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11 août 2010

minute papillon

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Une petite pause dans les chroniques malgaches. Une respiration. T'inquiète, tu auras ton lot : des impressions de Madagascar, j'en ai gardé sous la semelle. Mes meilleurs billets sont à venir : l'eau, demain, puis le feu, puis l'amour, et puis Landri, et puis Vévé... Je n'en ai pas fini avec les figures et les thèmes. C'est toi qui termineras à plat ventre si tu me suis jusqu'au bout.

Mais voilà, Francis m'a tiré par la manche, me rappelant qu'à Budapest, ma ville de coeur, se déroulaient actuellement les championnats d'Europe de natation, mon sport de prédilection, ma religion. Il y a quatre ans, je me souviens, j'étais dans les mêmes tribunes, à applaudir Laure Manaudou qui, la pauvre, était alors bien seule pour porter les couleurs de nos équipes.

stravius-lacourt_0.jpgQuand je les vois aujourd'hui, jeunes et pilliers, illuminer les rives du Danube de leur sourire fier et leurs cheveux de feu, quand je vois à l'écran de ma télévision le grand bassin de la piscine Hàjos Alfred où il y a quinze ans je me convertissais à cette eau de jouvance dans les rudes nuits d'hiver, j'ai évidemment un gros pincement au coeur.

Alors je suis allé communié, hier midi. Je me suis offert mes minutes papillon. Dans le grand bain de Roger Le Gall, je me suis arraché la peau pour aligner 500 mètres en papillon. Il y avait peu de monde en ce paisible mois d'août, et ce papillon là, toutes ailes déployées, une petite rage au ventre à évacuer, à l'unisson de la médaille de bronze de Mélanie Hennique, avait de belles couleurs. Même s'il m'a laissé à plat au bout de chaque ligne.

Allez, je referme la parenthèse. Mada a aussi son lot de battements d'ailes, je compte sur eux pour me délivrer des impressions qui bouent encore en moi.

18 juin 2010

enflements à Roger Le Gall

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Comme chaque année à pareille époque, Roger Le Gall se met à nu. La grande bâche à moitié déchirée qui lui sert habituellement de plafond est repliée, rassemblée telle un gros gland majestueux au sommet de son mât central. Elle y trône fièrement pour l'été et, chaque jour, balaye de son ombre toute l'étendue du bassin olympique où s'égayent une joyeuse marmaille et quelques nageurs confirmés.

Dans le sillage, on y assiste à d'autres gonflements : le prix d'accès, qui passe allègrement de 3 à 5 euros avant 17h. Même par temps de pluie.

L'affluence, qui dans un excès de crescendo peut constituer sous le soleil une gageure insupportable - il m'est arrivé d'y entrer pour en ressortir aussitôt, les lignes d'eau ressemblant davantage à l'autoroute A6 un jour de départ en vacances qu'à une aire de natation.

La salade du chef de la cafet' jamais avare sur les portions, en particulier son taboulet chestnut et mangue que je te recommande - dont tu pourrais emporter une bonne moitié dans un doggy bag.

Les maillots de bains, surtout à l'heure de la douche quand les regards s'embrument et les corps se délassent. Il y avait du volume, ce soir, dans les coursives.

Et ma bonne humeur, nourrie de genêts de Bretagne ou de bruyères d'Ardèche.

Je n'avais pas déjà fait un billet là-dessus, moi, l'année dernière ? Faut croire que le phénomène est saisonnier...

16 juillet 2009

l'été, Roger Le Gall bande

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Le mât est dressé. A son extrêmité haute, la bâche repliée grossièrement prise dans des cordes forme un gland. Le bassin de la piscine Roger Le Gall a retroussé son chapiteau début juin, et vit à découvert, comme chaque été. Il était 21h 24 hier soir quand les ultimes rayons du soleil projetaient sur cette masse informe, rassemblée et suspendue, leur lumière orange.

