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22 décembre 2010

avoir vaincu

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"Songez qu'on n'arrête jamais de se battre et
qu'avoir vaincu n'est trois fois rien"
Aragon

J'étais sans doute en proie à une langoureuse carence amoureuse, lorsque je créais mon blog, il y a un peu plus de trois ans. A défaut de la combler, je cherchais à la compenser, et il n'est pas si étonnant que très vite, l'amour vint y trouver une place. Une place d'abord éthérée, diffuse, cachée derrière des caresses et des rendez-vous dérobés, puis claquante, cinglante au moment de la rupture, où un inconsolable chagrin vint s'installer. Une place occupée depuis par l'impatiente reconquête d'une amitié faussement amoureuse, plutôt d'une fausse amitié amoureuse, où je me mens, me perds et m'avilie.

Il jouait du violoncelle, et cela suffisait à mon admiration. Il venait de recevoir une menace d'expulsion du territoire, au motif d'une baisse de salaire de 50 euros par mois, et cela suffisait à ma révolte. Il était pétri d'angoisses, comme un oiseau recroquevillé et impuissant, pris dans le mazout de la politique Besson-Hortefeux, et cela suffisait à éveiller en moi tout le maternement dont j'étais capable, sans doute ma seule marque de puissance, et ma seule façon d'aimer.

C'était il y a quasiment trois ans, ce blog venait de naître, et déjà tu partageais cette histoire d'un regard solidaire. D'autres histoires, pareillement révoltantes, égrénaient l'actualité et mon blog, des couples séparés sur lesquels des préfets jetaient l'opprobre, le discrédit et la suspicion, sans doute pour faire du chiffre, marquer les esprits, et au passage empocher plusieurs dizaines de milliers d'euros en prime de résultat. Corruption moderne. Corruption d'Etat.

Tu participais à ce combat, tu envoyais des lettres de soutien, mon blog racontait les procédures que nous avions engagées et les rendez-vous en préfecture, relayait les alertes diffusées par les Amoureux au ban public, te donnait le lien vers des pétitions. RESF dénonçait les rafles de gamins avec leurs parents, parfois à la sortie même des écoles.

Ce blog vivait d'amour et de révolte. Au début de l'été 2008, il gagnait la bataille de la régularisation mais perdait, trop frivole et désinvolte peut-être, celle de l'amour.

cello player.JPGIl lui fallut des mois, il me fallut des mois pour refaire surface. Mais surnageant enfin au printemps 2009, je tentais, patient, de recoller des morceaux, d'inscrire notre épave à peine restaurée dans la durée, et lui sa situation administrative. Il fallait au violoncelle quitter l'univers des sonates pour gagner celui des symphonies. S'installer dans la fosse d'orchestre sans plus être menacé à chaque entracte de quitter la scène. La demande de carte de résident ne fut pas une sinécure. Il a fallu monter le dossier, bâtir un argumentaire, mobiliser, à commencer par des élus locaux, puis des parlementaires, mettre en avant les incidents administratifs pour légitimer le droit à la sécurité administrative. Lui dut retrouver un emploi, s'acharner à obtenir un CDI, serrer parfois des dents pour y rester et donner des gages de stabilité.

Pendant dix huit mois, les réponses furent incertaines. Les rendez-vous en préfecture se rapprochaient, de trois mois en trois mois. D'un récépissé à l'autre, l'angoisse renaissait et une fois, il y a un peu plus d'un an, la déception suprême fut même au rendez-vous. Nous reverrons tout cela à votre prochaine demande de renouvellement...

Il a donc fallu rebondir, retrouver l'énergie, ramasser les tessons épars de la confiance.

Les Amoureux au ban public ont lancé moins d'alertes, tout au long de l'année écoulée. Mon blog n'en a plus relayé aucune. Est-ce donc que la tension s'était adoucie sur le front des expulsions ? Est-ce que la politique vis-à-vis des Roms avait suffit à marquer les esprits, et à faire du chiffre, ou est-ce que l'injustice et l'inhumanité s'étaient juste encore banalisées ?

A défaut d'amour ou de désir, à défaut de manque, le besoin le liait toujours à moi. Et nous avons pendant toute cette année encore cheminé ensemble selon un délicat crescendo, riche, dense, immensément fourni en musiques et donc en découvertes. Avec parfois des fracas pour me remettre à distance, et parfois des espaces de tendresse, de douceur et même... d'un peu de plaisir.

