28 avril 2008
la dixième femme

Je t'ai parlé, il n'y a pas longtemps, de Dulcie September, représentante de l'ANC à Paris assassinée il y a vingt ans pour son combat anti-apartheid. Et puis je t'ai parlé de huit autres femmes, dont le courage m'inspire.
Céleste consacre ici son billet à une autre encore, admirable, que j'ai eu aussi la chance de rencontrer, qui mène en Inde, auprès des populations exploitées, un combat politique tout autant qu'écologique, qui exprime une vision altermondialiste et réaliste du monde, et qui mérite tout autant le respect : Vandana Shiva.
Elle est l'un des plus beaux témoins des combats d'aujourd'hui, où l'avenir de l'humanité se conjugue au devenir de la planète, et où l'on n'a pas peur de s'attaquer au pouvoir débridé des multinationales.
16:00 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : vandana shiva, altermondialisme, eau, ogm, mondialisation, féminisme
15 avril 2008
des voisins si encombrants

Peut-être es-tu passé à côté de cet excellent documentaire diffusé le mois dernier sur ARTE, le monde selon Monsanto, qui non seulement dénonce les dangers des OGM sur notre santé et sur la biodiversité, mais qui démontre les stratégies machiavéliques dont est capable l'industrie agroalimentaire pour conquérir des marchés.
Pas de panique, tu as une seconde chance, une ultime diffusion étant programmée par ARTE samedi 19 avril à 9h 45 (sur la TNT).
Autrement, mais il faut avoir le câble ou le satellite, la Chaîne parlementaire le diffusera également le lendemain, dimanche 20 avril, à 21h.
ARTE propose même ici une sélection des blogs qui ont intelligemment commenté ce documentaire après sa diffusion - ce qui est rare et méritait d'être signalé. Le billet publié par Christie y figure en bonne place.
Entre autres scandales, on y découvre comment le Mexique, réserve patrimoniale des espèces de maïs les plus diverses, qui s'est refusé à toute plantation de maïs transgénique sur son territoire, se trouve pourtant contaminé, malgré lui, et découvre de plus en plus fréquemment, dans ses champs, des variétés mutantes monstrueuses, qui doivent être pourchassées pied à pied.
Ce qui m'a fait repenser à ce documentaire, c'est de visionner ce matin, pour mon boulot, le court extrait d'un film où l'on voyait le Colorado totalement à sec dans son lit du Delta au Mexique.
Le Colorado est devenu l'un des rares fleuves du monde à ne plus parvenir jusqu'à la mer, asséché en amont par les barrages états-uniens, les cultures irrigantes et l'alimentation en eau des grandes villes d'attraction touristique, notamment Las Vegas. Un paysan mexicain expliquait qu'autrefois, à la crue, l'activité de pêche nourrissait les communautés villageoises, et qu'à la décrue, les terres riches et humides étaient propices à la culture des courges et des haricots. Aujourd'hui, ces terres sont devenues des no man's land inhospitaliers, et les habitants, de misérables candidats à l'immigration vers le grand voisin du Nord, condamnés souvent à vivre clandestinement, ou à s'engager pour la guerre en Iraq dans l'espoir de décrocher la précieuse carte verte. Tout cela, bien sûr, dans le cadre d'un Etat de droit démocratique et incontestable.
Je te jure, être pauvre face à un voisin si encombrant, ce n'est pas une sinécure. Prends le temps de voir le monde selon Monsanto.
17:52 Publié dans eaux troubles | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : monsanto, ogm, arte, développement durable, altermondialisme, mondialisation
01 février 2008
le jardinage à grand-papa condamné
J'habite une maison de village, en banlieue parisienne, et je jouis donc d'un petit jardin. Oh ! tout petit le jardin. Là, il est en état d'hibernation, mais bientôt va venir le temps où il se rappellera à mon bon souvenir.
Je n'ai jamais été très fortiche, en jardinage. Et j'ai toujours eu beaucoup d'admiration pour les fleurs magnifiques que ma grand mère arrivait à faire venir dans sa maison du Lot entre les lignes de son potager.
Je suis donc tombé des nues d'apprendre, hier, cette nouvelle : une association de défense et de promotion de la biodiversité, qui fait depuis des années un travail remarquable de conservation d'espèces autrefois utilisées par nos grands parents, mais qui ont disparu du commerce parce qu'elle ne disposent pas du brevet par des grandes sociétés grainetières homologuées, vient de se faire lourdement condamnée pour avoir commercialisé ses graines.
Les semences que défend l’association Kokopelli sont maintenues dans l’illégalité par une volonté politique. En effet, malgré les directives européennes, les avis de l’ONU, du Sénat, de scientifiques, d’agronomes affirmant l’urgence de sauvegarder la biodiversité végétale alimentaire, l’Etat français refuse de libérer l’accès aux semences anciennes pour tout un chacun.
Je ne connaissais pas Kokopelli jusqu'à hier. A la faveur de ce verdict, j'ai donc découvert une association qui sauvegarde avec ses adhérents et ses sympathisants, plus de 2500 variétés en risque de disparition. Des semences dont la FAO reconnaît qu’elles sont une des solutions pour assurer la
souveraineté alimentaire, face aux dérèglements climatiques et à l’augmentation de la population mondiale. Des variétés, curieusement d'ailleurs, qui, selon qu’elles sont vendues par Kokopelli ou par des opérateurs en relation avec les grandes surfaces, ne sont pas règlementées de la même façon.
Pourquoi de telles condamnation, trois mois après le Grenelle de l’environnement, qui proclamait "il faut sauver la biodiversité !" ?
Il semble qu'à travers ce jugement, ce ne sont pas les semences qui sont visées, mais les actions de l'association :
Kokopolli propose aux jardiniers, aux paysans, d’être autonomes et responsables, face au vivant. Dans notre société du tout marchandise, le plus grand grief fait aux semences anciennes ou de pays est d’être reproductibles et qui plus est adaptables à de très nombreuses conditions de cultures, sans le soutien de l’agro-chimie. Voilà la faute de l'association : conserver le levain des savoirs populaires, agronomiques et génétiques. "A l’heure où l’on veut nous faire croire que le tout hybride, OGM, chimique, énergie fossile, sont les seules possibilités d’assurer notre alimentation, propager l’autonomie semencière par l’exemple est devenu répréhensible. Ce qu’il faut retenir de ces condamnations, c’est la volonté affichée d ‘éradiquer les alternatives techniques et semencières autonomes".
Un tel verdict n'ouvre-t-il pas un boulevard à l’uniformisation culturelle et productiviste agricole ? A la disparition de la vraie biodiversité - basée sur la variabilité génétique d’une multitude de variétés locales - qui ne sera jamais compensée par la multiplicité de quelques variétés clonées.
Il est intéressant de noter la similitude des actions et de la répression appliquée aux faucheurs volontaires et aux amis du purin d'ortie : chacun cherche à sa façon, à protéger et promouvoir la vie et la continuité des savoirs. Pour notre gouvernement, tout cela est devenu répréhensible !
Alors peut-être faut-il lancer un appel : aux semences, citoyens !
00:10 Publié dans mes coups de gueule | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : biodiversité, OGM, développement durable



