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11 février 2010

20 ans, et toutes ses dents

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Le poing haut, l'allure fière, il sortait enfin et j'allais danser devant l'ambassade d'Afrique-du-Sud. Nous nous étions tant battus... Sans nul doute mon plus bel amant !

La planète n'a pas depuis, hélas, produit d'aussi grand homme d'Etat, alliant humilité et détermination. Il va encore nous accompagner longtemps, longtemps, et tenir éveillée, aussi ténue soit-elle, la petite lueur de l'espoir.

22:08 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : nelson mandela

22 décembre 2008

Génération Mandela (3) tout commence avec de la musique

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Nelson Mandela (1) musicien de la vie

Nelson Mandela (2) ne jamais désespérer du monde

Au vrai, à bien y réfléchir, ma vraie rencontre avec Nelson Mandela remonte à 1986. Je veux dire, la rencontre avec son combat, et donc avec la réalité du monde.

Déjà étudiant, leader syndical en devenir à Marseille, à une encablure du mouvement contre le projet de loi Devaquet, on commençait à entendre timidement parler de Mandela. Il n'avait alors "que" 24 ans de bagne à son actif. En Grande-Bretagne, des groupes de gauche s'agitaient sur son cas, mobilisés par l'antenne locale de l'ANC. Mais en France, les compromissions des autorités pesaient trop lourd, c'était la chappe.

Je me souviens d'un week-end, au printemps, où l'on apprenait que deux jeunes poètes sud-africains venaient d'être assassinés. Des poètes. Des jeunes. J'étais dans ma révolte, je passais des coups de fils à tout mon réseau, et le lundi matin, passant d'amphi en amphi, de salle de TD en salle de TD, un rassemblement sur le parvis de la fac Saint-Charles s'organisait. En deux ou trois heures de temps, nous nous retrouvâmes plusieurs centaines. Sans doute, après la déroute de la gauche aux élection, et l'installation de la première cohabitation, avec Jacques Chirac devenu Premier ministre, l'envie du rassemblement dépassait le seul cas de ces deux hommes fauchés en pleine jeunesse à 10.000 km de là. Des pétitions furent déposées dans une urne pour demander l'application sans délai des sanctions préconisées par l'ANC.

Je crois que c'est ma première vraie expérience de l'action collective. Celle par laquelle je m'identifie à la génération Mandela.

Il y eut ensuite plusieurs fois des manifestations, des collectes de signatures, des actions d'éclat aussi, puis un jeune coopérant français fut arrêté en Afrique-du-Sud pour collaboration avec l'ANC, Pierre-André Albertini, la sensibilisation prenait alors de l'ampleur.

Mais c'est l'Angleterre qui demeurait le vrai berceau de la mobilisation.

Deux ans plus tard, le 11 juin 1988, fut organisé un grand concert à Wembley avec la libération de Nelson Mandela comme mot d'ordre. Un bus de jeunes Français fut réservé par les jeunesses communistes. J'étais du lot.

J'ai un souvenir anecdotique de ce voyage. Durant la traversée, je devisais avec quelques camarades sur les banquettes du ferry, histoire de tuer le temps. Une partie de scrabble se déroulait que j'observais de loin, à laquelle participaient des dirigeants des jeunesses communistes, un journaliste de l'Huma, et l'écrivain Patrick Besson, qui s'était engagé dans ce combat. Sans doute lassé, Besson abandonna en cours de partie et je me portai volontaire pour le remplacer. Sur le pupitre, le mot "MUSE' était formé. Et je fus naturellement flatté de recevoir pareil flambeau d'un auteur en vogue.

mk-ec-paris87_1_.jpgArrivés à Londres, après une courte rencontre avec les représentants de l'ANC, nous partîmes vers le stade, et dans un immense flot populaire, jeune et festif, la communion prenait corps, et l'espoir prenait sens, et nous nous galvanisions de cette foule, et de ces paroles d'artistes que nous ne comprenions pas, et de cette féroce envie d'y croire, et de ces rythmes chargés de couleurs : Dire Straits et Eric Clapton, Miriam Makeba, Simple Mind, et des dizaines d'autres étaient là.

Les grands concerts humanitaires n'étaient pas encore rendus à la mode. L'événement ne passa donc pas inaperçu. Il paraissait alors évident que le combat contre l'apartheid ne concernerait plus seulement l'Afrique du Sud, mais deviendrait mondial. Sans doute est-il possible de dire que l'ANC avait alors déjà gagné.

Et cette victoire, celle de ma génération, reste fondatrice. Peut-être parce qu'au bout de tout, le chemin pris par ce pays, devenu libre mais en proie à des fléaux parmis les pires du siècle - la misère et le Sida - et confronté à un niveau sans pareil de violences urbaines, n'a pas dévié.

Bien-sûr, quelques unes des plaies sont complexes à se refermer. Un siècle de discrimination totale, d'esclavagisme organisé, de divisions entretenues, de traffics en tout genre et de contre-sociétés devenus les remparts instinctifs au poison de la misère, tout cela ne s'efface-t-il pas en quinze ans, ni en vingt, surtout dans un monde dominé par les logiques marchandes, et sur un continent exengue.

Mais du moins le peuple n'est-il pas encore exclu de la parole et de l'action, et a-t-il encore sa dignité en main, parce qu'il a su ne pas la construire sur de la discrimination à l'envers.

21 décembre 2008

Nelson Mandela (2) ne jamais désespérer du monde

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Bien avant cette évocation symbolique et musicale de l'autre soir, il y eut les autres rencontres. Les vraies.

La première fois, c'est quand François Mitterrand avait invité Nelson Mandela en France, peu de temps après sa libération, en 1989.

