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07 février 2012

Salomé sauvée des neiges

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Il y a quelque chose entre Lille et la passion. En décembre 2008, déjà plus de trois ans, j'y étais allé à l'Opéra pour le spectacle Pitié, un ballet contemporain monté sur une relecture ethnicisée de la Passion selon Matthieu de Bach, qui m'avait émerveillé. En suivant ce lien, tu en liras une évocation, qui prenait déjà un détour par l'Espace des Blancs manteaux et le RSO, devenus eux aussi, depuis, une constante de ma vie et de ses passions.

Samedi soir, c'est l'Opéra chorégraphique de Pascal Dussapin qui y était joué : Passion, évidemment. Une réflexion musicale contemporaine sur le couple, le rapport à l'autre, la quête d'identité, servie par deux merveilleux jeunes solistes et quelques tableaux superbes. On devait cette production à Sasha Waltz, dont j'ai lu hier qu'on la retrouverait bientôt à Garnier, pour une chorégraphie de Roméo et Juliette.

Cette Passion-là était la cerise sur le gâteau d'une petite excursion musicale dont Bruxelles était la destination principale. Nous allions, avec mon ami d'amour, découvrir une nouvelle mise en scène de Salomé au théâtre de la Monnaie - superbe théâtre, qui nous a déjà vus arpenter ses travées à deux reprises. Sa programmation est dynamique et audacieuse, et s'y cultive une forme d'intimité entre l’œuvre et son public.

Mais cette fois, nous avons bien cru ne jamais arriver à Bruxelles. Partis de Paris vendredi en voiture sur le coup de midi, nous avons commis la grande bêtise - à Cambrai, tu le crois ? - de faire une pause déjeuner, assaillis par la faim. La flammiche était généreuse en maroilles, là n'est pas la question, mais du coup, il était près de 16h quand, à trente kilomètres de Bruxelles, d'abondantes chutes de neige vinrent s'inviter sur notre route et bloquer le trafic. Immobilisés de longues demi-heures, à voir défiler les minutes, à maudire toutes les bêtises du monde, nous constations, impuissants, les monceaux de neige s'accumuler sur le bas côté et les flocons rouler et danser sur les ornières étroites de l'autoroute.

Un miracle s'est produit, grâce à mon GPS qui nous a soudain proposé une voie de délestage, salée mais déserte, alors que la radio belge annonçait à notre grand désespoir "plus de 1.200 kilomètres de file à travers le pays" : nous sommes finalement arrivés en temps et en heure, avec même le loisir de trouver une place de parking juste derrière La Monnaie. Une suée et beaucoup de stress, mais notre Salomé était sauvée.

Et du reste, je ne pensais pas si bien dire : dans la mise en scène de Guy Joosten - et ce n'est pas la moindre de ses originalités - Salomé est en effet sauvée. Car à l'ordre d'Hérodes de "tuer cette femme" - après qu'elle ait suscité son dégoût en embrassant la tête sanguinolente de Yokanaan qu'il lui avait finalement fait livrer, cédant à son caprice, sur un plateau d'argent - ce n'est pas un soldat qui répond, s'approche et exécute la sentence - la garde tout entière ayant été décimée par une fusillade éclatée au moment de la décapitation  - mais Yokanaan lui-même, ressuscité, omnipotent Saint-Jean Baptiste aux mains nues, à la veste de ville rejetée sur l'épaule, avant que ne retentisse la dernière note et que la lumière ne s'éteigne d'un coup sur la stupéfaction de Salomé, te laissant seul imaginer  l'intention de ce Prophète si simplement humain et le destin qu'il s'apprête à lui réserver.

Guy Joosten a centré son propos sur la concupiscence de Hérodes, représenté en chef maffieux couvert de bijoux, hôte de festins libertins. J'ai trouvé Herodias remarquablement campée par Doris Soffel dans sa désinvolture vengeresse, habillée en Castafiore bourgeoise sophistiquée.

Avant de prendre la route pour Lille, le lendemain, nous sommes passés par la maison de la bande dessinée, retrouver une autre Castafiore et une foultitude d'autres personnages, appartenant ou pas à mon univers d’enfance. Et, jamais arrêtés par les grands froids, nous avons fait une halte aux musées royaux des beaux-arts marat.jpgoù, malheureusement, des Delvaux étaient remisés, en raison de travaux qui se prolongent dans les ailes principales du musée.

Nous avons juste pu revoir Marat dans sa baignoire, peint par David, bel et bien exécuté, lui. Sur ce coup-là, il n'aura pas eu la chance de Salomé...

