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05 octobre 2011

l'opéra à trois francs cinquante

Roms près de Sofia.jpg

Police judiciaire sous écrou, procureur en examen, journalistes sur écoute, politiques en garde à vue, porteurs de valises au pilori, milliardaires sous tutelle, candidats en déroute, grand banditisme aux aguets... on ne sait plus à quels saints se vouer.

N'aurait plus manqué que Carla accouche le jour de la grève des sages-femmes... ouf !

Et pendant ce temps, la Grèce tombe de Charybde en Scylla, punie d'être asphyxiée, asphyxiée d'être punie, enjointe à une austérité qui la condamne, sous peine d'une exécution immédiate.

Et pendant ce temps-là, les coups de matraque pleuvent.

Et pendant ce temps-là, d'étranges agrégats fascistes expérimentent dans d'autres périphéries européennes, en Hongrie, des camps de travail forcé pour les communautés Roms, nourrissant le projet de pogroms plus assumés.
Et pendant ce temps-là, des philosophes serviles jettent le discrédit sur les urgences environnementales. Faites place, le productivisme n'a pas de temps à perdre !

Et pendant ce temps-là...

On se croirait dans l'Allemagne d'avant-guerre, dans celle de Brecht et de Kurt Weil. L'Opéra de Quat'sous avant l'heure.
D'ailleurs, j'irai samedi soir y goûter dans une version artistique, à ce théâtre des bas-fonds - forcément plus soft que celui de la vraie vie. Ce sera à Sartrouville (pour ceux qui doutent qu'on peut aussi aller voir des productions de qualité en banlieue...!)
Roms de Hongrie.jpgMais au fait, t'ai-je dit que j'étais à la Salle Pleyel vendredi soir ? Loin du marigot mais baigné dans une Hongrie douce et audacieuse : les Danses de Galanta, de Zoltan Kodaly, et le Concerto pour orchestre de Béla Bartòk, deux œuvres empruntes de thèmes folkloriques revisités, avec entre les deux, un surprenant Concerto pour piano de Samuel Barber. Et en plus, pour la deuxième fois en quinze jours, j'invitais in extremis ma maman à ce concert par SMS, grâce aux bons offices de France-Musique (merci le service public !). Maman adore être avec moi. Même à distance.

07 octobre 2010

ils veulent nous mettre dans l'avion

ROMANES4.JPG

Quelle enfance aurions-nous eue, si le cirque n'avait pas existé ? Et quels adultes serions-nous devenus ? Olivier m'a envoyé hier ces informations et une pétition. C'est avec grand plaisir que je m'en fais le relais.

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Alors qu'ils se préparent à démarrer leur nouveau spectacle en novembre prochain à Paris, les artistes du Cirque Romanes se trouvent emportés dans la spirale anti-Roms.

Ce cirque fait partie du paysage culturel français depuis 17 ans. A l'invitation du Pavillon français, la troupe a même représenté la France à Shanghaï dans le cadre de l'Exposition universelle en juin dernier.

Pourtant acceptées dans un premier temps, les autorisations de travail des musiciens roumains de la troupe ont été annulées.

"Le cirque familial tzigane est menacé", a déclaré Alexandre Romanes mardi 21 septembre à Nouvelobs.com. La direction du cirque avait déposé dans les règles les demandes de permis de travail pour ses musiciens roumains. Comme c'est le cas pour chaque spectacle depuis des années, elles ont tout d'abord été acceptées, "en bonne et due forme", avait tenu à préciser Alexandre Romanes.

C'est en rentrant de Chine que la troupe a appris que ces autorisations de travail avaient finalement été annulées. "Tout le monde est menacé", s'alarme Alexandre Romanes, "ils veulent nous mettre dans l'avion".

Le cirque n'en est pas à ses premières tracasseries. Les enfants de la troupe ont toujours participé aux spectacles et s'exercent "dans des numéros sans danger". Cette forme d'apprentissage a toujours existé dans le milieu du cirque. Ces numéros d'enfants sont - il est vrai -interdits par la loi française. Interdits mais tolérés dans le contexte spécifique des métiers du cirque. Ce n'est désormais plus le cas : "Alors, pourquoi justement maintenant ?", s'étonne le fondateur du Cirque Romanes.

