19 avril 2009
week-end aux archets infinis

Il pleut - Ah ! non, il pleuvait, tiens. Il n'y a plus de sorbet à la mangue au congélateur.
Les week-ends ont coutume d'être courts, toujours trop courts. Les miens sont longs comme des jours sans pain.
Cette après-midi-là
j'aurais voulu moi être son violoncelle
et aujourd'hui encore
éprouver ses doigts tendres sur ma hampe
sentir le contact de son archet sur mes organes vibrants
être enlacé moi à moitié de ses jambes à moitié de ses bras, reposer moi sur sa cuisse ouverte
Un archet de violoncelle, c'est 80 à 82 grammes de bonheur, et 72.5 cm de frustration.
Il y a un an, je le faisais souffrir, sans m'en soucier presque, mais je l'aimais, mais je le faisais souffrir
mais je l'aimais
déjà
Et je m'en veux à mourir de ce que j'infligeais alors à son silence.
Nous dirons le temps où j'étais son autre violoncelle.
Le paradis. Voilà, j'étais au paradis, j'ai connu le paradis. Ne dis pas que c'est un privilège. La seule fois où dans ma vie, j'avais dans les mêmes mains l'amour, la sérénité et la reconnaissance. J'en étais vaillant, explosif et créatif. J'aimais et j'étais aimé. Rien ne me résistait et rien du coup n'avait d'importance, même pas l'avenir. C'est pour cela que le reste, tout le reste vois-tu, fut-ce l'avenir même, est condamné à ce goût de mort.
Dis, je vais encore rester longtemps un monsieur triste ?
16:17 Publié dans eaux douces et autres amants | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : saiichi, violoncelle, chagrin d'amour, amour
02 janvier 2009
me chercher, te trouver, demeurer perdu
Fêter le nouvel an à Budapest. Malgré quatre années de vie dans cette ville, ça ne m'étais arrivé qu'une fois. J'y avais rencontré l'homme avec qui je vis depuis onze ans.
Chaque visite à Budapest est l'occasion d'un retour sur moi. Plus encore cette fois parce que j'avais quelques tessons de ma vie à rassembler.
Je suis donc retourné vers des lieux connus, aimés, adorés, ceux d'un éternel pèlerinage, ceux où je devins moi et où chaque fois je me retrouve. Depuis dix ans, je n'y étais revenu qu'en été : mes retrouvailles ont d'habitude l'allure décolletée, les shorts y sont courts, les peaux hâlées, les eaux sautillantes et splachantes de rires d'enfants. Été après été, mes souvenirs hongrois étaient devenus de simples souvenirs de vacances.
Les sensations d'hiver m'ont replongé cette fois dans ce qui fut mon quotidien, souvent seul et l'esprit prêt aux découvertes.
Écoutant les regards de mes amis s'émerveiller des choses, des lieux, je me suis rendu compte que l'enchantement fonctionnait encore.
Je suis revenu au pied de mon immeuble, face à la cage d'escalier. A l'interphone, les quatre lettres "D.I.V.SZ" y sont encore. Ils n'ont donc pas vendu. Qui est-il, celui qui occupe ma place ? Un Grec ? Un Soudanais ? Un Indien ? Un Portugais ? Vit-il seul, en famille ? Derrière la fenêtre du balcon du premier, il n'y avait pas de lumière. Nous n'aurions pas été en période de fêtes, je n'aurais pas sonné non plus. Pas envie d'engager un dialogue avec ce passé-là, à cause de ce qu'il est devenu. Mais ce lieu... y emmener mes amis... à deux pas à peine de notre hôtel... et entre les deux, le Poco Loco, où je pris de si nombreux diners dans une déco pop'art aux dominantes orangées !
L'hôtel aussi, un vieux fantasme à moi que d'y être descendu. Il est attenant à la piscine sportive Komyadi. Ils forment à l'origine un même et unique établissement, le bâtiment néo-classique ayant retrouvé depuis peu sa fonction hôtelière. Longtemps je voyais avec envie les chambres depuis une ligne d'eau, et pour la première fois je voyais les lignes depuis la porte de notre chambre. Nager à la descente du lit, retrouver sous les douches des corps beaux et moins beaux, jeunes et moins jeunes, tous invariablement nus, les plus jeunes et les plus sveltes naïvement ignorants du pouvoir de leur beauté acquise.
Quand la neige se mit à tomber le jour de l'an, je me suis revu traversant l'île Marguerite emmitouflé, le pas feutré dans la poudreuse fraîche, ou me dégageant de mes pelures en entrant dans un endroit chaud.
Mais pourtant. Où que je sois allé, c'est toi que je trouvais.
J'ai croisé Liszt, Kodaly, et bien-sûr Bartok, toute la musique hongroise que tu aimes dans le nom des lieux et des rues. Et Akiko Suwanai, que tu me fis découvrir, m'attendait à la une du Budapest Sun.
