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05 février 2013

nous les gueux

christiane-taubira-defend-le-projet-de-loi.jpg

Puisque la poésie de Léon-Gontran Damas a surgi du coeur du Parlement, invoquée pour diviser par la droite, alors qu'il est question d'abolir l'une des discrimination dont est encore entâchée l'institution du mariage, puis reprise avec brio, citée avec éclat, par notre infatiguable passionaria Christiane Taubira, voilà la part de dignité et de combat dont sont issus les vers qu'elle a fait entendre dans l'hémicycle. Hommage

damas.jpgnous les rien
nous les chiens
nous les maigres
nous les Nègres

Nous à qui n'appartient
guère plus même
cette odeur blême
des tristes jours anciens

Nous les gueux
nous les peu
nous les riens
nous les chiens
nous les maigres
nous les Nègres

Qu'attendons-nous
les gueux
les peu
les rien
les chiens
les maigres
les nègres
pour jouer aux fous
pisser un coup
tout à l'envi
contre la vie
stupide et bête
qui nous est faite
à nous les gueux
à nous les peu
à nous les rien
à nous les chiens
à nous les maigres
à nous les nègres

27 novembre 2010

du foutre parfumé

genet.jpg

Il y avait du beau monde, mercredi dernier, au Théâtre de l'Odéon, du people. Il faut dire que Jeanne Moreau sort désormais peu sur scène. Les cent ans de la naissance de Jean Genet lui donnaient l'occasion d'une apparition à contre-temps, dans un duo inattendu avec Etienne Daho autour de l'un des textes forts de la poésie française : Le condamné à mort. Dit, chanté, accompagné, introduit par un court texte de Sartre, cet objet artistique non identifié qui vient de donner lieu à un album qui fait événement par son caractère iconoclaste, s'avère être un bijou rare. Seuls les initiés pouvaient se procurer des places pour seulement deux représentations à guichets vite refermés.

C'est ma bogopote feekabossee qui m'avait refilé le tuyau, désolée de ne pouvoir elle-même être à Paris pour qu'on s'en fasse une sortie commune, mais qui a régalé Yo, Bougre et mon ami d'amour, tous conscients de leur privilège et heureux d'être là.

Objet est bien le mot. Résultant de tensions sourdes qui n'ont besoin de nul extravagance pour transpercer l'obscurité du théâtre. Une voix rauque, presque éteinte, au souffle pourtant étincelant de vie, et une autre pure, lisse, de demi-miel, à la mélodie sans emphase. Une poésie aux mots crus, déchirés, portant en eux la cicatrice du palpitant désir de l'innocence, déparés des fioritures morales fabriquées par une société frustrée, affranchis plutôt que provocants tant ils en paraissent ignorants.

L'âme de Genet, de celui qui est entré en littérature par l'obscénité sublime, faisant le premier d'une bite en érection ou d'un jet de foutre non une fantaisie d'élite, reléguée aux dessous des manteaux de salons, mais une poétique clamée, au garde-à-vous en tête de ligne d'une œuvre d'abord et avant tout profondément humaniste.

moreau-daho.jpgL'évocation biographique de Genet par Sartre, lue par Jeanne Moreau dans les premières lumières du spectacle, retracent la trajectoire du poète, relégué aux confins de la société du bien et de celle du mal, et que l'enfance acculait au talent.

Il ne peut être que très présomptueux d'écrire sur ce moment, si précieux, sur cette perle brillant sous l'échafaud. J'ai déjà un peu honte de ces quelques mots en trop.

La seule chose qui est sûre, c'est qu'un jour, bientôt, souvent, tout le temps, je pourrais dire, nous pourrons dire : "j'y étais".

Extraits :

(...)

J'ai tué pour les yeux bleus d'un bel indifférent
Qui jamais ne comprit mon amour contenue,
Dans sa gondole noire une amante inconnue,
Belle comme un navire et morte en m'adorant.
 
Toi quand tu seras prêt, en arme pour le crime,
Masqué de cruauté, casqué de cheveux blonds,
Sur la cadence folle et brève des violons
Égorge une rentière en amour pour ta frime.

Apparaîtra sur terre un chevalier de fer,
Impassible et cruel, visible malgré l'heure
Dans le geste imprécis d'une vieille qui pleure.
Ne tremble pas surtout, devant son regard clair.
 
Cette apparition vient du ciel redoutable
Des crimes de l'amour. Enfant des profondeurs
Il naîtra de son corps d'étonnantes splendeurs,
Du foutre parfumé de sa queue adorable.
 