Délia Romanes, la femme d'Alexandre ne comprend pas, "nous avons peur" confie-t-elle, avant d'ajouter : "Cela fait 17 ans que nous travaillons dur, très dur. Et on réalise maintenant qu'on peut très bien disparaitre, du jour au lendemain."

Délia Romanes tient à revenir sur la situation des Tziganes en France : "Avant de rencontrer mon mari, il y a 25 ans, j'ai vécu dans le campement de Nanterre. Beaucoup de gens l'ont oublié, il y avait là mille caravanes, c'était très difficile". La chanteuse a travaillé et a mené un long combat pour obtenir sa régularisation. "J'ai reçu mes papiers de nationalité française l'an dernier, mais je ne suis pas traitée comme telle !"

Le cirque Tzigane ROMANES à Paris, fait aujourd'hui partie du paysage artistique européen.

« Nous les Tziganes, on nous accuse de tout et notamment d'envoyer nos enfants faire la mendicité et voler ; il faudrait une bonne fois pour toute savoir ce que l'on veut : je demande aux parlementaires français d'avoir la gentillesse de ne pas jeter mes enfants dans la rue et de leur permettre d'apprendre et d'exercer un métier merveilleux que nous nous transmettons de père en fils depuis plusieurs siècles »

Alexandre ROMANES

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 Afin de permettre au Cirque ROMANES de continuer son activité, je massocie à la pétition qui demande aux autorités françaises:

-de réattribuer aux musiciens du Cirque ROMANES les autorisations de travail qui leur ont été injustement retirées.

-d'autoriser le Cirque ROMANES à employer les artistes roumains et bulgares avec qui ils veulent travailler.

-de demander au Procureur de la République d'abandonner les poursuites infondées à l'encontre du cirque et de ses dirigeants.

05 octobre 2010

un simple document administratif

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Au risque de provoquer le dédain narquois de la bienpensance sarkozyenne, l'ire de la droite décomplexée, et l'embarras de mes amis électoralistes de gauche, je vais oser un parallèle. Un parallèle entre deux textes qui ne sont au fond que des documents administratifs. Préparés par des fonctionnaires, corrigés par des éminences de cabinet, peaufinés et signés par des politiques ou leurs représentants. Des documents qui pourraient règlementer le niveau de chlore dans les eaux de piscine, fixer un seuil pour l'indemnisation du chômage, déterminer l'âge légal de départ en retraite. Des textes que l'on imagine énoncés par des serviteurs de l'État sortis de grandes écoles, défendus doctement par des argumentaires construits sur le bon sens, au nom des intérêts supérieurs de la Nation et de la préservation de l'ordre public, celà va sans dire. Et non, bien-sûr, il ne faut pas y voir le mal ou je ne sais quelles arrières pensées, nous nous en tiendrons là !

Le premier, c'est une circulaire enjoignant aux préfets de démanteler des campements illégaux, prioritairement des Roms, et de se livrer dans ce domaine à au moins une opération à forte visibilité par semaine. Le second est une loi établissant un statut pour les Juifs. Le premier a été signé par le Directeur de cabinet du Ministre de l'intérieur. Le second a été annoté, commenté et durci par un Maréchal chef d'État. Le premier n'a pas conduit à ce jour à une seule mort d'homme connue. Le second a conduit à la mort de 75.721 Juifs de France en déportation. Le premier a été annulé et remplacé, sous la menace d'une procédure judiciaire euroépenne, mais ses auteurs sont toujours aux manettes. Le second a été promulgué le 18 octobre 1940. La presse officielle écrira le lendemain (L’Eclaireur de Nice du 19 octobre 1940) : "La loi portant statut des Juifs reflète la sérénité. Aucune passion. Rien qui soit un reniement de l’idéal humain dont s’est toujours inspiré la France". Elle n'avait alors, ni même dans les mois qui suivirent, provoqué aucune mort d'homme connue.

Vitupérez, droite pétainiste, bien-pensants sarkozyens, dénoncez l'excès du propos, l'extravagance du procédé... Moi, je ne vois que deux papiers, deux actes, annotés, corrigés, publiés. Deux banales procédures administratives. Trois fois rien, en somme.

