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21 janvier 2010

l'envie et la contrainte

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Ça, c'était lundi : en réponse à mon invitation du vendredi : "Prends ton après midi, racontes nous TON hammam, s'il te plaît" (...)

"Tu sais, la culpabilité qui l'emporte sur l'envie ... et bien j'en suis là. Vendredi, je n'ai pas abandonné les dossiers à même le bureau, je n'ai pas cliqué sur « Arrêter », je n'ai pas suivi la tentation...
Du coup, ce matin ton «
s'il te plaît » m'achève.
Car oui, il me plairait de dire ce que j'ai coutume d'enfouir.
Ça m'attire même gravement si tu veux savoir...

Alors, certes, ça ne date pas de vendredi, mais voici tout de même ...

Mai 2009 :
Je franchi pour la première fois la limite du phantasme : le sas d'entrée d'un sauna gay. Comment dire? C'est un peu comme plonger de dix mètres, et moi, je suis juste le champion du monde du plat.Je ne sais pas bien comment, ce jour là, je suis parvenu à faire le pas qui me sépare du vide. Disons juste : parce que oh! hé! hein! ça suffit comme ça !!!

A l'entrée, ce que, les sites gays imagés qualifieraient de « pur bogosse » me souhaite la bienvenue. Il me taquine, il m’a vu hésiter dans la rue, ... et d'autres fois aussi. Il dit qu'il se demandait si j’allais oser, que j'ai bien fait, que je ne regretterais pas, que c'est treize euros (et oui, plus de trente ans). Il me tend une serviette, la clé d’un vestiaire et un sourire comme c'est pas permis.
Un sourire que j'emporte avec moi.
Et je découvre le sauna, le hammam, les salles de projection, le labyrinthe noir, les cabines, les pièces thématiques.
Tout ne me fait pas envie, et tout me décomplexe.
Dans la cohorte des corps beaux, secs, gras, multicolores, plus ou moins jeunes et usés, je me sens étonnement à l'aise. J'expérimente en cherchant celui-là qui s’isole avec deux autres. Je m'éloigne poliment des avances de celui-ci. Je mate. Je suis regardé. J'aime ça. Et puis, je ne tiens plus. Sans conviction, j'en teste un qui accepte. Il fera bien l'affaire. Autant pour moi. C'est rapide. C'est agréable. Ça faisait tellement longtemps. Un peu plus loin, un peu plus tard, je frôle volontairement un corps plus à mon goût, je prend le temps de sourire, de caresser, d'inviter. Il me prend par la main et me guide jusqu'à une cabine. C'est plus long, plus contrôlé, forcément. Je décolle.

Toutes ces années d'hétérosexualité prétendue font que l'apaisement est immense. Tout comme le sentiment coupable qui me taraude depuis ... c'est une autre histoire.

Septembre 2009 :
La satiété m'a tenu jusque là. Puis l’appétit a grandit, jusqu’à une fringale qui me pousse à réitérer ... Je suis déçu. Déjà, à l'accueil le sourire qui tue sa mère n'est pas là. Ce jour là, je ne plais pas à ceux qui me plaisent. Je me contente des bienfaits du hammam. C'est déjà bien.

brutos6430_Alex_ChaosMen.jpgOctobre 2009 :
Cette fois, ça s'annonce bien, je reconnais le sourire qui fait mouche, ainsi que tout ce qui est au dessous. Il profite des services de l'établissement comme n'importe quel client. Je le croise dans une grande salle de projection, où il entame une discussion avec un salopard que je jalouse en songeant qu'ils finiront par jouir ensemble ... Inaccessible. Même pas en rêve. Je m'éloigne.
Je dérive au gré des couloirs, il est là.
Je fait une pause près du bassin à remous, il se tient à distance mais à portée de mes yeux.
Ma chance?
J'entre dans une cabine.
Il m'emboîte le pas, referme la porte sur nous.
M'offre à nouveau son fameux sourire, sa langue, sa peau ferme, sa bouche ...
Il est juste superbe, et à ma portée, alors ... je prends.
Nous restons les yeux dans les yeux, même après la petite mort. Je suis étonné.

Sur le chemin de la douche, il m'explique qu'il doit prendre son service, au bar. Il me propose de l'y rejoindre dans quelques minutes, histoire de m’offrir un verre et un numéro de téléphone.

