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27 septembre 2010

un robinet sonnant et trébuchant

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Ma copine Fiso nous montre encore une fois tout l'intérêt qu'elle porte aux questions de l'eau et son acuité sur le sujet, en publiant un billet fort bien documenté à l'occasion de la sortie d'un documentaire jeudi dernier, Water Makes Money. A défaut de voir le film - dont le nombre de diffusions programmées est réduit, mais qui malgré quelques raccourcis malheureux ne manque pas d'efficacité pédagogique - je ne saurais que trop t'inviter à aller le lire, et à suivre les liens qu'elle te suggère pour approfondir le sujet.

Et si les multinationales perdaient la bataille de l'opinion et, dans la foulée, quelques marchés de l'eau dans nos villes ? Et si les pouvoirs publics retrouvaient un peu de leur pouvoir de contrôle sur la gestion de la ressource, la plus vitale de toutes ?... Affaire à suivre, la plupart des contrats de délégation de service public arrivent à échéance en 2012.

01 février 2010

au dessus de 40.000, je prends tout !

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"Au dessus de 40.000, je prends tout !"

Tu te souviens de cette phrase ? C'était l'élection présidentielle de 1981. Georges Marchais dénonçait l'existence de revenus exorbitants, qui plombaient l'économie réelle. Le SMIC devait être alors autour de 2.600 francs - brut, à tout casser. Et il avait lancé cette proposition qui faisait frémir dans les chaumières dorées : "au dessus de 40.000 francs, c'est 100% d'impôt." Il y avait un sens, dans cette proposition. C'était que quels que soient les mérites, quels que soient les talents, quel que soit le temps consacré à son travail, personne ne peut prétendre valoir plus, ou produire un travail qui vaudrait plus que celui additionné de 15 personnes ensemble, fussent-elles salariées au smic.

Depuis, l'échelle des injustices ne s'est pas envolée : elle s'est mise sur orbite.

On s'est beaucoup ému de la double rémunération de Proglio, pourtant classé seulement 32è au rang des salaires des patrons du Cac 40. Lui en est à 100 fois le SMIC. Ce qu'un smicard a gagné en quarante ans, lorsqu'il fait le bilan de sa vie avant de prendre sa retraite, lui l'a gagné en moins de cinq mois.

Même au prix d'un effort phénoménal, physique tout autant qu'intellectuel, au prix de sacrifices de la vie familiale, de renoncement aux menus plaisirs de la vie - à supposer qu'il y en eut, et non des fastes et des facilités à tous les étages - même en y concentrant toutes les capacités créatives de la terre, qui peut raisonnablement penser qu'il est à ce point extraordinaire pour accomplir en 5 mois ce qu'un homme ordinaire accomplit en une vie ? Qui ?

Alors oui, moi je dis qu'il faut une limite indépassable à l'échelle des injustices. Allez, je suis brave, je la fixe à 30, deux fois plus que Georges Marchais, histoire qu'on ne m'accuse pas de vouloir organiser la "fuite des patrons". Trente barreaux sur une échelle, ça permet déjà d'aller haut, non ? Ça fait trente fois plus de surfaces habitables, trente fois plus de meubles, trente fois plus de voitures et de résidences secondaires, trente fois plus de maîtresses à entretenir, des studios 30 fois mieux placés dans Paris pour les études des enfants... Wouah ! Ça doit déjà ne pas être si mal que ça !

Et comme aucun comité d'éthique, observatoire de la rémunération ou autre conseil de surveillance ne fera renoncer qui que ce soit à ses privilèges et à sa convoitise, moi je dis : au dessus de 40.000 euros mensuels, je prends tout ! Et c'est bien parce que la baguette de pain est passée d'1 franc à 1 euro, depuis 81. (Tiens ! Le smic n'est pas passé à 2.600 euros...)

11 janvier 2010

Veolia et l'axe du mal

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Je viens de payer ma facture d'eau. 201,60 € réglés à Veolia. Je sais que ça couvre six mois de consommation, période estivale incluse, mais il n'empêche, ça me fait toujours drôle de laisser autant d'argent à une multinationale prête à tout pour satisfaire ses actionnaires. D'autant qu'il y a belle lurette que j'ai arrêté d'arroser mon jardin l'été pour ne pas gaspiller inutilement cette ressource si précieuse, avant d'être si chère... Je trouve la facture bien salée.

