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06 janvier 2013

Verdi vs Wagner

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Tout balance.

D'un côté à l'autre, comme un métronome.
 
Du meilleur au pire, du pire au meilleur.

Un coup à droite, un coup à gauche, un bras après l'autre. Pousser, battre des pieds, glisser, avancer coûte que coûte, que l'eau soit douce ou saumâtre. En 2012, j'ai nagé 220 km.

Se révolter contre la bêtise, mais pas se braquer. Ne pas renoncer, mais ne pas se perdre, ni s'isoler. L'équation est complexe.

Verdi et Wagner sont célébrés ensemble pour leurs bicentenaires, et les programmateurs ont hésité entre ces deux jubilés, ont pris parti ou se sont pliés aux règles du partage.

L'un est léger, l'autre ténébreux. L'un évoque l'histoire humaine, l'autre s'ancre dans ses mythologies. L'un est dans son époque, l'autre jette les prémices de la nouvelle. Populaire, l'un a essaimé toutes les places lyriques du monde et des siècles, et aussi la variété contemporaine, quand l'autre s'est sacralisé, sanctuarisé, souffrant qu'on entrât dans son œuvre comme en religion. L'un a accompagné Lady Di vers sa dernière demeure, quand l'autre lançait dans une flamboyante esthétique le sublime assaut héliporté des troupes américaines contre le peuple vietnamien.
 
L'un vient d'être joué à Rome, sous la baguette de Riccardo Muti, en résistance à Sylvio Berlusconi. Nabucco-5.jpgL'autre était adoré d'Adolphe Hitler. Ainsi, bien longtemps après la mort des créateurs, les sociétés assignent-elles des messages et des fonctions à des patrimoines qui pourtant transcendent toutes les valeurs auxquelles on veut les rattacher. Le balancier s'en va de l'un à l'autre, puis revient, sans décider ce qui est le pire ni où est le meilleur. L'Opéra de Paris fera la part belle cette saison à l'Anneau du Nibelung, pour rentabiliser les nouvelles productions des deux saisons précédentes. Gageons qu'au début de la prochaine, c'est Verdi qui sera porté au pinacle, et que nous aurons droit aussi à un magistral chœur des esclaves de Nabucco. Pour exorciser nos périls.

38741656.jpgLe tournant de cette année est aussi celui des trente ans de la disparition d'Aragon, et des quarante de celle de Picasso, deux créateurs de génie et d'engagement, ancrés dans un vingtième siècle tourmenté qui ne laissait que peu transparaître ce qu'il adviendrait du vingt et unième. Gageons qu'ils en ont vu suffisamment pour ne pas avoir à se retourner aujourd'hui dans leurs tombes.

Le vingtième avait été le siècle des barbaries. La sacro-sainte civilisation occidentale et son héritage judéo-chrétien, dont beaucoup voudraient qu'on reconnaisse une supériorité à ses vertus, ont produit la pire d'entre elles. On a cru longtemps que la Shoah nous préservait pour toujours des ténèbres, l'Europe unie des rivalités imbéciles, mais au vingt et unième, la haine se répand. La quête du pouvoir ne connaît pas l'éthique. La compétition est la règle commune et tire notre époque dans l'abîme. Sans que l'on apocalypse-now_01.jpgsache si face à l’inouïe violence des espoirs déçus et des promesses trahies, le balancier s'arrêtera sur la case révolution citoyenne ou sur celle de la contre-révolution conservatrice. La roulette est lancée, l'on trépigne autour du tapis vert où l'attrait du gain seul compte.

Nous n'aurons pas d'élection, en 2013. Et pourtant, une partie serrée se joue. L'austérité et la crise tiennent la corde, se légitimant l'une l'autre. Plus qu'un simple mauvais moment à passer, ou un tunnel à traverser, la crise donne l'impression, surtout, d'être un moyen pour les possédants de restructurer en profondeur la société française. Le fameux "modèle social européen" dont ils se gargarisent, est devenu incompatible avec l'objectif obsessionnel de la compétitivité. Je crains qu'on soit loin de percevoir les tréfonds de la régression sociale qu'ils nous promettent. Et il ne suffira pas de jouer la différence avec la droite en laissant traîner en longueur le débat sur le mariage homosexuel comme un hochet, pour nous distraire et dissimuler Machiavel.

