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21 avril 2011

difficile retour

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Oh la la, j'ai tellement de choses à te dire... Forcément, après tout ce temps !

Tiens, je n'ai pas de manque, pourtant. Ai-je changé ?

Forcément, l'opéra m'a changé, c'est une évidence. Il a changé mon rapport à la voix, mon rapport à l'art vivant, il a créé en moi d'autres tensions, toujours impatientes, par nécessité curieuses, instillé d'autres addictions, où je projette une autre vision de moi, une sorte de respect ou de réconciliation, peut-être aussi un regard irrespectueux sur les histoires, une libération presque, une distance en tout cas avec les manifestations dissimulées de la médiocrité. L'opéra a enchanté des parties de moi oubliées, alors oui, j'ai changé et ce blog, bon, ma foi.

Fukushima m'a changé. Profondément transformé, peut-être parce que les fuites ont lieu près de mon cœur. Fukushima a accéléré en moi une mue en cours, une symbiose nouvelle avec la nature, ou plutôt, comment dire ? avec la chose naturelle, a aiguisé un sixième sens que je pourrais nommer perception intime des limites ultimes de la planète, a scotché derrière ma rétine, juste là au niveau du nerf optique, une prémonition apocalyptique, qui se renforce avec le déni qui nous entoure - ce négationnisme moderne, l'ignorance orchestrée d'un holocauste à venir qui ne pourrait se dire parce qu'il n'aurait encore eu lieu et qui, à simplement se concevoir, ne serait rien moins qu'un blasphème - mais dont les ingrédients se rassemblent sous nos yeux, à nos portes, sous la conduite d'oligarques - énarques ou capitaines d'industrie, les deux souvent - passés de majors multinationales à des cabinets ministériels, ou l'inverse, communiquant, communiquant et communiquant sans cesse pour désamorcer la déraison et laisser la voie libre à la seule inconscience, nourrie par toute la filière coalisée de l'arme du crime : extracteurs de minerais responsables d'un esclavagisme suffisamment arrangé pour être tu, patrons négriers de sociétés sous-traitantes, médias peu enclins à suivre un dossier dans sa durée et sa profondeur, préférant sauter d'un marronnier à l'autre, vulnérables comme jamais, sans distance, à toutes les manipulations, élus de la majorité ou de l'opposition se faisant rédiger leurs communiqués de presse "pour occuper le terrain" par les habiles lobbyistes d'AREVA, d'EDF ou de Veolia à qui ils ont remis leur papier à en-tête. J'ai si peur que l'on n'en sorte pas malgré les évidences. Alors bon, mon blog, ma foi...

Mon chagrin m'a changé. Il y a longtemps déjà. Il a changé mon rapport au sexe, mon goût pour le face-à-face, il a annihilé une assurance virile que je trimballais sans vergogne, m'a enfermé dans des obsessions pénitentiaires tantôt tranquilles, tantôt agitées. D'ailleurs, avec le recul, faut-il parler de chagrin ou de soubresauts, d'échec ou de repositionnement ? Ce qui est sûr, c'est que je me trimballais une relation vide, que je la compensais par une débauche peu regardante, te prenant à témoin, et qu'aujourd'hui, je cumule une liaison officielle, qui me pèse mais s'accroche, une amitié amoureuse qui accepte sans le dire son volet amoureux, ou qui l'accepte parce qu'il ne le dit pas, par défaut plus que par pudeur, et une liaison secrète, occasionnelle, évanescente, qui m'est chère même si elle connaît plus souvent les parking en sous-sol que les chambres d'hôtels et qui m'a fait récemment retourner au sauna. Au milieu de tout berlin,opéra,vol de valise,fukushima,productivisme,libéralisme,politiquecela, le sexe se perd et se refuse à d'autres fantaisies. Je ne suis finalement pas allé me perdre, moi, dans un labyrinthe gay à Berlin. L'opéra a pris toute la place, et quand ce n'était pas lui, c'était la politique et les magouilles des lobbys industriels, nos sujets du moment avec Maryse, et la ville, marcheuse mais adaptée aux fauteuils roulants, qui nous est apparue ouverte autant que sympathique et nous a laissé une forte envie d'y revenir. Alors au milieu de tout ça, le blog, hein...

Lien ténu avec toi ? Petit pois sous le matelas d'une princesse, oui ! La dérive du monde est insondable, on a envie de renoncer, je te jure !