 

21 septembre 2011

marronnier

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Fin d'été. Les nuits s'allongent au plus vite de leur rythme, la nuit est là le matin sur la route du bureau, et déjà aussi à l'heure du retour. L'avenue bordée de platanes qui va à la mairie de mon village se couvre de rouille et je ne le vois plus.

Hier, j'ai regardé Platane à la télé. Comme à la douce époque où ni l'amour, ni la musique, ni même ce fichu blog ne venaient m'encombrer la tête et agiter mes neurones. J'ai ri. Comme à l'époque. L'humour y est adolescent. Me mets en régression. Dans l'un des épisodes, il fut question d'un blog, d'un blogueur influent, de clics, et d' "entre-deux-eaux", je ne sais plus bien comment, d'ailleurs. J'ai souri.

Ma rentrée musicale m'a déçu : la sublime Salomé ne méritait pas ce kitch, et le deuxième concerto pour piano de Chopin était juste ennuyeux. Moi qui voulait de l'éclat ! Kathia Bunyatishvili s'est sauvée dans le Liebestraum n°3 de Liszt, son bis.

La fête de l'Huma, par contre, était rafraîchissante. Dans tous les sens du terme, et surtout dans celui des retrouvailles amicales. J'y ai laissé ma voix. Pas à cause de la musique, mais à cause du bruit ambiant qui oblige à parler fort. Joan Baez s'est dissoute dans les averses, mais Nolwen Leroy puis Yannick Noah ont enchanté mon dimanche. J'étais rentré à temps pour voir la super prod de TF1 qui a cartonné en audience au 20h de Claire Chazal. Mal jouée, hélas, mais scénar en béton. Écriture irréprochable, de vrais pros. Digne de Platane. Dommage que je ne sache pas vomir, la nausée ne m'a pas quitté de la nuit.

Ce soir, c'est à l'auditorium du Louvre que je m'offre une respiration musicale. Akiko Suwanai, je l'ai akiko.jpgentendue la première fois étendu sur un lit. Je venais d'être quitté et je découvrais sous son archet, dans une livraison fragile du concerto en ré de Tchaikovsky, que j'étais amoureux, que je serai donc triste.

J'ignorais encore qu'il s'agirait d'un anéantissement.

La tristesse m'a poursuivi trois ans durant, mais j'ai réussi à reconquérir l'amitié, la présence, la tendresse, le partage, le voyage, la confiance, même la générosité... tout à peu près sauf le sexe.

Il reste pourtant le seul pour qui je bande.

Nous serons ensemble pour Akiko Suwanay, comme un éternel retour vers ce lit de rupture. Notre marronnier. Dont je ne désespère qu'il redevienne un jour un lit de récompense.

14 septembre 2011

rentrée musicale à couteaux tirés

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Ce soir, Salomé sera ma rentrée musicale. Une rentrée sauvage, forcément primale. Strauss, Wilde. L'impossibilité amoureuse transgressée à mort. Sauvage, Angelika Denoke que j'avais vue à Londres dans la mise en scène audacieuse et sensuelle de McVicar, reprendra son rôle.

Sauf qu'il m'en a coûté 55 euros. Finies les queues à quatre heures du matin pour obtenir des places à 20 pour les copains et moi : j'ai sombré dans l'abonnement, unique moyen de satisfaire mon addiction lyrique.

S'enfileront à la suite Lulu - une autre "tueuse" - pour deux nouvelles interprétations et une virée à Berlin au Printemps, à l'occasion de ses fiançailles avec Barenboïm, Pelléas et Mélisandre, sans trop savoir si je finirai par y adhérer, une Flûte enchantée aux Champs-Élysées, et une bonne vingtaine d'autres concerts qui me balanceront de terrains de connaissances vers des nuages inconnus : pour le coup, je me suis vengé sur les billets à 10 euros de la salle Pleyel, dont ils n'ont pas encore eu la peau...

J'avais rarement aussi bien approvisionné mon panier musical au 15 septembre d'une saison. J'en connais qui vont encore me reprocher de ne pas être dispo pile le soir où ils organisent une soirée... Mais c'est ça, ou la ruine musicale, alors.

Ah! et puis j'ai l'intention de viser un peu du théâtre - version chantée ou non. Beaucoup de choses me tentent : la rencontre amicale déchirée par la guerre entre le Richard Strauss de Salomé et le Stephen Zweig de l'Ivresse de la métamorphose, qui me bouleversa en son temps ; une Douleur qui porte bien son nom, où derrière Dominique Blanc et Patrice Chéreau se cache un magnifique talent, à qui mon cœur et ce blog consacrèrent une rubrique émue ; une version allemande, jouée et chantée de notre éternelle Lulu, par le Berliner Ensemble de Brecht himself ; quelques Genet ; et pourquoi pas une comédie musicale puisqu'il paraît que Cabaret revient à Paris !