Dans les eaux chaudes du Szechenyi, au premier jour, embrassé de leurs volutes bleutées éclairées par la nuit, je ressentais ton dos se relaxer, relâcher l'étreinte sur ta colonne et illuminer ton sourire. Ils étaient tous là avec moi, nous étions ensemble sous le charme du lieu, mais c'est ton absence qui avait le plus de présence.
Dans les eaux du Gellért au deuxième jour, nouant autour de ma taille le cache-sexe en toile, je me voyais dans ton appartement, il y a un peu plus d'un an, quand pour nos premières retrouvailles tu réparais de ce même geste l'affront du premier jour. L'homme qui m'offrit son érection ce jour-là, et celui qui me rejoignit sous la douche recueillir mon sperme dans le creux de son cou, n'avaient aucun de tes charmes, mais je m'en remis à eux en hommage à ta ténacité.
Dans les eaux du Rudas au troisième jour, dans ces mêmes bains où nous nous connûmes, rien n'était changé. Je ne pris pas cette fois le risque de me faire surprendre derrière la vitre dépolie d'une cabine de douche. Le jeune Laszlo qui me masturba du regard, depuis la cabine en face, étonemment bronzé de la tête aux pieds, et qui mîma en riant un tir de révolver en me voyant jouir haut et abondant, avait une jeunesse que tu n'avais pas, un petit sourire fier souligné par un ras-du-cou en cuir, et échangeant avec lui de longues caresses à distance, je me souvenais que ce n'est pas d'abord ton corps qui me séduisit, mais plutôt ton crâne rasé, ton regard timide, l'exotisme de ton sexe et tes lèvres souriantes et charnelles.
Au quatrième jour, au Kiraly, je revenais au lieu de mes premières vraies rencontres et je te trouvais là à nouveau, presque pour de vrai, sous les traits d'un Shinji. Il n'y avait pas, semble-t-il cette fois, de touriste égaré, arrivé par mégarde, mal conseillé par son guide de voyage. L'affluence était uniformément gay, les contacts y allaient bon train. Shinji avait le cheveu dense, très noir, en brosse, l'œil plus noir que le tien mais étincelant malgré tout, le sourire craquant. Il est le premier, depuis toi, à m'avoir fait jouir de sa main, agile comme la tienne, heureuse d'éprouver mon érection franche et de l'accompagner jusqu'à l'exultation.
Shinji nous retrouvera le lendemain soir au Capella pour fêter la nouvelle année, puis j'allais être pour quelques heures son guide en ville, avant nos départs respectifs. Nous avons parlé en anglais. Jeune fonctionnaire dans une organisation internationale qui agit pour la réduction de la pauvreté, à Osaka d'où il est originaire, il a de toi les mêmes temps de réaction après chaque phrase entendue. Avec lui, j'ai cru me retrouver dans ton regard, il acceptait mes caresses avec plaisir ou bienveillance - comme avec toi il m'était difficile de le savoir exactement. Il se prêta, dans la nuit de la Saint-Sylvestre, à un jeu érotique avec un troisième comparse, Zsolt, dans un recoin sombre non loin de la piste de danse. Au Széchény, le dernier jour, je le vis s'amuser comme un gosse dans le bain à courants chauds. Je crois qu'il gardera un bon souvenir de notre rencontre.
Écrivant ce billet, je suis dans l'avion qui nous ramène sur Paris. Quelque part entre l'Autriche et l'Allemagne, probablement. Un peu nulle-part, dans le temple de l'éphémère.
L'avion va amorcer sa descente, les batteries de l'ordinateur sont presque vides. Je serre entre mes doigts le pendentif, pour toi promis mais resté à mon cou. Mon dieu, pourquoi ai-je donc besoin de tant me perdre ?
21:26 Publié dans Saiichi, le miroir magnifique | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : 二つの水の間に, saiichi, akiko suwanai, 諏訪内 晶子, budapest, hongrie, coming out
30 décembre 2008
pélerinage en eaux tièdes
L'eau oscille entre jade et turquoise. Au dessus du grand carré bleu strié de lignes bariolées, d'épaisses volutes s'élèvent, denses, lourdes. Tu n'y vois pas à cinq mètres. Tu plonges la tête, regardes vers l'avant et, dans la profondeur tiède, tu distingues mieux les silhouettes éparses en extension. Les sons aussi te sont feutrés. Ton bras s'étire dans le froid pour retrouver loin devant la chaleur rassurante du bain. Il pousse tandis que l'autre bras à son tour affronte le froid pour aller rechercher la tiédeur au devant. En bout de ligne, des stalactites de glace se sont formées sur les poignées en inox des plots de départ. Le froid t'enserre vite la tête, alors tu repars enchaîner une longueur. Rarement l'eau du bassin ne t'aura été si douce, si réconfortante. Dehors, le thermomètre affiche moins six. Des plaques de verglas se sont formées aux alentours du bassin, alors tu n'as pas couru malgré la morsure du froid, tu t'es laissé prendre par le velouté soyeux de l'eau, et tu nages, tu nages avec délectation, tandis que les projecteurs balancent une lumière diffuse qui se perd dans les brumes du bassin. C'est la première fois depuis 1998 que tu reviens à Budapest en hiver, et que tu retrouves, dans le même lieu, dans les mêmes eaux de la piscine Csaszàr Komyàdi, ces sensations qui firent ton quotidien, quatre années durant.
