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26 août 2010

je l'ai fait

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Hier donc, séance de reprise chez mon psy. Ma décision était faite, réfléchie, pesée. J'avais quand-même choisi d'honorer mon rendez-vous, et de l'affronter, lui, avec ses arguments qui font toujours mouche. Par respect, par sens du devoir, sans doute soucieux de mon image, comme à chaque fois. Mais surtout pour éprouver ma solidité. Et j'ai tenu.

Ça n'a pas été facile.

En exposant, dans la confusion, les raisons qui me poussaient à arrêter, je citais pêle-mêle l'argent, la durée sans fin de l'exercice, l'épaisseur de ma carapace, mes récalcitrances chroniques, l'argent encore et mes priorités, mon impression de butter sans cesse et de ne pas être capable d'y arriver, l'icônoclasme de la recherche coûte-que-coûte, au milieu d'une enfance protégée, d'un traumatisme enfoui comme cause à mon mal-être, l'argent toujours, le sentiment d'un luxe déplacé... Au milieu de tout ce fatras, dont je t'épargne le détail, j'évoquais l'idée que cet arrêt puisse n'être qu'une pause.

"Ah! non, m'a-t-il aussitôt rétorqué. Si vous preniez la décision d'arrêter (note bien le conditionnel, alors que je lui annonçais une décision ferme), il n'y aurait pas de retour possible. Nous sommes là pour travailler sur vos résistances, pour essayer de les comprendre. Ce travail ne peut pas fonctionner si vous lâchez chaque fois qu'elles se manifestent."

Cette affirmation me désarmait un temps, je vacillais. Mais je lui dis que malgré tout, eh bien tant pis, il était important pour moi de prendre cette décision, de l'assumer, de venir la confronter à lui.

J'ajoutais qu'au fond, je m'étais retrouvé en psychanalyse non par choix, mais parce que commençant une thérapie pour dépasser l'état dépressif qui s'installait en moi, à la suite de ce satané chagrin d'amour, il m'avait lui, de fil en aiguille, conduit sur le divan, pour nous affranchir l'un comme l'autre du regard de l'autre. Arrêter, c'était reprendre la main. Et que si je devais revenir un jour en psychanalyse, ce serait cette fois par choix. Je ne l'écartais pas.

J'étais honnête. J'ai la curiosité de mieux me connaître, de comprendre les ressorts du mal-être où je me complais malgré l'amour qui m'entoure. J'ai perçu en un an et demi la richesse de cette démarche, j'y ai déjà puisé une force nouvelle, une distanciation avec la vision idéalisée de mon enfance, de mes parents et de leur histoire.

Mais il m'a donné le vertige. Avant les vacances, quand évoquant l'idée d'espacer nos séances il me répondait que nous n'en étions qu'au tout début, que j'étais trop résistant me réfugiant sans cesse dans la "conversation sympathique", qu'il faudrait au contraire, idéalement, intensifier le travail. S'est instillé en moi l'idée qu'il n'était pour l'instant pas à ma portée, ce travail, ni dans mes moyens. Et que ne l'ayant pas choisi, il était préférable de l'arrêter.

"C'est dur d'avancer dans un tunnel, je lui ai dit, surtout quand on n'en voit pas le bout, vous savez. Ah! évidemment, quand vous avez un loup qui vous court derrière, il n'y a pas de problème, vous avancez sans réfléchir. Mais j'ai retrouvé la paix et une certaine sérénité..."

C'était vrai. Je n'ai plus versé de larmes d'amour depuis quatorze mois, j'ai retrouvé une capacité de travail, une capacité à écrire, à créer. Je me surprends même à être capable d'aimer au passage d'un sourire clair. Alors bien sûr, je suis encore fragile, je suis même pétri de fragilités et mon chagrin est à peu de distance, mais cette quête sans fin d'un possible trauma m'apparaît aujourd'hui décalée. Et elle me coûte cher.

Un quart d'heure avant d'entrer en séance, je faisais un SMS à trois-quatre amis, leur annonçant ma résolution. Je pensais que convoquer des témoins au combat me rendrait plus fort. "A votre avis, en jouant la rupture avec moi, à quelle autre rupture cherchez-vous à échapper ?"

Il faisait mouche encore. J'ai bafouillé un peu, ai rit pour souligner sa lucidité, ai évoqué les ruptures professionnelles, associatives, personnelles, amoureuses, à côté desquelles j'étais passé tout au long de ma vie, que je cherchais encore à esquiver aujourd'hui.

"Les autres sont plus compliquées, elles n'engagent pas que moi. Celle-ci, elle n'engage que moi. Un tout petit peu de vos revenus, aussi. Mais elle n'a pas d'autre incidence que pour moi. Alors oui, elle est plus facile..." Au fond, tout assumer !

Et j'ai été le plus fort.

En sortant, il m'a tendu la main, comme à l'accoutumée, mais cette fois en se pinçant les lèvres et en murmurant "Bonne route !". J'ai presque cru voir du chagrin dans son regard fuyant. Est-il possible qu'un transfert fonctionne en sens inverse ?

J'ai sans doute tort mais je suis content de me tromper. Je te dois beaucoup, en tout cas. Cette décision, tes commentaires instruits de ton expérience et emplis d'empathie, me l'ont inspirée.

Une fois la porte d'entrée refermée sur la rue, je rentrais dans la pharmacie juste en face pour demander des huiles essentielles. Désormais, je me soignerai à l'arômathérapie.

ricky martin.JPGEt puis j'allais nager à Roger Le Gall, où je fus accueilli, dès le vestiaire, par le sourire lumineux d'un gaillard au crâne rasé. Je retrouvais dans la seconde les saveurs de ces belles années où me comblait une bonne paluche, synchro, l'œil dans l'œil, rictus pour rictus, sous la lumière tamisée des douches. J'ai nagé 2.000 mètres en énergie véloce sous les yeux encourageants de cet amant de circonstance, qui me confirmait que la technique n'était pas mauvaise, pour se libérer de tensions parasites. "Ricky Martin lui-même, avant d'enregistrer en studio, me dit-il, y aurait souvent recours, alors"...