20 milliards pour les patrons, 3 centimes pour les smicards. Tout balance et la gauche se perd.

Les 40 plus grandes fortunes du monde ont vu leur patrimoine augmenter de 241 milliards de dollars en 2012. A eux quarante, ils possèdent 1.900 milliards de dollars. Mais chut, faut pas y toucher, ça pourrait les faire fuir. Tandis que les taudis fleurissent le long du périphérique, sur les délaissés urbains, dans les interstices des échangeurs autoroutiers.

Tel le choeur des esclaves, le vent de la révolte finira peut-être par nous atteindre ? Tiens, un étonnant 3424555.jpgsondage, sur les personnalités préférées des Français, à Noël, plaçait Mélenchon ex aequo avec Hollande. Mélenchon, Hollande, Mélenchon, Hollande... J'espère que cette autre voix à gauche, celle qui a su se rassembler pour se constituer en front de gauche, ne va pas se perdre, pas se dissoudre, pas laisser le champ libre de la contestation à la seule illusion nationaliste.
 
Un coup à droite, un coup à gauche, un bras après l'autre. Pousser, battre des pieds, glisser, avancer coûte que coûte, que l'eau soit douce ou saumâtre. Qui sait où s'arrêtera la balancier ? Et si, à l'heure de la douche, un belâtre n'aura pas plaisir à se laisser caresser du regard ou de la peau ? Pousser encore !

11 novembre 2012

pédale douce à gauche

pédales de piano.jpg

Je suis compétitif. Je crois même hyper-compétitif. Car moi aussi j'ai mon rapport que j'ai remis à mon président. Mais moi, je l'ai pondu en trois mois et demi, et pas en six. Il fait 120 pages, s'il-te-plaît. Quand le rapport Gallois n'en fait que 67, pfff ! Et il compte quarante propositions, quand le rapport Jospin s'arrête à 35... Compétitivité zéro, ces deux là, ou alors incompétents parce que cumulards ? Allez zou, au placard ! Il faut être com-pé-ti-tif ! C'est l'époque qui veut, ou la crise, c'est la guerre et il n'y a pas de place pour tous, dans le monde merveilleux des appels d'offre. Alors c'est Gallois ou moi, un point c'est tout. Jean-Marc, tu ne serais pas un tantinet décliniste ?

Jean-Marc Ayrault me ressemble, en vérité. Il n'est pas dans son rôle. Il surjoue. Dépassé, conscient de ses limites et de son usurpation, pétri de culpabilité mais néanmoins au charbon, taraudé de grandes et de petites choses à se prouver. Le coup de menton contre ses adversaires, lorsque son clan l'observe, ayrault AN.jpgdans l'hémicycle, et le verbe conciliant en privé, l’œil connivent quand tout s'apaise autour d'une table.

Comme moi, je suppose que le bas du dos lui fait mal de temps en temps. Qu'il aimerait avoir plus de temps pour faire du sport et entretenir sa santé. Que son sommeil est agité. Et que décidément, ces putains d'hémorroïdes !... Comme moi, il a des fourmis dans le pied gauche, je suis sûr, mais quand ça veut pas, ça veut pas. Comme moi, je suppose qu'il a acquis, pour se détendre et bien engager ses nuits, un tout nouveau piano et qu'en l'absence de chauffeur, il roule désormais avec un boîtier automatique. Un piano et un boîtier automatique, c'est juste terrible pour le pied gauche, cloué au pilori, au repos complet. On l'oublie, on l'ignore, il devient mou du genou et seuls quelques petits fourmillements viennent t'en rappeler l'existence. Faut l'excuser, c'est mécanique. Et c'est normal qu'il préfère alors perdre de vue qui l'a mis où il est.