Un peu plus tard, plus au sud, non loin du Danube, l'atmosphère est sombre, la lumière est tamisée, la voûte de pierre protectrice t'enveloppe de haut. Le bassin central de forme octogonale affiche une eau à 38 degrés. Aux quatre coins, quatre autres bassins t'invitent à un parcours relaxant : 28 degrés, 33, puis 36, et 42 si tu en as le courage.
A 42 degrés, tu rentres doucement. Le temps de laisser ta peau s'habituer. D'abord les pieds jusqu'aux chevilles, puis une marche plus bas jusqu'aux genoux. Puis les cuisses, le sexe et les fesses jusqu'au nombril, tu transpires déjà à grosses gouttes quand tu laisses ton torse s'immerger. Tu n'y restes pas plus longtemps que cinq minutes. Après une douche froide, tu t'essayes au sauna, ou aux bains de vapeur. Puis tu recommences, cherchant, chemin faisant, à alpaguer le regard d'un bel homme, parmi tous les corps nus en déambulation autour de toi, le sexe à peine recouvert d'un petit pagne de toile carrée noué autour de la taille. A un moment, tu trouveras celui avec qui tu prendras du plaisir. De loin. Masturbé par son regard.
Je n'étais plus retourné aux bains Rudas de Budapest depuis ma rencontre avec Saiichi, et notre sortie honteuse, en août 2007. Ah! toujours ce fétichisme des lieux, comme pour conjurer la peur de devenir un voyageur sans bagage. J'ai beaucoup pensé à lui, à pourquoi il avait pu être attiré par moi, à nos premiers mots échangés, à nos toutes premières caresses, qui se donnaient sans s'imaginer d'avenir. Elles voyaient loin, nos premières caresses. C'est la suite qui se fourvoierait.
Excuse-moi d'interrompre ainsi ma petite série rétrospective, ma sélection, mon best off de 2008. Pour un oui ou pour un non, il me faut parler d'eau. L'eau ici est ainsi : elle jaillit, elle court, elle se parfume d'histoires, et exhale l'ivresse des corps. Tantôt liquide, tantôt glacée, tantôt gazeuse, en vapeur ou en brume. Toutes les eaux sont là et emplissent tes yeux, s'incrustent sous ta peau, en toutes saisons. Sans jamais concevoir les probables sanglots.
Des eaux de pélerinage, suaves et lustrantes pour les histoires humaines. Elles se partagent, aussi, et je suis heureux, en pensant à ceux qui n'y sont pas, d'y avoir entraîné des amis chers.
09:04 Publié dans eaux douces et autres amants | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : budapest, hongrie, eaux thermales, thermalisme, bains, saiichi, rudas
25 novembre 2008
avancer prudemment sur les sentiers de l'amitié amoureuse

Je continue avec Saiichi mon voyage sur les terres inconnues de l'amitié amoureuse. Hier soir, il avait pris l'initiative de me proposer une sortie à l'Opéra Bastille. C'était pour un concert symphonique. L'Orchestre de l'Opéra national de Paris était dirigé par Georges Prêtre, vieux maestro de 84 ans, habité par les partitions qu'il dirige. Le programme comportait Brahms, la troisième symphonie en fa majeur (op.90). Puis Moussorgski, les Tableaux d'une exposition.
Brahms est souvent assez caverneux. Enfin, je trouve. On s'y englue dans des thèmes romantiques graves, lourds, tu guettes chez lui les envolées, tu t'y accroches et tu finis toujours par leur trouver - forcément, sur un socle aussi épais - un magnifique relief. J'aime ainsi son Requiem, mais juste pour les deux ou trois passages où il parvient à m'emporter, quand longtemps il m'a ennuyé.
Georges Prêtre, hier soir, a interprété cette Symphonie n° 3 plus qu'il ne l'a dirigée. Et il lui a imprimé un jeu limpide.
Il saccade, il séquence, il temporise, il étire, il change de rythme, il fait exister chaque corps d'instruments, chaque phrase musicale, en les détachant de l'ensemble par l'on ne sait trop quelle magie. Hier soir, il m'a rendu Brahms lumineux.
J'y ai aimé le troisième mouvement, évidemment, le plus connu, ici interprété par Kurt Mazure, dont la mélodie est d'abord donnée par les violoncelles. Les violoncelles. Mon violoncelle. Mon violoncelle aux yeux noisettes... Je ressentais une joie profonde à être assis là, à côté de lui redevenu presque ce qu'il fut, sur son initiative. Une joie triste, aussi, à cause de la si déchirante mélopée, et à cause de ce presque.
