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21 février 2013

à un degré du chaos

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C'est le problème des médailles : quoi qu'on fasse, il y a deux faces. Les anges sont d'un côté, mais côté pile, toujours un diable se niche.

En apparence, tout est simple, donc. Je suis là, à Budapest, en pleine liberté pour me ressourcer. Me reconnecter à moi-même, comme disent certains de mes amis. Et pour commencer, me réconcilier avec mon corps. De ce côté-là, ça ne marche d'ailleurs pas si mal. Mon corps résiste bien à l'épreuve de force que je lui inflige chaque matin : 2OOO mètres de course de fond en eau claire. Je vais au turbin sans rechigner. Bien sûr, dehors, il fait froid. Plus ou moins zéro, mais mon rituel est bien rôdé. Habituellement, je prends la douche avant d'aller dans l'eau. Tant pour l’hygiène, que pour me laisser gagner par une sensation froide entre la douche et la piscine, qui fait de la petite seconde d'entrée dans l'eau un instant fugace d'intense délivrance. Là, si je suis mouillé au moment de sortir, je crois que je me pétrifie aussitôt. Je sors donc de mon hôtel à sec, la sensation froide m'enveloppe ainsi très progressivement, et je suis mûr, cinquante mètres plus loin, au moment de la pénétration.

Après, nager en plein air, c'est un bonheur. L'eau reste à 27 degrés. L'eau des piscines doit être à 27 degrés. En dessous de 26, c'est trop mordant, le corps peine à s'échauffer. Au dessus de 27, une fois passée la sensation initiale, tu te sens vite devenir cotonneux, le muscle n'a plus l'énergie de réagir. C'est très important la température d'une piscine : elle doit être à 27, à un degré près !

Un degré, une minute, et tout peut changer : le fameux effet papillon ! Tiens, lundi dernier, la douche avait été tristement vide après ma séance de nage, je m'étais donc savonné vite fait bien fait. Mais au moment précis de partir - j'étais déjà à la porte - voilà que toute une ribambelle de grands gaillards - probablement des waterpolistes - arrivent. Une minute plus tôt, et je pouvais faire mine de commencer ma douche pour rester quelques instants parmi eux. Mais dans ma position, faire machine arrière n'aurait eu aucun sens, je me suis donc contenté de regarder l'heure, pour ajuster ma prochaine séance à leur horaire d'entraînement.

Mardi, au lieu de 9h20 comme la veille, je suis ainsi allé nagé à 9h30. Échec total ! Pas la visite d'un chagrin d'amour,coup de blues,vie gay,homosexualité,drague,piscine,nager,natationseul compétiteur. J'ai persévéré, et hier, à 10h30 précises, alors que je finissais ma douche, l'équipe a débarqué. La plupart des gars ont ôté leur maillot, beaux comme des dieux grecs. Tout en se touchant, se savonnant, ils n'ont pas arrêté une minute de parler. Leurs sexes, initialement rétractés par le froid et l'effort, se sont vite gonflés sous l'effet combiné de l'extraction, de l'eau chaude, et du contact de leurs mains, allongés un peu, appesantis, sans jamais aller jusqu'à l'érection. Leurs bavardages rendaient le tableau naïf, innocent. Tout à mon émoi, je m'étonnais de voir cette génération tout entière prise dans la mode du sexe rasé. Preuve qu'ils se regardent les uns les autres, et que des normes naissent de cette jauge, sans s'énoncer...

En apparence, donc, ça va. Je suis plutôt étonné de voir comment l'on me tourne autour dans les bains, même lorsque s'y trouve du beau gibier, moins rassi que moi.
 
J'en sais plus sur Michel et Daniel, tiens, car évidemment, ils étaient au Rudas hier, et m'ont accompagné deux heures durant dans les eaux et les recoins secrets de l'établissement. Les deux anges sont donc hollandais. Michel, le grand glabre aux yeux de braise et à la houppette de Tintin, est professeur de journalisme à Amsterdam. C'est surtout à lui que j'ai plu. Daniel est professeur spécialisé pour des enfants gravement inadaptés à Arnen. Ils ont mon âge, sont plutôt bien conservés, et notre trio irradiait le grand bassin central où était massée une assistance de choix. Ça va.