Ah! Veolia, mon amour ! Joyaux de la technologie française dans le domaine de l'environnement ! Tu parles. Je te renvoie à cet excellent article d'investigation que vient de publier le journaliste Marc Laimé. Où l'on découvre, entre autres, que la multinationale peut spéculer sur la pollution des rivières pour régler ses propres affaires... En voici quelques prémices :

"Veolia, multinationale française leader mondial des services à l’environnement, a construit à Bruxelles à l’orée des années 2000 une gigantesque station d’épuration (STEP), qui épure les eaux usées d’un million d’habitants de la capitale belge. Depuis le début du mois de décembre 2009 cette STEP est au centre d’une véritable affaire d’Etat qui enflamme la Belgique. Aquiris, la filiale belge de Veolia qui gère cette station, en a unilatéralement suspendu le fonctionnement une dizaine de jours durant au début du mois de décembre 2009, avant de se voir enjoindre par la justice de la remettre en route, compte tenu des pollutions gravissimes entraînées par le rejet dans trois fleuves flamands des eaux usées non traitées de l’agglomération bruxelloise. L’affaire est sans précédent, folle, baroque, incompréhensible. La filiale belge de Veolia soutient que les eaux usées charriées jusqu’à la STEP par le réseau public d’égouts bruxellois y acheminent des tonnes de sables et de gravats qui ne permettent pas à la station de fonctionner correctement. Les medias belges relatent qu’Aquiris serait à vendre depuis 6 mois. Le nouveau directeur de Veolia Eau a rencontré toutes affaires cessantes l’avant-veille de Noël les autorités belges.

Veolia vient de mobiliser la plus grande entreprise américaine de relations publiques spécialisée dans la gestion de crise, afin de "gérer" cette affaire, il est vrai sans précédent. Elle pourrait trouver son fondement dans une véritable catastrophe industrielle, qui pourrait demain avoir des échos jusqu’à Milan et Varsovie. Cette terrifiante histoire a en fait débuté dans la banlieue toulousaine à l’orée des années 90. La Générale des eaux, aujourd’hui Veolia, a cru y découvrir le Graal, une nouvelle technologie de traitement des boues d’épuration : l’oxydation par voie humide. La généalogie de cette "innovation" industrielle constitue un acte d’accusation sans précédent contre les multinationales françaises de l’eau qui prétendent promouvoir sa marchandisation sur toute la planète, en excipant de leur supériorité technologique sans égal."

L’enquête publiée dans les Carnets du Monde Diplomatique est ici en lien. Elle a occupé Marc Laimé plusieurs années. Il l'a dédiée à ses amis d’Outre-Quiévrain, aujourd’hui victimes de la folle mégalomanie de Veolia.

24 mars 2009

Istanbul : le "droit à l'eau" plombé par la France

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Istanbul n'a donc accouché de... rien. 192 pays, près de 30.000 participants, mais aucun résultat. La France s'était voulue le chantre du "droit d'accès à l'eau", l'étendard déployé de son si cher "modèle français" de la gestion déléguée de l'eau, c'est à dire de la distribution privatisée habillée du joli patronyme de "partenariat public-privé". Crédibilité zéro. Comment s'étonner que la délégation officielle de notre pays, et avec elle de nombreuses autres délégations et ONG, revienne bredouille ?

"Le texte (adopté par le forum, nda) énumère un certain nombre d'engagements, nous dit la dépêche AFP : nécessité de faire des économies d'eau, en particulier dans le domaine agricole, de lutter contre la pollution, des cours d'eau comme des nappes phréatiques. Il affirme en outre la nécessité de collecter et de traiter les eaux usées, au-delà de l'indispensable accès aux toilettes." La belle affaire.382091_chantal-jouanno.JPG

Les plus avertis se seront rappelé à cette occasion que la France avait une secrétaire d'Etat à l'écologie. Elle s'appelle "Chantal Jouanno" (photo ci-contre), nous apprend la même dépêche, et aurait donc "clairement indiqué" qu'elle souhaitait que le texte soit "renforcé" dans le sens du "droit d'accès", et ne se contente pas de la simple référence à un "besoin humain fondamental". Heureusement qu'il y a des sommets mondiaux pour permettre à nos secrétaires d'Etat de s'offusquer, et accessoirement de se faire connaître. Enfin, se faire connaître...