Après l'entracte, les Tableaux d'une exposition nous furent donnés avec cette même profondeur. Je crois que je n'avais jamais entendu Moussorgski joué avec tant de lenteur. Avec tant de place faite aux vibrations profondes de l'oeuvre. On y décelait les traits de pinceau, les hésitations du peintre. On y avançait comme on circule dans un musée, en laissant les émotions parfois monter en vous, ou au contraire vous surgir en pleine figure.
Après le flamboyant final sous la Grande porte de Kiev, une standing ovation, une traversée du 11ème par grand froid, un plat de pâtes dans un Italien encore ouvert, je suis resté passer la nuit chez lui. Sur un matelas par terre. Je n'ai pas ronflé, paraît-il. Lui si, juste un peu, ça le rapprochait de moi.
Plusieurs fois, tout au long de la soirée, j'ai voulu lui dire ceci :
"Je peux te demander quelque chose? J'ai un peu honte, s'il-te-plaît, promets-moi de ne pas te moquer de moi. Tu sais que j'aurais beaucoup aimé être de ce voyage à Londres avec toi, le week-end prochain, assister à ton concert, être ton porteur de violoncelle. Je n'y serai pas, mais une chose me ferait immensément plaisir : si pendant le concert, tu portais sur toi quelque chose de moi. Tu vois ce pendentif, que j'ai ramené de Thailande ? Tu m'as vu souvent le porter ces derniers temps. Je voudrais que tu l'emportes avec toi. Et que tu l'aies sur toi, au moment du concert. J'aurais ainsi le sentiment d'y être, un peu, moi aussi."
Le pendentif est resté à portée de mes doigts, toute la soirée. Toute la nuit sur la tablette, à côté de son ordinateur. J'étais tremblant, et je n'ai pas osé. Ce matin en quittant son appartement, tandis qu'il dormait encore, j'ai repris le pendentif et l'ai remis autour de mon cou. Il ne portera rien de moi ce week-end à Londres.
Excuse-moi, Saiichi, excuse mon amitié d'être ainsi amoureuse... et peut-être imprudente.
10:09 Publié dans Saiichi, le miroir magnifique | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : saiichi, musique, moussorgski, brahms, georges prêtre, opéra-bastille, amitié
13 novembre 2008
Hikikomori / ひきこもり

Leur porte est fermée. Ils sont reclus. Ils ne veulent plus voir personne, le monde extérieur leur est hostile. Ils restent ainsi des mois, des années coupés du monde. L'approvisionnement en pizza et en papier Q est leur seul point de contact. S'alimenter et déféquer : voilà ce qui les raccorde encore au monde.
On dit qu'au Japon, ils sont des millions à vivre ainsi dans l'isolement total, surtout des jeunes vivant chez leurs parents qui ne quittent plus leur chambre. On les appelle les hikikomori. Ils seraient 1% de la population, mais un jeune sur dix serait concerné, et ce trouble irait croissant.
Mon ami, aux tendances hikikomorimaniaques - on s'en est amusé - relève la tête et recommence à sortir. Ensemble, nous sommes allés voir, samedi dernier, Tokyo, un film assemblage, fait de trois moyens métrages, qui propose trois visions différentes de Tokyo par des réalisateurs étrangers, trois regards surréalistes sur cette ville-mégalopole qui fascine.
Dans le premier, de Michel Gondry, une femme ne trouve sa place dans cette ville exigüe et turbulente qu'en devenant une chaise à barreaux pour approcher l'intimité des hommes. Dans le second, Leos Carax a imaginé un "homme-merde" sorti des égoûts qui terrorise la population. Dans le troisième, du coréen Joon-ho Bong, un hikikomori s'emmourache de la petite livreuse de pizza, et ne trouve l'énergie de sortir de chez lui qu'en apprenant qu'elle ne le livrera plus, étant elle même devenue hikikomori. Après dix ans de cet isolement, il découvre une ville totalement changée, déserte, morte. La ville entière est devenue hikikomori. Il s'était extrait d'un monde et d'une violence qui s'étaient éteints.
Nous avons bien ri pendant ce film, encore programmé dans quelques salles art-et-essai de la capitale.
Et puis surtout, le voilà lui affublé d'un nouveau surnom, long, certes, cinq syllabes, mais qu'il ne réprouve pas.
09:26 Publié dans eaux douces et autres amants | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : ひきこもり, saiichi, japon, tokyo, leos carax, michel gondry, joon-ho bong
12 novembre 2008
le temps du retour

Cinq mois se sont écoulés, et il est revenu. Qu'en dire ?
Je l'ai retrouvé là, au salon où nous nous caressions dans le secret d'Igor, sur ce vaste divan aux chaudes couleurs d'ocre d'où sa main candide, dissimulée sous une couverture, s'emparait jadis des parcelles de mes membres qu'à dessein j'approchais. Il a passé la nuit dans ce lit où j'allais au petit matin silencieusement le retrouver. Il a mangé de ma cuisine, dans ma vaisselle, j'ai retrouvé son sourire radieux, son oeil espiègle, ses traits d'humour distillés, une paix confiante où autrefois déjà je parvenais à le trouver. Il était là, comme avant. Nous sommes allés marcher en forêt, profiter de l'air frais et des ultimes couleurs d'automne. Avec lenteur, pour préserver son dos, mais avec bonheur.