Voilà.
Je n'y suis pas retourné depuis et j'en crève souvent, comme vendredi dernier.
"

Et ça, c'était mardi : πR

Il s'est lancé. En quelques semaines à peine, il s'est engagé, engrainé, mon filleul. Drainé par l'eau, courant vers l'air. Vas-y voir, encourage-le : il est sur un sentier caillouteux... mais je pressens qu'il va avancer vite.

11 décembre 2009

te regarder partir

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Manuel, donc (suite d'un récit commencé hier - voir là). Nous étions dans la petite piscine du Sun-City.

J'ai tout de suite compris que c'était un cérébral. Il commençait ses phrases puis cherchait ses mots, sans lâcher le fil de son idée. Il appréciait mon écoute et ma patience, elles le surprenaient, même. Je ne sais plus comment, mais assez vite il engagea une discussion sur des notions de secourisme : les gestes qui sauvent, c'était son truc. Il en avait appris les rudiments. Il était même actuellement plongé dans un manuel, et je comprenais qu'en me parlant, il effectuait une révision générale de ses connaissances, en tâchant de n'en oublier aucun chapitre. Il payait un prix à la précision, surtout dans ce domaine où l'on pouvait sauver des vies.

Je lui dis mon nom, il escamota le sien.

Il me cita les trois fonctions vitales à contrôler après un accident, il me fit une démonstration de la "virgule respiratoire", d'une pression forte sous le sternum, en me laissant pour la première fois sentir le contact de son sexe derrière moi. Il souriait à l'évocation de la respiration assistée, le fameux "bouche à bouche", j'eus droit à toutes les formes de plaie, aux attitudes à adopter face à des hémorragies, aux risques de panique ou de suraccidents, il souriait entre deux chapitres, jouait de son charme pour contrôler mon attention. C'est à ce moment-là que je décidais qu'il lui fallait malgré tout un prénom, Manuel lui allait comme un gant.

Je lui dis mon âge, ce que je faisais dans la vie, l'invitais à me parler de lui. Il laissait s'installer une ambiguité distante, et dérouta mes questions. Il se passa bien deux heures dans ce bassin, je jouais parfois à plonger pour lui passer entre les jambes, qu'il refermait sur moi, brutos2740.jpgme laissant remonter au contact de son corps. Tout juste me laissait-il effleurer son sexe, qui ne banda jamais. Et toucher son torse, qui me rappelait très fort celui de mon ami Laurent. Son sourire intriguant, d'ailleurs, tenait aussi de Laurent. C'est peut-être cette ressemblance qui me retenait à lui. Lui était étonné de trouver pareille écoute en pareil lieu, il me parla de ces sociétés qui n'avaient pas perdu le respect pour les anciens. Je décrétais qu'il travaillait auprès de personnes âgées, et qu'il avait 25 ans. Il s'amusait de ce portrait.

Le froid nous prit, il me proposa de monter au sauna. "Pas au hammam, dans la cabine sèche". Je le suivis, sans trop savoir s'il aspirait à prolonger ce partage - et ce jeu - ou s'il aurait préféré se tourner librement vers d'autres profils mieux à son goût. Sans rien entreprendre de significatif, il laissait désormais ma main parcourir son corps. Il me demanda à un moment si je comptais rester encore longtemps dans cette chaleur sèche. Je saturais, le lui dis, et lui proposais de le retrouver un peu plus tard dans un "en bas", vague. Lui voulait rester encore, il acquiesça.

Le temps d'un verre, d'un doute, je retournais vers les vapeurs où un couple s'affairait. Un magnifique asiatique, au corps parfait et au visage d'ange, le cheveu ébourrifé, exultait sous les caresses d'un certain Stéphane. Je les regardais avec envie quand, une fois délaissé, Stéphane se tourna vers moi, son sexe en offrande. Courbé vers lui, ma bouche s'enivrait et je sentis derrière moi se jouer une partition à quatre mains, que je laissais me conduire jusqu'à la jouissance.

Peu de temps s'était écoulé, en fait, et je décidais de retourner vers la piscine. Si Manuel devait chercher à me revoir, c'est forcément là qu'il viendrait en premier. Et il revint.

Une faune jeune et extravertie s'ébrouait à présent autour de nous, il me proposa plutôt de boire un verre au calme, à une table en retrait. A chaque emploi du vouvoiement, mes oreilles grinçaient, et je le lui dis. Au milieu de son thé il se mit à me dire "tu".

