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27 septembre 2010

un robinet sonnant et trébuchant

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Ma copine Fiso nous montre encore une fois tout l'intérêt qu'elle porte aux questions de l'eau et son acuité sur le sujet, en publiant un billet fort bien documenté à l'occasion de la sortie d'un documentaire jeudi dernier, Water Makes Money. A défaut de voir le film - dont le nombre de diffusions programmées est réduit, mais qui malgré quelques raccourcis malheureux ne manque pas d'efficacité pédagogique - je ne saurais que trop t'inviter à aller le lire, et à suivre les liens qu'elle te suggère pour approfondir le sujet.

Et si les multinationales perdaient la bataille de l'opinion et, dans la foulée, quelques marchés de l'eau dans nos villes ? Et si les pouvoirs publics retrouvaient un peu de leur pouvoir de contrôle sur la gestion de la ressource, la plus vitale de toutes ?... Affaire à suivre, la plupart des contrats de délégation de service public arrivent à échéance en 2012.

24 mars 2009

Istanbul : le "droit à l'eau" plombé par la France

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Istanbul n'a donc accouché de... rien. 192 pays, près de 30.000 participants, mais aucun résultat. La France s'était voulue le chantre du "droit d'accès à l'eau", l'étendard déployé de son si cher "modèle français" de la gestion déléguée de l'eau, c'est à dire de la distribution privatisée habillée du joli patronyme de "partenariat public-privé". Crédibilité zéro. Comment s'étonner que la délégation officielle de notre pays, et avec elle de nombreuses autres délégations et ONG, revienne bredouille ?

"Le texte (adopté par le forum, nda) énumère un certain nombre d'engagements, nous dit la dépêche AFP : nécessité de faire des économies d'eau, en particulier dans le domaine agricole, de lutter contre la pollution, des cours d'eau comme des nappes phréatiques. Il affirme en outre la nécessité de collecter et de traiter les eaux usées, au-delà de l'indispensable accès aux toilettes." La belle affaire.382091_chantal-jouanno.JPG

Les plus avertis se seront rappelé à cette occasion que la France avait une secrétaire d'Etat à l'écologie. Elle s'appelle "Chantal Jouanno" (photo ci-contre), nous apprend la même dépêche, et aurait donc "clairement indiqué" qu'elle souhaitait que le texte soit "renforcé" dans le sens du "droit d'accès", et ne se contente pas de la simple référence à un "besoin humain fondamental". Heureusement qu'il y a des sommets mondiaux pour permettre à nos secrétaires d'Etat de s'offusquer, et accessoirement de se faire connaître. Enfin, se faire connaître...

En même temps, elle parlait sous couvert d'un curieux bidule, qu'on appelle le PFE, le Partenariat français pour l'eau, l'incarnation du modèle français, qui ressemble fort à une mise sous tutelle des pouvoirs publics par les grandes multinationales françaises de l'eau qui y ont la plus grande influence - avec la bienveillance d'un certain nombre d'ONG dont on se demande bien ce qu'elles viennent faire dans ce panier de crabes - et qui aura surtout oté à la simple revendication du "droit d'accès à l'eau potable" toute crédibilité, et à la France sa virginité la plus effarouchée.

Car c'est bien là que le bas blesse : la version française du "droit d'accès à l'eau potable", revient pour ainsi dire à "l'obligation de confier ses ressources à l'une des majors de l'eau", les pays en développement y voient une menace sur leurs ressources, et les pays développés le moyen pour la France d'engraisser ses "fleurons industriels" au moyen de l'aide au développement. Le serpent se mort la queue. Comment s'étonner que l'éléphant ait accouché d'une toute petite souris ? C'est comme quand Sarkozy proposera au G20 de moraliser le capitalisme : comment veux-tu que tout le monde ne lui rit pas à la figure ?

C'est triste, parce que la reconnaissance de ce droit aurait été une avancée, les altermondialistes le réclament depuis longtemps.

Marseille et Durban sont candidats à l'accueil du prochain Forum mondial, dans trois ans. Mais où qu'il se tienne, il faut d'urgence que l'ONU reprenne la main. Et que la France laisse ses multinationales au placard.

18 mars 2009

l'eau en bandoulière

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Bon. Je dois parler d'eau. Il a raison Nicolas, si ce n'est pas maintenant, c'est quand ? Le Forum mondial de l'eau vient d'ouvrir à Istanbul. Et le 22, dimanche, c'est la journée mondiale de l'eau. Autant changer le nom de mon blog, sinon.

Donc l'eau. Qu'en dire ?

Que parmi mes achats, au salon du livre dimanche, il y a Le convoi de l'eau, de Akira Yoshimura.

Que j'ai reçu une carte postale du Japon, et que j'ai découvert à cette occasion qu'il est rare de trouver, dans les estampes d'Hiroshige (illustration ci-dessus) des paysages sans eau.