En 2007, l'excellent film de Nicolas Klotz, La question humaine, avec Michaël Lonsdale et Mathieu Amalric, dénonçait subtilement comment la pire perversité criminelle peut être transmise à tout un corps social - une entreprise ou une administration d'État - même peu préparé, par le seul moyen de la procédure administrative.

Depuis Pétain, plus précisément depuis Sarkozy, il y a même un petit nouveau. La rémunération des Préfet comporte désormais une prime au mérite, qui peut aller jusqu'à 66.000 euros par an, liée à la bonne réalisation des objectifs qui leurs sont assignés.

Désormais, l'on ne peut plus savoir si derrière la forfaiture, les préfets sont des serviteurs de l'État ou des serviteurs de leur porte-monnaie.

01 octobre 2010

le Rom et la petite fille

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Mon amie me raconte cette histoire. C'est arrivé le matin même, elle aurait envie d'en faire une nouvelle.

Elle est assise dans le métro. En face d'elle, un homme d'âge mûr lit le journal. Un gratuit, Métro ou 20 minutes. A côté de lui, une petite fille, sa petite fille, ne tient pas en place. Mon amie lui donne trois ans et demi.

"Papy, c'est quoi, çaaa ?"

Elle montre une image, ou une lettre, sur un petit livre d'enfant. Plongé dans son journal, l'homme ne répond pas.

"Papyyy ! C'est quoiii, çaaaaaa ?"

La petite ne lâche pas, crie plus fort. Des passagers s'attendrissent, la plupart s'irrite, et le montre de sombres coups d'œils jetés par dessus l'épaule.

L'homme fait mine de s'intéresser, sans conviction, presque sans regarder le livre. "C'est un A, ma chérie". Il retourne aussitôt à son journal.

"Non, c'est pas çâ !" s'accroche vite la petite fille.

Mon amie suit la scène, nonchalante. Elle ne sait pas si cet homme l'agace par son incapacité à donner à la petite les trois minutes d'attention qu'elle lui demande, ou si c'est la petite qu'elle trouve teigneuse et insupportable. C'est une enfant modèle, le cheveu blond sorti d'une publicité Lotus, des vêtements de petite fille.

"C'est pas ça, je te diiiis !"

La petite fille ne sait plus quoi faire pour exister entre son siège et son grand-père. Elle n'a que sa voix, qu'elle balance de plus en plus haut. Le métro s'arrête, les portes s'ouvrent. Dans le flot entrant, un homme, que la petite suit des yeux intriguée, reste debout, porte à sa bouche un curieux instrument, une sorte de clarinette à clavier de piano, et se met à jouer de la musique. C'est un Rom.

La petite fille regarde cet homme. Elle ne le quitte pas des yeux. Elle écoute la musique mélodieuse qui sort de son engin. Elle a oublié son livre, ses questions, son grand père, sa quête existentielle. Le métro s'arrête, les portes s'ouvrent, la musique continue dans le chassé croisé, la petite fille aux vêtements de petite fille, à la tignasse blonde comme les blés, garde les yeux ronds, la bouche entrouverte. Elle regarde cet homme et écoute sa musique.

Le métro est reparti, il s'est arrêté de nouveau, puis va repartir. Il n'y a qu'elle, et lui. Sûrement pas son livre, sûrement pas son grand père, qui profite de l'aubaine pour finir d'écouler son gratuit, sûrement pas ces grands qui ne l'entourent plus, avec leurs mines patibulaires : juste elle, et lui, qui avec sa musique simple sait lui dire que oui, elle est là à sa place.

Mon amie est sur le point d'arriver. Sans attendre le passage de l'écuelle, elle va vers le musicien et, ostensiblement, y dépose quelques pièces.

Elle me dit que c'était un geste politique. Elle aurait envie d'en faire un conte.

06:37 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : roms, métro

15 septembre 2010

loving Viviane

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Dans Luxembourgeoise, il y a bourgeoise. Et pour sûr, Viviane, bourgeoise, elle l'est. Elle en est même un prototype. De celles qui ont réussi leur carrière avec brio, via un passage à la Sorbonne une décénie après 68, et un Doctorat en sciences humaines.