Je n'appris rien de lui. Ou beaucoup. En résumé, car il emprunta de grands détours : qu'il avait été en couple, et qu'il en avait forgé la conviction que pour vivre à deux, il fallait ne pas dépendre l'un de l'autre. Et aussi qu'il ne savait pas quoi faire du regard des "hommes âgés" sur lui, qui le flattait mais l'embarrassait.

Son sourire allait et venait, venait et partait, glissait en va-et-vient. Dans son anxiété dissimulée alternée à son charme, je voyais de plus en plus poindre la personnalité de Laurent. Et je voyais aussi l'heure tourner.

Ses attentes étaient indéchiffrables. Il les exprimait en mode crypté, et j'ai ce défaut de ne jamais faire confiance à mes intuitions dans ces situations. Je n'osais le bousculer, ni brusquer la situation, il me laissait lui caresser la nuque, le dos, il me regardait avec quelque chose de profond, mais pour peu que je lui pose une question explicite sur ses intentions, son projet, son envie, il fuyait non sans humour, et il riait avec suffisamment de séduction pour que je ne le délaisse pas.

Je me souviens qu'au moment de son retour vers la piscine, je m'étais dit : "ce gamin a le syndrôme des enfants abandonnés". A un moment de notre conversation, je lui dis : "Je crois que tu as besoin de mettre l'affection des gens à l'épreuve". Il embraya sur autre chose, puis éprouva le besoin d'ajouter "ça ne veut pas dire que ce que tu viens de dire n'est pas vrai".

Quand je lui dis "il est tard, il me faut partir. Tu voudrais faire quelque chose ?", il me répondit "je vais te regarder partir", puis il sourit, avec le même charme où perçait désormais une pointe amère. Je lui reposais la question, différemment pour lui autoriser une autre réponse. Il me fit la même réponse. "Te regarder partir". Je croyais y entendre du dépit sans vraiment en être sûr tant son sourire était dissimulateur.

Ou ce garçon ne voulait rien, ou il voulait tout. Dans les deux cas, il me fallait partir. Je lui fis un signe de la main en regagnant mon casier. Il avait sur son visage un autre sourire, figé. En sortant dans la rue, des garçons faisaient la queue à la caisse, promettant aux pensionnaires de l'instant des heures encore joyeuses.

C'était samedi. J'ai eu depuis sous les douches de Roger Le Gall deux rencontres consécutives avec deux beaux garçons athlétiques, comme il ne m'en était plus arrivées depuis longtemps, qui étayent, d'une autre façon, le retour d'un certain sex-appeal. Mais rien n'y fait depuis samedi, cette phrase m'occupe et résonne d'accents coupables : "je vais te regarder partir".

02 novembre 2009

Belo, ses si chères longueurs

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Rentré de Belo Horizonte ce week-end, après un détour par Rouen pour les cinquante ans de ma cousine germaine, je te balance en vrac quelques ultimes impressions brésiliennes.

A Belo, les rues s'affranchissent du relief, pourtant encaissé. Elles forment un quadrillage qui ne connait pas d'écart. Une maille serrée est-ouest-nord-sud, et une maille large qui embrasse la première de grandes diagonales plus espacées. Relier un point à un autre relève ainsi des mathématiques appliquées. Mais les pentes laissent des traces parfois douloureuses dans les jambes. Et sur les moteurs de voiture.

Cette planification a évidemment échappé, sur sa périphérie, aux favelas, y compris les plus anciennes aujourd'hui "régularisées", dont l'organisation respecte la géomorphologie du sol. On y trouve parfois de petites criques sauvages à l'abandon, ou restaurées en jardins publics où l'eau et ses sources naturelles retrouvent leurs droits.

Jeudi, je suis allé nager dans un de ces clubs privés qui sont l'apanage des couches suprieures de la société, le Minas Tenis Clube. Probablement les plus chères minas tenis clube.jpglongueurs que je ne me sois jamais offertes. A trente euros l'invitation sur parrainage, et en donnant de ma personne, ça m'a fait 1 euro les cent-mètres. Les installations étaient impressionnantes, il est vrai. Dans un site indécelable de l'extérieur, presque dans le fond d'une fosse entourée de végétation tropicale, on comptait un bassin olympique extérieur de cinquante mètres, deux bassins découverts de vingt-cinq mètres, et deux autres au rez-de-chaussée d'un bâtiment où l'on trouvait aussi, selon les niveaux, des courts de tennis, de baskets, de volley, de squash, des agrès de musculation...

churrascaria-745146.JPGOutre les buffets "au poids", on est amateur de viande, au Brésil, et notamment de grillades. Les churascarria sont des restaurants populaires, on t'y propose toutes sortes de viandes, et tu peux même y choisir des assortiments à volonté. Les morceaux sont empalés sur de larges et longues épées médiévales, qui viennent défiler avec des morceaux fumant devant ton assiette. On y découpe une tranche ou deux, avant qu'une autre te soit apportée, puis une suivante dans un défilé qui te mène bien au delà de la satiété.