Rocher de granit noir sur le tapis de laine
Une main sur sa hanche, écoute-le marcher.
Marche vers le soleil de son corps sans péché,
Et t'allonge tranquille au bord de sa fontaine.

Chaque fête du sang délègue un beau garçon
Pour soutenir l'enfant dans sa première épreuve.
Apaise ta frayeur et ton angoisse neuve,
Suce son membre dur comme on suce un glaçon.
 
Mordille tendrement le paf qui bat ta joue,
Baise sa tête enflée, enfonce dans ton cou
Le paquet de ma bite avalé d'un seul coup.
Ètrangle-toi d'amour, dégorge, et fais ta moue !

Adore à deux genoux, comme un poteau sacré
Mon torse tatoué, adore jusqu'aux larmes
Mon sexe qui te romp, te frappe mieux qu'une arme,
Adore mon bàton qui va te pénétrer.

Il bondit sur tes yeux; il enfile ton âme
Penches un peu la tête et le vois se dresser.
L'apercevant si noble et si propre à baiser
Tu t'inclines très bas en lui disant: "Madame "!

Madame écoutez-moi ! Madame on meurt ici !
Le manoir est hanté ! La prison vole et tremble !
Au secours, nous bougeons! Emportez-nous ensemble,
Dans votre chambre au Ciel, Dame de la merci !

Appelez le soleil, qu'il vienne et me console.
Étranglez tous ces coqs ! Endormez le bourreau !
Le jour sourit mauvais derrière mon carreau.
La prison pour mourir est une fade école.

(...)

 

genet2.jpg

 

26 avril 2009

l'âme devient Venise à l'entrée du printemps

venise_940x705.jpg

"Savoir que tu es là. Savoir qu'après beaucoup de distance tu es là, l'âme devient Venise à l'entrée du printemps, et la nuit de rêves inachevés devient une nuit de pluie et d'eau.
Pourquoi as-tu surgi maintenant ?
Mes mots racontent derrière le vacarme du passé, des sons, une autre histoire. La nôtre. La vraie. Celle qui ne se dit pas. Celle qui s'est déroulée derrière nos gestes, celle qui tapissait les murs de nos pensées colorant d'étrange façon les heures, les jours, les saisons. Et les mots tombaient au fond de l'urne funéraire du sens. Dans le vrac de notre existence. Dans l'indécence de leurs postures obscènes. Mot bribes. En morceaux. En éclats.
Cherche-t-on le secret dévoilé ou la rémission ? Que vaut-il mieux, l'aveu ou la miséricorde ? Ou rien de tout cela. Ou tout à la fois.

Je ne sais pas. Plus.

Voilà que je recommence un voyage de l'obscur au plus clair. Du chaos à l'évidence, et chaque aube en rejoue la révélation.
"

Chiron joue de son blog avec parcimonie. il fonctionne à l'économie, mais chaque coup fait mouche sur la cible minuscule des émotions majeures. Les douleurs qu'il exprime sont souvent proches des miennes, mais cette fois, le voyage va vers le clair, alors j'ai voulu l'accompagner ici vers cette révélation, le temps que d'autres mots, chez moi, achèvent leur gestation.

16:00 Publié dans mes amis blogueurs | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : poésie

23 mars 2009

vivre sans clé à Yokohama

leandro-erlich03.jpg

Cet article (que je reproduis ici moyennant une petite complicité à la volée de ね式(世界の読み方 - il faut cultiver son jardin) est paru dans l'édition du Monde du 13 mars dernier :


Ils sont de plus en plus visibles. Mais les passants les croisent sans apparemment les voir. Indifférents, gênés. Leurs ombres furtives, miséreuses, çà et là dans les gares ou les parcs, rappellent inopinément à beaucoup leurs propres difficultés. Leur souffrance semble désincarnée. Ils ne mendient pas et survivent des rebuts de la société de consommation. Cette société les ignore et, eux, les sans-abri des grandes villes japonaises, ils s'en sont détournés. Deux mondes se côtoient et font mine de ne pas se voir.

D'autant plus troublante, une voix s'élève de ce monde des "naufragés" de la prospérité. Depuis la fin de l'année 2008, le quotidien Asahi publie des courts poèmes d'un auteur sans abri resté anonyme. Et, sans doute pour la première fois, les lecteurs de ce journal découvrent à travers ses mots ce "peuple d'en bas" qui, la nuit, dort dans des cartons aux pieds de ceux qui se pressent pour ne pas rater le dernier métro.

