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12 mars 2013

relâche opus 466

Voilà à quoi je m'attaque, et voilà pourquoi tu ne me vois plus. Depuis que j'ai récupéré et fait réparer le piano électronique de ma grande nièce, je suis hâpé des heures chaque semaine. Au début, j'ai reconstitué "mon" répertoire, retrouvé les trois ou quatre pièces apprises dans l'enfance et qui avaient fini par s'échapper du bout de mes doigts. Bach, l'Invention N° 13, une Romance sans parole de Mendelssohn, une Valse posthume de Chopin, la N°1 de l'opus 69. Les sensations étaient agréables, presque goulues, empreintes de fierté.

Ceci fait, avec une onctuosité que je n'avais pas imaginée, j'ai repris la seconde Valse posthume de Chopin, dont je n'avais jamais abordé qu'une ébauche, et je fus bien surpris de me voir capable d'y avancer, de me l'approprier, et d'y mettre, en sus, tant de délectation. La famille m'a écouté avec flatterie, mon ami d'amour avec moquerie. Evidemment, ça reste pataud. Chaque interprétation reste un enjeu, dans lequel j'investis ma concentration et ma sensibilité. Et qu'importe la sonorité, ce qui compte est le plaisir que j'y prends.

Et depuis quelques semaines, je suis donc sur Scarlatti. Ça a l'air simple, comme ça. Il faut déchiffrer, comprendre. Il faut acquérir les automatismes. Plus compliqué, il faut parvenir à dissocier la main droite de la gauche, qui jouent sur des rythmes voisins mais distincts, à cause de l'utilisation de triolets qui créent cette sensation de légèreté. Mais cette légèreté, justement, dans le toucher et les trilles, pour juste m'en approcher, juste l'effleurer, juste comprendre ce qu'il faut de doigté pour espérer l'apercevoir... j'y laisse une sueur incroyable. C'est ardu, je m'accroche, je répète, et répète sans cesse. Je m'y écorche. Et le plaisir que j'y prends ne décroît pas.

Alors voilà. Tu ne me vois pas, mais je ne suis pas loin. Et si tu écoutes cette interprétation par la jeune Italienne Ottavia Maria Maceratini, sache que c'est là que je suis.

21 octobre 2011

le piano quitte la scène

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Ça ne te fait pas drôle, toi, ces dictateurs qui finissent comme des chiens ? Reclus, aux abois, hébétés, semblant ne rien comprendre à ce retournement du sort, et finalement déchiquetés, comme des dizaines de leurs proies avant eux...

Les nouvelles ont des relents de tragédie grecque, quelques fois. Je ne suis pas sûr, pourtant, que des procès équitables ne seraient pas de meilleures voies pour comprendre et se prémunir. La bestialité a sinon la fâcheuse manie de se répéter... Mais le traitement V.I.P - résidences surveillées et procès reportés pour raisons de santé - c'est seulement pour les dictateurs made in U.S, les Pinochet aux avocats de luxe. Les terroristes d'État aux accents musulmans, ils sont faits pour être débusqués comme des lapins, exhibés en lambeaux, barbe hirsute, puis jetés d'un hélicoptère. Surtout sans sépulture, sans trace mémorielle. Avec eux, enfouis sous leur cape, les souvenirs embarrassants des compromissions d'hier, des campagnes électorales occultement financées...
 
Les terroristes passent, la communication continue, Dieu merci.

La salle Pleyel et l'Orchestre de Paris rendaient hommage hier et avant hier soir à Rachmaninoff. J'y étais avant-hier, en solo, pour ne pas rater le 2ème concerto pour piano, une de mes œuvres fétiches, particulièrement réussie sous les doigts du pétillant Cubain Jorge-Luis Prats.

Le piano a une majesté particulière. C'est après un poème symphonique de jeunesse qu'il fut introduit pour le concerto. Rutilant, droit et solide, comme immuable, capot d'abord fermé, il a glissé entre les chaises et les pupitres de l'orchestre pour se positionner au centre de la scène. Un vaisseau émergé des brouillards. Un roc, aux secrets bien gardés. Un tyran, à sa façon, martyrisant ses maîtres et offrant du plaisir à sa cour. Prats s'y est donné à cœur joie. Son interprétation fut brillante, sonore, mais ouverte aux ruptures légères. Il nous a gratifiés de trois bis, empruntés à un répertoire jazzy et la salle lui a fait un triomphe.
 
Après l'entracte, le piano avait disparu, l'orchestre avait repris tout le pouvoir pour des danses symphoniques de fin d'époque, composées par Rachmaninoff à l'orée de sa mort dans son exil américain. En pleine guerre mondiale. Amples, colorées, désespérées, elles étaient juste éclatantes.

La musique a parfois des relents de tragédie grecque.