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07 octobre 2010

ils veulent nous mettre dans l'avion

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Quelle enfance aurions-nous eue, si le cirque n'avait pas existé ? Et quels adultes serions-nous devenus ? Olivier m'a envoyé hier ces informations et une pétition. C'est avec grand plaisir que je m'en fais le relais.

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Alors qu'ils se préparent à démarrer leur nouveau spectacle en novembre prochain à Paris, les artistes du Cirque Romanes se trouvent emportés dans la spirale anti-Roms.

Ce cirque fait partie du paysage culturel français depuis 17 ans. A l'invitation du Pavillon français, la troupe a même représenté la France à Shanghaï dans le cadre de l'Exposition universelle en juin dernier.

Pourtant acceptées dans un premier temps, les autorisations de travail des musiciens roumains de la troupe ont été annulées.

"Le cirque familial tzigane est menacé", a déclaré Alexandre Romanes mardi 21 septembre à Nouvelobs.com. La direction du cirque avait déposé dans les règles les demandes de permis de travail pour ses musiciens roumains. Comme c'est le cas pour chaque spectacle depuis des années, elles ont tout d'abord été acceptées, "en bonne et due forme", avait tenu à préciser Alexandre Romanes.

C'est en rentrant de Chine que la troupe a appris que ces autorisations de travail avaient finalement été annulées. "Tout le monde est menacé", s'alarme Alexandre Romanes, "ils veulent nous mettre dans l'avion".

Le cirque n'en est pas à ses premières tracasseries. Les enfants de la troupe ont toujours participé aux spectacles et s'exercent "dans des numéros sans danger". Cette forme d'apprentissage a toujours existé dans le milieu du cirque. Ces numéros d'enfants sont - il est vrai -interdits par la loi française. Interdits mais tolérés dans le contexte spécifique des métiers du cirque. Ce n'est désormais plus le cas : "Alors, pourquoi justement maintenant ?", s'étonne le fondateur du Cirque Romanes.

Délia Romanes, la femme d'Alexandre ne comprend pas, "nous avons peur" confie-t-elle, avant d'ajouter : "Cela fait 17 ans que nous travaillons dur, très dur. Et on réalise maintenant qu'on peut très bien disparaitre, du jour au lendemain."

Délia Romanes tient à revenir sur la situation des Tziganes en France : "Avant de rencontrer mon mari, il y a 25 ans, j'ai vécu dans le campement de Nanterre. Beaucoup de gens l'ont oublié, il y avait là mille caravanes, c'était très difficile". La chanteuse a travaillé et a mené un long combat pour obtenir sa régularisation. "J'ai reçu mes papiers de nationalité française l'an dernier, mais je ne suis pas traitée comme telle !"

Le cirque Tzigane ROMANES à Paris, fait aujourd'hui partie du paysage artistique européen.

« Nous les Tziganes, on nous accuse de tout et notamment d'envoyer nos enfants faire la mendicité et voler ; il faudrait une bonne fois pour toute savoir ce que l'on veut : je demande aux parlementaires français d'avoir la gentillesse de ne pas jeter mes enfants dans la rue et de leur permettre d'apprendre et d'exercer un métier merveilleux que nous nous transmettons de père en fils depuis plusieurs siècles »

Alexandre ROMANES

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 Afin de permettre au Cirque ROMANES de continuer son activité, je massocie à la pétition qui demande aux autorités françaises:

-de réattribuer aux musiciens du Cirque ROMANES les autorisations de travail qui leur ont été injustement retirées.

-d'autoriser le Cirque ROMANES à employer les artistes roumains et bulgares avec qui ils veulent travailler.

-de demander au Procureur de la République d'abandonner les poursuites infondées à l'encontre du cirque et de ses dirigeants.