Comme d'autres journaux, Asahi a une rubrique poétique dans laquelle sont publiés des poèmes du genre classique waka, courts et à la beauté austère et mélancolique, envoyés par des lecteurs qui ont été sélectionnés par un jury. Les concours de poèmes relèvent d'une tradition millénaire au Japon. Et les quotidiens l'ont poursuivie. Au nombre de lettres d'encouragement que reçoit l'Asahi, les poèmes de cet homme déchu, à la rue, ont ému plus d'un lecteur :

- "Habitué à vivre sans clés, je passe la nouvelle année. De quoi d'autres dois-je encore me dessaisir ?" 〈鍵持たぬ生活に慣れ年を越す 今さら何を脱ぎ棄(す)てたのか〉

- "Cette rue s'appelle la rue des enfants infidèles. Moi je n'ai ni parents ni enfant." 〈親不孝通りと言へど親もなく 親にもなれずただ立ち尽くす〉

- "L'homme ne vit pas seulement de pain, mais moi je passe ma journée avec le pain distribué..." 〈パンのみで生きるにあらず配給の パンのみみにて一日生きる〉

A la belle étoile, cette chanson de Juliette Gréco dont les paroles sont de Jacques Prévert et la musique de Joseph Kosma, a bercé son sommeil : "M'endormant sous un ciel étoilé, j'ai entendu la chanson de Gréco. Ce n'était qu'une illusion..." 〈美しき星座の下眠りゆく グレコの唄(うた)を聴くは幻〉

Le poète anonyme signe ses textes du pseudonyme de Koichi Koda, mais la rubrique "adresse" qui accompagne la publication du poème, normalement obligatoire, comporte la simple mention : "sans". L'auteur vit probablement dans le quartier de Kotobuki-cho, à Yokohama, l'un des bivouacs aux minables hôtels pour journaliers, l'une de ces trappes de la ville vers lesquelles refluent les sans-abri.

L'écriture soignée et la référence à la chanson de Juliette Gréco (qui date des années 1950) donnent à penser que l'homme est cultivé et doit être âgé de plus de 70 ans. A la suite de la publication de ses poèmes par Asahi, l'anonyme poète en a envoyé un autre : "Lisant l'article à mon propos comme s'il s'agissait de quelqu'un d'autre, les larmes me sont montées aux yeux." (訳注;残念ながらネットに原文見つからず。意は、自分についての記事を読んで、まるで他人のことのように、思わず涙した、というもの。)

Le quotidien l'a appelé à se faire connaître, ne serait-ce que pour lui remettre la petite rémunération qui accompagne la publication d'un poème. "Je suis touché par votre gentillesse, mais pour le moment je n'ai pas le courage d'entrer en contact avec vous", a-t-il répondu.

Philippe Pons, correspondant du Monde à Tokyo

(et mon correspondant à moi, c'est aujourd'hui qu'il devait revenir - s'il n'y avait pas eu à l'aéroport de Tokyo, au petit matin aujourd'hui, ce crash d'un avion cargo américain ! Mais qu'est-ce qui porte donc autant de poisse !. Au fait, aura-t-il reçu mon petit message personnel ?...)

28 février 2009

la banquière, la poste et l'étranger

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Perturber ton banquier d'un souci c'est un crime
bien plus grave que celui d'en être une victime.
Pour autant en aucune façon
n'oublie de lui dire pardon.

Je m'en vais te compter une histoire burlesque
qui si non à pleurer eut bien prêté à rire
une expérience qu'à mon pire
adversaire ni à mon bourreau presque
je n'aurais pu agir pour la faire advenir.

Ainsi donc un matin ou plutôt une nuit
un homme bien sous toutes les coutures
si ce n'est qu'il ne fut étranger c'est ainsi
- et ce n'est là que le début de toute cette aventure -
découvrit qu'un larcin fut commis contre lui.
Oh pas grand chose mais ce n'est pas de chance
quelques centaines d'euros prélevés sur son compte
au comptoir d'une agence.

"C'est ennuyeux monsieur lui dit on en sa banque
lorsqu'un certain matin il s'en vint réclamer
que ce ne fut pas avec une carte
que cet argent vous fut subtilisé
car au guichet avant que la personne ne parte
- nous l'avons vérifié -
une pièce d'identité nous fut bien présentée
et de votre nom monsieur
ainsi que de votre naissance
elle portait l'inscription.
Ceci est bien la preuve de votre présence
sans doute.
"
A ces mots notre ami
appelons-le victime
protesta
qu'une vérification peut-être bien fut faite
mais qu'en aucune mesure ce ne put être lui
puisqu'à l'heure où le crime fut commis
sous d'autres cieux il était à la fête.

