Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

05 août 2012

Budapest, une, trentième !

route des vacances.JPG

Et oui, j'y suis à nouveau ! Quant on aime, hein...

Ma retraite paisible. Je n'avais plus fait le voyage en voiture depuis 2003. Avec apparition de l'aviation low cost, c'est devenu une fantaisie coûteuse et inutile. Fatigante, de surcroît, comme cela vient de se rappeler à mon bon souvenir. Malgré une étape nocturne près de Reggensburg, en Allemagne, et une halte déjeunatoire chez des amis d'Igor à Vienne.

Seulement voilà, j'enchaînerai ce séjour à Budapest avec une petite semaine au festival de Salzburg, la classe, non ? D'où la voiture. Que je me suis juré de ne pas utiliser de tout mon séjour hongrois.

D'ici, c'est assez dur de suivre les JO. Dommage, je m'étais pris de passion. Les retransmissions de France-télévision par Internet sont bridées pour l'étranger - question de droits télé - et dans notre petit appartement en ville, nous recevons uniquement les chaînes hertziennes, avec une antenne d'intérieur. Tu te rappelles l'époque des retransmissions enneigées à l'image sautillante ? Eh ben voilà ! En plus, on n'accède qu'aux compétitions où participent des Hongrois ! On ne va pas le leur reprocher, hein, quand on voit le traitement des jeux par les chaînes françaises, mais bon, difficile d'y trouver mon compte. Alors il reste France-Info. Par Internet, ça marche du tonnerre de Dieu. Sauf qu'il n'y a pas l'image, pardi !, et que pour entendre les directs de temps en temps, il faut se fader dix fois dans la journée, les mêmes chroniques et faire son deuil de la trêve des actualités. Triste Syrie...

Autrement, je vais nager, évidemment, mon principal loisir, ici comme ailleurs.

Tiens, tu sais quoi ? J'ai fait 28 kilomètres en juillet. Le site communautaire nageurs.com, qui m'abreuve chaque semaine de mes statistiques à jour, me précise même qu'avec 10 piscines différentes fréquentées dans le mois, je me classe 3ème sur les 550 nageurs de juillet référencés. Je te rassure, en nombre de séances (17 pour moi), je ne suis que 37è, et 75è en ce qui concerne la distance parcourue...

C'est vrai que j'ai éclusé, cet été. Fuyant Paris aux couloirs encombrés, j'ai expérimenté des bassins de la grande banlieue, souvent assez chers d'ailleurs pour les non-résidents. Et puis je me suis offert des pauses aquatiques dans chaque ville où j'ai fait festival : Aix, Chalon, Amiens, Foix... J'ai même fait le "Voyage à Nantes", tout récemment, pour visiter les installations géantes de l'Estuaire 2012, et j'y ai aussi découvert une très belle piscine, à deux pas de l'hôtel où j'étais descendu.

Budapest, donc. Arrivé avant-hier, j'ai commencé hier par Palatinus, histoire de prendre la température budapest,vacances,palatinus,JO,Jeux Olympiques,Londres 2012(qui est élevée, d'ailleurs : la canicule est annoncée pour demain). Il y avait la foule des grands jours, normal pour un samedi, le bassin de 40 mètres restait toutefois largement nageable, le coin naturiste faisait terrasse comble. Seul changement, les douches ont été réaménagées, les céramiques refaites à neuf, et les box troqués pour des cabines... avec des portes ! Ah, pudeur, quand tu nous tiens ! Ça change l'atmosphère. Heureusement certaines cabines ont été laissées ouvertes, énigme, et j'ai pu observer qu'on continuait à y rôder l’œil coquin...

Ce matin, ce sera la piscine sportive Császár-Komjádi, pas de temps à perdre en batifolage, puis un déjeuner dans la belle famille. On y aura je crois de la haute-def pour les Jeux !!