Il y a une marque de pains ou de biscottes qui s'appelle "Maricota". Un jour, une étudiante colombienne qui participait à notre séminaire s'est précipitée pour faire la photo d'un camion qui en arborait l'enseigne. Elle était tordue de rire. Si j'ai bien compris, ça veut dire "tantouze" dans son pays, en tout cas précisa-t-elle, "it is a very bad word". Merci pour elles.

Un jour, une belle femme gracile se tenait dans une rue juste devant nous, le visage délicatement maquillé. Elle portait un petit boléro fuchsia dont les bretelles soulignaient de fines épaules hâlées, où ondulaient de fins cheveux mi-longs selon les mouvements du corps ou sous l'effet du vent. Elle discutait et riait avec la femme, assez insignifiante, qui l'accompagnait. Elle portait la note du restaurant qu'elle s'apprêtait à régler entre son moignon gauche et son sein, et au bout de son moignon droit, à hauteur de coude, son sac à main noir dans un sky très mode, qu'elle relevait, posait, ouvrait, de gestes amples.

Je suis retourné le dernier soir au Sauna Specific, pour me changer de l'impression laissée par le sauna so british du Minas où j'étais allé faire mes longueurs. Il y avait du monde en fin de semaine, pas comme lundi dernier. Des hommes, serviette autour de la taille, jouaient aux cartes sous un vieux tube cathodique qui diffusait des images en couleur, et fumaient leur cigarette. D'autres les regardaient, debout à côté du bar, ou devisaient. Hola Oliver, me fit Pablo en me reconnaisant. L'ambiance était bon enfant. Derrière la porte juste derrière, sous les douches, d'autres encore se jaugeaient. J'y fus convoité et l'on m'y présenta des longueurs d'un autre genre. Et ça m'a flatté. Bruno était là, avec en me voyant un sourire heureux et innocent. Il m'a refait le coup du massage et je n'ai pas su lui dire non.

Petit mémo pour ceux qui s'apprêtent à partir au Brésil : si ton vol n'est pas direct, évite d'acheter de la cachaça dans les boutiques de l'aéroport : elles te seront confisquées lors de l'escale de Lisbonne - rapport aux normes de sécurité aérienne...! - et elle prend alors un goût plus amer.

21 septembre 2008

foirage au Ryad

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Je ne sais pas bien pourquoi j'y suis allé. Sans doute parce que je l'avais programmé comme ça dans mon agenda, et aussi parce que j'avais envie de sexe. Ras-le-bol des branlettes en solo, des touche-pipi aléatoires dans les recoins d'une piscine. Envie d'un sexe en pleine bouche, de frottements, d'enlacements, de... de sexe, quoi !

Mais bon, ou bien c'était moi, ou bien c'était la lune - ça aussi, je le sais pourtant, jamais à la lune descendante, bordel ! je l'ai même écrit dans un billet tout exprès - ou bien c'était l'heure : trop tard pour le cinq-à-sept des hommes mariés, trop tôt pour les secondes parties de soirée, par dessus le marché en pleine rupture de jeûne pour les Musulmans.

Ou alors, c'est parce que j'avais passé une partie de la journée avec Saiichi. Depuis que j'ai surmonté notre rupture et mon chagrin, je sens que j'ai néanmoins besoin dans les heures qui suivent nos rares rencontres de garder l'oeil sur l'horizon, pour ne pas me laisser gagner par le mal de mer. Or un sauna, ce n'est pas forcément du tangage, mais on y perd l'horizon.