Ça va aussi parce que j'ai le temps d'écrire, ce qui ne m'arrive plus guère, sur-sollicité par toute une série de passions et d'activités absorbantes, le piano figurant au rang des nouvelles, je t'en reparlerai.

Ça va parce que je lis. Mon premier Fred Vargas. Je sais, je suis à la bourre. Mais la lecture et moi, tu sais... Trop de voiture, trop de radio dans ma vie, le livre vient toujours à la fin. Ou dans les voyages. Une histoire de loups dans le Mercantour qui me tient en haleine.
 
Ça va parce qu'un grand soleil d'hiver innonde Budapest ce matin.

DSCN4647.JPGÇa va parce que je vais au concert, parce que j'ai visité pour la première fois l'émouvant appartement du grand compositeur hongrois Zoltán Kodály, dans un rond point qui a porté successivement les noms d'Hitler, de Staline, de la jeunesse nationale, du peuple triomphant, avant de porter tout simplement son nom à lui... La musique calme aussi l'histoire.

Ça va parce ce matin je pars visiter la maison de Béla Bartok, et que cette visite s'annonce chargée de grosses émotions encore.

Ça va. Ça va.

Pourtant.

Pourtant, cette fichue face sur cette putain de médaille. Ce fichu pile habité du diable ! La médaille à une face, ça se saurait, si ça pouvait se fabriquer.

Donc regardons-la bien, cette médaille, retournons-là puisqu'il le faut.

Évidemment, que ça ne va pas. Que rien ne va. Que ça a rarement été aussi mal. Ne vois-tu pas que j'y suis nu ? Que j'y nage nu ? Que j'apprends et que j'apprends encore pour finalement ne savoir que battre des membres dans le vide ?

Par quoi je commence ? Par ce qui me fait le plus de mal ? Par ce qui me fait le plus peur ? Par ce qui me rend le plus triste ? Par ce que je fuis le plus et me rattrape sans cesse ? Par ce qui m'insupporte le plus en moi ? Je te parle de quoi, làmédaille à 2 faces.jpg ?
 
De maman qui dégringole ? De sa possible dégénérescence cérébrale, pas diagnostiquée avec certitude, mais le sera-t-elle jamais, de son improbable rebond ? D'un matin à l'autre, j'avais une mère et j'ai un petit être chétif, perdu, dont on ne sait plus si on lui parle ou si on lui fait passer le temps. D'une saison à l'autre tout a basculé et l'on ne sait s'il faut s'accrocher à l'idée d'une issue prochaine, ou intégrer celle de l'étape irrévocable. On avait tout anticipé pour qu'elle vieillisse bien, doucement, sauf ce saut dans un néant aux émotions diffuses. Ça nous tombe dessus, comme ça, mais je fais quoi, moi, avec ça ?

Je te parle de quoi ? De mon mec ? De l'homme avec qui je vis depuis quinze ans, mais avec qui je ne partage plus que le toit et le lit, enfin, un lit bien chaste, juste par habitude ? Ah, et aussi la moitié de mon salaire. Il me reste la belle famille. Une relation d'indescriptible confiance me lie à elle, et je n'ai jamais mieux parlé de ma mère qu'avant-hier, avec ma belle mère. En hongrois dans le texte. On s'est compris. Igor est amoureux fou depuis quinze jours. D'un homme à qui il dit d'aussi belles choses qu'il me disait au début. Ça me soulage, ou ça devrait, mais qu'y puis-je si là, à ce moment précis, je m'en sens abandonné ?