28 juillet 2011

la marque du maillot

DSCN0978.JPG

J'aime bien écrire des billets qui me sortent des tripes, où je ne joue pas de rôle, où mes états d'âme sont aussi secs que le corps que j'aimerais me faire, aussi crus que les sexes étalés au Rudas, aussi sincères que je le suis. Car je le suis, sincère. Toujours. Surtout là, dans cet espace privé et public à la fois. C'est le seul défaut que je ne voudrais pas qu'on m'impute. Ca me donne l'impression de ne pas faire de remplissage, ni de maintenir le blog dans une survie artificielle.

Ca me rapporte des marques d'affection, d'amour, de la compassion, de la compréhension. Mails, plus que commentaires. Même au milieu de l'été, ça fait du bien. Continuer, me sortir les doigts du cul pour me laisser les entrailles sortir de la plume, c'est mon challenge de l'été. Parmi d'autres...

J'ai la marque du maillot. Un beau bronzage vient me hâler la peau. Pas de ces teintes un peu rougeâtres qui trahissent des crèmes accélératrices, ni de ces bruns foncés, forcés, surnaturels, obsessionnels, où perce l'insupportable culte de soi. Le mien est charpenté, profond, il résulte d'une exposition quasi quotidienne, oh pas très longtemps, une cinquantaine de minutes tout au plus, même par mauvais temps, juste le temps de mes longueurs de natation. C'est un brun mat, épais. Le brun du labeur. Le brun de la classe ouvrière, des hommes de chantier. Un vrai brun d'homme, un beau bronzage. Un bronzage beau.

J'ai la marque du maillot. Ça veut dire que j'ai fait peu usage des terrasses naturistes du Palatinus ou des bains Széchényi. C'est con, maintenant que j'en connais la longueur du bassin... La pluie, sans doute. Salope !

DSCN0954.JPGMercredi, mais pas une âme ! Je suis seul, putain de seul sur cette terrasse, où je suis finalement revenu. Seul. Comme depuis plusieurs jours dans mes lignes d'eau. Ils se sont passé le mot, ou quoi ?

Pas une paire de fesses, pas une couille, même pendante, pas un ventre... on s'en fout, pas forcément du body-buldé, pas forcément de la tablette de chocolat, juste un petit ventre, une surface un peu plate, un peu lisse, une arrête de poils au dessus du pubis, quelque chose d'un homme, quoi !

Le temps promet quelques généreuses bouffées de soleil, mais pas un nez, pas une peau. Pas un sourire aguichant, pas un regard ténébreux, pas une grimace non plus. Pas de signe que quelqu'un va venir, pas de signe du contraire non plus.

Il se passe quoi ? La veille, c'était fermé, soit. Je le sais, je m'y suis cassé les dents. Je suppose à cause de cette saleté de pluie ! Replié sur Hajós Alfréd je me suis fait une belles séance encore. Seul à seul avec ma ligne bleue, évidemment - ça devient une marque de fabrique - qui est noire, d'ailleurs, dans le 33 mètres de Hajós Alfréd. C'est à n'y rien comprendre. Mais ils sont où ?

Mercredi, c'est moitié prix, merde ! Remarque, ça a peut-être été fermé plusieurs jours, en fait. Je n'en sais rien, je n'avais pas tenté d'y mettre les pieds depuis plus d'une semaine - les derniers beaux jours. Et personne n'aurait eu envie de s'y casser les dents de nouveau, ça se tient... même pour ce timide retour de chaleur ?

Étalage désolé de transats blanches sur ce bitume vert délavé. Seul. Dans un désert. Un désert d'ombres. sans fantôme, ni vampire. Casquette et lunettes noires vissées, la chronique new-yorkaise d'Edmund White en main, City-Boy, que je dois à la fée, ma copine de blog et de ballet et de plein d'autres trucs.

Nu.
Seul, mais nu. Évidemment.
A l'ombre, mais nu. Quoi d'autre ?
Un livre à la main, mais nu.