En même temps, elle parlait sous couvert d'un curieux bidule, qu'on appelle le PFE, le Partenariat français pour l'eau, l'incarnation du modèle français, qui ressemble fort à une mise sous tutelle des pouvoirs publics par les grandes multinationales françaises de l'eau qui y ont la plus grande influence - avec la bienveillance d'un certain nombre d'ONG dont on se demande bien ce qu'elles viennent faire dans ce panier de crabes - et qui aura surtout oté à la simple revendication du "droit d'accès à l'eau potable" toute crédibilité, et à la France sa virginité la plus effarouchée.

Car c'est bien là que le bas blesse : la version française du "droit d'accès à l'eau potable", revient pour ainsi dire à "l'obligation de confier ses ressources à l'une des majors de l'eau", les pays en développement y voient une menace sur leurs ressources, et les pays développés le moyen pour la France d'engraisser ses "fleurons industriels" au moyen de l'aide au développement. Le serpent se mort la queue. Comment s'étonner que l'éléphant ait accouché d'une toute petite souris ? C'est comme quand Sarkozy proposera au G20 de moraliser le capitalisme : comment veux-tu que tout le monde ne lui rit pas à la figure ?

C'est triste, parce que la reconnaissance de ce droit aurait été une avancée, les altermondialistes le réclament depuis longtemps.

Marseille et Durban sont candidats à l'accueil du prochain Forum mondial, dans trois ans. Mais où qu'il se tienne, il faut d'urgence que l'ONU reprenne la main. Et que la France laisse ses multinationales au placard.

18 mars 2009

l'eau en bandoulière

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Bon. Je dois parler d'eau. Il a raison Nicolas, si ce n'est pas maintenant, c'est quand ? Le Forum mondial de l'eau vient d'ouvrir à Istanbul. Et le 22, dimanche, c'est la journée mondiale de l'eau. Autant changer le nom de mon blog, sinon.

Donc l'eau. Qu'en dire ?

Que parmi mes achats, au salon du livre dimanche, il y a Le convoi de l'eau, de Akira Yoshimura.

Que j'ai reçu une carte postale du Japon, et que j'ai découvert à cette occasion qu'il est rare de trouver, dans les estampes d'Hiroshige (illustration ci-dessus) des paysages sans eau.

Que j'apprenais l'an dernier, lors d'une conférence d'Augustin Berque, que la notion même de paysage est née de l'eau (水) dans la Chine antique. Et de la montagne (山). Ce sont des mandarins en disgrâce, des érudits bannis de la ville pour des raisons politiques, qui jetèrent pour la première fois un regard esthétique sur des territoires agraires. Le Shan-Shui (montagne-eau) devint le coeur de leur écriture, et grâce à la poésie parcourut le monde.

山水

Que j'ai nagé beaucoup et bien, hier soir, et que rarement, c'est ainsi, il m'arrive de finir la séance après la douche dans une cabine de vestiaire. Que je n'y étais pas seul, avant-hier, et que j'y ai frôlé, astreint au silence, un orgasme prostatique (ne me demande pas de te le décrire, je crois que je ne l'ai encore jamais atteint, mais c'est une autre affaire).

Que l'accès à l'eau figurait en bonne place parmi les Objectifs du Millenium adoptés à Johannesburg en 2002, pourtant pas très ambitieux puisqu'il s'agissait de diviser par deux d'ici 2015 le nombre de personnes n'ayant pas accès à un point d'eau potable de proximité (ce qui, soit dit en passant était une façon de se satisfaire de ce qu'une autre moitié de ce milliard et demi d'individus restât sans eau potable). Mais que la crise économique conduit les grands de ce monde à reconsidérer leurs objectifs à la baisse.