J'avais tant attendu ce moment, et suis si fier qu'il ait eu cette envie du retour, jusqu'à celle du rester dormir.
Il s'est joué de lui, a manié sa moue moqueuse, comme avant, retrouvé les chemins de l'auto-dérision, jubilé à l'évocation des beaux garçons, il était là dans une joie simple, heureux que nous soyons amis. Sa présence m'était onctueuse.
Et pourtant, cette étape a été rude. C'était son retour, mais il n'était pas seul : je faisais à cette occasion la connaissance de son ami. J'avais besoin de connaître cet homme pour y voir autre chose qu'un intrus et couper une fois pour toutes le fil de la comparaison. Nous aurions pu nous voir ailleurs, autrement. Mais c'est comme ça : après deux ratés, j'avais suggéré cette invitation, et ils l'avaient acceptée.
Nous avons bien sympathisé, d'ailleurs, là n'est pas la question. Il ne savait rien de mon histoire, rien de l'amour que nous avons eu l'un pour l'autre, rien donc de ma passion dévorante ou de mon chagrin dévastateur. A quoi eût-il servi qu'il sache ? Je sais de lui déjà beaucoup. Il a vu dans la longévité de mon union avec Igor la preuve de la possible longévité de son couple binational à lui. Je crois qu'il a passé une bonne journée. Une journée de sortie avec celui qu'il aime, et qu'il voit finalement assez peu. Je faisais le troisième homme, la catalyse.
Et les contacts des mains, des peaux, c'est à visage découvert qu'ils eurent lieu, la tête sur les genoux de l'autre, les appuis tendres et les douces caresses brillaient d'éclats presque rituels. Mais ce n'était ni ma tête, ni mes genoux, ni mes mains, ni mon éclat.
Plusieurs fois en marchant dans la forêt, je suis parti devant déguiser mon visage pour qu'on n'y décèle pas les sanglots étouffés. Pourtant, dans les dernières minutes, j'ai souhaité qu'il perçoive ma tristesse enfouie, qu'il s'y accroche, que d'un signe il y réponde. A l'heure du départ, je n'ai pas été digne dans mon salut, puis m'éloignant, j'ai fondu comme une madeleine, observant au loin leurs derniers mouvements devant l'automate de la SNCF.
Mes larmes ont ainsi fait leur retour en fanfare, deux mois et demi après les précédentes. Il me fallait cette épreuve, il me fallait la réussir.
Cette lancinante question me poursuit donc encore : pourrais-je, pour y survivre, me contenter de son sourire, me persuader seul et en dépit de tout y voir une farandole d'amours, toutes impossibles à vivre mais néanmoins réelles et vers moi tournées. Ou aurais-je un jour droit à sa main sur la mienne ? Saura-t-il lui aussi me dire un jour, d'un toucher ou d'un mot, d'un souffle au creux de mon oreille, qu'à ne vivre qu'en ami, c'est malgré tout par amour que notre lien est éternel ?
08:45 Publié dans Saiichi, le miroir magnifique | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : saiichi, retour, larmes, chagrin d'amour, amour, amitié
30 octobre 2008
dans l'ignorance des peaux

Du tréfonds de sa nuit, un sourire jaillit, et il me dit "c'est grâce à toi". J'y lis sa tendresse. Une tendresse retenue pour ne pas nous fragiliser, mais non tue et c'est déjà immense.
Nous sommes donc amis désormais. Il a en lui toujours beaucoup de détresse et d'inquiétude. Le dos, le chômage, les échéances préfectorales, les insomnies... son monde est fait d'angoisses.
Je le vois souvent. Nous parlons. Nous marchons. Nous luttons contre le repli. Nous recherchons des pistes où postuler. Nous redessinons des envies, des possibles... Il me sollicite, je le vois se redresser peu à peu. Nous sommes amis, quoi.
Et retrouver ce chemin n'a rien eu d'évident. Il a d'abord fallu que la paix me revienne, puis qu'il accepte d'y croire.
Je voudrais que ce soit solide. Alors je me mens, je me laisse croire que je n'escompte plus secrètement une douce pression de sa main dans la mienne, la caresse de deux doigts sur la joue, la simple pesanteur de sa main sur mon épaule, juste un geste, quelques secondes de tendresse explicite.
Au plus profond de moi je sais que vibre cette supplique : quitte à vivre en amis, au moins que ce soit de l'amour ! Alors sur du sable, sur son sourire passager suivi d'un "c'est grâce à toi", je m'efforce de supposer de l'amour.