En plus, ses semaines à lui font bien plus que 39 heures, alors y'a pas de raison ! Et puis il doit essuyer des réprimandes continuelles. Celles de l'adversaire, sur la place publique. Et celles de ses amis, dans le secret des règlements de compte, lorsque ses maladresses agacent.

ayrault au medef.jpgEncore que. Il vaut mieux qu'on parle des gaffes, non ?, et que les procès s'arrêtent aux portes de l'amateurisme, ça évite qu'on ne creuse trop les sujets de fond : cette compétitivité, là, justement, ce bidule qu'on nous promet en choc ou en pacte, en bloc ou en kit, et qui ne veut rien dire d'autre que la promesse d'une baisse vertigineuse de ton niveau de vie, de celle des gens simples, s'entend, dans le large spectre qui va des milieux déjà exclus jusqu'au milieu des classes moyennes. D'Athènes à Paris, les détenteurs de l'ultrarichesse, l'oligarchie capitaliste qui gouverne le monde n'a rien trouvé de mieux pour, à court terme, préserver ses privilèges exorbitants, et il ne faut jamais insulter trop bruyamment les cercles qu'on aspire à intégrer pour réussir sa vie... Les bienheureux bavardages médiatiques noient tout ça dans une bouillie consensuelle couleur fluo, avec toute l'apparence du bon sens commun. Et tant qu'on peut porter une marinière pour témoigner de son patriotisme !
 
Je ne suis pas prêt de la vendre, ma voiture, avec tout ça. Elle est pourtant bien française, ma petite Mégane !

Moi aussi, quand j'étais petit, je me coinçais le doigt dans une porte et je pleurais très fort, juste pour pas me faire gronder quand j'avais eu une mauvaise note...

Donc va pour la pédale douce à gauche ! On y gagnera au moins le mariage pour tous, ça mange pas de pain, et ça fait au moins une différence avec la droite.

28 octobre 2012

pain perdu

 pain perdu.jpg

Conversation de médecins, dans une clinique privée de Paris, mardi soir, vers 19h : "Alors, ils ont signé, nos syndicats ? Il est à combien le plafond ? Ah bon, y'a plus de plafonnement ? Pour le bloc non plus ? Mais comment ils ont obtenu ça ?" Pour mémoire, deux fois et demi le tarif sécurité sociale, ça faisait 58 euros pour une consultation généraliste, 82 euros pour une consultation de spécialiste. Dans un mois, je suis bon pour une coloscopie, c'est de mon âge, avec dépassement d'honoraire à tous les étages : cardiologie, anesthésie et gastro-entérologie. Champagne ! Le changement, c'est maintenant, et il troue le cul !

Dialogue entendu derrière moi, lundi, Salle Pleyel, avant que les musiciens de l'orchestre ne s'installent. "- Les travaux pour la Philharmonie ont pris beaucoup de retard, il paraît". "Ah bon ? Mais ils la font où, cette Philharmonie ?" "- Ben du côté de Montreuil, je crois, là où il y a la Cité de la Musique..." "- Ah oui, c'est vrai qu'il faut aussi civiliser l'Est..." Qui dit qu'on n'est pas capable de compassion, avenue Foch ?

En attendant, comme je n'ai renoncé ni aux soins, ni à la musique, je reprise mes chaussettes. J'ai fait vœux d'abstinence sur les sorties-resto. Et les campagnes publicitaires contre le gaspillage alimentaire me glissent dessus, vu que je suis depuis toujours un maître dans l'art d'accommoder les restes. En trois ans, mes caddies hebdomadaires à Carrefour Market sont passés de 70 à 110 €. Et tout n'est pas à cause de ma simili-conversion au bio...

barbara hannigan dans lulu.jpgLe week-end dernier, mon ami d'amour et moi nous sommes tout de même offerts une nouvelle version de Lulu, à La Monnaie de Bruxelles. Barbara Hannigan, que j'avais admirée à Aix cet été dans le somptueux Written on Skin, de George Benjamen, y habitait le rôle titre avec maestria et sensualité.
 