Le traitement de mon talon, à hautes doses d'anti-douleur, a fini par soulager mon dos. Mes pannes de cœur sont éclipsées derrière mes peines de sexe. Et la Fête de l'huma viendra me rappeler qu'on peut s'ouvrir à l'art vivant, lui consacrer une place qu'on n'aurait pas imaginée, et demeurer quelqu'un du peuple.

Après tout, s'accrocher à l'art quand tout te pousse vers la sortie, c'est déjà une façon de résister.

21 janvier 2011

la passion maladive (3/2)

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La folie continue. Il ne suffit pas d'analyser une passion maladive pour l'enrayer. La semaine qui vient de se dérouler est un exemple du genre. Tu as dit frénésie ?

Le guichet ouvrait vendredi dernier à 11 heures trente, c'était le jour de la mise en vente des deux opéras de Wagner achevant la Tétralogie. Il était évident qu'il y aurait du monde au portillon, d'autant que la Direction de l'Opéra avait décidé de limiter les ventes à deux billets par personnes et par opéra.

Pour la première fois, j'ai commencé la queue dès la veille au soir, un peu avant 19h. Mon premier pont lyrique, ma première traversée, dans une nuit étonnamment douce, pavée de bons moments, intercalant un coup à boire avec un nouveau blogueur sur la tranche 19-21h, une goulash de distante réconciliation pour la 21-23h, des petits sommes dans la voiture... De notre groupe des Prosélytes lyriques, Gilda fut la seule à me rejoindre, à 7 heures du matin, avec un numéro d'ordre vertigineux, au delà des 150, tandis que que j'avais décroché le numéro 7. J'ai eu les places que je voulais.

Et ce matin, plus calme, pour un Verdi peu connu - Luisa Miller, "charnière" dans son œuvre, ai-je entendu en arrivant un peu avant cinq heures ce matin - et un contemporain, Akhmatova, dû au jeune compositeur français de 36 ans, Bruno Mantovani, la nuit est redevenue glaciale.

Entre temps, je me suis offert vendredi soir du théâtre : Salomé d'Oscar Wilde, dans une mise en scène plaisante par les Dramaticules (illustration), qui offrait une lecture singulière de ce drame mythique dont j'avais vu jouer la version lyrique de Richard Strauss dans deux productions la saison dernière à Paris et à Londres.

Puis en rafale, le Théâtre des Champs-Elysées ayant organisé des soldes pour ses concerts de janvier : Nelson Freire et l'orchestre philharmonique de Saint-Petersburg pour des Brahms samedi soir. Lundi soir, le poème symphonique Une vie de Héros, de Richard Strauss, par l'Orchestre symphonique de Birmingham, avec auparavant Gautier Capuçon dans le magnifique concerto pour violoncelle de Chostakovitch, dont le mouvement lent m'a emporté. Mercredi soir, c'est le délicat Orchestre de chambre de Lausanne qui consacrait une soirée à Beethoven, sous la direction de Christian Zacharias, qui était en même temps pianiste pour le cinquième concerto. Ce soir, je retrouve Yo pour Shéhérazade de Rimsky-Korsakov, par l'Orchestre du Mai musical florentin, avant de conclure la séquence par le Barbier de Séville, au Chatelet samedi. C'est l'écoute de France-musique, mercredi après-midi, qui m'en a suggéré l'idée. Le jeune chef et le metteur en scène parlaient de façon jubilatoire de leur collaboration, alors pourquoi pas...?

Je n'aurais raté, finalement, que ce somptueux concerto pour violon en ré, que je chéris plus que tout autre, de Tchaïkovski, le 11 janvier dernier, retenu ailleurs par des obligations professionnelles. Mais j'ai tenu ma revanche - la passion est maladive, l'harmonie parfois irréelle : dimanche dernier, le petit matin était baigné de soleil. Le marché engorgeait le Boulevard Richard Lenoir. Je conduisais mon ami d'amour et de tourments sur son lieu de travail. Radio classique en diffusait le 1er mouvement. Nous sortions de l'agitation maraîchère dans l'agitation de l'orchestre, et sur les quais lumineux et fluides, la Cadenza nous ouvrait la Seine. Rivoli, Concorde, le Rond-Point des Champs, l'Avenue Montaigne, le violon d'Hilary Hahn montait dans ses aigües déchirants et magnifiques, l'orchestre lui donnait son écho sur l'Avenue Kennedy. Et à la minute précise où nous devions arriver, à la seconde même, la voiture s'arrêtait au niveau du parvis du Trocadéro, face à la Tour Eiffel encore délaissée par les touristes, et l'orchestre livrait la dernière note du mouvement.