Heureusement, il y avait l'adorable Abdel-Haq à l'accueil, qui me mit à l'aise d'un sourire ravissant et d'un petit bécot de bienvenue. "C'est le plus du Ryad ?", lui demandè-je amusé et flatté. On y entendit du Feyruz et du Natacha Atlas. Il y eut avec Maurizio une petite pipe à l'italienne. Puis surtout quelques caresses et quelques mots avec le seul vrai beau gosse de la soirée, un fonctionnaire de la Crime, musculeux parce que sportif et en plein entraînement dans la perspective d'un départ pour le Rallye-Dakar cet hiver : un corps robuste de baroudeur, une barbe de trois jours, une voix à la Peter Falk... Il s'était acoquiné avec un petit minet, militant du Secours pop, du genre qui sert la soupe populaire chaque jeudi soir près d'une station de métro du 19ème. Ils avaient l'un et l'autre des visions différentes de ce quartier, de ses troubles, de sa crasse, de sa misère sociale, des réponses différentes aussi. Entre deux discussions sur l'origine des violences récentes qui l'ont agité, ils me firent un peu de place pour des contacts à peine complices. Maigre consolation.

Je suis reparti sans jouir, après avoir juste rendu son bécot à Abdel-Haq. Je ne m'étais pas fait de sauna depuis février dernier.

 

04 septembre 2008

Thierry (2) une valse autour du monde

 

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Tu te rappelles, Indigènes. Forcément, tu t'en rappelles : ces héros, ces va-nus-pieds, pris par la France à l'Afrique et envoyés au front, souvent en première ligne, pendant la première guerre mondiale, et à qui il aura fallu attendre presque 90 ans pour être reconnus dans leur rôle et leur sacrifice.

A la fin de la Première guerre mondiale, certains, survivants, furent envoyés sur d'autres fronts. En Indochine, notamment.

Et il y eut des histoires. Forcément, il y en eut.

Thierry est le fruit de l'une d'elles. Son père était né d'une liaison entre un tirailleur sénégalais et une Vietnamienne. A la décolonisation, encore jeune, il vint s'installer dans l'est de la France, portant muet sur le revers de son coeur la cicatrice indélébile de l'exil. Et un jour, il y rencontra celle qui allait devenir la mère de Thierry. Une histoire, encore, de celles d'où naissent les hommes.

Thierry portait cette histoire, la petite et la grande. Il la portait dans son coeur, dans sa quête. Et puis il ne pouvait rien y faire : il la portait dans ses traits, sur sa peau. Ce métissage sublimait son regard, son sourire, les courbes et les angles de son visage. On croisait sur sa peau quasiment le monde entier, de vastes continents et donc l'infini des océans. Et il portait tout cela de l'allure fière qu'ont les danseurs, le port haut, les reins cambrés.

Qu'on se soit rencontré dans un sauna prouve la noblesse de ces lieux. J'ai dit ici dans quel état d'esprit j'y étais venu ce jour-là. Plein de colère et pétri d'amertume, donc en homme libre. Dans un sauna, malgré tout, on oublie vite pourquoi on y est venu. On oublie vite après ce qui s'y est passé, ou dans quel ordre.

Nous étions trois. Qui avait séduit qui le premier ? j'avais vu un prince arabe, qui avait vu Thierry, qui m'avait vu. Au brutos7325_by_HowardRofman.jpgmoment de s'enfermer avec mon prince dans une cabine, Thierry était ressorti, m'avait attendu, et m'avait fait signe d'entrer. Audace hors du commun.

Je me souviens aussi que ce trio ne tint pas jusqu'au bout. Assez vite, ou assez tard, en tout cas devant l'évidence d'un magnétisme où il n'était plus, notre Prince s'en alla. Le corps à corps devint alors peu à peu un tête à tête, nous commencions à nous découvrir au delà des sens, à nous abstraire du sordide du lieu, et à croire que notre rencontre ne résultait pas du hasard.

Je restais avec lui ce soir-là, nous nous offrîmes un restaurent au bord du canal de l'Ourq. Dès ce premier repas, nous fûmes adoptés par le patron, qui eut toujours ensuite une complicité bienveillante à notre égard. Je crois qu'on le lui aurait demandé, il nous aurait marié sur place. Puis je restais chez lui pour la nuit.

Le lendemain matin était un dimanche, mais je devais travailler et il devait descendre sur Marseille. Je me souviens l'avoir laissé à Créteil à proximité du métro. Il nous restait de l'envie et des promesses. Et des SMS pour laisser jouer la séduction. Ce voyage avec lui dura quatre mois. Clara n'en serait qu'un épisode.

10 février 2008

le bordel

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J'avais prévu de t'écrire trois petites anecdotes, trois petits éclairages pour rebondir sur mon billet d'hier.

Te dire qu'avant une sortie au sauna - ce n'est pas si souvent - il y a tout un cérémonial : j'ai besoin d'assurance. Je me rase, le menton et les couilles, je me tonds les poils pubiens, je me les arrange pour rajeunir mon corps. Et que je ne sais pas si c'est mon apparence ou mon assurance qui font que ça marche.