Je te parle de qui ? De mon ami d'amour ? J'ai fait le deuil de tout avec lui, en cinq ans. Celui de mes désirs, celui de mes espoirs. Il me laisse partager la musique, parfois le chaud contact de sa main sur la mienne, et un flot ininterrompu d'insupportables frustrations. Je me ruine à le suivre dans une frénésie de concerts, m'ajoute des sorties à moi pour me croire libre, lui offre celles auxquelles il serait tenté de renoncer. Et j'ai toujours aussi mal quand je le vois flamber pour s'offrir des plaisirs coûteux, achetés à la conscience par une terminologie tantrique. Ou quand je le devine éperdu dans des jeux de séduction. Quand il aura compris que nous étions faits pour être des amants d'éternité, que nous aurions pu nous épargner du temps et des souffrances, nous serons, lui et moi, au seuil de la mort. Notre relation affichera trente ans au compteur, mais sans doute refusera-t-il encore d'admettre que c'était bien là notre sort, car lui sera resté libre d'un bout à l'autre. En attendant, j'ai mal à chialer.

Je te parle de qui ? De quoi ? De mon amoureux du bout du blog qui n'espace plus ses visites, mais les intersidéralise ? De mes chefs, pris dans l'engrenage des duperies de la gauche, étouffés par des budgets qui s'étiolent, et contre qui je n'ai plus l'énergie de me battre ? Je te dis que Daniel et Michel ont décliné mon invitation à dîner hier soir, et que c'est ce qui m'a filé un méchant coup de blues ? Je te raconte comment je me dégoute quand je me vois, quand je m'entends, quand je m'imagine dans le champ de vision des autres ? Comment, comme maman, je me trouve insignifiant, comment j'aimerais être tout le temps tout petit, transparent, et pourtant recevoir du vrai amour ?

Je suis à un fil du grand chaos. A une minute, à un degré. On ne joue pas sa vie à pile ou face. On la mange à pile et à face, à anges et à diable. Et parfois on oublie de la poser du bon côté.

18 juin 2010

enflements à Roger Le Gall

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Comme chaque année à pareille époque, Roger Le Gall se met à nu. La grande bâche à moitié déchirée qui lui sert habituellement de plafond est repliée, rassemblée telle un gros gland majestueux au sommet de son mât central. Elle y trône fièrement pour l'été et, chaque jour, balaye de son ombre toute l'étendue du bassin olympique où s'égayent une joyeuse marmaille et quelques nageurs confirmés.

Dans le sillage, on y assiste à d'autres gonflements : le prix d'accès, qui passe allègrement de 3 à 5 euros avant 17h. Même par temps de pluie.

L'affluence, qui dans un excès de crescendo peut constituer sous le soleil une gageure insupportable - il m'est arrivé d'y entrer pour en ressortir aussitôt, les lignes d'eau ressemblant davantage à l'autoroute A6 un jour de départ en vacances qu'à une aire de natation.

La salade du chef de la cafet' jamais avare sur les portions, en particulier son taboulet chestnut et mangue que je te recommande - dont tu pourrais emporter une bonne moitié dans un doggy bag.

Les maillots de bains, surtout à l'heure de la douche quand les regards s'embrument et les corps se délassent. Il y avait du volume, ce soir, dans les coursives.

Et ma bonne humeur, nourrie de genêts de Bretagne ou de bruyères d'Ardèche.

Je n'avais pas déjà fait un billet là-dessus, moi, l'année dernière ? Faut croire que le phénomène est saisonnier...

08 mars 2010

nudité, mixité : et les femmes dans tout ça ?

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Toujours le même cirque pendant les vacances scolaires : les piscines ferment, la moitié environ, de préférence celles qui se situent dans une même proximité géographique, alors tu es obligé d'aller loin pour trouver un établissement ouvert.

Ca te donne l'occasion d'explorer, de découvrir ou de redécouvrir des équipements nautiques de Paris et de la banlieue. Et de te rendre compte des évolutions.

