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01 juillet 2012

trente ans de passés bientôt

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Il a rendu l'âme. Celà fait quelques années qu'il traînait en lambeau dans mon porte-feuilles. A l'occasion de contrôles de routine, les agents de la marée-chaussée ne manquaient jamais une occasion d'évoquer le montant de la contravention à laquelle m'exposait de ne pas le faire refaire.

Mais les démarches administratives ne sont pas mon fort, et je ne cours pas derrière les passages à la préfecture, trop longtemps associés aux interminables, incertaines et douloureuses obligations pour régulariser les titres de séjour des hommes de ma vie.

Finalement, tout est allé assez vite. C'était il y a une petite quinzaine. J'ai été orienté par un guichet d'accueil provisoirement installé dans une algéco, en raison probablement des travaux en cours. Puis j'ai du choisir entre deux files, celle qui concernait les permis ne se distinguant pas si clairement que ça de celle qui délivrait les cartes grises. Une fonctionnaire a gentiment vérifié que je disposais bien de tous les documents nécessaires, à l'exception toutefois des photos, me dit-elle, car je devais absolument m'abstenir de sourire. Elle m'a donné un numéro en expliquant que j'en avais pour une bonne demi-heure et m'indiquait la direction du photomaton.

Je n'avais pas suffisamment de pièces, j'ai donc du rechercher une machine à monnaie. Celle de la salle d'attente où je me trouvais était en panne, je me suis donc déplacé vers celle de la salle des cartes de séjour. J'ai introduit un billet de dix euros. La machine m'a rendu le change, exclusivement en pièces de dix et vingt centimes. Ça ne s'arrêtait pas de tomber, dans un doux cling-bling de machines à sous. J'ai eu l'impression d'avoir gagné au jeu, ce qui était quelque peu incongru dans cette salle d'inhumanité où d'autres destins étaient suspendus à de terrifiants pile ou face.

J'en ai rempli comme j'ai pu mon porte-monnaie, les poches de jeans et de veste, me suis installé dans la cabine où j'ai introduit mes pièces jaunes une à une au moyen d'un poussoir - et cinq euros, en pièces jaunes, ça prend du temps. Puis j'ai obéi aux instructions : yeux à hauteur, pas de sourire, le visage de face, la pupille dilatée. La machine ne s'est juste pas préoccupée de savoir si j'étais bien rasé ni si j'avais un col de chemise. J'ai sélectionné l'image de la deuxième prise. L'affaire était dans le sac !

Quelques minutes plus tard, à l'appel du 179, je me suis présenté au guichet, une dame que je flattais de ne pas avoir son âge, au moment où elle me glissait que son permis à elle aussi allait avoir trente ans, me remit mon nouveau graal. Tout beau, tout propre, partiellement plastifié, mais sans encore la puce électronique qui, paraît-il, sera obligatoire à partir de 2013.

C'est ainsi que j'ai pu offrir à ma carte grise un nouveau partenaire, dépourvu de rivet cette fois, avec qui elle cohabitera à longueur de routes au fond de mon sac en compagnie d'un petit bout de papier vert que je lui change chaque année.

Et à toi, la toute première photo que je publie sur ces pages à visage découvert, car la dame en question à bien voulu m'en restituer les boucles juvéniles...

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05 janvier 2010

l'avenue du purgatoire

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J'ai déjà écrit cette histoire, parce qu'elle me saute aux yeux chaque fois que je m'y retrouve. C'est un peu la version réelle - et pas comique du tout - de la blague sur la différence entre le tourisme et l'immigration.

Il est donc une rue à Paris, en plein centre, qui aurait du s'appeler l'avenue du purgatoire. A gauche, tourné vers le sud : la Cathédrale Notre-Dame de Paris, aux tours inondées à 11h d'un soleil d'hiver, au parvis envahi de touristes venus de tous les pays du monde. Le paradis. A droite, la préfecture, ses portillons sécurisés, ses barrières de police, les étrangers qui se pressent dès 8h, par -6° comme hier matin pour attendre leur tour, un petit sac à la main, ou une pochette pleine de papiers, et le cœur empli de stress avant d'affronter les autres queues, derrières les guichets celles-là, puis des fonctionnaires impatients aux mines fatiguées. L'enfer.

Depuis mars, où j'avais écrit ce billet sur la rue de la Cité, nous y sommes retournés déjà trois fois : en juin, en septembre, et en décembre. De rendez-vous en récépissés, valables trois mois, ils ont fini par lui donner un titre de séjour d'un an. Remis fin décembre, mais couvrant la période d'avril à avril. Un an sur le papier, quatre mois dans la réalité, tout ça pour le simple renouvellement ordinaire du titre de séjour ordinaire d'un type ordinaire, qui vit, travaille et paie ses impôts en France depuis bientôt sept ans. Avec comme une horloge, un balancier qui le renvoie toujours du même côté du purgatoire chaque trimestre. Quand une erreur administrative, ou plus prosaïquement le prétexte d'un changement de situation professionnelle, ne le fait pas basculer purement et simplement dans le chaudron de l'OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français).

J'ai beau le savoir, cette administration qui transforme en bétail ses sujets, en bourreaux ses agents et en abattoir son fonctionnement est la honte de notre république. Mais en plein débat sur l'identité nationale, je ne suis pas certain que la question pourra être posée.

Nous sommes ressortis sonnés des portes de l'enfer. On a eu beau mobiliser des parlementaires en pagaille, des maires et des maires normal_paris-sous-la-neige-05.jpgadjoints, des conseillers régionaux, généraux, même une ancienne ministre, invoquer la faute dont la Préfecture s'était rendue coupable il y a deux ans... l'attribution d'une carte de résident, qui sécuriserait pour dix ans sa situation administrative, se heurte au même flegme froid d'une administration sûre d'elle-même. Il faut encore attendre, une décision sera prise. Par qui, comment, sur quels critères ?...

Bon, il aurait aussi bien pu être Afghan et finir éconduit vers un pays en guerre, au fond !...

C'est peut-être pour cela, plus que pour récupérer la voiture au parking, que nous avons fait un détour par le paradis, contempler l'immaculée Cathédrale, avant de nous séparer. La déception au fond du regard, et du découragement dans les bras. Il attend, donc.