Une coordination qu'il eut été impossible de programmer. Le minutage d'un montage. Un film d'action et d'amour. Un moment rare où, à ses côtés, m'est revenu cette fois où nous avions écouté l'interprétation de ce même concerto, partition en main, par Akiko Suwanai. C'est l'un de l'autre, que jusque là nous avions été amoureux. Avant que l'harmonie ne vienne se corrompre.

08 juillet 2010

dans la folie londonnienne

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Cette fois, je suis un vrai. Un vrai de vrai. Et tu sais à quoi on peut le dire ? Pas au fait que j'ai vu 12 opéras cette saison, dans une frénésie presque adolescente. Pas au fait que j'ai plusieurs fois parcouru des centaines de kilomètres, comme un amant impatient, en voiture, en train, voire traversé la Manche pour aller voir des opéras. Pas à mes queues qui commencent parfois à quatre heures du matin devant Bastille pour réussir à accommoder mes entrées d'opéra à un budget modeste... Non, on le sait à une chose : désormais, je fais partie de ceux qui ont déjà vu au moins un opéra dans au moins deux mises en scènes différentes.

J'étais donc à Londres le week-end dernier pour revoir Salomé, de Richard Strauss. Ou plutôt pour voir Salomé au Royal opera House dans la mise en scène de David McVicar. Une expérience d'opéra incroyable. Presque insoutenable. Angela Denoke y reprenait le rôle créé en 2008 par Nadja Michaël. Un rôle exigent, intense, au corps mobilisé, livré à son propos démoniaque, jouant du sang, du sexe, sacrifiant le désir à l'impossible assouvissement, obtenant - plus que de son beau-père, d'un bourreau nu à ses ordres - la tête coupée du prophète adoré.

L'intensité musicale de Strauss se doublait ici du relief étonnant de chacun des personnages du livret. Le texte d'Oscar Wild en était magnifié, jusqu'aux bavardages iconoclastes des Juifs de Judée, ou aux mondanités dépravés de la cour d'une tyrannie bling-bling.

La veille, nous étions allés voir Le fantôme de l'Opéra au Her Majesty's Theater. Car Londres est aussi la ville de la comédie musicale. En se promenant à pied sur l'avenue qui remonte de Picadilly Square à Soho, les théâtres se suivent et se ressemblent : Hair, Mama Mia, Les misérables, Thriller, Chicago, Priscilla Queen of the desert, Le Roi Lion... Toutes ces productions y prennent pied pour des mois, des années, deviennent les noms familiers de leurs théâtres d'adoption, et jouent à guichet fermé chaque soir.

Il ne manquait que YMCA à cette fièvre. Mais cet air-là, c'est la fanfare de la garde royale, à l'heure de la levée dimanche matin, devant Buckingham Palace, qui nous le jouera, au grand étonnement de la foule rassemblée. Peut-être en hommage au 4 juillet américain ?

Londres a aussi été l'occasion d'un retour aux galeries nationales pour les salles du 16ème siècle, avec leurs Veronese et leur Michel-Ange, d'une visite au British Museum, avec toujours cette gratuité d'entrée qui t'épargne le poids du devoir d'en avoir vu le plus possible pour en avoir pour ton argent. La Pierre de Rosette et la momie de Cléopâtre auront suffi à nous combler pour cette fois.

Ah! Et puis nous avons aussi fait notre petite croisière sur la Tamise, car vu de l'eau, Londres ne se vit pas pareil.

100_4669.JPGVoilà. Et comme le soleil était au rendez-vous, celui du ciel et celui des yeux, avec de la tendresse et du plaisir au bout de l'archet, le week-end m'a rendu un peu oublieux du reste. Pour un peu, je n'en aurais pas remarqué qu'un blog de ma fratrie avait décidé de se mettre en suspension...

21 décembre 2009

confondre être et avoir

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C'est à trop confondre être et avoir, que les tempêtes naissent dans les huis clos et déclenchent les folies dévastatrices.

Copenhague en est une sorte d'illustration à l'échelle de la planète. Vous avez tout eu, nous avons le droit de tout avoir à notre tour, l'avenir, on en parlera plus tard. Quand on n'a que la croissance à offrir en progrès, qui sommes nous pour dénier à ceux qui n'avaient rien l'envie de vouloir nous ressembler ?