Que j'apprenais l'an dernier, lors d'une conférence d'Augustin Berque, que la notion même de paysage est née de l'eau (水) dans la Chine antique. Et de la montagne (山). Ce sont des mandarins en disgrâce, des érudits bannis de la ville pour des raisons politiques, qui jetèrent pour la première fois un regard esthétique sur des territoires agraires. Le Shan-Shui (montagne-eau) devint le coeur de leur écriture, et grâce à la poésie parcourut le monde.

山水

Que j'ai nagé beaucoup et bien, hier soir, et que rarement, c'est ainsi, il m'arrive de finir la séance après la douche dans une cabine de vestiaire. Que je n'y étais pas seul, avant-hier, et que j'y ai frôlé, astreint au silence, un orgasme prostatique (ne me demande pas de te le décrire, je crois que je ne l'ai encore jamais atteint, mais c'est une autre affaire).

Que l'accès à l'eau figurait en bonne place parmi les Objectifs du Millenium adoptés à Johannesburg en 2002, pourtant pas très ambitieux puisqu'il s'agissait de diviser par deux d'ici 2015 le nombre de personnes n'ayant pas accès à un point d'eau potable de proximité (ce qui, soit dit en passant était une façon de se satisfaire de ce qu'une autre moitié de ce milliard et demi d'individus restât sans eau potable). Mais que la crise économique conduit les grands de ce monde à reconsidérer leurs objectifs à la baisse.

Qu'ils s'apprêtent à adopter un document sans valeur contraingnante (c'est plus confortable), et qu'ils vont probablement se contenter d'appeler les Etats à lutter contre les gaspillages. Leur conscience sera tranquille. Et l'eau contaminée continuera de tuer 30.000 personnes par jour. A mobiliser un lit d'hôpital sur 4 à travers le monde. Et à conduire plusieurs millions de personnes chaque année à émigrer à cause du manque d'eau saine. Pour ceux qui pensent que ce problème ne nous concerne pas.

Que les principaux artisans de la privatisation de la gestion de l'eau à travers le monde sont français, ce sont nos "fleurons technologiques", paraît-il. Nos ambassades protègent leurs intérêts comme s'il s'agissait des yeux de la Nation. Mais que partout où ils sévissent, qu'ils s'appellent Suez ou Véolia, ils génèrent de l'insatisfaction, ou de la colère, au point qu'ils se sont fait jeter sans autre forme de procès de plusieurs capitales latino-américaines. Pas d'investissement pour moderniser les réseaux, pas ou peu d'effort pour relier au réseau les quartiers périphériques les plus populaires, hausse drastique des prix et politiques agressives de "recouvrement" des coûts... Ils ne sont pas plus compétents que les services publics.

Qu'ils sont devenus des empires économiques avec l'argent de l'eau, alors que l'eau, Bien commun, devrait être protégée de toute forme de marchandisation.

Que le Forum mondial de l'eau est une des seules Conférences internationales dont l'organisation est confiée à un organisme privé où dominent ces multinationales, alors qu'il devrait être du ressort de l'ONU de porter des enjeux planétaires aussi essentiels.

Que près de notre maison de famille, dans un coin du Quercy, coule un petit ruisseau longé par un sentier ombragé, agréable à emprunter l'été pour rejoindre la cascade d'Autoire, où je me baignais enfant.

12 décembre 2008

la gestion de l'eau à bulletin secret

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Une pernicieuse question de démocratie me taraude ce matin.

Le Syndicat des Eaux d'Île-de-France (SEDIF) a donc décidé hier de maintenir, après 2011, une gestion de l'eau déléguée au secteur privé (voir là). Le conseil syndical où siègent les représentants des 144 communes appartenant au SEDIF l'a voté, par 88 voix contre 54. L'écart de 34 voix dépasse largement celui du clivage gauche-droite. Il s'est trouvé des maires de gauche pour soutenir le choix d'une gestion privée, bien qu'on sache qu'elle coûte fort cher (j'en parlais hier). Y compris sans doute des maires qui s'étaient publiquement engagés en faveur de la municipalisation. Mais nul n'a le droit de savoir qui a voté quoi. Ça me semble être une totale aberration démocratique.

Quelle conception de la démocratie, en effet, que celle qui consiste à ce que vous, représentant du peuple, votiez à bulletin secret, sans avoir de compte à rendre à vos administrés, ni même à l'assemblée délibérante qui vous a nommé pour l'y représenter, sur une question aussi importante que le mode de gestion de l'eau.