Pas une âme sur cette terrasse, des plombes que j'y suis désormais, avec mon nouveau roman, ma casquette, mes lunettes de soleil, et moi. Moi brut. Brute épaisse, rendu au rang d'animal. Un singe, un singe savant, voilà ce que je suis. Aux pulsions d'un vieux mâle solitaire. Habillé de rien, surtout pas d'un regard, de quiconque, c'est plus simple. Le temps passe, la chaleur monte, toujours légère. Ma main n'en finit pas de parcourir mon corps et d'aboutir à ce point ultime, ce point unique, d'y revenir sans cesse, de vérifier qu'il y a toujours quelque chose qui vit à cet endroit. Sans pudeur, sans vergogne, ignoré de tous. Seul en cage.

Je joue, je joue avec moi-même, avec mes sensations, comme le jeune brun du Rudas l'autre jour. Je joue avec moi-même, avec mon image. Je sors mon appareil. A bout de bras, debout, assis, allez, bande, bande, espèce de con, vas-y, voilà, je m'excite tout seul. Je me mets droit face à l'entrée, déclencheur, retardateur, je provoque, l'idée de l'arrivée soudaine de quelqu'un au moment d'une pose obscène m'excite encore plus, mon appareil photo me branle, je fais l'amour avec mon image, ma seule compagne, avec mon nouveau joujou, on fait ce qu'on peut en matière de joujoux, je suis chaud, voilà, naturisme,palatinus,obcénité,sexe,masturbationc'est ça, quel con, non mais quel con je suis. Je pavoise pour moi-même. Je laisse des tâches blanches abondantes, des tâches sublimes, sur le vert décrépi de la terrasse, je suis à terre. Ma constellation. Un vieux singe n'aurait pas pu le faire.

L'eau des rêves n'est pas loin, juste cinq ou six mètres au dessous, un  bassin de quarante mètres, le seul bassin resté fermé toute la journée pour me garder reclus sur cette terrasse déserte...
Il faut que je te parle de l'eau des rêves (...)

23 juillet 2011

quarante mètres

palatinus,natation,nager

Je compte. Je suis un obsédé du chiffre. J'en avais d’ailleurs fait un billet, il n'y a pas si longtemps. C'est mon TOC à moi. Mais ce n'est pas trop grave, car il ne se déclenche qu'au contact de l'eau : je compte en particulier mes mouvements dans l'eau, le nombre de mes longueurs, j'additionne mes distances parcourues.

Alors pas question de me laisser troubler par un bassin à la longueur indéterminée.

J'ai profité de ma visite "en famille" à Palatinus, mardi dernier, non seulement pour en redécouvrir les installations ludiques, mais surtout pour mettre à contribution le grand de Bougre : doté d'un mètre-ruban, nous sommes partis sans nous soucier du regard de l'entourage à l'assaut du grand bain. Il faut dire qu'au fil des maîtres-nageurs, on m'a eu dit qu'il faisait 42, 38 et parfois 33 mètres : rien de cela ne correspondait à mon feeling.

Huit carreaux faisaient 2 mètres, il y avait 160 carreaux par longueur : donc nous tenions le bon bout : la longueur du bassin de natation, à Palatinus (Budapest), fait exactement 40 mètres.

Et je me permets de l'écrire en gras, en couleur, en français, en anglais et en hongrois, dans des tas d'autres jangues encore grâce à Madame Gi, pour aider tous les google-chercheurs, car figure-toi que cette information n'était disponible ni sur place ni sur aucun site internet dans aucunelangues. So, the swimming pool, at Palatinus, Budapest, is 40 meter long - 40 méteres a pontos hosszúsága a Palatinus strand fürdő úszómedencéjének Budapesten - la longitud de la piscina del Palatinus (Budapest) es de cuarenta - la lunghezza della piscina del Palatinus (Budapest) è di quaranta metri - Длина плавательного бассеина Palatinus в 40 метров - C'est réparé !

De ce bassin, on pouvait tout savoir de la température des eaux, de la profondeur, de l'année de construction, de l'heure qu'il était, des préférences alimentaires des surveillants de baignade... désormais aussi de la longueur !

