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01 mai 2012

parties de campagne

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La droite était au pouvoir depuis 30 ans sans discontinuer. Il y avait eu l'Indochine et l'Algérie, les pavés de 68 et la réaction drapée d'ordre moral, le premier choc pétrolier, puis le second, les diamants de Bokassa pour parachever le tableau. Il y avait eu aussi Pragues, et Budapest. Et Kaboul. Ferrat chantait sur le bilan, des certitudes vacillaient. Mais dans la campagne électorale qui commençait, il était question de changement. Et cet espoir était nourri de propositions concrètes, tangibles. Entre les 150 de Marchais, qui voulait tout prendre au delà de 40.000 francs par mois, et les 101 de Mitterrand, il y avait un espace de confrontation, une ribambelle de querelles, parfois violentes, il y avait toute une histoire, celle de l'affrontement séculaire entre l'ouvriérisme et la bienpensance. Mais il y avait l'espoir. Le changement palpitait de toute son envie dans des millions de cœurs, et s'y diluait la brouille de la gauche, obligée de se fondre dans cette déferlante espérance. Hollande a aujourd'hui des accents mitterandiens à ce qu'on dit. Mais il s'en tient à la constance et à la cohérence. De d’espérance, il ne reprend rien. Quelle chance a-t-il d'avoir en face un bateleur usé aux ficelles connues dont tout le monde est lassé !

En mai 1980, de l'autre côté du Rhin, Pina Bausch continuait à prospecter. A convier, entre théâtre et danse, de nouvelles formes d'expression corporelle. Sa révolte à elle, tout aussi féconde et promise à l'immortalité.

La scène du Théâtre de la Ville, transformée en grande pelouse depuis les coulisses jusque sous les 1980.jpgsièges du premier rang, accueille ces jours-ci "1980, une pièce de Pina Bausch", reprise par la troupe qui l'a créée il y a trente deux ans. Un grand pré où les acteurs-danseurs, de sketches en performances, traitent de la vie comme elle va. L'enfance n'est jamais loin, ni les travers dans lesquels chacun se reconnaît. Les prestidigitateurs et autres amuseurs publics y vont de leur numéros, s’enivrent d'eux-même sans voir que le public s'en est allé, tandis que les enfants s'ébrouent déjà ailleurs. Il y a dans cette fraîcheur propre au prè, dans ces couleurs tendres, où l'on est seul en même temps qu'on y est tous, un grand sujet social. Les névroses y explosent, tout comme le spectacle de la conso-pornographie. Des chansons folkloriques et une lente sonate de Beethoven pour violoncelle et piano baignent ces scènes d'une douce mélancolie. La distance qu'il faut pour voir la légèreté dans les hystéries collectives et dans leurs manifestations la quête du bonheur.

pina bausch,1980,présidenteille 2012,1er maiLes jeux, les illusions, les fanfarons, les pique-niques ou bains de soleil obscènes, un bol de soupe pour grandir à la façon de Coué, un micro qu'on s'arrache, des jambes qui se vendent et se marchandent... ces parties de campagne ne sont jamais loin de celles qu'on nous sert et dont nous nous serons bouffis ces derniers mois.

Jusqu'en ce premier mai où la journée des travailleurs s'est trouvée prise en otage de ces jeux vulgaires.

Du pré du théâtre hier soir aux rues de Paris cet après-midi, j'ai ressorti mon rouge.

Ma façon à moi de croire qu'en dépit de nos candidats, la petite veilleuse de l'espoir doit restée allumée. C'est dérisoire, mais ça m'a mis le rose aux joues.

03 mars 2012

"on" ne va quand-même pas voter pour "ça" ?...

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J'ai un ami, très cher, qui veut voter utile. Un peu par défaut, si je comprend bien, mais utile. Dans son esprit, ça s'appelle voter Hollande au premier tour. Il lira probablement ce billet.

Le même, lors de la primaire socialiste, avait voté Montebourg, le démondialisateur...

Et ce paradoxe, vois-tu, n'en finit pas de me laisser perplexe.

Je passe sur les qualités oratoires alambiquées de son favori, sur sa plastique erratique, sur ses rondeurs dissimulées... L'enjeu est trop important pour qu'on s'en tienne, lui comme moi, à des aspects aussi superficiels.

Il reconnaît pas mal de mérite à Mélenchon. Il aurait pu être enclin à voter Europe-écologie si, pour le coup, son vote n'avait pas été perdu dans un puits sans fond à 3%. Pas de menace Le Pen non plus, puisque le socialiste caracole en tête et devance la blondillonne de plus de 10 points.

Pourtant, il pense - aujourd'hui du moins - devoir voter "utile".

Mais utile à quoi, au juste ?

capitaine de pédalo.jpgQuand Hollande promet en meeting de faire la guerre à la finance, mais s'efforce illico de "rassurer" les marchés et les spéculateurs dans les colonnes de la presse britannique, cela fait-il du vote Hollande un vote utile ?