09 novembre 2009

histoire de murs (2) les murs de nos hontes

Près_de_Qalandia.jpg

histoire de murs (1) un de perdu, 17 de retrouvés

(une suite)

Dans ma vie, j'ai vu deux murs tomber. Le mur de Berlin, il y a tout juste vingt ans. Et celui de mon homosexualité refoulée, six ou sept ans plus tard. Ça peut te faire sourire, mais en réalité, au regard de ce que tu appelles la liberté, ces deux murs ont exactement le même poids. Car il en va ainsi des barrières : elles peuvent être en béton, en fil de fer barbelé, elles peuvent faire six à sept mètres de haut, ou elles peuvent être totalement fantasmées : elles sont infranchissables. Matérielles ou immatérielles, les seuls passages qu'elles autorisent sont ceux de l'imagination et de la création.

Et Gicerilla a raison - elle me l'écrivait hier en commentaire - décortiquer des rêves ou entrer en analyse, c'est un peu s'attaquer à ses barrières intérieures.

Il y a donc beaucoup de fantasmes dans ces célébrations outrancières autour de Berlin. Et l'on en oublie que d'autres murs n'ont eu de cesse de s'ériger au cours de ces dernières années, dans le silence complaisant ou complice de la communauté internationale. Car il y a les murs que l'on feint d'abhorrer, pour ne pas dire que l'on chérit secrètement en raison de leurs vertus idéologiques, et il y a ceux qui arrangent, ou avec lesquels on s'arrange.

Au premier rang de ces abominations modernes, l'érection du mur de séparation entre Israël et la Palestine suffit à disqualifier beaucoup des discours que nous entendons aujourd'hui sur Berlin - pas tous, car il y a heureusement des paroles sincères et dignes.

palestine-israel-wall.jpgLong de 730 km, le mur-barrière englobe la majeure partie des colonies israéliennes et la quasi-totalité des puits. Il s'écarte à certains endroits de plus de 23 kilomètres de ce que l'on appelle la ligne verte, c'est à dire la frontière internationalement reconnue de l'Etat d'Israël. J'ai même appris sur Wikipedia que le Vatican aurait exigé d'Israël d'inclure des monastères et églises du côté israélien, par choix sécuritaire.

Soulignons que contrairement à Berlin-ouest de l'époque, Ni Gaza ni la Cisjordanie ne bénéficient de la perfusion économique d'un pont aérien de la part des Etats-Unis ou du monde libre : on y a au contraire préféré l'asphyxie, la ghettoisation et la gangrène intégriste. La société palestinienne était pourtant l'une des plus fécondes en matière de structures démocratiques, parmi les pays arabes, il n'y a pas si longtemps. J'accuse Nicolas Sarkozy, Angela Merkel, et Manuel Barroso de complicité pour ce forfait qui n'aurait pas été possible sans leur silence. Et je leur dénie le droit de nous parler aujourd'hui depuis la Porte de Brandebourg.

Gageons que dans quelques décénies (ou quelques siècles ?), on retrouvera dans des musées des pans entiers de ce mur où fleurissent d'admirables oeuvres d'art qui disent la quête de paix et de liberté, et dénoncent leur passivité...

Le 26 octobre 2006, le président George W. Bush donnait le premier coup de pioche du mur frontalier entre les USA et le Mexique, en faisant mur mexique.jpgpublier officiellement la loi du Secure Fence Act destinée à lutter contre l'immigration illégale. Totalisant aujourd'hui 1 200 kilomètres, soit un tiers de la frontière, un mur haut de 4,50 mètres a été construit à travers notamment le désert d'Arizona. Eclairé par des miradors et balayé de caméras high-tech, il devrait être un solide pourvoyeur en images et symboles de la barbarie moderne, mais ma foi, on en parle assez peu, chez nous, en Europe. C'est à dire que nous, nous avons Shengen, les centres de rétention, les OQTF (*) et les charters de la honte, devenus les charters de la mort depuis qu'Eric Besson y renvoie des jeunes hommes malgré le contexte de guerre. Nos miradors sont moins photogéniques mais pas moins efficaces, on les appelle "débats sur l'identité nationale".