En demandant et en obtenant l'organisation d'un vote à bulletin secret, les 68 représentants de droite savaient parfaitement ce qu'ils faisaient. Ils savaient ce qui s'était tramé en coulisse. Sur et sous les tables. L'affaire avait été bien arrangée. Moi, je trouve que ça devrait être anti-constitutionnel. Que sur les grands sujets d'intérêt public, les délibérations et les votes des représentants élus devraient être publics, chacun assumant son choix devant les citoyens et devant ses électeurs. C'est cela qui les prémunirait le mieux de toutes sortes de pressions. Ce devrait être le B-A-BA, un principe de précaution contre les risques de corruption. Parce que là, j'en reste bouche bée.

Pour l'heure, c'est Véolia qui s'en frotte les mains et Suez qui se tient en embuscade. C'est que le gâteau est gros...

03 octobre 2008

les milliards n'ont pas tous la même odeur

 

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En septembre 2002, j'étais à Johannesburg pour le "sommet de la terre". C'est là qu'un certain Jacques Chirac dit "la maison brûle, mais nous regardons ailleurs". On estimait que 1 milliard cent millions d'êtres humains n'avaient pas accès à une eau de qualité, et 2 milliards six cent millions à un système d'assainissement approprié. On évaluait à 11 milliards de dollars par an pendant 10 ans le coût des investissements à consentir pour résoudre ce problème. On se demandait comment financer un tel programme. On fit la promotion des partenariats public-privé, on invita les Etats à privatiser la gestion de l'eau, à faire confiance aux grandes sociétés multinationales, détentrices de l'expertise et des savoir-faire.

Six ans sont passés. Dans les instances internationales, ça débat encore de savoir comment lever les fonds pour financer l'accès de tous à l'eau. mars2007_eau.jpgDeux Forums mondiaux de l'eau se sont tenus, à Kyoto puis à Mexico. On en est revenu des partenariats public-privé, SUEZ et VEOLIA se sont fait bouter hors de plusieurs villes d'Amérique latine, souvent par des insurrections populaires à cause de l'inflation sur les factures d'eau. On prône l'action locale, on parle gouvernance, le nombre de personnes sans accès à l'eau potable est passé à 1 milliard six cent millions. 30.000 d'entre elles en meurent chaque jour, dont 8.000 enfants.

Aujourd'hui en Amérique, la Chambre des représentants devrait voter, après le Sénat, le plan Paulson pour la sauvegarde du système bancaire américain : 700 milliards de dollars. L'Europe de son côté s'avance vers un plan de sécurité de 300 milliards d'euros. En quelques jours, le capitalisme a cramé pour ses banques dix fois ce que l'eau pour la vie réclamait sur dix ans.

Pardon pour les chiffres. Mais si ça, c'est pas d'avantage à gerber que les glaviots de mon billet d'hier... Et si t'en veux d'autres, des chiffres, Nicolas consacre son avis du jour aux 22 milliards d'euros destinés à relancer l'économie française.

27 novembre 2007

Eaux troubles : l’alchimie des multinationales

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Tu en as sûrement entendu parler : l’UFC-Que choisir a récemment révélé que le prix de l’eau pouvait aller du simple au double, selon que la distribution était assurée par une régie municipale, ou déléguée à une entreprise privée.
A Lyon, à la veille de la renégociation de son contrat, et de peur de perdre le marché, Veolia vient même de baisser ses tarifs de 16 % du jour au lendemain, preuve que ses marges étaient… disons : confortables.
Elles sont comme ça, nos multinationales de l’eau : elles ont acquis l’art de transformer l’eau en or. Elles prennent l’eau qui appartient à tout le monde, la distribuent à chacun, et au passage empochent le pactole. Des décennies que ça dure. Elles ont tellement amassé qu’en quinze ans, elles ont pu investir dans les media, dans les télécommunications, dans les pompes funèbres, dans les transports, dans les déchets, dans les loisirs… jusqu’à acheter un jour les studios Universal (Vivendi et Jean-Marie Messier, tu te souviens ?). La Générale des Eaux (Veolia)  et la Lyonnaise des Eaux (Suez) sont ainsi devenues des géantes planétaires.
Au passage, elles ont arrosé un peu le personnel politique. Bref, elles ont fait en sorte que non seulement le débat sur le sujet ne fasse jamais trop de vagues, mais qu’on prenne l’habitude de les encenser comme des fleurons de la réussite économique à la française…
La France est ainsi le seul pays au monde où plus de 80 % de la distribution de l’eau est entre les mains de sociétés privées. Nos services public y ont perdu du contrôle, des compétences et des savoir-faire.
On comprend pourquoi elles aimeraient bien convaincre que promouvoir l’accès de tous à l’eau (rappelons qu’un tiers de l’humanité n’a pas d’accès à l’eau potable) passe par la privatisation des services partout dans le monde. C'est un marché quasiment vierge, et potentiellement colossal.
Si le sujet t’intéresse, tu pourras consulter un site très bien documenté sur le sujet (Les eaux glacées du calcul égoïste), qui fait une large place au débat sur le prix de l’eau en France. Ou revenir vers ces pages, car j’en reparlerai…