Pour les douches, les bassins font dans le pommeau large. Les vestiaires font dans le pied-déchaussé. Le pédiluve est très tendance, en général entre le vestiaire et le bassin. Joséphine Baker et la piscine de Brétigny refaite à neuf s'offrant même le luxe d'un pédiluve à l'entrée du vestiaire : il faut retrousser ses pantalons, et se déshabiller les pieds mouillés, c'est hyper commode, c'est bien connu... Il a du se trouver un inspecteur ou une inspectrice de la DDASS pour proclamer pareille norme au top de l'hygiène.

Le sommum du truc pas pratique qu'ils ont réussi à vendre presque partout, c'est la cabine-sas. Tu rentres d'un côté tout chaussé tout habillé, tu en ressors de l'autre, en maillot, les bras pleins de ton sac, de tes chaussures, de tes vêtements, d'une pièce de 1 € et tu te démerdes pour te trouver un casier libre en état de marche en faisant gaffe de ne pas te prendre les pieds dans les tongues. Je passe sur l'épisode "verrouillage simultanée des deux portes" par le rabat de la banquette (banquette, dans le sens petit banc, et quand je dis petit... je pourrais parler de dépose-coccyx !) Le concepteur de ce système doit être un ingénieur très fier de lui - et accessoirement de l'état de son portefeuille, vu le nombre de marchés publics qu'il a remporté sur ce coup-là - mais qui n'a jamais eu à se déshabiller un soir d'hiver dans la moiteur d'une piscine !...

Avec son truc, il a surtout réussi une chose : en finir avec les vestiaires séparés hommes-femmes. Désormais, les vestiaires sont mixtes, puisque la nudité y est proscrite. On se désappe dans l'exiguïté d'une cabine, on se savonne le zgègue dans l'intimité de son maillot, pareil pour la raie du cul, le rinçage est un calvaire, on se contorsionne à chaque étape, je n'ose même pas imaginer ce que ça représente pour les femmes et le mètre carré de textile qui leur sert de maillot...

Je trouve totalement inadapté un tel système, qui pourtant tend à se généraliser. Même dans des piscines qui disposent de deux vestiaires, car ils préfèrent désormais les ouvrir alternativement plutôt que les deux ensemble. Le pompon est décroché par la piscine de Montparnasse, qui dispose de deux blocs de douche, larges et confortables, ouverts simultanément mais sans indication de genre. Bon, ça doit bien servi à s'éviter des débats inextricables quand un papa vient avec sa petite fille, ou une maman avec son petit garçon. Mais autrement...

J'ai rejeté la piscine quand j'étais môme, parce que je vivais l'étape du rhabillage comme une torture, avec les vêtements qui collaient, des espaces communs surchauffés, et des cabines trop petites pour qu'on y organise bien ses affaires. J'en ai retrouvé le goût à Budapest, grâce à de vastes espaces communs équipés de larges bancs, et accessoirement de l'absence de vaines pudeurs.

Aujourd'hui, dans la plupart (Roger Le Gall fait exception), le principe de la mixité prévaut, brandie par quelques idéologues de la chose, je suppose, prétendant faire reculer les préjugés, limiter les atteintes à la pudeurs, et accessoirement faire quelques économies sur les dépenses de personnel.

Mais quid de l'accès de tou(te)s à la pratique sportive ?

La ville de Lille avait expérimenté, il y a quelques années, dans l'une de ses piscines, des plages horaires réservées aux femmes. On avait beaucoup critiqué cette initiative, l'interprétant comme une concession aux intégristes. Martine Aubry avait rétorqué que cette mesure était provisoire. Il semble qu'au terme de cette expérience, les horaires aménagés ayant été supprimés, on constate que des femmes qui ne connaissaient pas la piscine se sont mises à la fréquenter, y ont pris goût, et pour la plupart continuent à y aller, sans horaire spécifique.

J'applaudis à cette initiative. Face à des situations délicates (et celles qui concernent la pudeur le sont), le dialogue, l'accompagnement, l'expérimentation sont un bien nécessaire. En tout cas préférable à la coercition. La pratique sportive n'est pas nécessairement quelque chose de naturel, surtout pour des femmes issues de milieux conservateurs. Je suis convaincu que la mixité des vestiaires en constitue un obstacle supplémentaire totalement inutile.