J'accepte que mon amour soit sans autre retour. Sans contact, sans toucher, sans souffle, sans miroir et sans espoir. Un amour dans l'ignorance des peaux. Comme il y a vingt-cinq ans avec Menem, ou vingt-trois avec Ali, ou vingt avec Laurent. Je le tais pour lui laisser de l'espace. J'accepte d'être l'ami fidèle et loyal pour lui permettre de durer.
J'accepte que son sourire soit mon orgasme.
Eternel amant platonique, telle est peut-être ma destinée. Pour le reste, j'ai une main, et parfois des instants volés derrière une cloison dans un vestiaire de piscine.
Cette attente vaine et frustrée, je la connais par coeur. Elle est ma vieille compagne. Mais elle n'est rien au fond, au regard de sa nuit qui chaque fois revient l'envelopper.
Alors je lui tends la main dans l'espoir qu'il en sorte à nouveau, en souhaitant ardemment ne plus m'y perdre moi-même.
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22 septembre 2008
la marée
A l'allée, la traversée avait été calme. Beau temps. Il nous avait fallu deux heures, à peine plus. Nous étions déjà dans la dernière semaine de notre séjour en Thailande mais nous n'avions pas encore profité vraiment de la mer.
A Koh Phi Phi, nous allions rester trois jours. L'activité balnéaire était bien repartie, les dégâts du tsunami presque effacés. Nous croyions comprendre que pour la plupart, les commerçants n'étaient plus les mêmes, d'autres avaient saisi des opportunités et profité de financements, ou de micro-crédits, d'origine essentiellement scandinaves.
Nous eûmes du soleil, et une après-midi, nous nous offrîmes un mini-tour de l'île en kayak de mer.
C'est le dernier jour que le temps se détraqua : de la pluie, beaucoup de vent. Notre visite à Maya Bay fut annulée. Et le lendemain, nous embarquâmes pour retourner sur Phuket.
Nous n'avons rien vu venir. Il y eut à l'embarcadère le même chahut qu'au débarquement, cette flopée de touristes, les porteurs, leurs carrioles, des bagages dans tous les sens, de la marchandise. Nous prîmes place dans la cabine principale, la mer était calme, la cabine fut bientôt comble, encore quelques cris et quelques livraisons, puis le ferry largua les amarres.
Les premières minutes furent agréables, un dernier regard vers les côtes insulaires pour rassembler des souvenirs, et nous sortîmes de la baie.
La houle nous prit par surprise. Violente, profonde. Le bateau se mit à chalouper dans des creux vertigineux. Le staff du ferry, pris de court,
chancelant dans l'allée centrale, se mit en toute hâte à distribuer des comprimés et des sacs plastiques.
A., ma nièce, fut prise de nausée à la première minute. Elle vomit son comprimé presque aussitôt après l'avoir avalé. Je compris qu'il n'y avait plus rien à faire, et qu'elle allait passer deux heures d'enfer total, à ne désirer que la fin de tout. On ne sort pas d'un mal de mer. On peut essayer de s'en prémunir, être vigilant, se contrôler pour ne pas basculer. Mais une fois qu'il te tient, il ne te lâche plus. Jusqu'à mettre pied à terre. Elle pleurait, elle suait, elle gémissait. Elle emplit cinq ou dix petits sacs plastique, d'où elle n'osait plus sortir le nez. Je lui tenais la bras, lui caressais le front d'une serviette mouillée, qu'au moins elle perçoive qu'elle était vue dans sa détresse. Je minimisais le temps qu'il nous restait à naviguer. Partout autour de nous, des malaises identiques.
L'odeur de vomi avait envahi la cabine, il devenait dur de résister. N., la nièce d'Igor, avait paniqué devant le fracas de la coque sur les vagues, mais n'avait pas été gagnée par la nausée. Le comprimé fit son effet en vingt minutes, elle finit par s'endormir.
Quand je me vis prêt à basculer à mon tour, je suis retourné à l'arrière du bateau, je trouvai un tabouret surélevé à l'extrémité de l'allée centrale, presque en position de pivot, je m'efforçais de ne pas perdre la mer de vue, garder l'oeil dehors, quoi qu'il arrive, repérer l'horizon, offrir à mon oreille interne ce moyen-là de s'accrocher, coûte que coûte, accepter cette fragilité nauséeuse, mais ne pas basculer dans le mal, ne pas me faire prendre, surtout tenir bon.
Je repense souvent, depuis, à cette traversée.
J'en tente une autre, ces temps-ci : reconstruire avec Saiichi une relation différente. Nous étions amants, nous voulons tenter de devenir amis. Il commence, je crois, à être rassuré sur ma capacité à l'accepter. Moi aussi, même s'il est tôt, peut-être encore, et que mon coeur tangue. Je suis dans cette même fragilité nauséeuse, et il me semble qu'il la perçoit et la comprend. Mais je réussis à garder le contrôle, mes regrets n'ont plus produit de larme depuis déjà un mois.