Bougre et sa petite tribu repartent ce matin. C'est triste. Leur compagnie, pendant cette courte semaine ici, n'a été que du bonheur. On en retiendra la brioche-cheminée à la transylvanienne, la soupe froide palatinus,natation,nager,trouble obsessionnel compulsifaux fruits rouges, les escargots au chocolat, le pont de la liberté et une petite lichette de crème aigre. Ah, le chocolat chaud aux épices du café New-York, j'oubliais !

Après le fiston et sa copine, on a déjà signé l'an prochain pour la grand-mère. Et Bougre s"est jurée d'y revenir avec son amoureux. Lui reste à décider lequel, mais en matière d'épices, elle s'y connaît, alors...

Viszontlátásra (note bien, Bougre : VI-SONT-LA-TACH-RA, voilà !)

15 juillet 2011

l'accident et la capote

000090298-4861-330.jpg

Tout change, rien ne change...

Voilà un an que le pont Marguerite est désossé pour des travaux qui sont sans doute parmi les plus importants qu'il ait connus depuis sa construction. On aperçoit désormais les partis pris de sa nouvelle enveloppe : lui redonner un cachet d'autrefois. Une rambarde en ferronnerie, des piles et des escaliers en pierres de taille. La pierre est belle, d'ailleurs, fraîchement ciselée, écarlate. Les entrées de la station de tram, côté Buda, retrouvent une voûte à l'ancienne que l'on devine derrière des palissades grillagées, les cadres d'aluminium des années soixante-dix avaient trop mal vieilli.

J'aime beaucoup le pont Marguerite. Le seul pont coudé de Budapest. Il relie Pest à Buda, en desservant par son extrémité sud l'île Marguerite, poumon vert de la ville, où l'on trouve de nombreuses installations sportives, parmi lesquelles la vieille piscine olympique Hajós Alfréd (où j'appris à fait mes premiers crawls il y a quinze ans), le tout nouveau bassin de compétition où se sont déroulés en 2006 (j'y étais), puis en 2010, les championnats d'Europe de natation, et le complexe Palatinus, panthéon à ma première rencontre d'homme accompli.

Palatinus est la strand à la hongroise par excellence. Une multitude de bassins et d'animations 36_pala.jpg(tobogans, piscine à vagues, labirynthes, bassins à jets...) Toutes les générations s'y éclatent, on y mange des crêpes, des glaces, ou des lángos - beignets géants servis avec de la crème aigre, du fromage rapé et une sauce à l'ail... Ambiance familiale, ambiance de vacances... Peu se doutent sans doute que sur le toit de l'un des bâtiments, réservé au naturisme masculin, d'autres valeurs s'éprouvent.

Je n'avais pas vraiment prévu d'y aller hier. Mais deux facteurs sont intervenus. D'abord, la cicatrisation de mon doigt opère plus vite que prévu. Peut-être parce que j'ai décidé de ne pas laisser la plaie sous sparadrap, pour qu'elle respire le plus souvent possible. Alors m'étant procuré dans une pharmacie une gaine censée être hermétique, j'ai entrepris de tenter une immersion pour quelques longueurs dans la piscine Komyádi, où j'étais descendu en janvier dernier. Mais cette piscine que j'affectionne, qui se trouve derrière mon ancien appartement, s'est avérée fermée pour vidange et visite technique (ce n'est donc pas une spécialité parisienne, c'est rassurant).

Voilà comment j'ai finalement pris la décision de me replier sur Palatinus. J'y ai nagé 40 longueurs, dans un bassin dont nul ne sait dire l'exacte dimension (33, 38, 42m, selon le maître-nageur). La gaine au doigt a permis au pansement de ne pas se défaire, mais celui-ci a fini la séance tout trempé. Encore un accident de capote, dirait quelqu'un qui me connait bien !

Tout change, rien ne change...

