous promettent. Et il ne suffira pas de jouer la différence avec la droite en laissant traîner en longueur le débat sur le mariage homosexuel comme un hochet, pour nous distraire et dissimuler Machiavel.

20 milliards pour les patrons, 3 centimes pour les smicards. Tout balance et la gauche se perd.

Les 40 plus grandes fortunes du monde ont vu leur patrimoine augmenter de 241 milliards de dollars en 2012. A eux quarante, ils possèdent 1.900 milliards de dollars. Mais chut, faut pas y toucher, ça pourrait les faire fuir. Tandis que les taudis fleurissent le long du périphérique, sur les délaissés urbains, dans les interstices des échangeurs autoroutiers.

Tel le choeur des esclaves, le vent de la révolte finira peut-être par nous atteindre ? Tiens, un étonnant 3424555.jpgsondage, sur les personnalités préférées des Français, à Noël, plaçait Mélenchon ex aequo avec Hollande. Mélenchon, Hollande, Mélenchon, Hollande... J'espère que cette autre voix à gauche, celle qui a su se rassembler pour se constituer en front de gauche, ne va pas se perdre, pas se dissoudre, pas laisser le champ libre de la contestation à la seule illusion nationaliste.
 
Un coup à droite, un coup à gauche, un bras après l'autre. Pousser, battre des pieds, glisser, avancer coûte que coûte, que l'eau soit douce ou saumâtre. Qui sait où s'arrêtera la balancier ? Et si, à l'heure de la douche, un belâtre n'aura pas plaisir à se laisser caresser du regard ou de la peau ? Pousser encore !

23 juillet 2009

ma saison culturelle

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J'ai trouvé une façon maline de te laisser un truc intelligent avant d'embarquer pour mes grandes vacances estivales en Hongrie : dresser, sous forme d'un petit coup dans le rétro, un panorama de ce que fut mon "année culturelle". Autant dire, le meilleur de mon année, parce que à peu près rien du reste fut franchement follichon. Mais oublions ça !

Il y eut d'abord ma rencontre avec l'Opéra, et une entrée dans cet univers par la grande porte de l'Opéra Bastille :

- Lady MacBeth de Mzensk, de Chostakovitch, où la conspiration se jouait dans une cage de verre et de lumière,

- MacBeth, de Verdi, dans une version wifi-digitalisée,

- le Bal Masqué, de Verdi encore, d'une facture plus classique, je n'en avais alors pas parlé, et je n'en garde pas grand souvenir,

- et le Roi Roger, de Szymanowski : apparemment dans un contre-pied total de mise en scène - qui a mis quelques esthètes dans le couroux - mais qui m'a ravi.

Il y eut aussi de grands concerts symphoniques :

- Georges Prêtre dirigeant Brahms (la 3ème symphonie) et Moussorgski (les Tableaux d'une exposition) : mon premier contact avec l'Opéra Bastille !

- Seiji Ozawa pour diriger l'intégrale du Temps l'Horloge de Henri Dutilleux, en création mondiale, au théâtre des Champs-Elysées, avec Ravel en première partie (Ma mère l'oÿe),

- la représentation pour la première fois en France de La Passion de Simone, oeuvre de la compositrice finlandaise Kaija Saariaho inspirée de Simone Weil et Amine Maalouf, avec la soprano Dawn Upshaw souffrante mais vaillante, c'était à l'Opéra Bastille, encore,

- j'avais découvert Kaija Saariaho au Théâtre des Bouffes du Nord, quelques mois plus tôt, dans un concert contemporain faisant appel à des interventions synthétiques,

- et en clôture du festival de Saint-Denis, la 9ème symphonie de Beethoven par le choeur de la BBC, à la Basilique de Saint-Denis (avec petits-fours à la clé),

- sans oublier, par le Rainbow Symphony Orchestra, à l'Oratoire du Louvre, le Concerto pour piano n° 2 de Rachmaninov, dont j'eus le privilège d'assister aux répétitions et ultimes filages, et avant cela, à l'Espace des blancs manteaux, une version dansée du Boléro de Ravel,

- ou plus intimiste, dans une petite salle perdue du 19ème arrondissement, l'Atelier du Plateau : le quatuor Béla qui interpréta deux Ligeti ludiques avec brio et légèreté.