frontera_melilla_indymedia.jpgEt puis nous avons même nos murs, nos vrais murs. Bon, sur deux petits coins d'Europe situés en terre marocaine, c'est moins visible. Mais qu'on le veuille ou non, Mélilla et Ceuta, c'est l'Espagne, c'est l'Union européenne, et l'on y a construit 8 km de mur pour les mêmes raisons que les Américains. Alors on préfère ne pas faire trop de bruit. Pourtant, on y a dénombré 17 morts en 2005, dont on ne sait trop s'ils tombèrent sous des balles espagnoles ou marocaines. Est-ce parce qu'ils étaient africains, noirs de surcroît, qu'on ne leur reconnaît pas la dignité d'un hommage ? Là, juste aujourd'hui ? Ce sont des victimes d'un mûr, non ?

Pour l'anecdote, le contrôle des flux migratoires sur les frontières extérieures à l'Europe coûtent à l'Union européenne, pour la période 2007-2013 - et en dehors du sinistre décompte des morts - près de 2,2 milliards d'euros...

"Selon Michel Foucher, géographe, professeur à l’Ecole normale supérieure à Paris et auteur de L’obsession des frontières (cité ici par Yannick Van der Schueren), on recense aujourd’hui près de 17 murs internationaux. Ces fortifications couvrent 7500 kilomètres, soit 3% des frontières terrestres. Mais si tous les projets annoncés sont menés à terme, ils s’étireront sur 18.000 kilomètres.

Et ce chiffre n’englobe pas les frontières fortifiées intérieures, comme les murs de Belfast qui séparent catholiques et protestants ou ceux de Bagdad qui divisent les quartiers sunnites et chiites."

(à suivre)

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(*) Obligation de quitter le territoire français

22 mai 2009

les hommes à l'histoire niée

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C'est à toi que j'écris. A toi seulement. Sans savoir si tu liras ces lignes, en sachant que tu ne les liras pas. Ce blog a quitté depuis longtemps ton univers alors que tu en restes le coeur et les reins. Et s'il t'arrive d'y passer, je suppose que ce n'est ni par nostalgie, ni par curiosité. Ni par simple amitié, ni sur un reste d'amour. Car alors tu m'en parlerais. Si tu t'y aventures, à pas feutré, je suppose que c'est en agent de surveillance, pour être sûr qu'aucune bribe de notre intimité n'y est plus égratignée, je me trompe ?

C'est dur d'être ainsi nié dans ce qu'on a de cher.

Mais sans doute n'y viens-tu simplement plus jamais, parce que ton caractère est ainsi fait qu'une fois les pages tournées, tu n'aimes pas revenir t'y perdre...

Les choses inutiles sont parfois les plus importantes, c'est donc pourtant à toi que j'écris aujourd'hui.

Tout juste un an après.

Je sais, tu répugnes aux dates anniversaires. Futiles symboles ! Mais où n'y a-t-il pas de symbole pour se représenter le monde ?

Moi je préfère les souvenirs aux voyages dans le noir.

Je me souviens combien tu étais tremblant en entrant dans le bureau de la préfecture, ce jour-là. Au Bureau des Affaires réservées, c'était un signe, mais ça n'avait pas suffi à te rassurer. La dame en face de toi expliquait que ton autorisation de travail et de séjour avait été rétablie par le ministre, mais tu n'étais pas sûr de bien comprendre. Tu étais tendu, à l'affût, tu aurais voulu embrasser dans le même regard la fonctionnaire, ton avocate et moi, pour être certain que les questions posées n'étaient pas des pièges. Que cette fois, l'histoire était vraiment finie, que tu pouvais respirer. Depuis trois mois, devenu sans-papier, tu t'étais tant de fois imaginé reprendre ta valise, et retourner sans projet ni envie dans le pays d'où tu étais sorti pour échapper à... A quoi, d'ailleurs ? Une pression sociale devenue trop forte ? En quoi ça les regardait ? C'était ton histoire, voilà tout.