Quand il se résout à annoncer une tranche d'impôts à 75% au dessus d'1 million d'euros de revenus, mais qu'il envoie aussitôt des émissaires dans les milieux du football, de la chanson et du cinéma pour y expliquer qu'il ne le fera pas, que ce n'est qu'un "coup" de campagne, cela donne-t- il une crédibilité à la notion d'utilité ?

Quand il déclare qu'il veut renégocier le traité européen Merkozy, mais qu'avec son groupe au Sénat, où il est majoritaire, il laisse voter le mécanisme européen de stabilité, véritable carcan libéral, qui justement contient une obligation de ratification du traité en question, n'est-on pas en pleine inutile ubiquité ?

Qu'y a-t-il d'utile à donner un blanc sein à cette vision si étriquée de la gauche qu'il n'en reste presque plus rien ? Parce que le vote du premier tour, c'est bien ça : un chèque en blanc. C'est le signe de l'adhésion, pleine et entière.

Moi, j'ai une autre vision : le vote Hollande pourra être utile au second tour, s'il se passe quelque chose au premier. Si Eva Joly cartonne pour donner de la force à l'idée de la sortie du nucléaire. Si Poutou ou Arthaud incarnent un rassemblement de poids. Si l'union du "non de gauche" au référendum de 2005 réussit à se refaire. Sinon, même le vote Hollande du second tour sera inutile, je le crains...

Et ça tombe bien, il est en train de se passer quelque chose, à côté de quoi il serait dommage de rester.

Ce n'aurait pas forcément été mon choix initial, mais ça se passe : Mélenchon rassemble, et développe des thèmes intéressants et pédagogiques. Il a cassé l'effet de sidération auquel toute la classe politique et médiatique était en train de céder autour de la fille Le Pen. Il a nommé l'Orbanisation du régime Sarkozy, mission confiée à Claude Guéant. Il a cassé le mythe de l'intouchabilité de 31.jpgl'hyper-richesse en proposant 100% d'impôt au dessus de 360.000 euros de revenu annuel. Même sur l'écologie et contre toute attente, il est pertinent avec sa fameuse "planification écologique", sa dénonciation du productivisme, sa référence au scénario négawatt pour la sortie du nucléaire et la sobriété énergétique. Il est seul à donner du crédit, dans la clarté, au rétablissement de la retraite à 60 ans et à la sécurité sociale professionnelle.

Alors moi - c'est ma conviction mais elle m'a l'air tellement évidente - même si les accents plébéiens de Mélenchon agacent parfois : la seule chose d'utile qui pourrait arriver, c'est qu'il passe devant Bayrou au premier tour. Que ce soit lui, l'événement de l'élection, et que Hollande soit obligé de s'engager dans un contrat avec sa gauche, plutôt que d'aller s'encanailler au centre sur des promesses de désendettement à la con qui nous conduiraient inéluctablement dans une hellénisation de la France !

Il faut virer Sarkozy, certes, mais pas à n'importe quel prix ni n'importe comment ! Car derrière les déceptions et les humiliations, souviens-t'en, il y a toujours le fascisme...

Ça t'étonne, hein, que je fasse de la politique comme ça depuis mes vacances hongroises ?!? Mais c'est qu'à l'époque de TV5-Monde et d'Internet, je suis ici un peu comme à la maison. Avec du temps pour écrire en plus... Et puis l'Orbanisation, je l'ai sous les yeux.

D'ailleurs, puisque j'en ai pris le goût, j'ai encore entendu du Mermet hier soir. Une émission qu'il te faut absolument prendre le temps d'écouter : tous les discours de Sarkozy décryptés au moyen de procédés scientifiques. Ses mots, sa syntaxe, ses formes rhétorique de prédilection... Tout y est décortiqué, et c'est hyper instructif.

Nicolas-Sarkozy-discours-tribune_pics_390.jpgLe mot qu'il utilise le plus ? C'est "ça". Le "ça" qui "suffit !", le "ça" qui "ne peut plus durer". Le "ça" imprécis, impersonnel, qui établit immédiatement la connivence avec l'auditoire. Ou le "on", son deuxième mot, encore plus flou, responsable de tout, l'incarnation du laxisme, l'ennemi invisible, le lâche, qui permet de tout dénoncer et de ne rien expliquer...

Quand à ses formes négatives, interrogatives ou, le must, interronégatives, dont il use et abuse, elles ont des fonctions précises, parfaitement étudiées. A écouter d'urgence avant d'entrer dans les deux derniers mois de la campagne.

Quant à moi... Plouf ! Je retourne dans les eaux douces et soyeuses de Budapest. La campagne, je la reprendrai maintenant à mon retour.