L'escale à Bruges, avec son beffroi, sa promenade en barque, sa carbonnade de bœuf et son chocolat, fut romantique à souhait. Les champs boueux des alentours se voyaient labourés par la frénétique mise en pot des chrysanthèmes et leur chargement dans des dizaines de camions prêts à s'engouffrer vers les quatre coins d'Europe. J'y inaugurai ma toute nouvelle voiture, avec boîtier automatique, alors même que je peine à vendre ma Mégane précédente. Effet, sans doute, de la crise et du rétrécissement du marché. Je baisse le prix de 500 euros chaque quinzaine, et ça fait deux mois que ça dure. je vais finir par la vendre pour trois caramels mous, et j'y aurais laissé plus que ma chemise. Je suis peut-être parti pour faire pain perdu tous les jours de la semaine pour les trois prochaines années, s'il ne se passe rien...

West Side Story fait son retour à Paris, théâtre du Châtelet. J'ai des places, yeah!, Mais pas pour tout de suite. Les émeutes urbaines et les amours illicites s'y conjuguent dans une tension dramatique que j'adore. Notre gouvernement s'apprête, lui, à rendre toutes les amours licites. Parviendra-t-il à nous préserver des émeutes, à force de capituler devant les puissances d'argent ?

Mercredi soir, je descends rejoindre ma petite famille dans notre village du Lot. On va se serrer fort contre maman et tâcher de nous tenir chaud. Papa sera mort depuis vingt ans. Et des angoisses la tourmentent.

25 octobre 2011

l'allégence au piano

un piano dans le désert.JPG

Je reste en mode piano. Ça a l'air de t'inspirer (humm !...)

Voilà la photo qu'il m'aurait fallu trouver pour cet article. Je suis passé à côté. Comme la fois où je me suis retrouvé sous cette foutue tente, dans des conditions rocambolesques, pour baiser cette saloperie de main. Foutu destin ! J'étais passé à côté.

Oh! bien sûr, je n'étais pas venu chercher une valise de billets, ni une quelconque imprimatur. J'étais là, gêné aux entournures mais curieux du phénomène, peu fier en vérité. Et du haut de mes trente balais et quelques, je me rassurais en me racontant que si ce n'était pas pour mon bien, c'était pour le bien de l'Organisation et de ses objectifs internationalistes. Fédérer, fédérer, fédérer toujours, accepter la différence, faire accepter cette diversité-là pour faire admettre les autres, plus modernes, plus justes, plus fraîches, dans ce mouvement internationaliste de jeunesse qui recherchait de nouvelles voies après l'écroulement du mûr et la dispersion des espoirs incarnés.

A force, on finit par accepter de côtoyer des décérébrés, des aculturés, des aculturateurs, des tyrans en herbe et puis des tyrans tout court. Quelques uns ont traversé mon champ de vision ou écrasé ma main, du haut de leur superbe, puant ce que je honnissais le plus, l'aigreur arrogante du nouveau riche : un des fils Ceucescu, des dignitaires nord-coréens, et d'autres moins caricaturaux. Je ne le ferai plus, j'en ai pris de la graine. Plus de real-politique. Plus de compromission. De l'éthique, des valeurs. Pas pour verser dans le jugement moralisateur et la bien-pensance, je ne veux pas basculer dans le clan des redresseurs de torts.

Juste de la fidélité à moi-même.

Cet après-midi, dans Là-bas si j'y suis, en marge d'un brillant plaidoyer sur les responsabilités kadhafi,mort de kadhafi,éthique,politique,jean zieglercriminelles du néo-libéralisme dans les famines d'Afrique de l'Ouest, Jean Ziegler s'est justifié, en intellectuel curieux du différent, des dialogues auxquels il se prêtait avec le Guide jusqu'au milieu des années quatre-vingt dix. C'est à entendre et ça remet des choses à leur place.

Mais pour moi, c'est fini, rien ne m'arrêtera. Plus d'allégence. Je suis en mode vigilance jusque dans ma sphère professionnelle, jusque dans mes rapports à l'autorité hiérarchique. Privilégier le terrain sur les calculs, l'évidence sur les prospectives hasardeuses, et la proximité sur le pouvoir.

Je ne suis plus soumis qu'à la musique !

Bon, autrement, y'a plus qu'à attendre que les intégristes coalisés prennent le pouvoir à l'ONU - c'est pour bientôt - et nos mers et nos déserts seront rebaptisés du nom de criminels qu'on y aura ensevelis en secret pour les priver de sépulture. Un tsunami en Mer Ben-Laden, et une tempête de sable dans le Désert Kadhafi, ça aura de la gueule, non ?