A dire vrai, je voudrais bien savoir à quel niveau sont prises les décisions d'aménagement et d'organisation des piscines municipales. Et comment l'avis des usagers est pris en comtpe.

Attention ! Je suis de ceux qui prétendent qu'il y a beaucoup à faire pour promouvoir la mixité dans le sport, la reconnaissance des disciplines féminines, l'égale rétribution des athlètes femmes, l'égale attribution des crénaux horaires dans les clubs, l'accès aux responsabilités par les femmes dans le mouvement sportif... Les acteurs du sport, les directeurs d'équipements sportifs, tous les responsables des politiques publiques ont un grand chantier devant eux dans ce domaine, s'ils le souhaitent. Mais franchement, je ne crois pas que la mixité dans le sport passe par la mixité dans les vestiaires. Ce serait plutôt le contraire !

Tiens, on dirait que je viens de faire, sans m'en rendre compte, et deux mois après, ma réponse au tag de See Mee, mixité et espace public (enfin, originellement, c'était "Laïcité, religion et espace public", mais greffer la religion là-dedans comporte trop de risque de basculer dans une islamophobie à deux balles, et je ne mange pas de ce pain-là).

Le maillot de bain, ça change un peu du voile, mais après tout, pour la journée internationale de la femme, pourquoi pas ?

15 janvier 2010

55 minutes par moins 5, ligne 5

 

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J'ai renoué hier avec le plaisir de la glisse. Ma reprise avait été laborieuse, après le Noël à la campagne suivi d'un rhume inopportun. Je n'étais satisfait ni de l'énergie que j'y mettais, ni des sensations qui me venaient.

Le retour vers mes lignes préférées, et l'envie de nager à ciel ouvert, même par grand froid, m'ont donné l'occasion d'une salutaire réparation. Comme en réponse anticipée à Mario qui, plus tard dans la journée, aux bains Király, me dira : "continue à faire du sport, va nager autant que tu peux, le corps des hommes est fait pour bouger."

Ici, le bleu de l'eau est turquoise. Les volutes de vapeur s'élèvent moins haut qu'au Szechény, où le bain central est à 37°. Sans doute parce qu'en plein jour, la lumière des projecteurs ne vient pas les souligner, et aussi parce qu'à 26 ou 27 degrés, on est plus loin de l'ébulition.

Le court laps où, tout mouillé de la douche, tu quittes le bâtiment qui abrite les vestiaires pour t'approcher du bord du grand bassin, vêtu d'un simple maillot de bain, te rends la rentrée dans l'eau délectable. Le froid n'est pas vraiment mordant, comme lorsque tu rentres un pied dans un bac à glace. Il t'enveloppe ici progressivement, de la tête aux pieds, il t'enserre rapidement. Et la plongée te délivre.

Je suis rentré par le milieu, ligne 5. Au début, j'yétais seul, puis une dame âgée m'y a rejoint. Deux dans une ligne de cinquante mètres... les nageurs sauront apprécier ce que cela veut dire.

Parmi les sensation propres à la nage en plein air, quand il fait froid, les effets de transparence sont remarquables : en surface, ta vue troublée par le brouillard diffus ne te permet pas de voir au delà de quinze ou vingt mètres. Dès que tu plonges la tête, le trouble disparaît, les corps en expansion t'apparaissent net. Il y a aussi ce froid qui te claque à l'épaule à chaque mouvement de bras. Tu ne nages plus par défi, tu ne cherches plus à te dépasser, toi, tu luttes aussi contre cette sensation cinglante. Plus vite ta main replonge dans l'eau, plus vite elle vient éprouver le soulagement de l'eau. Ton crawl est démultiplié par ce combat. Tu jouis.