Je nageais nu dans ce décor glissant. Prenant ma respiration alternativement sur la droite, mon regard rencontrait cette érection improbable, et ce prépuce géant magnifié par le feu.

Quelques longueurs plus tard, dans un ciel dégagé, la verge sera auréolée d'une volute sombre irrisée de rouge. Puis la nuit s'installera, ôtant à cette tugescence ses connotations vulgaires.

Ce sont alors les érections du bassin qui se cherchaient. IL y en eut peu, au vrai, l'effort et le froid rétrécissent ces choses. C'est à l'heure de la douche - l'eau chaude est une caresse efficace - qu'il s'en remarquerait quelques unes, toujours discrètes.

Mais ces corps nus en extension dans l'eau, aux jambes battantes, aux abdominos tendus secrètement balayés par la lumière crépusculaire, balançant de droite et de gauche, avaient comme d'habitude un fort pouvoir captivant, si bien que tu ne savais plus à la fin de la séance si ton ivresse résultait de l'effort ou de ces corps virevoltant autour de toi.

J'avais bêtement oublié ma serviette, hier, et j'ai du me sécher au souffle chaud d'un sèche-cheveux. Je prolongeais ainsi, face à un miroir de circonstance, l'exhibition de mon corps nu dégingandé. Et c'est alors que j'ai bandé.

17 février 2009

quand Joséphine Baker te tend le miroir

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Je croyais avoir tout expérimenté. Enfin, à peu près : le virage et le plongeon me demeurent revêches. Mais le reste, c'est à dire à peu près tout : les longueurs enchaînées, le demi fond, les pointes de vitesse en crawl, la brasse saccadée, ou coulée, les ballets érotiques, le dos en extension, le dos brassé, le papillon - avec désormais deux ondulations du bassin entre chaque battement d'aile - les petits plaisirs des vestiaires, la langueur des douches tièdes, les regards en coin ou les empoignades audacieuses... Je croyais connaître à peu près tous les enchantements de l'eau. Et pourtant.

Hier soir, Roger Le Gall étant en vidange hivernale, je m'étais rabattu sur Joséphine Baker. La fameuse piscine flottante, qui connut de nombreuses avaries ces derniers mois, mais qui a rouvert depuis peu.

J'étais disposé à la surprise, cette étrangeté posée là sur la Seine s'y prêtant. Depuis la grande Bibliothèque, descendant vers le quai dans le clair obscure de la fin d'après midi, j'entendis d'abord la transparence de la structure de verre, avec le quai de Bercy en arrière plan, la Seine paisible sans courant apparent, et poursuivant le travelling arrière, le bassin finalement assez petit, 25 mètres tout mouillé, puis ce jeune homme occupé à rassembler ses affaires face à la grande baie vitrée du hall d'entrée, en speedo noir, inconscient de sa beauté et des envies de coups-de-ciseaux qui s'agitaient secrètement tout autour de lui.

brutos8013.jpgLa deuxième impression que je décrochais était la blancheur du ciel, descendant se fondre dans la piscine au fond sans marque, sans céramique ni jointure. Nager dans cette ouate n'était pas des plus confortable, mais on s'y habituait, concentré qu'on était à marquer sa place et son tempo au milieu du trafic.

Et puis il y eut cette surprise. La nuit était tombée. Tu avais enchaîné cinquante trois longueurs, le nez tourné vers le fond du bassin. Puis te tournant sur le dos pour les sept dernières, tu vis au plafond un nageur élégant, élancé, ample et précis dans ses mouvements, véloce. Les lumières du bassin, une fois l'obscurité installée dans la ville au dehors, faisaient de ce plafond de verre un gigantesque miroir. Dans lequel tu te voyais évoluer au milieu des autres. Et tu réalisais que tu ne faisais pas que te mouvoir au milieu des gens, mais que tu faisais partie de ces gens. Occupant une place visible, sensible, pesante.

Ta place.