Ils sauront bien trouver alors le nom de rivières à donner à Hitler, à Mussolini, et sans doute même celui d'un caniveau pour Marine le Pen. Franco, on est tranquille, il a déjà son mausolée !

21 avril 2011

difficile retour

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Oh la la, j'ai tellement de choses à te dire... Forcément, après tout ce temps !

Tiens, je n'ai pas de manque, pourtant. Ai-je changé ?

Forcément, l'opéra m'a changé, c'est une évidence. Il a changé mon rapport à la voix, mon rapport à l'art vivant, il a créé en moi d'autres tensions, toujours impatientes, par nécessité curieuses, instillé d'autres addictions, où je projette une autre vision de moi, une sorte de respect ou de réconciliation, peut-être aussi un regard irrespectueux sur les histoires, une libération presque, une distance en tout cas avec les manifestations dissimulées de la médiocrité. L'opéra a enchanté des parties de moi oubliées, alors oui, j'ai changé et ce blog, bon, ma foi.

Fukushima m'a changé. Profondément transformé, peut-être parce que les fuites ont lieu près de mon cœur. Fukushima a accéléré en moi une mue en cours, une symbiose nouvelle avec la nature, ou plutôt, comment dire ? avec la chose naturelle, a aiguisé un sixième sens que je pourrais nommer perception intime des limites ultimes de la planète, a scotché derrière ma rétine, juste là au niveau du nerf optique, une prémonition apocalyptique, qui se renforce avec le déni qui nous entoure - ce négationnisme moderne, l'ignorance orchestrée d'un holocauste à venir qui ne pourrait se dire parce qu'il n'aurait encore eu lieu et qui, à simplement se concevoir, ne serait rien moins qu'un blasphème - mais dont les ingrédients se rassemblent sous nos yeux, à nos portes, sous la conduite d'oligarques - énarques ou capitaines d'industrie, les deux souvent - passés de majors multinationales à des cabinets ministériels, ou l'inverse, communiquant, communiquant et communiquant sans cesse pour désamorcer la déraison et laisser la voie libre à la seule inconscience, nourrie par toute la filière coalisée de l'arme du crime : extracteurs de minerais responsables d'un esclavagisme suffisamment arrangé pour être tu, patrons négriers de sociétés sous-traitantes, médias peu enclins à suivre un dossier dans sa durée et sa profondeur, préférant sauter d'un marronnier à l'autre, vulnérables comme jamais, sans distance, à toutes les manipulations, élus de la majorité ou de l'opposition se faisant rédiger leurs communiqués de presse "pour occuper le terrain" par les habiles lobbyistes d'AREVA, d'EDF ou de Veolia à qui ils ont remis leur papier à en-tête. J'ai si peur que l'on n'en sorte pas malgré les évidences. Alors bon, mon blog, ma foi...

Mon chagrin m'a changé. Il y a longtemps déjà. Il a changé mon rapport au sexe, mon goût pour le face-à-face, il a annihilé une assurance virile que je trimballais sans vergogne, m'a enfermé dans des obsessions pénitentiaires tantôt tranquilles, tantôt agitées. D'ailleurs, avec le recul, faut-il parler de chagrin ou de soubresauts, d'échec ou de repositionnement ? Ce qui est sûr, c'est que je me trimballais une relation vide, que je la compensais par une débauche peu regardante, te prenant à témoin, et qu'aujourd'hui, je cumule une liaison officielle, qui me pèse mais s'accroche, une amitié amoureuse qui accepte sans le dire son volet amoureux, ou qui l'accepte parce qu'il ne le dit pas, par défaut plus que par pudeur, et une liaison secrète, occasionnelle, évanescente, qui m'est chère même si elle connaît plus souvent les parking en sous-sol que les chambres d'hôtels et qui m'a fait récemment retourner au sauna. Au milieu de tout berlin,opéra,vol de valise,fukushima,productivisme,libéralisme,politiquecela, le sexe se perd et se refuse à d'autres fantaisies. Je ne suis finalement pas allé me perdre, moi, dans un labyrinthe gay à Berlin. L'opéra a pris toute la place, et quand ce n'était pas lui, c'était la politique et les magouilles des lobbys industriels, nos sujets du moment avec Maryse, et la ville, marcheuse mais adaptée aux fauteuils roulants, qui nous est apparue ouverte autant que sympathique et nous a laissé une forte envie d'y revenir. Alors au milieu de tout ça, le blog, hein...