Hier, sur le parvis de Notre-Dame, le ciel était clément. A la sortie du parking souterrain, côté crypte, un jeune homme asiatique enlaçait par le dos sa jeune compagne, et embrassait sa chevelure ambrée tandisqu'un appareil photo immortalisait leur sourire amoureux sur fond de Cathédrale. Quelques minutes plus tard, de l'autre côté de la rue de la Cité, dans un bureau de la Préfecture, une fonctionnaire malicieuse, après avoir réclamé tous les papiers dont son dossier avait besoin, a fini par dire "oui".

Oui, vous aurez votre titre de résident, pour dix ans, j'ai reçu des instructions pour mettre votre carte en fabrication. Signez ici, sans toucher les bordures vertes !

Le mois prochain, trois ans presque jour pour jour après avoir reçu le coup de semonce qui l'enjoignait au bannissement, le violoncelle, mon violoncelle aux yeux noisettes va donc recevoir le sésame qui l'autorisera enfin à prendre pied ici autrement qu'en mal-propre, dans une sérénité nouvelle, mais dans un enthousiasme, hélas, bien amoché.

Y a-t-il jamais eu de l'amour ? Il n'y a plus chez lui de désir depuis longtemps, plus de manque, non plus. Il n'y aura bientôt plus de besoin. Tout pourrait donc s'arrêter là. Maintenant. A cette minute même où je t'écris. Sans plus de culpabilité aucune.

Ou alors - qui sait si j'aurais cette nouvelle patience ? - il y aura un projet, une envie malgré tout, juste une idée pourquoi pas, pour nous garder proches, encore un peu, l'un de l'autre ?

Les Amoureux au ban public sont exsangues, ils ont besoin d'argent pour poursuivre leur veille salutaire. Pour payer juste un salaire. Ils lancent ici un appel aux dons : va donc y faire un tour, tu peux les aider. Et encore, aux dépens de l'Etat car les donnations sont déductibles des impôts à 66%, et c'est de l'argent mieux placé que la prime des préfets et des recteurs !

Mais surtout, crois-moi, parce que c'est encore dans le combat pour la justice que l'amour trouve son meilleur terreau.

25 octobre 2008

origines contrôlées et identités partagées

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Tu connais forcément les frères Amokrane, Mustapha et Hakim : ce sont des anciens du groupe Zebda. On leur doit notamment, avec Magyd Cherfi, le fameux Motiver, et Tomber la chemise qui colora l'été 99 de danse et de sueur.

Zebda n'est plus. Pour l'instant. Mais ces deux frères-là sont restés soudés, et continuent à faire leur petit bonhomme de chemin.

Le projet sur lequel ils sont engagés, depuis maintenant un an, s'appelle Origines contrôlées. Avec leur talent et leur énergie, entourés de musiciens-magiciens (notamment Rachid, leur flûtiste-luthiste), ils remettent au goût du jour des chants de l'immigration maghrébine en France. Des chansons écrites tout au long du XXème siècle, qui parlent de la rigueur de l'exil, des espoirs de retour, du racisme, du rejet de l'intégrisme, qui se moquent gentiment des discours intégrationnistes des politiques de chez nous, sur des rythmes et des mélodies arabes, berbères, kabyles, pleines d'entrain.

Jeudi soir, Pantin les accueillait dans le cadre du festival Villes des musiques du monde, organisé par le Département de la Seine-Saint-Denis jusqu'au 23 novembre.

Il y avait Yo, ses yeux coralliens, sa nuque d'ivoire, et ses cheveux en champ de blé. Il y avait son amant d'éternité, au grand sourire-soleil. Il fichier_638.jpgy avait deux ou trois générations rassemblées. Il y avait ces appels à la solidarité pour les sans-papier, "parce qu'on a tous le droit de croire en des jours meilleurs". Il y avait cette ambiance de folie, cette joie des jeunes et des moins jeunes de redécouvrir, adaptés par ceux-là, des airs mille fois entendus dans leur petite enfance, qui accompagnaient les grands voyages en voiture l'été pour aller au bled. Il y avait ce profil de sphinx, solitaire, qui longtemps happa mon regard, la pommette saillante, l'oeil enjoué, campé sur des jambes athlétiques à dévorer, avec cette bouche et ce menton qui reprenaient en choeur tout ce qui se passait sur scène et un front si évidemment kabyle.

Il y avait cette fierté d'entendre ce patrimoine remis à neuf, restitué dans son époque, apte à être transmis encore, à connaître une nouvelle vie parce qu'il parle d'identité mieux que n'importe quel discours sur un malheureux hymne sifflé dans un stade.

