Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

30 août 2008

Clara, la baie de tous les possibles

 

marionettes viet 264.jpg

Le mois d'août 2003 était passé. Ma grand mère était morte de la canicule, j'avais été rappelé violemment dans le giron familial et notre histoire avec Thierry s'était terminée en queue de poisson. Je t'en ai parlé il y a peu (voir mon amant de canicule).

Il y eut quelques soubresauts en septembre. Parmi lesquels cette curieuse coïncidence.

J'étais engagé dans la préparation d'un festival dont la danse allait être le fil rouge l'année suivante, et le Viêt Nam l'invité d'honneur. Thierry m'avait emmené dans le sud de la France sur des terrains d'expression chorégraphique contemporaine, mais il avait une amie, une associée même, impliquée dans le travail de sa compagnie, qui entre autres cordes à son arc collaborait avec l'Opéra de Hanoï dans le cadre d'une résidence financée par le service culturel français.

Il se trouve que dans le courant de septembre, je partis au Viêt Nam pour une mission exploratoire, et Thierry m'avait donné le numéro de téléphone d'un attaché culturel de Hanoï qui était en relation avec Clara. Il était évident que le projet sur lequel elle travaillait allait m'intéresser, il fallait absolument que je la rencontre.

J'avais peu de temps à Hanoï, en fait : deux jours pour des rencontres déjà programmées, un jour pour un peu de tourisme, après quoi, des officiels de mon institution me rejoindraient pour visiter des partenaires situés à Yen Bai, à six heures de train de Hanoï.

Quand j'appelais l'attaché culturel, il me dit d'abord qu'il allait se renseigner, puis le lendemain que ce n'était vraiment pas de chance, mais que le projet était fini et que Clara venait de repartir.

Durant ma journée de tourisme, je décidais d'aller à la Baie d'Halong, un site de légende tant de fois rêvé. J'avais pris une réservation la veille dans une petite agence de voyage de rue comme la ville en regorge. Levé tôt, une moto vint me prendre pour m'emmener à un point de regroupement, j'y rejoins un groupe d'une douzaine de personnes, nous prîmes place rapidement dans un mini-bus qui nous emmen2) Halong (11).jpgait à l'embarcadère, deux heures de route plus loin.

Dans le bus, un guide touristique animait notre trajet. On se mit à converser en anglais avec nos voisins. On eut la pause déjeuner avant l'embarquement dans un petit restaurant de poissons, puis enfin, l'instant attendu, au milieu d'un mouvement grouillant, de dizaines d'embarcations aux allures fières, un mélange d'exotisme et d'ambiance portuaire ordinaire : nous partions à la découverte de la Baie d'Halong !

Devant la magnificence de ce site, je réalisais la chance incroyable que j'avais d'être ici. L'endroit était plus magique encore que je ne l'avais imaginé, plus absorbant que les images d'Indochine en avaient laissé paraître.

Avec les personnes de mon groupe, nous étions d'abord tout entier tournés vers ce monde rocailleux et fantasmagorique. Puis comme on s'habitue à la beauté, on se remit à parler.

marionettes viet 225.jpgAssise à mes côtés, une longue fille blonde, scandinave, pensé-je, partageait son émerveillement avec moi. Je l'interrogeais sur son séjour. Elle n'était pas là en touriste, elle venait de travailler à un projet culturel. Mais peut-être pourrait-on  poursuivre la conversation en français, non ? On rit. En fait, elle était chorégraphe et elle venait d'animer une résidence avec les danseurs de l'Opéra de Hanoï. Elle s'appelait Clara, lui dis-je sur le ton de la suggestion. Elle était stupéfaite.

Je lui dis qui j'étais, je lui racontais comment j'avais passé deux jours à chercher sa trace puis avais fini par abandonner. Une timidité forte s'installait entre nous tant cette rencontre semblait incroyable. Je lui parlais de mon festival, elle me posait plein de questions, l'idée de spectacles sur l'eau la séduisait. Autour de nous, les rochers aux formes les plus invraisemblables, surgis de la mer, nous enfermaient dans l'irréel. Puis elle  me parlait de son travail avec l'Opéra-ballet, du travail réalisé avant elle par Régine Chopinot, qui serait visible d'ailleurs quelques jours plus tard à Cahors dans le cadre d'un festival francophone.

Le bateau à présent s'en retournait au port. Nous avons parlé de Thierry. Il avait été un ami très proche, lui dis-je, je crois qu'elle comprit que nous fûmes amants.

Au retour, j'allais à Cahors voir le ballet de l'Opéra de Hanoi, elle répondit à notre appel à projet et fut sélectionnée, sa chorégraphie installée sur une péniche fut même un clou de notre festival, unanimement apprécié, léger, emprunt d'un univers singulier tinté d'un Viêt Nam contemporain, chaloupé. J'y voyais moi, partout autour, et bien que ce fut sur les berges de la Seine, de fabuleux rochers improbables.

Thierry ne formula aucune proposition de spectacle cette année-là, mais s'en fut admirer le travail de Clara et conçut un projet pour la saison suivante.