Contrits mais obligés
ceux qui en charge en avaient la gestion
lui rendirent son argent
après trois bons mois de tergiversations.
Finalement un peu - un peu - de compassion
put se lire à leurs lèvres.

Mais l'histoire n'en était qu'à son commencement.
Bien que le temps coulant
des rives de la Seine aux rivages de l'Ebre
on put penser un temps l'affaire close et bien close.
Durant, se jouait un paquet d'autres choses
ayant à voir avec l'humeur des hommes
avec la politique avec son cynisme
avec les jeux du pouvoir sur la plèbre
avec les vertiges aussi avec les hormones
Puis l'été défilait puis arriva l'automne
il y avait en lui d'autres guerres à mener
éclaircir l'avenir préserver des demains
chérir autrement ne pouvant l'assouvir
un amour qui l'encombrait autant qu'il y tenait
et ce n'était pas rien
j'en fus moi même bien plus que le témoin.

Un autre matin donc dans l'hiver incertain
notre victime dis-je
découvrit à chagrin
- patiente un peu, tu vas voir le litige -
que de tous ses outils de paiement
aucun ne fonctionnait plus.
Plus moyen de retirer le moindre petit écu sonnant ou trébuchant
ni même à la RATP de renouveler son abonnement
C'est que tout bonnement
sans même l'en avertir d'un appel d'une lettre
que sais-je d'un courriel
la banquière prit sur elle
de prendre le contrôle des flux le concernant.

Surpris et en colère il s'enquit de l'affaire
protestant qu'on l'empêcha ainsi de tout et de rien faire.
C'est alors qu'il apprit qu'on tenta
d'à nouveau le flouer.
C'est dans une autre agence que l'affaire se joua
un homme s'est présenté
lui dit-on en sous-main
un passeport en main
d'un autre continent
ça semblait évident
le guichetier habile
savant, lettré ou en géographie versé
déjoua le dessein
et informa l'agence où notre victime
malgré tout fut démeuré inscrit
qu'à peu de chose près un crime
s'en fut commis.

A nouveau il partit vers les commissariats
porter plainte comme il se doit
il s'en fut à sa banque pour clore son compte courant
arpenter les bureaux où il avait contrat :
assurances, caisses sociales, familiales et autres opérants
les informer de ses nouveaux identifiants

Seulement voilà
son nouveau compte ouvert depuis dix jours à peine
il y a de cela tout juste une semaine
dépourvu à ce stade de carte et de chéquier
encore une fois sévit le prédateur
par la même méthode allant à un guichet
avec mêmes papiers mais cette fois ailleurs
dans une autre banlieue.
Et surtout tiens-toi bien
avec en main le fabuleux sésame : les coordonnées
du nouveau compte bancaire.
Tremblant, apeuré, fragilisé, déconfit
il fallait à notre bien triste ami
reprendre à ses débuts chaque démarche accomplie
mais surtout il devait
se sentant menacé
- la vie offre bien peu d'occasions gratuites -
chercher à comprendre où se trouvait la fuite.
Un homme était là, tapi, jamais très loin
à deux mètres à dix mètres à une portée de mains
avec à son profit une carte usurpée
il rôdait, il fouinait, il tenait un filon.

Le sort avait voulu de cette usurpation
qu'il en fut lui l'objet
c'eût pu en être un autre
et tout aussi terrible eut été cette affaire
mais ce fut lui qui dut par ses propres audaces
nouer un scénario en remonter les traces.
Il pensa à ces lettres qu'il avait attendues
dont il se souvint ne les avoir jamais reçues.
Il y en eut bien cinq si ce ne fut pas dix
il pouvait à présent les visualiser
et il comprit le biais par où on l'escroquait.

Il dut donc aussitôt s'en aller à la poste
s'arranger avec eux pour qu'on lui mit ses plis
en réserve de la distribution
il y avait urgence ils devaient s'en convaincre
rien ne fut simple dans cette négociation
mais ce ne fut rien à côté de la banque.

Car là arrive enfin le propos de ma fable
cette femme dont le métier est sans doute d'être affable
avec ses clients si non avec les gens
qui se doit à la protection de ton argent
et sans doute à l'effort au moment du pépin
cette femme donc s'est offert le luxe de l'affront
maniant de l'esquive et des sous-entendu
"pour moi dit-elle sans rire
ce ne peut être qu'un proche
un tout proche vous dis-je
suivez donc mon regard.
"
Alors d'un coup malgré un doux sourire
traduisant l'impuissance sentie en toi grandir
réalisant soudain que sur rien tu n'as prise
tu demeures hagard.