La terre, nous y sommes prisonniers, c'est notre conclave. Il y a peu, on la voyait immense, infinie, nous pouvions ne jamais cesser de la conquérir et d'en exploiter les trésors, nous pouvions ravager paysages et îles barbares, nous n'étions qu'un simple pas dans la grande marche en avant de l'humanité. Aujourd'hui on sait. On sait qu'on a joué avec le feu, que la nature a atteint ses limites, que les ressources sont un bien qui s'amenuise, jusqu'à disparaître, pour certaines, dans à peine une génération ou deux.

On sait tout des peuples anéantis, des cultures dévastées, de l'uniformisation des modèles ; les élites rivalisent entre elles dans la possession, et l'on cherche la pensée qui nous en sortira. Copenhague nous afflige, mais le capitalisme l'avait écrit d'avance à l'encre du productivisme.

Copenhague s'est voulu Salomé avec la Terre.

alastair4.gifSalomé, fille illégitime d'Hérode, se joue de l'attirance incestueuse du despote (voir ici sa fameuse danse des sept voiles) pour obtenir la tête du prophète Iochanaan, qu'elle n'a pas su séduire malgré une beauté ravageuse pour laquelle bien des hommes pourraient mourir. Elle aimait - comme on croit aimer quand se dérobe l'être aimé - au point de vouloir posséder. Posséder quitte à tuer. Le mythe biblique, immortalisé par Oscar Wilde, a donné à Richard Strauss matière à l'un de ses plus beaux opéras.

C'est le 1er décembre dernier que je suis allé le découvrir à l'Opéra Bastille. Densité dramatique, intensité musicale, remarquable présence lyrique de Camilla Nylund... tout y était, jamais occulté par une mise en scène sans excès d'éclat, voire kitch le temps d'une courte éclipse lunaire.

J'irai bientôt à Bruxelles voir, à la Monnaie de Munt, Elektra, un autre opéra de Richard Strauss, accompagné par ce même compagnon qui m'introduisait, il y a un an, dans l'univers de la grande musique, et dans l'illusion d'un apprentissage : celui de l'amitié amoureuse.

J'ai renoncé. L'amitié ne peut être amoureuse. Ou je réussirai la conversion totale vers une belle amitié, mâle et complice, légère et dépourvue d'enjeux, sans attente. Soit je laisserai épisodiquement des ouragans violents éclater dans ma poitrine, vivant chaque silence comme un abandon, et dans le secret de ma douleur me verrai vautré dans la fange de l'immonde jalousie.

On m'avait dit d'un chagrin d'amour qu'il pouvait durer un an et demi. Cela me paraissait une immensité. Nous y sommes, jour pour jour. Jour pour jour il y a pourtant six mois qu'aucune larme n'a coulé de mes yeux pour lui. Elles ont parfois été au bord, mais à chaque fois la révolte a pris le dessus sur l'effondrement. L'obsession, pourtant, est toujours là, et cette satanée tempête, bêtement, qui toujours revient. Comme si être son ami, être présent dans sa vie, être l'un de ses repères, peut-être son principal appui, être à sa portée ne pouvait me suffire, comme si je devais l'avoir pour moi, pour moi seul, ami ou amant, avec ou sans caresse, mais l'avoir à moi...

Cette confusion entre l'être et l'avoir ne défait pas que l'avenir du monde, elle bousille les propres chairs de la raison.

01 décembre 2009

les pieds de l'aurore qui trépignent sur les feuilles

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"Iokanaan ! Je suis amoureuse de ton corps. Ton corps est blanc comme le lis d'un pré que le faucheur n'a jamais fauché. Ton corps est blanc comme les neiges qui couchent sur les montagnes, comme les neiges qui couchent sur les montagnes de Judée, et descendent dans les vallées. Les roses du jardin de la reine d'Arabie ne sont pas aussi blanches que ton corps. Ni les roses du jardin de la reine d'Arabie, ni les pieds de l'aurore qui trépignent sur les feuilles, ni le sein de la lune quand elle couche sur le sein de la mer... Il n'y a rien au monde d'aussi blanc que ton corps. - Laisse-moi toucher ton corps !"

Oscar Wilde, Salomé

Ce soir à l'Opéra Bastille, je cours à nouveau vers une grande émotion musicale, vers une mythologie rédemptrice et implacable, une densité musicale que l'on dit rare, et que l'on doit à Richard Strauss.

(Soit dit en passant et sans blasphème aucun, ou si peu - c'est te dire où j'en suis de mes frustrations - j'en connais moi aussi des paires de couilles que je me ferais bien livrer, sanguinolantes ou non, sur un plateau d'argent pour les carresser à volonté, les enfler, les embrasser jusqu'aux entrailles et me les enfoncer où je pense...)