Lien ténu avec toi ? Petit pois sous le matelas d'une princesse, oui ! La dérive du monde est insondable, on a envie de renoncer, je te jure !

Dans la valise qui m'a été volée au retour de Berlin lundi, à mon nez et à ma barbe, depuis le coffre de ma voiture sans doute mal fermé, il y avait un livre. Il me restait trois pages à en lire. L'Amant russe. Une plongée dans la Russie soviétique. Ou plutôt dans un groupe de visiteurs complaisants par idéologie où je me reconnaissais, au milieu des années quatre-vingt, le tout dans le regard d'un jeune garçon de 16 ans grinçant, différent, en quête d'amour et d'authenticité, qui décelait l'oppression et l'usurpation là où nul ne pouvait la soupçonner.

Avant Berlin, les deux derniers opéras que j'avais vus à Paris parlaient de deux femmes russes, justement. Enfin, au nom slave. Je n'ai pas bien compris, du reste, si ce télescopage Akhmatova - Kabanova avait relevé d'un choix artistique ou s'il s'était avéré fortuit. Je les avais vus à la suite l'un de l'autre, et l'Amant russe m'y a refait penser.

Mais si j'en parle - j'aimerais réussir à écrire conjointement sur ces deux œuvres, à les faire dialoguer - ce sera une autre fois. J'ai des factures à rechercher. Un vol de valise, pfff ! Ne me manquait plus que ça pour me garder encore loin de toi, tiens ! Comme si mes doutes n'y suffisaient pas...

10 février 2011

c'est beau, un peuple en révolution

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C'est beau de voir un peuple rassemblé. La place al-Tahrir est belle, occupée par une foule qui s'essaye à un bonheur nouveau, celui de porter ensemble un même combat.

Mon Caire s'est transfiguré, jour après jour, se transforme encore et n'est qu'à la lisière de sa mue. Ma Tunis se cherche toujours, dans une actualité occultée par un Orient plus incertain. Ma Damas gronde-t-elle aussi sous cape ? En tout cas des espoirs ont claqué dans le ciel : un peu flous, sans doute, mais qui sortent le monde arabe des clichés où l'enferment dictateurs et islamophobes confondus : des Moubarak-dégage1.jpgespoirs de dignité, de justice, d'intégrité, de liberté ! De ces petites choses simples si malmenées de par le monde, si contrariées jusqu'à nos propres portes.

Le grand cirque de la politique se poursuit dans l'incrédulité, attise la colère, brouille les cartes, et se répète, sans frontière, à l'infini. Ses maîtres, où qu'ils soient, sont les mêmes acrobates. Qu'ils fuient en turbojet à la première alerte, qu'ils mettent en scène un transfert flou du pouvoir. Qu'ils occupent deux heures durant face à des âmes innocentes les ondes de la compassion sur la chaîne du populisme télévisuel, ils gèrent au mieux le même bastringue de la corruption, poussés par les fortunes puissantes qui ont besoin de ces dérisoires 1309602_photo-1297373954037-1-0_640x280.jpgmurailles, mais avec de belles valises à sauvegarder pour leurs propres compte. Ou honteux des pommes où ils ont croqué. Dans le secret défloré de jets privés.

Tunis exhale aujourd'hui un jasmin printanier, Le Caire des chichas douces-amères, et au moins l'on respire. Pendant ce temps, mal-prévoyant sans doute, Paris agite l'épouvantail brun d'un multiculturalisme coupable, pas beaucoup plus malin que les autres mais tablant sur une haine bonne conseillère pour les cyniques et les désespérés.

Intriguer pour brouiller les cartes, décourager les peuples d'intervenir, les tenir loin des manettes... Ils sont les mêmes. Sauf que leurs peuples expérimentent et retrouvent le sens de l'histoire.