Dans la valise qui m'a été volée au retour de Berlin lundi, à mon nez et à ma barbe, depuis le coffre de ma voiture sans doute mal fermé, il y avait un livre. Il me restait trois pages à en lire. L'Amant russe. Une plongée dans la Russie soviétique. Ou plutôt dans un groupe de visiteurs complaisants par idéologie où je me reconnaissais, au milieu des années quatre-vingt, le tout dans le regard d'un jeune garçon de 16 ans grinçant, différent, en quête d'amour et d'authenticité, qui décelait l'oppression et l'usurpation là où nul ne pouvait la soupçonner.

Avant Berlin, les deux derniers opéras que j'avais vus à Paris parlaient de deux femmes russes, justement. Enfin, au nom slave. Je n'ai pas bien compris, du reste, si ce télescopage Akhmatova - Kabanova avait relevé d'un choix artistique ou s'il s'était avéré fortuit. Je les avais vus à la suite l'un de l'autre, et l'Amant russe m'y a refait penser.

Mais si j'en parle - j'aimerais réussir à écrire conjointement sur ces deux œuvres, à les faire dialoguer - ce sera une autre fois. J'ai des factures à rechercher. Un vol de valise, pfff ! Ne me manquait plus que ça pour me garder encore loin de toi, tiens ! Comme si mes doutes n'y suffisaient pas...

03 septembre 2009

l'imposture écologique

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J'adhère à l'idée que la fiscalité est un levier de l'action publique, et qu'à ce titre elle doit contribuer à orienter l'économie et les modes de vie vers des comportement plus écologiques. De même qu'elle devrait servir à réduire les inégalités, à promouvoir les solidarités, à accompagner l'aménagement du territoire, à lutter contre la désertification des campagnes, etc. La fiscalité a de tout temps façonné les paysages urbains et les environnements humains.

J'ai pourtant du mal avec la taxe carbonne, qui renifle la supercherie à plein nez. Surtout depuis que j'ai découvert que les grandes industries polluantes seraient exonérées, Arcelor-Mittal, par exemple, qui dispose pourtant déjà d'un droit à polluer de 8 millions de tonnes de CO2 par an. Tout comme les traders qui se revendent des "droits à polluer" sur les marchés des changes à hauteur de 14 € la tonne (alors que la taxe envisagée pourrait bien monter, à terme, jusqu'à 32 € la tonne pour les particuliers).

Ce que je vois, c'est surtout que me chauffer va me coûter plus cher, tout comme me rendre à mon travail en voiture, alors que personne ne m'offre d'alternative dans aucun de ces domaines.

C'est qu'en général le banlieusard paiera plus cher, avec sa caisse achetée à crédit, tandis que le Parisien grand teint et son vélib flambant neuf seront épargnés. As-tu entendu parler des futurs péages urbains envisagés pour financer les infrastructures du Grand Paris ? C'est dans la même logique.

Tant que des solutions viables de transport ne seront pas mises en place, cette taxe n'aura rien d'écologique, ce sera juste un prélévement de plus dans le porte-monnaie de ceux qui ont déjà le moins.

La fiscalité écologique, elle devrait inciter, par des gains de pouvoir d'achat, sur l'isolation d'une maison, par exemple, sur la récupération des eaux pluviales, mais pas sanctionner par des ponctions nouvelles. Les sanctions, elles devraient être réservées à la grande distribution, qui fait venir des fruits et des légumes du bout du monde - y compris des pommes de Chine ! - au lieu de favoriser une prodution maraichère de proximité, elle devrait porter sur les délocalisations industrielles...

Elle m'énerve, cette gauche qui, pour des raisons électoralistes biaisées, pour ne pas avoir l'air d'être à la traîne derrière Cohn Bendit, en rajoute et fait du suivisme de la politique gouvernementale.

Et puis qui dit que, dans un contexte de ras-le-bol général, ce ne sont pas les arguments écologiques dans leur ensemble qui finiront par être décrédibilisés, pris pour de simples dragées inconsistantes enrobant à chaque fois une amende bien amère. Est-ce qu'ils ne sont pas en train de tuer toute l'éducation à l'environnement, purement et simplement  par effet boomerang, avec leurs conneries ?

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Lire ici une contribution éclairante d'Aurélien Bernier, du Mouvement politique d'Education populaire, et , un texte de Charles Hoareau paru hier dans l'Humanité.