Sans y avoir remis les pieds depuis deux ans, j'y ai retrouvé en grande partie les mêmes visages, les mêmes corps, les mêmes mimiques, les mêmes airs de ne pas y toucher, les mêmes regards fuyants, ou insistants... A dire vrai, c'est presque le dégoût que j'ai ressenti en premier, mais j'ai décidé de me laisser apprivoiser par le lieu, de m'efforcer d'y retrouver des sensations d'autrefois, de laisser ces bites étalées me passer par les yeux, certaines par les mains, et par la bouche pour une des plus élégantes. Mais si j'ai pu ainsi me vider les couilles, à genoux dans une obscure cabine de douche, et sous le regard appuyé de deux ou trois autres mâles envieux, le dégoût persistait. Il faudra que j'y retourne. Ça doit bien finir par se retrouver, le goût du sexe !...

Tout change, rien ne change.

budapest,palatinus,budapest gay,île marguerite,pont marguerite,place moscou,naturismeMoszkva Tér : un des nœuds du transport public, la correspondance entre la ligne 3 du métro et les tramways 4 et 6. Une station de béton au toit en éventail, datée comme ce n'est pas permis. Un traffic de main d’œuvre au black. Du petit commerce, tout petit petit, des bouquets de pissenlits, de minuscules napperons, de la revente, des biffins... Toujours ses buffets de gare, ses Internet'cafés. Moszkva Tér est aussi le titre d'un film qui racontait avec humour la Place Moscou des années 80, disait toute cette vie parallèle, la jeunesse prise entre le marteau de ses rêves et l'enclume du possible, embarquant ses espoirs dans une traband surchargée, et construisant dans sa quête une façon de vivre douce et amère, qui façonne encore aujourd'hui une budapest,palatinus,budapest gay,île marguerite,pont marguerite,place moscou,naturismecertaine agilité à appréhender le monde avec distance.

La jeunesse a gardé la douceur et l'amertume, le plateau de la balance penche juste de l'autre côté. La place Moscou vient d'être rebaptisée, dans la plus pure des traditions que l'on croyait réservées aux tournants idéologiques du soviétisme, et au grand dam de tout le monde, qui a l'impression que ses rêves aussi doivent être enterrés. Elle s'appelle désormais la Széll Kálmán Tér.

Il paraît que c'est parce qu'il n'y a pas de place Budapest à Moscou !

25 juillet 2009

Budapest et ma libido, toute une histoire

medium_4b50efed7a41d6e442c26a0730b8f68d.jpg

Je ne vais pas te la faire façon carte postale. Ou alors de ces cartes hyper-kitch, où des hommes - gros plan sur leur maillot de bain bien renflé - se la pètent grave, bronzés de la tête aux pieds, reluquant de la meuf en string. Parce que tu vas voir, je ne commence pas mon récit de vacances par de la poésie.

Donc, premières observations de Budapest. En fait, essentiellement cinq.

1/ Il fait sensiblement plus chaud qu'à Paris. On y fleurte avec les 31-32 degrés, mais cette chaleur est sèche et n'assomme pas. La canicule s'est échappée avant mon arrivée, il faisait mercredi et jeudi plus de 38 degrés.

2/ On drague toujours à Palatinus. Malgré une affluence familiale nombreuse et expansive, des jeux aquatiques dans tous les sens, il se trouve, sur une terrasse naturiste réservée aux hommes, et dans l'obscurité du bloc de douche du premier étage, à gauche de la coursive, juste face aux escaliers qui montent à cette terrasse, des traditions de repérage et de premiers contacts, de masturbations discrètes. Il faut y être vigilant car un innocent peut toujours y débarquer par hasard, mais chacun y met du sien et il y a rarement d'incident. Des choses intéressantes s'y passent toujours, donc. Ça n'a pas changé.

3/ Mon sex appeal fonctionne encore. Dès mon entrée dans ce mâtodrôme, il s'est trouvé plusieurs individus pour se laisser magnétiser, s'approcher de  moi et m'offrir leurs vertus - légères, leurs vertus. Ca  me rassure. Qu'est ce que ce sera après trois semaine de nage intensive, de repos et de bronzage !...