Te dire aussi ma théorie : trop de chair fraiche tue la chair fraiche. Je n'aime pas les saunas quand il y a trop de monde, trop de jeunes, trop de beaux mecs. Ca rend les regards fuyants, les gars hésitent à venir à toi parce qu'ils pensent pouvoir trouver mieux, les phases d'observation s'éternisent, et je ne blâme personne, ou alors la moitié masculine du genre humain, parce que je suis fait exactement pareil.

Te dire enfin que la première fois que j'ai dit à mon copain Laurent que j'étais allé dans un sauna, il m'a regardé avec de grands yeux comme ça, et il m'a dit : "mais t'es complètement ouf ! ce sont des choses qui ne se disent pas. C'est comme si tu me disais que t'étais allé au bordel." J'avais cru en reconnaissant mon homosexualité basculer dans un monde libéré et sans tabou, et ce jour-là, j'ai découvert que les pédés pouvaient aussi être pétris de conventions, et engoncés dans des non-dits.

Voilà ce que j'avais prévu de te dire ce matin, un petit billet tout court, tout frais, dépourvu de sens. Juste pour un dimanche, pour un réveil, pour une belle journée ensoleillée.

Mais en fait non. Le bordel, il est dans ma tête. Et de ça, j'ai du mal à parler.

Je ne sais pas exprimer les raz-le-bol de ma vie, ceux du moment. C'est bien plus facile de citer des lettres d'il y a dix ans, de marcher sur le sable durci par la vague, dans le reflux de la marée, que de dire des choses qui te rongent aujourd'hui. Comme m'a dit ma copine M. hier, ici, en réponse à un commentaire : "C'est tellement plus facile de décrire que de dire vraiment... ".

Et Boby qui l'autre jour m'avait écrit ceci, ici, : "Vide tes tripes ! Maintenant ! Là ! Dis-nous ce qe tu ressens, quels sont tes états d'âme, tes enthousiasmes, tes douleurs, tes amours, tes espoirs (...) Moi aussi, je suis indulgent, va..."

Alors je vais m'aventurer à dire, à commencer à dire.

Dire que je suis un usurpateur, un colérique dissimulé, un indécrottable jaloux. Et surtout oser verbaliser comment je me vide et m'épuise à porter mon couple, comment je suffoque à me retenir d'exploser, dire parfois, et notamment là, jusqu'à quel point je n'ai plus la force de rien. Dire que, non pas ma part d'intimité, qui est énorme, mais mes temps d'intimité - que je voudrais être de grandes plages landaises, à perte de vue avec l'océan comme  horizon - sont réduits à des portions congrues où j'étouffe.

Dire que je me révulse à penser ça, alors même qu'aucun môme ne me courre entre les pattes. Dire que je ne m'aime pas, pas beaucoup plus que je ne m'aimais hier, et que je m'épuise dans une course effrénée - dans l'eau d'une piscine, dans des réunions publiques, sur les pages d'un blog, dans les cavités sombres d'un sauna - à convaincre du contraire.

Oser dire aussi que je devrais me réjouir de voir mon grand frère lancer avec brio une nouvelle phase de son blog et de sa vie, de voir son pappy retrouver sa confiance et son âme de passeur, de voir ma p'tite soeurette de coeur promener généreusement son sourire et son pep's... dire que je devrais tout ça, que j'en aurais l'apparence, parce que je sais donner le change, j'ai toujours su, mais qu'au fond j'ai toujours peur de me retrouver hors du cercle, et dire à quel point j'en ai honte.

Me dire maladroit, impatient par égoïsme, parce que je le suis, me dire inhibé par l'amour comme aux premiers jours, parce que je le suis, me dire insupportable de vacuité, n'arrivant à me défaire d'un vain orgueil, parce que je ne suis que ça, me dire impuissant et lâche dans tous les gestes de la vie, honteux, fondamentalement honteux de moi-même et de ma shyzophrénie maladive... Oser dire tout ça de moi, sans savoir, sans pouvoir encore en formuler d'avantage.

Livrer juste cette espèce d'encéphalogr'âme plat, pour t'en dire plus de moi. Et pour commencer à ouvrir cette vanne. Sans trop savoir s'il finira par s'y engouffrer quelque chose.

Boby, tu  m'as promis d'être indulgent.

