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15 janvier 2013

MPT, PMA, MGB et autres bons enfants

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Le pire, c'est ça. Ces bons enfants, là. Sourire, famille, décontraction. Juste la vie ordinaire. Juste la vie rêvée. C'est ça le pire. Ils auraient eu des figures hirsutes, ils auraient eu les oripeaux de la bondieuserie ratatinée, le faciès fascisant, au moins, on aurait su qu'ils ne nous aimaient pas. Même pas mal, en prime : on le savait déjà ! Mais non, ils étaient là, avec des ballons bleus, des pancartes roses, des mouflets sur les épaules. Ça dansait la carmagnole, c'était joyeux. Et du coup, c'était violent. Affreusement violent. Ils ne s'en rendaient pas compte, ivres de la foule qu'ils étaient, mais du coup, c'était quasi-criminel. Ils nous aiment bien, hein. Mais juste à notre place. Juste pas avec les même droits. Juste parce qu'on menacerait la famille, l'équilibre de la société, voire la paix mondiale. Mais ils nous aiment bien. Ils sont même prêts à nous laisser le PACS, tiens, tout exprès, même s'ils ont oublié qu'ils n'avaient pas voulu en entendre parler il y a quinze ans. Ils nous aiment à notre place. En souffrance, même. C'est bon pour la compassion, la souffrance !

Un enfant, c'est un père, et une mère, voilà. Le maximum filial comme minimum vital. En dehors de ça, on ne sait pas, prions pour eux.

Pourtant, j'attends encore les statistiques : les statistiques des salauds, par exemple. Les fils de putes : combien sont donc fils de pédés, ou de lesbiennes, les fils de pute ? Les Staline, les Hitler, les Mussolini, les Polpot ? Allez ! Dans ces quatre-là, juste ces quatre, a-t-on un seul fils de pédé ? Élargissons la liste alors : Prenons les Ben Laden, les Georges Ibrahim Abdallah, prenons les Khadafi, Kim Jung Il et autre Pinochet. Prenons les tueurs en série, tiens, ces jeunes fous venus tirer à bout portant dans les écoles elephant-splash1.jpgaméricaines pour les mémorables carnages de ces dernières années... prenons les tous, tous, et voyons voir : combien de fils de pédés, combien de fils de gouines ? On a les statistiques ? Non, rien ? Dommage !

Alors partons sur autre chose. Si les homos, ça ne fabrique pas des criminels, il doit bien y avoir autre chose, une autre raison de s'y opposer, à ce foutu mariage gay, non ? Ça fait des malheureux et des malheureuses, c'est ça. Des paumés peut-être. Des asociaux. Ou des homosexuels encore... Ça fait des dépressifs. Des anorexiques. Des suicidés... Ah, là on a des chiffres ? Comment non, rien ? Rien de rien ? Ah si, 59 études ont été menées en Amérique ces dernières années. Leurs résultats ont été compulsés, et ils sont édifiants. Même taux de normalité, même taux de difficultés. Un peu moins d'homosexuels chez les fils et filles d'homo. Un peu moins de mariage aussi à l'âge adulte, mais un peu plus de vie en couple. Un peu moins de suicides aussi... Bien sûr, les lobbys catho ont financé les contre-expertises qui s'imposaient, la technique des marchands de doutes est bien connue : l'homo-scepticisme, après le climat-scepticisme. La ficelle est bonne pour tous les sujets, suffit d'y mettre le prix, et le référencement sur Internet ! Mais les fais sont têtus, et eux, ils n'ont pas de prix, même s'ils n'ont pas de réseau !

Alors le suicide, parlons-en ! Ils y pensaient, ces bons-enfants du tout-Paris, au suicide, quand ils étaient dans la rue ? Ils y pensaient à tous ces mômes, qui traversent dans la souffrance la découverte de leur homosexualité, qui se sentent hors du monde parce que leur monde les rejette, le monde en rose et bleu, le monde des bons-enfants ? Le monde qui ne leur veut pas de mal, hein, qui est même prêt à les tolérer, pourvu qu'on reconnaisse bien qu'ils ne sont pas pareil, qu'ils n'ont pas droit à la famille, peut-être même pas à l'amour ?

Ils y pensaient à l'envie de mort qui les taraude, ces jeunes, tant ils n'ont ni la force ni l'envie de se révolter contre tant de gentillesse, tant compte l'amour des leurs et tant ils ont peur de le perdre qu'ils ne voient pas d'autre issue que celle de disparaître sans laisser de trace au milieu de la joyeuse carmagnole ?

Un jour de printemps des années quatre-vingt, au milieu d'une joyeuse fête dominicale dans le patio de notre maison, au milieu d'une franche rigolade j'ai entendu mon père lancer à la cantonade "le jour où je te vois une boucle à l'oreille, je te déshérite, mon fils !" C'était une boutade. Si loin de sa pensée, de son amour et de sa tolérance. C'était les années quatre-vingt. C'était une bouffe entre quarantenaires avancés. Un peu de vin et beaucoup de rires. Ce jour-là, personne n'a rien vu, peut-être même pas moi, mais j'en ai pris pour dix ans. Dix ans à ne pas imaginer possible un coming out. Dix ans à espérer la mort comme une délivrance. L'ambiance avait été bon enfant. Sur le moment, le coup ne m'avait pas fait mal. Les ballons auraient pu être bleus et roses, il y avait du monde et des rires. C'était juste ça, le pire, que mon père ne m'offre rien contre quoi me révolter. J'étais lâche et il ne me restait que le ravalement. De salive, et de façade.

Moi, je m'en suis sorti, mais je n'arrête pas de penser à ceux qui ont le courage d'aller au bout de leur désespoir. Leur seule arme contre les bons enfants. Et la seule statistique qui justifie qu'on aille au bout de l'égalité des droits.

Allez, le 27, on reprend notre revanche. Pas dupe de l'opération diversion que cela représente pour Hollandréou et son gouvernement à l'heure de toutes les capitulations sociales. Les socialistes ont renoncé à inscrire la procréation médicalement assistée dans la loi, alors qu'elle se pratique légalement en France depuis trente ans - histoire sans doute qu'on continue un peu à culpabiliser, quand même. Normaux, oui, mais pas tout à fait tout à fait...

Je suis content que ce soit Marie-George Buffet qui tienne bon sur ce coup-là, j'espère qu'il y aura du monde à gauche pour soutenir son amendement en faveur de la PMA...