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28 juillet 2011

la marque du maillot

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J'aime bien écrire des billets qui me sortent des tripes, où je ne joue pas de rôle, où mes états d'âme sont aussi secs que le corps que j'aimerais me faire, aussi crus que les sexes étalés au Rudas, aussi sincères que je le suis. Car je le suis, sincère. Toujours. Surtout là, dans cet espace privé et public à la fois. C'est le seul défaut que je ne voudrais pas qu'on m'impute. Ca me donne l'impression de ne pas faire de remplissage, ni de maintenir le blog dans une survie artificielle.

Ca me rapporte des marques d'affection, d'amour, de la compassion, de la compréhension. Mails, plus que commentaires. Même au milieu de l'été, ça fait du bien. Continuer, me sortir les doigts du cul pour me laisser les entrailles sortir de la plume, c'est mon challenge de l'été. Parmi d'autres...

J'ai la marque du maillot. Un beau bronzage vient me hâler la peau. Pas de ces teintes un peu rougeâtres qui trahissent des crèmes accélératrices, ni de ces bruns foncés, forcés, surnaturels, obsessionnels, où perce l'insupportable culte de soi. Le mien est charpenté, profond, il résulte d'une exposition quasi quotidienne, oh pas très longtemps, une cinquantaine de minutes tout au plus, même par mauvais temps, juste le temps de mes longueurs de natation. C'est un brun mat, épais. Le brun du labeur. Le brun de la classe ouvrière, des hommes de chantier. Un vrai brun d'homme, un beau bronzage. Un bronzage beau.

J'ai la marque du maillot. Ça veut dire que j'ai fait peu usage des terrasses naturistes du Palatinus ou des bains Széchényi. C'est con, maintenant que j'en connais la longueur du bassin... La pluie, sans doute. Salope !

DSCN0954.JPGMercredi, mais pas une âme ! Je suis seul, putain de seul sur cette terrasse, où je suis finalement revenu. Seul. Comme depuis plusieurs jours dans mes lignes d'eau. Ils se sont passé le mot, ou quoi ?

Pas une paire de fesses, pas une couille, même pendante, pas un ventre... on s'en fout, pas forcément du body-buldé, pas forcément de la tablette de chocolat, juste un petit ventre, une surface un peu plate, un peu lisse, une arrête de poils au dessus du pubis, quelque chose d'un homme, quoi !

Le temps promet quelques généreuses bouffées de soleil, mais pas un nez, pas une peau. Pas un sourire aguichant, pas un regard ténébreux, pas une grimace non plus. Pas de signe que quelqu'un va venir, pas de signe du contraire non plus.

Il se passe quoi ? La veille, c'était fermé, soit. Je le sais, je m'y suis cassé les dents. Je suppose à cause de cette saleté de pluie ! Replié sur Hajós Alfréd je me suis fait une belles séance encore. Seul à seul avec ma ligne bleue, évidemment - ça devient une marque de fabrique - qui est noire, d'ailleurs, dans le 33 mètres de Hajós Alfréd. C'est à n'y rien comprendre. Mais ils sont où ?

Mercredi, c'est moitié prix, merde ! Remarque, ça a peut-être été fermé plusieurs jours, en fait. Je n'en sais rien, je n'avais pas tenté d'y mettre les pieds depuis plus d'une semaine - les derniers beaux jours. Et personne n'aurait eu envie de s'y casser les dents de nouveau, ça se tient... même pour ce timide retour de chaleur ?

Étalage désolé de transats blanches sur ce bitume vert délavé. Seul. Dans un désert. Un désert d'ombres. sans fantôme, ni vampire. Casquette et lunettes noires vissées, la chronique new-yorkaise d'Edmund White en main, City-Boy, que je dois à la fée, ma copine de blog et de ballet et de plein d'autres trucs.

Nu.
Seul, mais nu. Évidemment.
A l'ombre, mais nu. Quoi d'autre ?
Un livre à la main, mais nu.

Pas une âme sur cette terrasse, des plombes que j'y suis désormais, avec mon nouveau roman, ma casquette, mes lunettes de soleil, et moi. Moi brut. Brute épaisse, rendu au rang d'animal. Un singe, un singe savant, voilà ce que je suis. Aux pulsions d'un vieux mâle solitaire. Habillé de rien, surtout pas d'un regard, de quiconque, c'est plus simple. Le temps passe, la chaleur monte, toujours légère. Ma main n'en finit pas de parcourir mon corps et d'aboutir à ce point ultime, ce point unique, d'y revenir sans cesse, de vérifier qu'il y a toujours quelque chose qui vit à cet endroit. Sans pudeur, sans vergogne, ignoré de tous. Seul en cage.

Je joue, je joue avec moi-même, avec mes sensations, comme le jeune brun du Rudas l'autre jour. Je joue avec moi-même, avec mon image. Je sors mon appareil. A bout de bras, debout, assis, allez, bande, bande, espèce de con, vas-y, voilà, je m'excite tout seul. Je me mets droit face à l'entrée, déclencheur, retardateur, je provoque, l'idée de l'arrivée soudaine de quelqu'un au moment d'une pose obscène m'excite encore plus, mon appareil photo me branle, je fais l'amour avec mon image, ma seule compagne, avec mon nouveau joujou, on fait ce qu'on peut en matière de joujoux, je suis chaud, voilà, naturisme,palatinus,obcénité,sexe,masturbationc'est ça, quel con, non mais quel con je suis. Je pavoise pour moi-même. Je laisse des tâches blanches abondantes, des tâches sublimes, sur le vert décrépi de la terrasse, je suis à terre. Ma constellation. Un vieux singe n'aurait pas pu le faire.

L'eau des rêves n'est pas loin, juste cinq ou six mètres au dessous, un  bassin de quarante mètres, le seul bassin resté fermé toute la journée pour me garder reclus sur cette terrasse déserte...
Il faut que je te parle de l'eau des rêves (...)