Je suis avec lui comme dans un port, ou plutôt comme dans une baie : j'utilise une ancre parce que je n'ai plus accès à la bite d'amarrage comme autrefois où il était mon havre, mais j'y suis au calme. C'est en s'éloignant du rivage que la mer s'agite. Et c'est là que l'horizon m'est précieux. Je ne suis pas trop mécontent de réussir à le trouver à chaque fois. Un jour forcément, la mer autour de l'île sera calme aussi, et je pourrai même m'affranchir du coup d'oeil vers le lointain pour continuer cette traversée.
00:01 Publié dans Saiichi, le miroir magnifique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : thailande, saiichi, mal de mer
21 septembre 2008
foirage au Ryad
Je ne sais pas bien pourquoi j'y suis allé. Sans doute parce que je l'avais programmé comme ça dans mon agenda, et aussi parce que j'avais envie de sexe. Ras-le-bol des branlettes en solo, des touche-pipi aléatoires dans les recoins d'une piscine. Envie d'un sexe en pleine bouche, de frottements, d'enlacements, de... de sexe, quoi !
Mais bon, ou bien c'était moi, ou bien c'était la lune - ça aussi, je le sais pourtant, jamais à la lune descendante, bordel ! je l'ai même écrit dans un billet tout exprès - ou bien c'était l'heure : trop tard pour le cinq-à-sept des hommes mariés, trop tôt pour les secondes parties de soirée, par dessus le marché en pleine rupture de jeûne pour les Musulmans.
Ou alors, c'est parce que j'avais passé une partie de la journée avec Saiichi. Depuis que j'ai surmonté notre rupture et mon chagrin, je sens que j'ai néanmoins besoin dans les heures qui suivent nos rares rencontres de garder l'oeil sur l'horizon, pour ne pas me laisser gagner par le mal de mer. Or un sauna, ce n'est pas forcément du tangage, mais on y perd l'horizon.
Heureusement, il y avait l'adorable Abdel-Haq à l'accueil, qui me mit à l'aise d'un sourire ravissant et d'un petit bécot de bienvenue. "C'est le plus du Ryad ?", lui demandè-je amusé et flatté. On y entendit du Feyruz et du Natacha Atlas. Il y eut avec Maurizio une petite pipe à l'italienne. Puis surtout quelques caresses et quelques mots avec le seul vrai beau gosse de la soirée, un fonctionnaire de la Crime, musculeux parce que sportif et en plein entraînement dans la perspective d'un départ pour le Rallye-Dakar cet hiver : un corps robuste de baroudeur, une barbe de trois jours, une voix à la Peter Falk... Il s'était acoquiné avec un petit minet, militant du Secours pop, du genre qui sert la soupe populaire chaque jeudi soir près d'une station de métro du 19ème. Ils avaient l'un et l'autre des visions différentes de ce quartier, de ses troubles, de sa crasse, de sa misère sociale, des réponses différentes aussi. Entre deux discussions sur l'origine des violences récentes qui l'ont agité, ils me firent un peu de place pour des contacts à peine complices. Maigre consolation.
Je suis reparti sans jouir, après avoir juste rendu son bécot à Abdel-Haq. Je ne m'étais pas fait de sauna depuis février dernier.
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10 septembre 2008
histoire d'une passion

Quel été !
C'était au premier jour. J'avais depuis plus de six mois cette liaison, qui était devenue une histoire d'amour. La fête de la musique nous permit d'en jouir, peut-être un peu plus que d'habitude, mais ce n'était qu'une journée ordinaire. Juste belle.
Il se trouve que ce fut la dernière. Il n'y avait pas de raison à cela, ou plutôt il y en avait trop. Mais moi, je n'y étais pas prêt. Plus tard, un ami me dira que c'est comme si l'on m'avait confisqué un jouet, comme si j'avais éprouvé pour la première fois une frustration véridique.
Il y a peut-être de ça. En tout cas, de là j'ai commencé à glisser. Puis à m'enfoncer. Puis à m'enfermer. Une bulle obsessionnelle s'est construite autour de moi, et je n'avais plus les clés pour comprendre ce qui se passait. Il n'y avait plus de sortie.
Je ne vais pas revenir sur l'histoire. Tu la connais.
Maintenant que j'ai le recul, c'est sur le processus d'enfermement que j'ai besoin de réfléchir. Pour essayer de comprendre comment des fonctionnements destructeurs ont pu s'installer. Et aussi essayer de percer comment j'en suis sorti, de façon aussi soudaine qu'inattendue. Il y a tout juste trois semaines.
Je parle d'un été étrange, parce que tout ce que j'ai éprouvé n'était qu'intérieur. J'avais des projets pour l'été, qui me conféraient des responsabilités, et il n'était pas question de les remettre en cause. Donc je passais des vacances - comment pourrais-je dire - à tout le moins confortables. Près de trois semaines en Thailande, une semaine dans une propriété familiale du Lot, puis des petites prolongations avec des amis dans d'autres coins de France. Durant ces jours d'été, peu de choses ont paru de ma détresse, sauf pour ceux de mes amis qui étaient dans la confidence. J'éclatais le soir en sanglot sur l'épaule d'Igor, me libérant de l'énergie refoulée en journée.