08 novembre 2009

histoire de murs (1) un de perdu, dix-sept de retrouvés

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Un mur est tombé il y a vingt ans, et le monde est devenu libre. Certes en proie à quelques petits soucis, mais libre. Et c'est beau, un monde libre.

Des enfants assistaient à l'événement, installés aux premières loges. Des philosophes le commentaient en direct. On se disputait les premiers fragments de cette histoire. Des artistes se joignirent aux célébrations. Bach en personne fut convié à la fête - ah!, Bach - via l'un de ses plus grands interprètes. Un violoncelle, déjà, était de la partie. Les vidéothèques du monde regorgent d'images exaltées, de foules en liesse traversant les fossés, accédant enfin à l'adamantin de l'humanité : la liberté, la liberté chérie.

Je peux être sincère avec toi ? Je m'emmerde à cent sous de l'heure dans l'auto-célébration du capitalisme vautrée dans la fête de la chute du mur de Berlin. Tu peux penser que c'est par nostalgie du communisme. Parfois je le crains moi-même, et je me trouve un peu con. Mais si je suis honnête, ce n'est pas en raison de quelque regret sournois, car je suis lucide sur la religiosité des symboles. Ce mur avait vocation à sombrer parce que les hommes ont vocation à bouger. A fouiner. A aller chercher ce dont ils sont privés. A essayer ce que l'autre a goûté. Dresser une barrière était un non-sens, est un non sens, en soi. Comme les uniformes. Comme les budgets militaires. Comme les lois de l'immigration ou les débats sur les identités nationales. D'ailleurs, il y a tout juste dix ans, le 9 novembre 1999, j'étais à Berlin pour les cérémonies, il pleuvait, j'avais trouvé la liesse à moitié déconfite, j'étais juste heureux d'avoir marché dans la grande galerie en colimaçon de la coupole de verre du Reichstag rénové. Tu vois que je ne suis pas bégueule.

Ce qui me chagrine, en fait, c'est l'hypocrisie de ce pseudo hymne à la liberté, mille fois seriné, l'hommage à la paille, en fait, qui cherche à dissimuler le poids de la poutre qu'on nous a mis dans l'œil, et que notre monde libre s'évertue à planter dans les yeux de tous nos voisins, grands ou petits, chinois ou slovènes, tandis que le monde regarde encore la paille.

Berlinermauer.jpgQu'on en soit revenu, enfin, qu'on ait réalisé ensuite que cet au-delà d'un mur n'était ni une terre promise ni un paradis, qu'il confinait même parfois à un panier de crabes, que la fortune n'était pas au bout du chemin, ou que les voies étaient étroites de l'ascension sociale, c'est une autre affaire.

La déception du bout de la route est devenue en vingt ans un ressort commun de la politique mondiale. Mitterrand avait pratiqué la pédagogie du renoncement au changement. Le soir de l'élection de Barack Obama, les commentateurs s'évertuaient déjà à se demander quand les premières déceptions s'en feraient jour. Les promesses ne sont faites que pour les gens qui y croient, c'est bien connu, et les espoirs pour les pauvres naïfs.

Nous sommes entrés dans le siècle des lendemains qui déchantent.

Comment s'étonner que le chômage, la pauvreté, les résurgences fascistes et d'autres stigmates capitalistes aient rattrapé des réalités aussi simples que le droit au travail, à la protection sociale ou au logement ? Effaçant du même coup toute forme d'alternative entre dictature et libéralisme.

Je crois bien que c'est ce qui me dérange le plus, dans ces commémorations : l'absence d'interrogation sur d'éventuels autres possibles, pour ces pays qui expérimentaient des voies non capitalistes de développement - tout en se vautrant, il faut le dire, dans les mêmes affres du productivisme. Mais la question ne sera pas posée.

Une forme nouvelle de démocratie participative, aux droits étendus pour les salariés, pour les habitants, plutôt que nos systèmes démocratiques présidentialistes et bipartisans ? La question ne sera pas posée.

Une société non productiviste, où le développement humain compterait plus que le calcul de la richesse créée ? La question ne sera pas posée.