09 février 2008

J'ai baisé avec Richard Gere (et avec Wajdi)

 

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Je te parle moins de sexe qu'au tout début. C'est peut-être parce que l'épisode post-grippal s'est un peu prolongé. Et peut-être aussi parce que je te connais trop. Mais écrire sans pudeur, c'est l'objet de ce blog, comme mêler tous les sujets : me livrer tel quel, sans précaution particulière, c'est ma charte. Donc je vais me faire violence, ici et maintenant, oublier ton regard le temps d'écrire ce billet. Le publier. Et j'oserai malgré tout me plonger dans tes yeux. Après tout, il est là, mon challenge.

Donc je demande par avance pardon aux âmes trop sensibles, qui peuvent encore décider de zapper et de retourner par exemple ici. Car je vais te raconter comment hier je me suis fourvoyé dans un sauna gay simplement pour me nourrir de sexe.

Tout est parti du commentaire de Boby sur ce billet : "je ne sais pas comment tu as pu, moi, je lui aurais sauté dessus". Je venais de raconter une séance de branlette à deux, sans contact, les yeux dans les yeux, avec un beau tatoué, sous les douches de la piscine. Et je me suis dit que c'était vrai, se vider les couilles, c'était souvent indispensable, ou indispensable souvent, mais que de temps en temps, il fallait aussi pouvoir vivre des choses plus intenses.

J'ai donc profité d'une après-midi de RTT pour me soustraire à tout et plonger dans un sauna. Le Ryad. Un petit sauna que j'aime bien parce qu'il est petit, parce qu'il y a une petite piscine, parce qu'on y baise sur du Khaled, du Cheb Mami ou du Oum Kalthoum. Et pas sur de l'électro qui arrache. Et qui m'oppresse.

Il y a du beau monde, mais pas trop. Et j'ai une théorie sur le sujet, mais j'en ferai un autre billet.

Ce je ne sais quoi de Richard Gere

J'y suis arrivé à 14h. D'emblée, j'aime bien l'ambiance feutrée. Les tout premiers regards, un peu fuyants. Dans le bain de vapeur, j'aime sentir une présence sans la voir, et laisser les silhouettes se dessiner tout doucement, avec l'accoutumance à l'obscurité. Un homme m'a repéré, m'a suivi au sauna sec, et me propose de nous retrouver en cabine. C'est encore tôt pour moi, je viens d'arriver, j'ai besoin de m'imprégner encore de l'atmosphère du lieu, de jauger d'avantage l'état du public, de m'assurer qu'il me plaît, pas de m'enfermer tout de suite dans un corps à corps exclusif. Mais il est plutôt bien foutu, une petite cinquantaine pas encore trop bedonnante, bien appareillé pile-poil 261849c8df80e12a8384348773884a39.jpgcomme j'aime, et surtout un je ne sais quoi dans le regard qui te fais penser chaque fois qu'il te souris à Richard Gere.

Nous allons d'abord vers le bassin, il trouve l'eau trop froide pour s'immerger et s'asseoit sur le bord, les pieds dans l'eau. Il n'y a personne. Je plonge et le rejoins. Tu sais bien comme je suis dans mon élément, avec l'eau. Je m'approche de lui et gobe son sexe, qui s'avère être un régal à embrasser. A emboucher, devrais-je dire. De la pointe de ses pieds, il enserre mon sexe. Là je sais que je finirai avec lui dans une cabine. Nous allons d'abord nous réchauffer un peu dans le bain de vapeur, où, isolés par l'obscurité nous nous éprouvons d'avantage. Il me suce pour la première fois.

Et nous nous embrassons beaucoup.

Le passage dans la cabine est un pur moment de bonheur. Je suis sans stress, j'ai bien fait de lui demander à prendre notre temps. Je me laisse aller, j'aime avoir son sexe en bouche, l'entendre un peu gémir, nous rions ensemble d'un dialogue entendu derrière la porte, il me demande à faire un soixante-neuf. Nous nous explorons dans chaque repli, nos langues s'amusent. Nous sommes dans de la tendresse pure, dans un échange, d'égal à égal, tous les scénarios sont possibles. Il aurait envie que je le prenne, il me demande de quoi j'aurais envie, qu'il me prenne, ça lui va. Avec la capote il débande un peu, c'est toujours ce fichu moment critique, que j'évoque pour le rassurer. On abandonne l'idée de la pénétration, ce n'est pas obligatoire. Je trouve de plus en plus qu'il ressemble à Richard Gere, je ne le lui dis pas. Il jouira de mes caresses, abondamment. Je jouirai de son baiser, abondamment. Il était arrivé bien avant moi, il file. Il s'appelait Eric.