4/ Ma  libido donne des signes évident de reprise : impatience à aller retrouver ces lieux, belles érections sous ces regards avides. Mais difficulté à me laisser aller dans un rapport prolongé. Était-ce la glauquitude de cette cabine de toilette, l'incongruité du bonhomme, qui m'avoua être transformiste en boîtes de nuit, ou les pensées qui, encore, me ramenaient à lui ? Toujours est-il que j'ai perdu mes moyens, et à mi-parcours, c'est pas cool. J'ai du travail pendant mon stage pour retrouver tout mon relâchement...

5/ Démis Roussos est mort, mais il chante encore. Tu imaginais, toi, qu'il donnait encore des concerts ? Eh bien il en donne. A Budapest, en demis-roussos.jpgtout cas. Il s'affiche partout. C'est donc à l'Est que la vie continue, j'ai bien fait d'y venir.

6/ Ah ! et puis une dernière observation : figure-toi qu'il y a une connexion WIFI depuis notre appartement. Gratuite. Sur un réseau non identifié. Un piège ? Ça a été ma première réaction. Mais au fond, non. J'avais pris plaisir, durant l'été 2007, stimulé par l'échange qui était en train de se construire avec Wajdi, à écrire et à écrire encore, à raconter. Des bribes de vie, des rencontres, des sensations sexuelles, ou sensuelles, des souvenirs. Je n'avais alors qu'un Internet café à ma disposition, mais cette expérience m'avait stimulé au plus haut point, et ce qui en est né a enrichi ma vie. Internet à la maison, c'est la même chose avec le confort en plus. Et puis maintenant, j'ai un blog pour balancer tout ça, sans usurper l'espace d'un autre. Et pour ce que devient le blog de WajDi !... Alors oui, les vacances, ce ne sera peut-être pas l'arrêt du blog, mais au contraire le temps du blog. Écrire, en profitant d'avoir du temps pour le faire. Au lieu d'écrire en courant, entre deux obligations, ou sorties, haletant, en y laissant une partie de mes nuits. Le confort, je te dis ! Et puis qui sait si je ne te raconterais pas un jour ma nuit avec Demis Roussos.

Allez, sois fidèle au rendez-vous pour pas manquer ça...! Bons baisers de Hongrie.

19 juillet 2009

le premier homme qui me marcha sur la lune

1104.jpg

C'était à la fin du printemps 1996. Je vivais à Budapest depuis plus de six mois. Je voyais chaque matin sous les douches de la piscine Alfred Hàjos de jeunes hommes nus, insouciants de leur jeunesse et de leur beauté. Mais tout autant que je prenais conscience de l'irrévocabilité de mon homosexualité, j'avais l'impression que chaque regard me trahissait, ou que ces jeunes n'étaient que des fabriques à fantasmes, inaccessibles et irréels. J'enviais simplement leur jovialité et le naturel avec lequel ils portaient leur nudité. Une ou deux fois par semaine, brutos10415.jpgsouvent le week-end, je commençais à explorer les bains thermaux, et je voyais alors d'autres nudités, plus équivoques. Les volutes de vapeur me faisaient disparaitre et j'y craignais moins d'exister au milieu d'elles.

Et puis une fois, c'était dans le bain de l'hôtel Gellert, il était arrivé qu'un homme s'approchât de moi, m'y caressât la jambe du dos de la main et tout en me parlant m'y empoignât le sexe. Il me dit en français - il était professeur d'université - qu'il avait bien de la chance qu'un jeune homme aussi beau que moi se laissât ainsi approcher. J'avais alors tenté à mon tour de lui toucher le sexe, mais ne rencontrant qu'une pièce molle cernée de poils longs, j'en avais ressenti du dégoût et le mis aussitôt à distance.