Une meilleure répartition des richesse, un contrôle des fonds publics par les salariés ou leurs organisations syndicales ? La question ne sera pas posée.

La question ne sera pas posée. La question ne sera pas posée. La question ne sera pas posée.

Dans les pages Opinions du Monde, le philosophe Slavoj Zizek rappelait samedi que "l'immense majorité des dissidents de l'Est neBethlehem_Wall_Graffiti_1.jpg manifestaient pas pour le capitalisme. Ils voulaient plus de solidarité et un semblant de justice, ils voulaient être libres de mener leur vie sans être sans cesse contrôlés par l'Etat, libres de se réunir et de parler ouvertement, ils voulaient une vie honnête et décente, débarrassée du bourrage de crâne, de l'hypocrisie et du cynisme. Comme plusieurs observateurs l'ont bien vu, les idéaux qui sous-tendaient leur révolte étaient largement inspirés de l'idéologie dominante : on aspirait à quelque chose comme "un socialisme à visage humain".

On y aspirait, oui, et j'y aspirais avec eux le jour où je voyais s'effondrer ce mur, il y a vingt ans.

Mais voilà, durant ces vingt ans, des murs se construisaient dans le monde, sans qu'on y prête attention puisque notre monde, justement, était devenu libre. 17 en tout (dont celui-ci).  7.300 km de longueur, soit 3% des frontières mondiales.

Si ça te dit on en fait le tour dès demain.

(à suivre)

12 septembre 2009

quand Laurent Delahousse roule pour Brice Hortefeux

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J'aime bien Laurent Delahousse. Beau, blond, l'oeil qui se plisse quand c'est grave, le rictus qui s'illumine quand c'est léger, les épaules qui ondulent, le sourcil qui fronce. Années après années, il s'engraine. Il prend confiance. Il joue de la fossette et de la patte d'oie, il s'installe dans le registre du gendre idéal qui lui réussit si bien, mais parfois avec excès et se prend les pieds dans le tapis.

Hier soir était un modèle du genre. Hortefeux était encore en une, dans la tourmente de sa plaisanterie raciste. Mais le journal du beau Laurent banalisait, s'amusait presque de la polémique : la gauche s'indignait, la majorité le soutenait et dénonçait un procès en sorcellerie, finalement, tout était dans l'ordre des choses, limite écrit d'avance. Alors il fallait trouver un autre angle. Et un autre coupable. Et si finalement le seul problème était ces captations abusives d'images, et la sale manie des internautes de se refiler l'info à toute vitesse ?

Qu'importe que le propos soit évidemment, et sans aucun doute possible de facture emminemment raciste. Qu'importe qu'il soit tenu dans un contexte où règne, dans des rires gras, un esprit colinialiste absolument insupportable. Qu'importe que ce pauvre Amine soit exhibé, même si c'est à l'insu de son plein gré, dans une posture humiliante jusque dans son témoignage a posteriori. Et qu'importe que le ministre mente éhontément pour se dédouaner, s'emmêlant les pinceaux pire que Bill Clinton dans l'affaire Monica Lewinsky. Qu'importe que les Auvergnats en prennent pour leur grade au passage.

Qu'importe tout cela qui saute aux yeux, il faut s'interroger, nous dit le journal de Laurent, sur le pouvoir abusif dont dispose le citoyen qui accède à trop d'informations, qu'on se le dise. Pour preuve, toutes les autres malheureuses victimes de ces dernières années, Ségolène Royal qui dans une réunion publique mais sans se savoir filmée déclarait vouloir mettre les profs au régime des 35 heures, ou Sarko lui même qui avait lâché, se croyant pourtant anonyme au salon de l'agriculture, un "casse-toi pov'con !" qui finira peut-être par le faire trébucher.

La "polémique" ? "Encore une fois", c'est le propos "non maîtrisé" d'un ministre, "associé à la caisse de résonnance d'Internet" qui le déclenche. Blogueur, facebookeur, au coin ! Et voilà comment l'affaire n'en est plus une, mais le fait que c'en soit devenu une, selon la technique bien commode du serpent qui se mord la queue.

Ils ont l'art de la victimisation, et les médias pour leur servir la soupe. Merci Laurent !