Avant-hier est tombé mon 5.555è commentaire. On le doit à Francis. Mais à quelques minutes près, ç'aurait pu être toi. Ou toi. Je dois à la vérité de dire que je n'ai toutefois pas nagé 5.555 mètres. Mais j'en ai quand même fait la moitié : 2.277,50. En 55 minutes. Dont 555 de brasse en 5 séquences. Les derniers 77 mètres 50, en régime de récupération, ont été approximatifs, mais ils m'ont permis d'ajouter 55 secondes à ma séance. L'hommage était rendu. Tiens, ça me rappelle ma dernière séance chez mon psy, où évoquant mon rapport au plaisir, j'en vins à remarquer que je dosais. Tout et toujours. Il faudra que je t'en reparle.

S'il ne faisait pas -5°, je te jures qu'on l'aurait cru.

Au petit matin, la grève des transports m'avait laissé devant une porte close, à l'Internet café. C'est après avoir nagé que j'ai pu poster le billet d'hier, pourtant bouclé avant 9h, reprenant les lettres à accent une à une par un savant copier-coller. Problème de compatibilité et de clavier.

Le soir, allant à l'Opéra acheter des billets pour une représentation de La flûte enchantée, dimanche, un Allemand a proposé de me revendre un billet pour Roméo et Juliette, le ballet de Prokofieff. Une bonne place, à 2 euros, dans le magnifique opéra de Budapest, presque la copie conforme de celui de Vienne. Pour la demi-heure suivante. Moi qui d'habitude fait la queue à cinq heure du matin devant Bastille pour des représentations deux mois plus tard !... Mais je n'avais pas les moyens de prévenir, et malgré l'insistance gratuite de ce jeune touriste, j'ai du renoncer.

Entre temps, j'étais allé aux bains Király, et j'avais rencontré Mario, mon premier Tarasbulba...

17 septembre 2009

en panne d'essorage

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Les piscines ont donc réouvert. C'est la fête. Toi tu te dis : quinze jours de fermeture, c'est bon, au moins, ils auront eu le temps de réparer la douche obstruée, de replacer les porte-manteaux arrachés, de recoller quelques carreaux descellés... Deux looooongues semaines de fermeture, au moins, on va repartir à neuf !

Que nenni : une fermeture pour vidange, c'est une fermeture pour vidange, faudrait pas tout confondre. Pour la douche, l'appel d'offre doit être en cours. Pour le carrelage, sans doute une mise en concurrence infructueuse. Et pour les porte-manteaux, peut-être faut-il attendre l'exercice budgétaire à venir : plus de crédit pour les fournitures... Les travaux auront donc lieu plus tard, et si possible au milieu des nageurs.

Tu sais, c'est le coup des ouvriers de l'assainissement qu'on appelle toujours une fois que la voirie vient d'être refaite à neuf, histoire de tracer immédiatement dans le bitume rutilant sa tranchée baptismale.

Donc à Roger Le gall, si j'ai retrouvé dès lundi, puis mardi et encore hier, le chemin de mes lignes d'eau favorites, si j'ai renoué à l'heure de la douche avec les petits péchés fugaces qui finalement me suffisent, si j'ai renouvelé mon abonnement trimestriel pour seulement 37 euros, avec une photo toute neuve que je dois à Mlle Cigüe, l'essoreuse à maillots, eslle, est bel et bien toujours en panne.

L'essoreuse, c'est une petite machine toute simple, une centrifugeuse dans laquelle tu places ton maillot pour le récupérer, après une dizaine de secondes, presque sec. Ca évite qu'il traine tout mouillé dans ton sac, ça allonge sa durée de vie, et c'est bon pour les odeurs.

Je n'en ai jamais vu qu'à Roger Le Gall.

Mais va savoir. Y aurait-il eu un cadre administratif, dans un bureau, qui aurait émis une réserve d'ordre hygiénique sur cet appareil avant de signer l'ordre de réparation ? Se pourrait-il que quelque part une note, un rapport, ait soulevé un problème, jeté une opprobre, conduisant le Directeur de la piscine à préférer la suspension de la réparation, dans l'attente du résultat d'un audit complémentaire sur les vertus de l'essoreuse ?