Car à l'intérieur de moi, il y avait cette incessante ébullition.
Comment les choses s'étaient-elles passées ? Au tout début, j'avais cru pouvoir accepter la rupture : n'était-elle pas l'apanage de notre relation ? Puis quand elle m'apparut illogique, ou irrationnelle, ou reposant sur un malentendu, j'ai voulu entrer en reconquête. Mais j'étais loin, je m'agitais, je me voyais m'enfoncer, je désespérais, les prises se dérobaient, et une souffrance pointue s'installa en moi. Et de l'amertume. Et je me défigurais. Et je fis peur. Jusqu'à mes propres amis. Et je pris peur.

Je parlais, je pensais, je parlais encore, et je pleurais. Le monde glissait sur moi, plus rien n'avait de sens. Ni d'arôme. Je m'enfonçais. Quand je tentais de passer à autre chose, les parois de mon obsession m'enserraient, j'étais ligoté. Ma camisole se resserrait à chaque mouvement, à chaque pensée.
Heureusement, je parlais. Il y eut toujours de bienveillantes oreilles pour m'écouter. Pour orienter ma lecture. Pour accoler des mots aux épreuves, pour remplir de mots les silences, pour traduire en mots les douleurs. Pour tenter de me montrer aussi mon histoire, de son début à sa fin, depuis l'autre côté.
Ce fut assez pour que je réussisse à écrire. Verbaliser mon drame était salutaire. L'air de rien, à travers cet exorcisme, je posais des jalons, distinguant la part du réel et de l'illusoire, la part du vrai et du rêvé, la part de la perte et celle de la dette, la part de mon narcissisme et celle de notre égoïsme, la part de mon confort et celle de son avenir. Je crois que je construisais les chemins de ma survie. Même si je ne m'en rendais pas encore compte. Car au bout du compte, je pleurais encore.
Au fil du temps, mes obsessions dévoraient tout. Encore et malgré tout. Je rencontrais ici et là, sur d'autres blogs d'autres chagrins d'amour, Cécile, Frida, je découvris parmi mes ami(e)s d'autres rêves brisés, d'autres douleurs enfouies. Je vis qu'il n'y avais pas de fin à se laisser détruire. Je comprenais, ce n'était que théorique, qu'on ne tournait pas la page, mais qu'on apprenait le "vivre avec". Je n'étais pas encore prêt pour ces nouveaux apprentissages, mais au moins en avais-je formulé le principe.
Un jour, croyant écrire un ultime chant d'amour, j'écrivis des choses blessantes.
Pendant huit jours, il ne se produisit rien. Avant que des regards amis se défièrent plus qu'à l'accoutumée. En en prenant conscience, j'en ressentis un profond trouble. Je fus blessé, je me défendis, à raison, je crois, car mon amour n'avait jamais souffert d'insincérité. Pendant près de vingt-quatre heures, ce n'est plus dans ma tête, dans mes pensées ou mes souvenirs, que se jouait l'histoire, mais dans mes entrailles. Mon coeur battait à 150. J'avais besoin de me défendre, de me faire comprendre, j'y puisais une énergie étrange. J'étais comme dans un bassin olympique m'épuisant derrière un défi inaccessible.
Lorsque je fus apaisé de ce trouble, tout était devenu calme. Je regardais autour de moi, il n'y avait plus de houle. J'observais où voguaient mes pensées, elles ne me ramenaient plus à lui. J'allais sur Internet, et je n'attendais plus furieusement un mail de lui. Je partis en week-end prolongé avec des amis, et c'est bien avec mes amis que je fus, sans trouble, sans manque. Le noeud s'était défait. Sans même que je m'en rendisse compte. Après deux mois de bourrasque totale.
J'imagine que c'est ainsi que les habitants de la Nouvelle Orleans s'en retournèrent chez eux une fois l'ouragan Katrina éteint. Sous le soleil, à juste constater l'étendue de la dévastation, mais les tempes froides, sans plus d'appréhension.
Avais-je voulu, par ce billet, provoquer ce quelque chose qui me libèrerait ? En tout cas, cet autre noeud, cette petite querelle, permit à mon étranglement de se relâcher.
Comme si un masseur détectant une contracture s'était attelé à me masser ailleurs pour me faire lâcher prise.
Ma tristesse n'est plus triste à présent. Seule sa précarité à lui me préoccupe parce qu'elle le fait souffrir.
Mais putain que c'est bon de ne plus être étouffé. Ma blogueuse jumelle écrivait un jour sous son avatar : time is a good worker. A vrai dire, je ne l'aurais pas cru. Il faut juste l'aider un peu, le temps, construire même sans y croire. Repérer les chemins. Parce que quand est venu le moment, on peut alors dénouer les fils.
00:05 Publié dans Saiichi, le miroir magnifique | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : saiichi, chagrin d'amour, passion, amour