Il y eut aussi des ballets magistraux :

- Pitié !, par les Ballets C de la B, à l'Opéra de Lille, et ça vallait le voyage, ne fusse que pour cette réinterprétation de la Passion selon Mathieu de Bach,

- la 3ème symphonie de Mahler, chorégraphiée par John Neumeier, à l'Opéra Bastille, toujours,

- et en matière de danse contemporaine, une virée un soir au festival Faits-d'hiver, danses d'auteur, à Micadanses dans le 4ème, pour trois petits spectacles, dont l'un s'appelait Quelques gouttes de pluie. Dans un autre, une faunesse s'ébrouait sur un bloc de glace.

Il y eut des Musicals - à l'américaine :

- Hair, le mythique, le culte, mais pour moi une presque découverte,

- et Umoja, une plongée dans l'histoire musicale de l'Afrique du Sud, à l'invitation de nos amis de Blog-it.

Il y eut aussi de la variété, de qualité je précise :

- Alain Bashung à la fête de l'Huma, et tant pis pour ceux qui n'auront pas voulu y aller,

- Roger Hodgson aussi, qui poursuit une carrière solo après Supertramp,

- Diane Dufresnes aux Bouffes du Nord, dans une intimité plaisante,

- Funde, et ses rythmes reggae retrouvés sur le Dame de Canton,

- un hommage à Barbara qui me mit les larmes aux joues avec Ma plus belle histoire d'amour,

- et Patrick Timsit à la Cigale qui me mit la banane pour la semaine.

menine_picasso_velasquez.1231774024.jpgIl y eut aussi de grandes expositions. Sans les queues qui vont souvent avec, grâce à quelques passe-droit :

- Picasso et les maîtres au Grand-Palais, qui tint toutes ses promesses,

- Oum Kalthoum à l'Institut du Monde arabe : son chant n'est que destin brisé et je m'y reconnais sans cesse,

- Kandinsky à Beaubourg : il a été trop vu en reproductions, a finalement beaucoup perdu en pénétrant nos salons, et j'ai trouvé vivifiant de le EXP-KANDINSKY.jpgretrouver dans ses couleurs et ses élans originaux,

- Alexandre Calder à Beaubourg également : dans son époque précoce, où le jeu précède l'équilibre,

- Voir l'Italie et mourir au musée d'Orsay, malheureusement trop précieuse alors qu'on y attendait des oeuvres plus spectaculaires,

- Max Ernst, Une semaine de bonté au musée d'Orsay aussi - qu'est-ce qu'ils savaient s'amuser, les artistes, au début du XXè siècle, quand-même !

- et puis, dans un registre ludique bien différent, Crime-Expo, à la Cité des sciences de La Villette.

Question théâtre, il y eut :

- l'alpenage de Knobst, au Théâtre 14,

- l'Etranger, adapté de Camus, à l'Espace Marais,

- les Mains sales, de Sartre, au théâtre de l'Athénée,

- les Justes, de Camus encore, toujours à l'Athénée,

- Jusqu'ici tout va bien, en représentation amateure mais de bonne tenue, au Théatre Marsoulan.

Et puis, proche du théâtre, il y a la littérature pour laquelle j'ai retrouvé un certain goût, malgré du désarroi, mais grâce souvent à ton invitation ou tes incitations. C'est beaucoup toi, que j'ai lu, en fin de compte, même à travers mes japonaiseries :

- Confession d'un masque, de Yukio Mishima,

- Bruits du coeur, du Danois Jens Christian Grøndahl,

- Flic, de Bénédicte Desforges,

- Visite au purgatoire, de Manu Causse,

- Tu devrais voir quelqu'un, d'Emmanuelle Urien,

- J'ai épousé un inconnu, de Patricia MacDonald,

- le Convoi de l'eau, de Akira Yoshimura,

- la Formule préférée du professeur, de Yoko Ogawa,

- Au Sud de la frontière, à l'ouest du soleil, de Haruki Murakami - ça, c'est en cours, mais j'ai le droit de tricher un peu, non ?