Je n'oublierai jamais cette demi-heure passée à tes côtés dans ce petit bureau. L'aboutissement d'une bataille partie d'une incroyable injustice, si semblable à celles que vivent, dans toutes les couleurs, les migrants dont on nie l'histoire et leur singularité pour n'y voir que des affres à  anéantir. Ou des statistiques-épouvantail. Faciles bouc-émissaires.

Je n'oublierai pas les trois mois qui avaient précédé, les angoisses terribles qui avaient accompagné tes jours et tes nuits, le choc de la lettre assassine, d'abord, la confrontation avec un néo-esclavagiste à ton travail qui n'avait cure de tes problèmes de dos et de papier, ces dents que tu gardais serrées.

brutos828WEB.jpgEt puis surtout, et celà est désormais pour toujours inscrit sur ma peau et dans mes larmes, je me souviens de comment nous menions ce combat pour dépasser l'étreinte injuste : ensemble, entre deux caresses, entre deux jets de sperme. Moi entre deux amants, ignorant de ta souffrance, toi entre concerts et commentaires laissés sur mon blog, dans la proximité et la reconnaissance réciproque.

Je me souviens aussi que si nos rendez-vous étaient toujours tendres, attendus et fructueux, si tes caresses étaient toujours magiques, c'est dans le regard connivent de nos amis que nous étions solides.

Je ne les oublie pas, eux non plus, ceux-là-même qui s'attachaient à ce blog, y partageaient notre révolte, s'engageaient, témoignaient, participaient à ce combat. Combien de lettres as-tu reçues par leur entremise, qui suffisent à dire que cet exercice dépasse l'inconsistance virtuelle.

Nous rassemblions aussi des courriers de parlementaires, d'élus, la Préfecture avait commis des erreurs trop grossières, il était évident que tu aurais réparation, mais pourtant, jusqu'à ce rendez-vous, c'est le pire scénario qui s'imposait à tes rêves et te minait de l'intérieur.

Tu restais beau, pourtant, le regard rieur, traits d'esprit en alerte, et il n'en fallut pas beaucoup pour que mes amis deviennent les tiens quand, quelques jours plus tard, nous célébrions la victoire autour de plats gastronomiques de ton pays.

Dans tout juste un mois, tu repasses l'épreuve de la préfecture. Ce sera un 22, encore. Nombre maudit ! Après l'affront, et la réparation, la vie s'en va comme si rien ne s'était passé, un ministre a chassé l'autre mais on te demande encore de justifier de ta situation professionnelle, de t'expliquer sur le pourquoi d'un CDD. De récépissé en rendez-vous,  la course d'obstacle de l'étranger ne t'est pas épargnée davantage, même si cette fois, c'est toi qui est passé à l'attaque, en demandant qu'on te reconnaisse le droit à la sécurité administrative.

Ce combat encore, nous le menons ensemble, je suis fier de réussir ça dans notre nouveau contexte si plein de frustrations, et heureux de ta confiance.

Mon psy, à qui je demandais l'autre jour de discuter cette histoire de dette que j'éprouverais sans cesse le besoin de régler, m'a retourné l'appréciation, identifiant chez moi des stratégies qui consistent à mettre en dette.

Je ne sais pas, mon amour, si dans ce combat j'escompte te rendre redevable. C'est possible. Comme si l'amour pouvait se récolter en règlement d'une dette, à la façon d'une dîme de blé prélevée dans un champ fauché !... Je crois que je voudrais surtout te savoir une fois pour toutes en sécurité, donc autonome, totalement indépendant. Donc libre. De m'aimer un peu, de m'estimer beaucoup, de me supporter passionnément, de m'oublier à la folie. Seule cette liberté rendra au fond sa dignité à ton histoire.

Et m'affranchira.