L'Europe lui a été un marche-pied utile car Viviane est aussi le prototype du haut fonctionnaire européen. Sociale-chrétienne, d'un centre probablement plus droit que gauche. D'un petit pays par essence sur-représenté, contre-poids conservateur indispensable aux pressions populeuses venues de France, de Grèce, du Portugal ou d'Italie. L'alibi moral, pomponné, qui ne fera jamais le poids face aux eurosceptiques.

J'ai beaucoup travaillé avec Viviane, dans un autre vie. Elle s'occupait alors de culture, mais aussi de jeunesse et de sport. Il y a dix ans tout juste, la France présidait l'Union européenne, elle s'engageait contre le dopage, militait pour défendre les valeurs sociales et éducatives du sport, contestait même l'autorité de ses collègues chargés de la libre concurrence pour protéger le sport de la toute puissance des marchés financiers. Reconnaissons-lui que ce combat n'était pas facile, et que choisir Marie-George Buffet face aux champions des droits télé et tous les patrons européens des clubs de foot était un pari courageux.

Ces deux femmes, d'ailleurs, que j'ai souvent vues ensemble, que j'ai parfois accompagnées dans de grandes réunions ministérielles, si différentes dans le style, dans la trajectoire, dans la tenue vetimentaire, dans la vision du monde, dans le brushing, parvenaient à s'appuyer l'une sur l'autre pour faire quelque chose de cette présidence française. Dans le dos des Monti et des Bolkestein...

Depuis, de l'eau a coulé sous les ponts. Les gouvernements d'Europe se sont droitisés. L'Europe s'est enfermée dans l'impasse libérale, a ouvert grand les vannes de l'argent. Et il ne reste que quelques repères moraux pour exister face aux faiseurs de crise et de profits.

Reconnaissons que Viviane a conservé un certain mérite dans ce tourbillon. Toujours commissaire européenne, mais désormais en charge de justice et de droits de l'homme, elle a hier élevé la voix contre le gouvernement français. Après le Parlement européen, et à la suite de la révélation de l'existence de la Directive de la honte - qui fait de la France le premier pays européen depuis la seconde guerre mondiale à désigner officiellement dans un document administratif une communauté particulière en raison de son appartenance ethnique -, elle s'est indignée de ce que deux ministres français, reçus par elle pour s'expliquer sur la politique de démantèlement des camps de Roms et de reconduites à la frontière, lui aient, les yeux dans les yeux, affirmé qu'aucune communauté n'était spécifiquement visée par leur politique, alors même qu'ils étaient les auteurs d'une circulaire témoignant du contraire. Elle a parlé de "honte", évoqué de possibles "sanctions judiciaires". L'Europe qui se met en travers des trains de la déportation : et si elle retrouvait de sa légitimité ainsi, dans ce nouveau courage...?!

Jevacuation-d-un-camp-de-roms-a-montreuil.jpg'entends - enfin je lis - qu'à gauche des gens - certains, amis de moi - s'inquièteraient des conséquences électorales de cette situation. Les gens sont racistes et anti-européens, donc si l'Europe condamne le racisme de Nicolas Sarkozy, ça va les encourager à soutenir Sarkozy. Ça ferait prendre le risque à Dominique Strauss Kahn de perdre les élections. CQFD. Le Parlement européen ne ferait ainsi que servir la soupe à l'UMP. Et à présent la belle Viviane. Les mêmes trouvent d'ailleurs que c'en est assez de dénoncer sans cesse la stigmatisation des Roms, ou des autres, parce que le populo, c'est bien connu, au mieux il s'en fout, au pire il est pour.

Et bien je refuse de souscrire à cette vision, et ne me reconnais en rien dans la gauche qui se range à cette attitude. Pour au moins trois raisons que je veux prendre le temps d'expliquer ici.

D'abord parce que si la condition pour faire place à la gauche aux prochaines élections, c'est que cette gauche soit muette, voire complice, sur les atteintes aux droits de l'homme, qu'elle affiche une parfaite blanche attitude, qu'elle ne prenne pas le parti de la diversité multiculturelle de la France, alors l'arrivée de cette gauche-là au pouvoir ne m'intéresse pas. Le pouvoir n'a pas de sens, seulement s'il peut servir à quelque chose de neuf.