Et si c'était Wajdi ?

Je reprends doucement mes esprits. Longue douche, qui joue au chaud et au froid (fichue chaudière !) énergétisante, du coup. Serviette sèche. Je vais me réchauffer un peu dans la cabine du sauna. Puis dans le bain de vapeur. Dans le fond, à gauche, deux hommes s'emploient. A droite, une silhouette seule, assise, jambe étirée sur la banquette. Je distingue peu à peu sa main qui s'active, et son regard tourné vers moi. Je bande et caresse mon sexe. Du menton, il me fait signe de m'approcher. Je m'exécute, bien que je redoutais de me faire embringuer trop vite, à peine sorti de mon affaire avec Eric. Ce gars est super canon. Son corps, son abdomen, son fessier. Un jeune qui se soigne et c'est agréable. C'est déjà un autre monde. Il me guide. On n'est plus dans le même rapport que tout à l'heure, il se dresse devant moi pour que je le suce, sa teub est très décalottée, circoncisse ? Il fait chaud, nos corps ne sont pas moites, ils dégoulinent de chaleur et d'humidité, son doigt explore mon fion, il me demande à l'oreille s'il peut me défoncer, il me fait m'étendre, m'explore avec plus d'insistance, d'autres hommes se sont approchés, assis ou debout. Il met une capote, me demande de me lever, m'enfile d'un coup violent, il me plie, il me demande de sucer un mec assis devant nous, j'aime le sentir en moi. Il parle, me guide, dit qu'il aime, je ne vois rien mais lui est fort des hommes autour de nous, je ne bande plus depuis longtemps, je subis et j'aime ça, sans question. Il est en moi, je me dresse, par derrière mes bras l'enlacent et je l'embrasse. Il dit trouver ça super sexy. Je n'en peux plus, je demande une pose. Il rit, et me rejoint sous la douche. Là je le vois, je vois son air rigolard et décomplexé, des abdos et un torse de rêve, je lui demande si on continue plus au calme, en cabine, il me demande si je lui boufferai les couilles.

547928d1167a82a9a157d828406ce0d2.jpgEn cabine, il s'étend d'abord sur le ventre, il réagit à mes caresses, il dit toujours ce qu'il aime, simplement, il me guide et réagit, il se cambre, je lui embrasse les fesses, ce mec est beau à voir ainsi, par derrière, par en dessous. Il se cambre de plus en plus, de sorte qu'il libère son sexe, que je peux l'embrasser, le titiller, lui "bouffer les couilles" puisque c'était son désir, le branler. Je me glisse sous lui, nous jouons ainsi longtemps, mes érections sont aléatoires, mais il s'amuse à me pomper, à me gonfler. J'aime sa légèreté et sa décontraction. Ses mots, même si je suis plus apte au silence pendant l'amour. Je me force un peu à lui dire que j'aime aussi ses caresses.

Il voulait me faire jouir avant lui, mais un éclair, quand j'étais à deux doigts, avec un panorama imprenable sur cet abdomen musculeux, avec en bouche cette tige décalottée, Faudel en fond musical, m'a empêché de jouir : "et si c'était Wajdi !?!". Si par un incroyable hasard, ce corps qui pourrait être celui d'un boxeur, était celui du héros en fin de convalescence ? Juste un éclair, à cause de ce vieux billet de lui, et bien que plein de choses ne collaient pas, à commencer par la voix, l'accent, l'âge sans doute, mais un éclair qui m'a empêché d'exulter. Lui a joui par contre sous mes caresses, tandis que j'étais plongé dans cet horizon. Je lui ai dit que je n'aurais peut-être pas dû l'accompagner si vite, que je venais juste de passer un moment avec un autre homme. Il a ri. Nous sommes montés sous la douche, et à un moment, je l'ai embouché et me suis branlé. "C'aurait été trop dommage de ne pas jouir avec toi". Il s'appelait François, il est maître d'Hôtel intérimaire dans des établissements de luxe, il a trente cinq ans. Il m'a laissé un numéro de portable, et m'a dit qu'avec son mec, ils affectionnaient les plans à plusieurs...

Je ne sais trop quoi faire de cette information. Disons juste que c'est bon à savoir.

Il était 16h 30 quand je suis ressorti, sous ce doux soleil de février, dans la vie ordinaire.