- à quoi j'ajoute l'Etranger, d'Albert Camus, même si c'est à une version audio que je me suis fié (magnifique lecture par Mickaël Lonsdale).

Comme quoi, dans la quête amoureuse, ou la course folle derrière ce qui s'en va, il n'y a pas que des choses vaines : j'y ai gagné aussi une ouverture vers ces modes d'expression épais, transverses, essentiels à la qualité du monde, que l'on appelle l'art.

07 mars 2009

les esthètes

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Bon ben voilà, je l'ai fait.

Je m'étais arrangé pour passer la nuit non loin de la Bastille. J'avais mis le réveil à 5h15. A 5h37, j'y étais, ça m'a valu le ticket n° 24 : jolie prouesse pour une première ! La petite ribambelle déjà en place était plutôt joyeuse, et en verve malgré l'heure matinale. Le n°9, arrivé à 3h15 m'a dit que la n° 1 était sans doute arrivée vers 3 heures moins le quart.

Je me suis mis de côté, il me restait juste quelques pages à lire pour finir mon thriller, un livre que m'a offert Laurent il y a quelques semaines, J'ai épousé un inconnu, de Patricia MacDonald, traduit par son amie Nicole.

Les prosélytes lyriques sont arrivés assez vite, j'avais fini ma lecture.

Le ballet rituel a commencé. Premier café, au Falstaff après l'appel de 6h. Pas de croissant, il y avait de l'arrêt maladie en cuisine. Après l'appel de 7h, nous sommes allés aux Associés. La rue s'animait. Après celui de 8h, j'ai quitté le groupe pour rejoindre mon hôte de la nuit dans la lumière du jour et lui porter des pains au chocolat avant son départ au travail. Pour me prémunir, j'en ai profité pour placer à ma lucarne un ticket d'horodateur valable jusqu'à 11h.

Après l'appel de 9h, la file d'attente s'est mise en place sur le trottoir. Mes voisins de queue commentaient leurs derniers spectacles, leurs impressions sur le Werther, encore fraîches, et Zeffirelli ceci, et Peter Sellars celà, et que je l'ai connu meilleur, et que sa mise en scène a vieilli, et qu'au dernier Fidelio je suis parti à l'entracte... J'avais l'impression d'être perdu au milieu de ce monde d'esthètes, fallait-il porter toute cette culture en soi pour apprécier l'opéra ? Avais-je besoin de ce sens critique, de ces outils pour oser m'avancer vers Verdi et Shakespear ? je me faisais tout petit. Je disais que c'était ma première, que j'avais juste aimé le Lady Macbeth de Mzensk, de Chostakovitch, fin janvier, ça m'évitait de jouer un rôle de composition. Et de toute façon, Macbeth ou autre chose...

A 9h30, les portes du hall se sont ouvertes, et les agents d'accueil de l'Opéra Bastille troquaient nos tickets de fortune contre un numéro d'appel officiel. Il restait une heure à attendre. Nespresso faisait de la pub pour sa nouvelle cafetière et offrait le café. J'en ai commandé un plutôt fruité et suave. J'ai cherché George Clooney du regard. Ça m'a permis de constater qu'il y avait quelques beaux garçons.

Kozlika a sorti son tableau et les commandes des uns et des autres, a vérifié d'un ou deux coups de fil que personne ne s'était oublié en route, a distribué les commandes, les noms, les dates, et les nombres de billets à acheter. Ils iront tous le 7 avril. Sauf moi, ma contrainte des mardis soir, qui irai à la première, le 4 avril.

Puis à 10h30, par groupes de 30, nous avons été invités à rejoindre la salle de la billetterie. Je faisais partie du premier wagon. Dans la file, on s'enflammait encore. J'ai eu les places que j'escomptais, au rang 7 du premier balcon, celles qui sont à 20 euros, mais où l'on voit comme à 70, sur-titres bien visibles.

A 11h, billets en poche, je rejoignais ma voiture pour aller au turbin. Sur les marches de l'Opéra, il y avait quelques jeunes, jeans à mi-fesse baillant aux genoux, sac à dos en toile kaki.

Je continue à découvrir l'Opéra, j'espère longtemps y trouver goût en ingénue.

Tiens, un autre ticket en passant : le 400. Ceci est ma 400ème note.