Je m'attends à tout. Et je remballe mon maillot en le pliant soigneusement dans ma serviette, jusqu'au soir, où je peux enfin l'étendre.

14 juin 2009

battons ensemble !

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J'étais hier matin à la piscine des Halles. Aux heures fraîchement matinales, elle est largement fréquentable. Plus cher parce qu'elle n'accepte pas l'abonnement trimestriel de la ville de Paris, les lignes d'eau y sont clairement organisées, si bien que les usagers y coexistent pacifiquement, quel que soit leur pratique et leur niveau.

Il y a ainsi la ligne "palmes et plaquettes", la ligne "crawl et dos rapide", la ligne "quatre-nages rapide", et la ligne "quatre-nages lent et battements". Battements.

Habituellement, quand je nage, je ne pense pas, je compte. Je compte le nombre de mes longueurs, le nombre de mes mouvements, éventuellement le temps.

Mais curieusement hier matin, le mot "battements" s'est installé dans ma tête, s'est mis à vibrer, et j'en ai oublié de compter.

Dans le cas d'espèces, évidemment, il s'agissait des battements de jambes. Le mien est déplorable, tout juste me permet-il de me maintenir en équilibre sur la ligne de flottaison. Si je l'active à des fins propulsives, pour faire une longueur de sprint, je finis épuisé, et j'ai horreur de nager avec une planche. Alors que je sais, je devrais. Pour me faire de plus belles jambes.

Mais d'autres battements m'ont surgi aux oreilles.

J'ai d'abord pensé au battement du coeur, évidemment. Celui qui s'emballe dans la quête amoureuse ou dans l'examen de passage, disons dans l'épreuve de l'autre, et puis qui s'étiole dans le chagrin.

J'ai entendu aussi un battement de tambour, celui qui roule avant la sortie acrobatique, ou qui annonce l'avancée conquérante (et se finit dans une caserne, en général).

J'ai vu aussi un battement de cil. Le plus beau, Lisa Minelli, dans Cabaret. Va savoir pourquoi.

Le battement de l'aile n'a pas été difficile à repérer, il était en moi du côté du coeur, il devait s'agir de l'aile de l'amour. Ou alors d'un battement de papillon, qui déplace un petit rien pour réveiller un grand tout. La cause du chaos.

J'ai pensé aussi au battement de pieds, mais je ne me suis pas senti concerné, je n'ai plus vraiment d'impatience. Aux battements de main, parce que je suis toujours bon public, aux battements de...

Et toi, à quels battements es-tu vraiment sensible ?

 

18 avril 2009

la tendinite et le papillon

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J'ai appris une chose, depuis que je nage. Face à une tendinite naissante, surtout ne pas opter pour l'immobilisation radicale et immédiate. Parce qu'alors, elle s'installe, et personne ne sait plus pour combien de temps. Ce qui suit, c'est le fruit de l'expérience, parce que j'en ai testé, des remèdes...!

Nous les nageurs, nous sommes particulièrement exposés au risque de tendinite de l'épaule. C'est rarement une séance qui va la provoquer directement, mais plutôt une gestion peu précotionneuse de l'après-séance : avec un mouvement inconfortable mais répété, la conduite prolongée d'un véhicule, le passage compulsif des vitesses dans un contexte d'embouteillage, la pratique excessive du clavier ou... de la masturbation. Bref, je suis un client à risque.

luxation-epaule-reci3.jpgRégulièrement confronté à des résurgences de ce type, je pratique deux choses : d'une part, faire attention : ne pas titiller inutilement la douleur, chercher au contraire à la détendre par des étirements bien pensés - bon, moi, je suis plutôt intuitif dans ce domaine... Et d'autre part, ne pas sauter de séance de natation. Aller nager malgré tout, en se mettant bien à l'écoute de sa douleur. Ne pas aller au point de rupture, mais ne pas endormir la bête non plus.