Qu'ils s'apprêtent à adopter un document sans valeur contraingnante (c'est plus confortable), et qu'ils vont probablement se contenter d'appeler les Etats à lutter contre les gaspillages. Leur conscience sera tranquille. Et l'eau contaminée continuera de tuer 30.000 personnes par jour. A mobiliser un lit d'hôpital sur 4 à travers le monde. Et à conduire plusieurs millions de personnes chaque année à émigrer à cause du manque d'eau saine. Pour ceux qui pensent que ce problème ne nous concerne pas.

Que les principaux artisans de la privatisation de la gestion de l'eau à travers le monde sont français, ce sont nos "fleurons technologiques", paraît-il. Nos ambassades protègent leurs intérêts comme s'il s'agissait des yeux de la Nation. Mais que partout où ils sévissent, qu'ils s'appellent Suez ou Véolia, ils génèrent de l'insatisfaction, ou de la colère, au point qu'ils se sont fait jeter sans autre forme de procès de plusieurs capitales latino-américaines. Pas d'investissement pour moderniser les réseaux, pas ou peu d'effort pour relier au réseau les quartiers périphériques les plus populaires, hausse drastique des prix et politiques agressives de "recouvrement" des coûts... Ils ne sont pas plus compétents que les services publics.

Qu'ils sont devenus des empires économiques avec l'argent de l'eau, alors que l'eau, Bien commun, devrait être protégée de toute forme de marchandisation.

Que le Forum mondial de l'eau est une des seules Conférences internationales dont l'organisation est confiée à un organisme privé où dominent ces multinationales, alors qu'il devrait être du ressort de l'ONU de porter des enjeux planétaires aussi essentiels.

Que près de notre maison de famille, dans un coin du Quercy, coule un petit ruisseau longé par un sentier ombragé, agréable à emprunter l'été pour rejoindre la cascade d'Autoire, où je me baignais enfant.

12 décembre 2008

la gestion de l'eau à bulletin secret

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Une pernicieuse question de démocratie me taraude ce matin.

Le Syndicat des Eaux d'Île-de-France (SEDIF) a donc décidé hier de maintenir, après 2011, une gestion de l'eau déléguée au secteur privé (voir là). Le conseil syndical où siègent les représentants des 144 communes appartenant au SEDIF l'a voté, par 88 voix contre 54. L'écart de 34 voix dépasse largement celui du clivage gauche-droite. Il s'est trouvé des maires de gauche pour soutenir le choix d'une gestion privée, bien qu'on sache qu'elle coûte fort cher (j'en parlais hier). Y compris sans doute des maires qui s'étaient publiquement engagés en faveur de la municipalisation. Mais nul n'a le droit de savoir qui a voté quoi. Ça me semble être une totale aberration démocratique.

Quelle conception de la démocratie, en effet, que celle qui consiste à ce que vous, représentant du peuple, votiez à bulletin secret, sans avoir de compte à rendre à vos administrés, ni même à l'assemblée délibérante qui vous a nommé pour l'y représenter, sur une question aussi importante que le mode de gestion de l'eau.

En demandant et en obtenant l'organisation d'un vote à bulletin secret, les 68 représentants de droite savaient parfaitement ce qu'ils faisaient. Ils savaient ce qui s'était tramé en coulisse. Sur et sous les tables. L'affaire avait été bien arrangée. Moi, je trouve que ça devrait être anti-constitutionnel. Que sur les grands sujets d'intérêt public, les délibérations et les votes des représentants élus devraient être publics, chacun assumant son choix devant les citoyens et devant ses électeurs. C'est cela qui les prémunirait le mieux de toutes sortes de pressions. Ce devrait être le B-A-BA, un principe de précaution contre les risques de corruption. Parce que là, j'en reste bouche bée.

Pour l'heure, c'est Véolia qui s'en frotte les mains et Suez qui se tient en embuscade. C'est que le gâteau est gros...