Ensuite, je crois que jamais, jamais, les concessions aux idées de la droite, à fortiori à celles d'extrême droite, n'ont favorisé l'élection de la gauche. C'est comme ça. C'est bien connu, c'est inscrit dans les gènes de notre société, dans les tréfonds psychanalytiques de sa population : la droite, c'est la sécurité par la répression, la gauche, c'est l'angélisme et la prévention. Ça tombe bien, on a maintenant la preuve que la vision de droite ne marche pas et n'est qu'un leurre pour esquiver le débat sur les retraites et sa politique économique.

La troisième raison, c'est la suivante. Je ne crois pas qu'une parole "étrangère", "européenne", soit par nature efficace. Je crois même que quand les blancs se mettent à hurler à tue-tête contre l'excision, par exemple, cela complique le travail des femmes africaines qui, sur le terrain, cherchent à faire reculer cette pratique, par la conviction. Cela associe un combat pourtant juste à une pression néocolonisatrice. D'une certaine façon, je pourrais dire la même chose des croisades qui se mènent chez nous aujourd'hui contre le voile intégral.

Mais dans le cas d'espèce, il s'agit d'autre chose : la politique de Sarkozy contre les Roms, ou contre les immigrés en général, touche à une question pour laquelle la France, depuis toujours, se prévaut d'une légitimité particulière dans le regard du monde : celle des droits de l'homme. C'est bien la France, vue par le monde comme la terre des droits de l'homme, qui est aujourd'hui prise la main dans le sac de son usurpation. Sur son propre terrain. Et je crois que cela heurte la conscience humaniste profonde des hommes et des femmes de notre pays, même des électeurs. Et franchement, je préfère flatter cet égo-là porteur de valeurs, même s'il est largement surfait aujourd'hui hélas, que les instincts racisants toujours tapis quelque part et qui n'en ont pas besoin.

Alors oui, Vivane, dénonce la honte ! Ton discours est fondé, étayé, argumenté. Les démocrates en France s'y reconnaissent, t'inquiète. En plus, c'est comme ça que tu es la plus belle, même dans tes tailleurs Chanel.

Quant à l'électoralisme, beurk ! C'est le contraire de la politique, le contraire de la construction d'une vraie alternative, convaincante et mobilisatrice... C'est un raccourci qui ne me plaît pas.

18:37 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : viviane reding, europe, roms

04 septembre 2010

manifestons avec Flaubert !

liberte-photo-1.jpg

J'ai reçu hier en fin d'après-midi un mail que ma messagerie (non mais de quoi elle se mêle, celle-là, des fois : elle s'est inscrite au fan club d'Eric Besson, ou quoi ?) avait fort mal à propos classé dans le dossier des messages indésirables. C'est pourtant le courriel le plus opportun que j'aie reçu ces derniers temps. Il m'est envoyé par un lecteur : Olivier, seule chose que je connaisse de lui, en dehors de ce qu'il livre en commentaires, avec grande parcimonie.

Je ne résiste évidemment pas au plaisir de te restituer cet extrait de Flaubert, vieux de 143 ans, mais qui illustre à merveille les raisons pour lesquelles je suis en manifestation dans les rues de Paris cet après-midi :

« (…) Je me suis pâmé, il y a huit jours, devant un campement de Bohémiens qui s’étaient établis à Rouen. — Voilà la troisième fois que j’en vois — Et toujours avec un nouveau plaisir. L’admirable, c’est qu’ils excitaient la Haine des bourgeois, bien qu’inoffensifs comme des moutons. Je me suis fait très mal voir de la foule en leur donnant quelques sous — Et j’ai entendu de jolis mots à la Prud’homme. BohemiensXIX.jpgCette haine-là tient à quelque chose de très profond et de complexe. On la retrouve chez tous les gens d’ordre. C’est la haine que l’on porte au Bédouin, à l’Hérétique, au Philosophe, au solitaire, au poète— Et il y a de la peur dans cette haine. Moi qui suis toujours pour les minorités, elle m’exaspère — Il est vrai que beaucoup de choses m’exaspèrent. 

Du jour où je ne serai plus indigné, je tomberai à plat, comme une poupée à qui on retire son bâton. (…) »

Gustave Flaubert, lettre à George Sand, 12 juin 1867 (Correspondance, la Pléiade tome 5, pp. 653-654)