Victime une fois en en payant le prix
tu reçois malgré tout un petit regard triste
victime une deuxième fois le forfait échoué
te voilà magnifié
presqu'héro malgré toi
mais la troisième fois
si le bourreau persiste
c'est toi qui de victime passe à un autre grade
tu es louche, tu es sale te voilà misérable
et pourquoi pas monsieur le premier des suspects.
Victime ? à voir ! d'ici-là plus de respect.

25 janvier 2009

tant pourtant

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Tant et tant pourtant depuis longtemps sans faux semblant sans grande vigilance sans grande espérance j'attends c'est tant tentant - tant lancinant partant - j'attends l'entendre dire. Sans distance j'attends membres tendus j'attends me fracassant brinqueballant j'attends c'est tant tentant la lui entendre dire sans impatience - ou si ? cette sentence enchantée, enchantante, simple et reluisante sans pourtant me languir – ou si ? j'attends lui entendre prendre serment simplement sans engagement - ou si ? l'entendre d'un chant rassurant d'un ou de cent d'une sentence d'une ou de cent d'un mot d'une phrase de trois baisers d'un requiem d'une danse enjambant ses certitudes et mes inconsistances lui entendre dire c'est tant tentant que simplement Je Lui Manque. Tant. Pourtant.

 

13 janvier 2009

de cette chose en moi qui parle

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Il y a des choses que je ne dis a Personne Alors
Elles ne font de mal à personne Mais
Le malheur c'est
Que moi
Le malheur le malheur c'est
Que moi ces choses je les sais

Il y a des choses qui me rongent La nuit
Par exemple des choses comme
Comment dire comment des choses comme des songes
Et le malheur c'est que ce ne sont pas du tout des songes

Il y a des choses qui me sont tout à fait
Mais tout à fait insupportables même si
Je n'en dis rien même si je n'en
Dis rien comprenez comprenez moi bien

Alors ça vous parfois ça vous étouffe
Regardez regardez moi bien
Regardez ma bouche
Qui s'ouvre et ferme et ne dit rien

Penser seulement d'autre chose
Songer à voix haute et de moi
Mots sortent de quoi je m'étonne
Qui ne font de mal à personne

Au lieu de quoi j'ai peur de moi
De cette chose en moi qui parle

Je sais bien qu'il ne le faut pas
Mais que voulez-vous que j'y fasse
Ma bouche s'ouvre et l'âme est là
Qui palpite oiseau sur ma lèvre

O tout ce que je ne dis pas
Ce que je ne dis à personne
Le malheur c'est que cela sonne
Et cogne obstinément en moi
Le malheur c'est que c'est en moi
Même si n'en sait rien personne
Non laissez moi non laissez moi
Parfois je me le dis parfois
Il vaut mieux parler que se taire

Et puis je sens se dessécher
Ces mots de moi dans ma salive
C'est là le malheur pas le mien
Le malheur qui nous est commun
Épouvantes des autres hommes
Et qui donc t'eut donné la main
Étant donné ce que nous sommes

Pour peu pour peu que tu l'aies dit
Cela qui ne peut prendre forme
Cela qui t'habite et prend forme
Tout au moins qui est sur le point
Qu'écrase ton poing
Et les gens Que voulez-vous dire
Tu te sens comme tu te sens
Bête en face des gens Qu'étais-je
Qu'étais-je à dire Ah oui peut-être
Qu'il fait beau qu'il va pleuvoir qu'il faut qu'on aille
Où donc Même cela c'est trop
Et je les garde dans les dents
Ces mots de peur qu'ils signifient

Ne me regardez pas dedans
Qu'il fait beau cela vous suffit
Je peux bien dire qu'il fait beau
Même s'il pleut sur mon visage
Croire au soleil quand tombe l'eau
Les mots dans moi meurent si fort
Qui si fortement me meurtrissent
Les mots que je ne forme pas
Est-ce leur mort en moi qui mord

Le malheur c'est savoir de quoi
Je ne parle pas à la fois
Et de quoi cependant je parle

C'est en nous qu'il nous faut nous taire

Louis Aragon, Le fou d'Elsa (extrait)

1963

(Merci, Bougrenette, de m'avoir ramené vers Aragon)

12 janvier 2009

haïku

boite magique h.JPG

des premiers jours d'été aux derniers froids d'hiver

trois mots un gouffre une clé enfin

l'éternité fécondée par secret