J'étais en fin de convalescence, il était tard, mais ce fut une merveilleuse soirée

L'an dernier, les frères Amokrane parlaient de leur projet à l'Humanité. Et moi, je dédie ce billet à mes chers amis lecteurs de Toulouse, parce que je sais qu'ils voient aussi le merveilleux dans la dignité. Et parce que comme tous les projets des frères Amokrane, Origines contrôlées est né à Toulouse. La preuve en six minutes chrono :

24 janvier 2008

tu veux une bonne nouvelle ?

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J'ai reçu hier un mail étrange, d'un ami lecteur qui me reprochait, entre autres choses, de trop utiliser mon blog pour peindre en noir ce beau pays qui est le mien.

Je ne crois pas être prosélyte, même quand j'exprime des convictions. Je ne pense pas non plus dépeindre dans ce blog la vie en noir, même si des choses n'en finissent pas de me révolter. Je ne suis plus, certes, l'optimiste que je fûs, convaincu qu'en toutes circonstances l'espèce humaine saurait trouver des réponses à ses fléaux.

Cette vision positiviste du monde, cette croyance inébranlable dans le progrès, et par là dans la science, je les ai perdues. J'ai pris conscience que notre planète avait des limites, indépassables, et qu'il fallait être raisonnables dans l'utilisation des resources. J'en ressens parfois une urgence plus grande encore à vouloir convaincre qu'il faut sortir de ce mode de développement fondé sur la croissance, et le productivisme, parce que non seulement il génère des injustuces terribles, mais il envoie notre monde dans le mûr...

Mais je ne crois pas être dans le noir parce que je m'intéresse à la part de générosité qu'il y a chez les humains, aux sensibilités qui les rapprochent. Et puis je continue de croire à l'action. Et je crois même que la générosité, la sensibilité, et l'action nous donnent le pouvoir de faire bouger le monde.

01e37626aa39a1b9d358a8cd285d28d3.jpgDonc pour lui faire plaisir, j'ai une bonne nouvelle à lui annoncer, et à t'annoncer du même coup. Mohamed et Laeticia, dont je t'avais parlé là, vont pouvoir se marier, puisque lundi dernier, le tribunal administratif a annulé l'arrêté préfectoral de reconduite à la frontière de Mohammed.

Mohamed est désormais libre (attention, ça ne veut pas dire qu'il soit encore régularisé).

En ton nom, le Mouvement des Amoureux au ban public leur a souhaité les voeux les meilleurs.

Mohamed et Laettia te remercient aussi de les avoir soutenus dans l'épreuve qu'ils viennent de traverser en signant la pétition.

Et si j'ai d'autres nouvelles, je te promets, je te tiens au courant.

18 janvier 2008

les amoureux au ban public

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Je suis désolé, mais je dois encore te prendre la tête. Encore une injustice insupportable. Ou du fascisme d'Etat. Voilà l'alerte que ma messagerie a reçue hier :

Mohammed Z., un Marocain en situation irrégulière, et Leatitia V., ressortissante française ont décidé de se marier après deux ans de concubinage. Le couple dépose un dossier de mariage auprès de la Mairie de Dijon qui, suspectant un mariage blanc, saisit le Procureur de la République.

Une enquête est lancée et le couple est interrogé une première fois par la police.

Quelques jours plus tard, le véhicule de Leatita est bloqué par deux voitures de police devant l'école de son fils de trois ans. Les fonctionnaires de police la menottent et l'informent qu'elle doit les conduire à son domicile pour que Mohammed soit interpellé. Leatitia proteste et signale qu'elle doit prendre son fils à la sortie de l'école. Les policiers l'obligent à monter dans leur véhicule en lui disant qu'ils ont prévenu l'école et que l'enfant ne sortira pas.

Arrivés devant le domicile du couple, les policiers demandent à Leatitia d'ouvrir la porte. Celle-ci refuse dans un premier temps mais les policiers menacent d'enfoncer la porte. A l'intérieur du logement, Mohammed cède et ouvre. Il est immédiatement interpellé et placé en garde à vue.

Hier soir, Mohammed était au centre de rétention du Mesnil Amlelot (Roissy – 77) dans l'attente de son éloignement vers le Maroc. Il devait être présenté ce matin à 9h30 au juge des Libertés de Meaux (salle 208).

Une française interpellée, menotée et contrainte de livrer la personne qu'elle aime ! Une mesure d'élognement prononcée en vue de faire obtsacle à un mariage ! Un couple mixte séparé ! Les Amoureux au ban public dénoncent avec vigueur ces pratiques inadmissibles et ignobles dans un Etat de droit et demandent la libération immédiate de Mohammed.

Et je la demande aussi. Non mais dans quel monde on vit !