Il était néanmoins évident que le moment approchait où j'allais passer à la casserole, et j'en recherchais l'augure. Je découvrais aussi que les printemps à Budapest étaient inondés de soleil, que les gens aimaient alors à se dévêtir. L'Est s'avérait être autre chose que ce que je m'en était représenté depuis tout petit : il y régnait une douceur de vivre, des couleurs et des rythmes des plus agréables. A la fin du travail, je commençais à m'aventurer à la grande piscine familiale Palatinus. Je ne sais plus d'où je le tenais, d'un guide ou d'une observation plus personnelle, peut-être de ce malheureux professeur d'université, mais je savais qu'il y avait des terrasses naturistes non mixtes, et qu'on y faisait parfois des rencontres. Qu'était une rencontre, d'ailleurs, et si elle avait lieu, comment le savoir ? Et qu'en faire ? J'allais peut-être là-bas avoir des occasions de répondre à ces questions.

1-as (5).jpgJe ne sais plus bien dire si c'est à mon premier passage que la rencontre eut lieu. Ou s'il m'avait fallu y revenir plusieurs fois, car j'ai la faculté d'occulter les tentatives infructueuses. J'y étais allé plusieurs fois à de simples fins exploratoires, me semble-t-il, sans m'attarder, me sentant intrus ou me croyant observé. Toujours est-il que ce jour-là, de mai ou de juin 96, un samedi, autant que je m'en souvienne, sur la terrasse d'abord, puis sous la douche de façon plus explicite, un garçon m'observa et me fit comprendre que je lui plaisais. Lui n'était pas vraiment beau. Mais il était jeune. Il était un peu édenté, très brun, et je me souviens que je me demandais s'il n'était pas Gitan. Je l'ai même supposé être un prostitué, et durant tout ce qui allait suivre, jusqu'à son départ, ne connaissant ni les codes de la drague ni ceux du tapin, je m'imaginais qu'à la fin il allait me demander de le rétribuer de quelque chose.

Il s'appelait Csaba. Il était en vélo alors que j'étais venu en bus, il avait donc du suivre le bus pour me rejoindre chez moi, et cette insistance m'avait intrigué. Il avait l'air content de me suivre, et me fit comprendre que les Français étaient des amants de choix.

Autant que je m'en souvienne, je ne m'embarrassais pas de savoir si je serais à la hauteur ou non. J'avais juste besoin de vivre cette expérience. Et qu'importait qui il était au fond, et ce qui le motivait. Qu'importait son sourire un peu benêt. Pour la première fois, j'allais embrasser un homme avec frénésie, un homme frotterait son sexe contre le mien, m'arracherait les vêtements, je connaitrais mes premières pipes. Mon cœur battait fort, mais je ne donnais visiblement pas l'impression d'être novice. En entrant dans mon immeuble, j'eus l'impression que les voisins étaient tous à l'affut, et qu'ils préparaient déjà un rapport circonstancié à l'attention de l'organisation qui m'employait. Une fois chez moi, je les imaginais dans le couloir écoutant à ma porte chaque bruit que nous pourrions émettre. Mais finalement, dans l'action, j'évacuais ces sensations parasites, et me laissais aller à prodiguer des caresses et à en recevoir.

Je revois peu de choses de ces premiers pas sur ma lune. Un canapé vert bouteille, une lumière déclinante, un sexe tendu... Dans mon brutos5134.jpgsouvenir, je nous revois surtout debouts. Il n'y eut aucune pénétration, donc aucune capote, et je suis incapable de dire si ces instants durèrent un quart d'heure ou trois heures.

Cela reste en tout cas le premier sexe d'homme que j'eus jamais touché à part le mien et celui si inconsistant du professeur d'université. De ce jour-là, je sortis du scaphandre de mon innocence sexuelle, et commençai une aventure foisonnante sur le chemin des hommes.

Dès vendredi, je repars en pèlerinage à Budapest, en mode sex and sun, et ce n'est pas au Palatinus que j'escompte la moindre de mes rencontres, comme pour laisser à mon soleil du Levant le loisir de se faire couchant.

[Je racontais là, à l'ouverture de mon blog, tout ce qui bouillait en moi à l'époque de ce coming out]