03 octobre 2008

les milliards n'ont pas tous la même odeur

 

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En septembre 2002, j'étais à Johannesburg pour le "sommet de la terre". C'est là qu'un certain Jacques Chirac dit "la maison brûle, mais nous regardons ailleurs". On estimait que 1 milliard cent millions d'êtres humains n'avaient pas accès à une eau de qualité, et 2 milliards six cent millions à un système d'assainissement approprié. On évaluait à 11 milliards de dollars par an pendant 10 ans le coût des investissements à consentir pour résoudre ce problème. On se demandait comment financer un tel programme. On fit la promotion des partenariats public-privé, on invita les Etats à privatiser la gestion de l'eau, à faire confiance aux grandes sociétés multinationales, détentrices de l'expertise et des savoir-faire.

Six ans sont passés. Dans les instances internationales, ça débat encore de savoir comment lever les fonds pour financer l'accès de tous à l'eau. mars2007_eau.jpgDeux Forums mondiaux de l'eau se sont tenus, à Kyoto puis à Mexico. On en est revenu des partenariats public-privé, SUEZ et VEOLIA se sont fait bouter hors de plusieurs villes d'Amérique latine, souvent par des insurrections populaires à cause de l'inflation sur les factures d'eau. On prône l'action locale, on parle gouvernance, le nombre de personnes sans accès à l'eau potable est passé à 1 milliard six cent millions. 30.000 d'entre elles en meurent chaque jour, dont 8.000 enfants.

Aujourd'hui en Amérique, la Chambre des représentants devrait voter, après le Sénat, le plan Paulson pour la sauvegarde du système bancaire américain : 700 milliards de dollars. L'Europe de son côté s'avance vers un plan de sécurité de 300 milliards d'euros. En quelques jours, le capitalisme a cramé pour ses banques dix fois ce que l'eau pour la vie réclamait sur dix ans.

Pardon pour les chiffres. Mais si ça, c'est pas d'avantage à gerber que les glaviots de mon billet d'hier... Et si t'en veux d'autres, des chiffres, Nicolas consacre son avis du jour aux 22 milliards d'euros destinés à relancer l'économie française.

27 novembre 2007

Eaux troubles : l’alchimie des multinationales

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Tu en as sûrement entendu parler : l’UFC-Que choisir a récemment révélé que le prix de l’eau pouvait aller du simple au double, selon que la distribution était assurée par une régie municipale, ou déléguée à une entreprise privée.
A Lyon, à la veille de la renégociation de son contrat, et de peur de perdre le marché, Veolia vient même de baisser ses tarifs de 16 % du jour au lendemain, preuve que ses marges étaient… disons : confortables.
Elles sont comme ça, nos multinationales de l’eau : elles ont acquis l’art de transformer l’eau en or. Elles prennent l’eau qui appartient à tout le monde, la distribuent à chacun, et au passage empochent le pactole. Des décennies que ça dure. Elles ont tellement amassé qu’en quinze ans, elles ont pu investir dans les media, dans les télécommunications, dans les pompes funèbres, dans les transports, dans les déchets, dans les loisirs… jusqu’à acheter un jour les studios Universal (Vivendi et Jean-Marie Messier, tu te souviens ?). La Générale des Eaux (Veolia)  et la Lyonnaise des Eaux (Suez) sont ainsi devenues des géantes planétaires.
Au passage, elles ont arrosé un peu le personnel politique. Bref, elles ont fait en sorte que non seulement le débat sur le sujet ne fasse jamais trop de vagues, mais qu’on prenne l’habitude de les encenser comme des fleurons de la réussite économique à la française…
La France est ainsi le seul pays au monde où plus de 80 % de la distribution de l’eau est entre les mains de sociétés privées. Nos services public y ont perdu du contrôle, des compétences et des savoir-faire.
On comprend pourquoi elles aimeraient bien convaincre que promouvoir l’accès de tous à l’eau (rappelons qu’un tiers de l’humanité n’a pas d’accès à l’eau potable) passe par la privatisation des services partout dans le monde. C'est un marché quasiment vierge, et potentiellement colossal.
Si le sujet t’intéresse, tu pourras consulter un site très bien documenté sur le sujet (Les eaux glacées du calcul égoïste), qui fait une large place au débat sur le prix de l’eau en France. Ou revenir vers ces pages, car j’en reparlerai…