Les petite contrariétés avec lesquelles je te saôule depuis quelques jours - pour ne pas dire la dépression chronique dans laquelle je me vois sombrer - ne m'ont conduit pour l'instant ni à tomber en arrêt maladie, ni à lâcher la piscine, c'est bon signe. Mais j'en paye un autre prix : le retour de ma tendinite. C'était mardi. Eh bien mercredi, je n'ai fait ni une, ni deux : piscine, et tiens-toi bien, papillon : c'était le jour (oui, j'ai mes manies, et parmi celles-ci, mes séances sont ordonnées : une fois sur quatre, c'est dominante papillon). Papillon... franchement, c'était risqué pour un jour de tendinite, et je m'étais préparé à un éventuel repli stratégique, genre planche avec battement de jambes (exercice dont j'ai une sainte horreur, mais bon !).

Mais finalement, j'ai vu mon corps s'adapter presque de lui même à la situation : au moment où les mains sortaient de l'eau, embrassant la ligne pour partir à toute vitesse se jeter vers l'avant, le point dans l'épaule se faisait sentir. Alors peu à peu pour y échapper, mon corps s'est mis à onduler différemment, d'un mouvement plus ample, plus souple, comme pour prendre le relais des bras. Pour substituer une puissance de glisse à la puissance de poussée. Je crois qu'au cours de cette séance, j'ai beaucoup progressé dans la technique de cette nage exigente.

Dès la sortie de la douche, et depuis : plus de tendinite. Disparue, effacée, enfouie. Si seulement elle avait pu emmener ma déprime avec elle...!

17 février 2009

quand Joséphine Baker te tend le miroir

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Je croyais avoir tout expérimenté. Enfin, à peu près : le virage et le plongeon me demeurent revêches. Mais le reste, c'est à dire à peu près tout : les longueurs enchaînées, le demi fond, les pointes de vitesse en crawl, la brasse saccadée, ou coulée, les ballets érotiques, le dos en extension, le dos brassé, le papillon - avec désormais deux ondulations du bassin entre chaque battement d'aile - les petits plaisirs des vestiaires, la langueur des douches tièdes, les regards en coin ou les empoignades audacieuses... Je croyais connaître à peu près tous les enchantements de l'eau. Et pourtant.

Hier soir, Roger Le Gall étant en vidange hivernale, je m'étais rabattu sur Joséphine Baker. La fameuse piscine flottante, qui connut de nombreuses avaries ces derniers mois, mais qui a rouvert depuis peu.

J'étais disposé à la surprise, cette étrangeté posée là sur la Seine s'y prêtant. Depuis la grande Bibliothèque, descendant vers le quai dans le clair obscure de la fin d'après midi, j'entendis d'abord la transparence de la structure de verre, avec le quai de Bercy en arrière plan, la Seine paisible sans courant apparent, et poursuivant le travelling arrière, le bassin finalement assez petit, 25 mètres tout mouillé, puis ce jeune homme occupé à rassembler ses affaires face à la grande baie vitrée du hall d'entrée, en speedo noir, inconscient de sa beauté et des envies de coups-de-ciseaux qui s'agitaient secrètement tout autour de lui.

brutos8013.jpgLa deuxième impression que je décrochais était la blancheur du ciel, descendant se fondre dans la piscine au fond sans marque, sans céramique ni jointure. Nager dans cette ouate n'était pas des plus confortable, mais on s'y habituait, concentré qu'on était à marquer sa place et son tempo au milieu du trafic.

Et puis il y eut cette surprise. La nuit était tombée. Tu avais enchaîné cinquante trois longueurs, le nez tourné vers le fond du bassin. Puis te tournant sur le dos pour les sept dernières, tu vis au plafond un nageur élégant, élancé, ample et précis dans ses mouvements, véloce. Les lumières du bassin, une fois l'obscurité installée dans la ville au dehors, faisaient de ce plafond de verre un gigantesque miroir. Dans lequel tu te voyais évoluer au milieu des autres. Et tu réalisais que tu ne faisais pas que te mouvoir au milieu des gens, mais que tu faisais partie de ces gens. Occupant une place visible, sensible, pesante.

Ta place.