On oubliait l'hypocrisie de la situation, le fait qu'il avait fallu attendre si loin, si tard, pour que la France entende l'appel de l'ANC, relayé par l'ONU depuis longtemps pourtant, que Total avait collaboré avec l'armée de l'Apartheid, contrevenant à toutes les consignes de boycott. On oubliait qu'il avait fallu manifester, dénoncer ces collaborations, qu'il avait fallu envahir l'ambassade d'Afrique-du-Sud honteusement restée ouverte à Paris, saccager l'office de tourisme sud-africain lors de l'assassinat de Dulcie September (je parlais ici de cet épisode), manifester encore et encore pour être enfin entendus des autorités françaises. On oubliait tout ça, tous les rouages d'une real politique gravement fourvoyée, pour célébrer une victoire du droit et de l'honneur.

Mandela libre, reçu par les autorités de la France, et sur le parvis des droits de l'homme au Trocadéro, ça ne manquait pas de gueule : j'avais été invité à rejoindre un carré de VIP - reconnaissance tardive du rôle des mouvements anti-apartheid - et avais assisté à une mise en scène un peu surfaite mais bouleversante : Mandela et Mitterrand marchant l'un vers l'autre, le long d'une diagonale, pour se rejoindre au centre du parvis et s'étreindre. Mitterrand avait le sens de l'image, et Mandela a toujours été plus clairvoyant que vengeur. C'est ce qui fait sa force.

La seconde fois, c'était en septembre 1995. Mandela venait d'être élu premier président de l'Afrique du Sud libre et démocratique, selon le principe "un homme, une voix". Au terme d'une campagne admirable où les espoirs étaient immenses.

Il se trouve que je prenais mes fonctions à la tête d'une organisation internationale de jeunesse, dont le Conseil exécutif tenait sa réunion annuelle à Johannesburg. Je présidais les échanges, dans un anglais approximatif, et ceux de mes collègues qui comprenaient le moins cette langue trouvaient qu'avec un air de ne pas y toucher, je faisais bonne figure pour des débuts. Ils étaient braves avec moi.

En fait, je présidais, mais je ne comprenais rien à ce qui se passait. Je faisais "passer le parquet" : "I give the floor to our colleague from Nepal !..." C'est à peu près la seule chose que je savais dire. A un moment donné, mon camarade soudanais me signala l'arrivée de Walter Sisulu (photo ci-dessous), célèbre dirigeant de l'ANC et ancien compagnon de bagne de Mandela, qui venait saluer notre réunion. Entre mon niveau 0506-04.jpgd'anglais, ma fébrilité de débutant et son accent soudanais imbitable, je ne comprenais rien de ce qui m'était annoncé, et fus pris de court à son entrée dans la salle. J'ai bafouillé trois mots et en garde encore une grosse honte rétrospective, même si personne n'y accorda d'importance, car l'événement, c'était lui, et pas mes dérapages.

Un soir, au cours de notre séjour, avec un de mes collègues, nous fûmes invités au Palais présidentiel de Prétoria pour participer à un dîner donné à l'occasion de la visite du président du Zimbabwe.

Je ne saurais plus dire qui étais à ma table, je m'en contre-fichais, ni la teneur du discours des uns et des autres, je n'avais d'yeux que pour Nelson Mandela, il rayonnait, il incarnait plus que jamais la victoire et l'espoir, une sorte de dignité humaine. En le voyant en chair et en os dans ses habits de président, j'ai compris qu'il ne fallait jamais désepérer du monde.

Quittant l'assistance avant la fin du dîner, il fit le tour de quelques tables et vint nous serrer la main.

Le vieil homme a cessé d'être président, mais porte encore plusieurs magnifiques étendards, dont celui de la lutte contre le Sida. Son impressionnant charisme a pu faire vaciller des tabous tenaces dans son pays, sur ce sujet comme sur celui de la liberté.

(une suite est à lire là)

20 décembre 2008

Nelson Mandela (1) musicien de la vie

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Il est grand, belle carrure. Le cheveu est court, frisé, plus tout à fait poivre et sel. Il porte une ample chemise tunique à motifs. Il s'avance d'un pas sûr. La voix, rugueuse, pas éraillée, non, mais un peu assourdie, exprime de la sagesse. Le visage est rond, de loin, on en devine les rides, mais surtout la générosité du sourire, et l'étincellance de l'oeil.

L'homme qui occupe la scène des Folies Bergères, ce mardi soir, ne peut t'évoquer que Nelson Mandela.

Et ce qu'il raconte, c'est la musique de son pays à travers l'histoire de l'Afrique-du-Sud.

Les musiques premières des tribus zoulous, celles des rites nuptiaux, des départs à la chasse, leur confrontation avec les musiques d'autres tribus, puis les prémisses du brassage urbain, la rencontre avec les instruments des blancs, les cabarets clandestins au coeur des township, les chants de la résistance aussi, le Gospel au service du combat anti-apartheid, la musique d'une conscience africaine universelle, et puis à la fin du XXème siècle, une pop-music moderne, emprunte de son temps, qui traverse les frontières pour porter la voix du peuple sud-africain, Myriam Makeba, dont le timbre vient de s'éteindre début novembre, et Johnny Clegg, le zoulou blanc. C'est l'époque de Wembley et des grands concerts de solidarité pour la libération de Mandela après 27 ans de détention politique.

La soirée était offerte par Damien Guinet, le 9 décembre dernier, à l'occasion des 4 ans de Blog-it. Blog-it, c'est un petit widget (c'est comme ça que ça se dit, non ?), mon petit encadré bleu, l'Entre deux eaux Express, en haut à gauche, un outil pour faire vivre le blog autrement. Installé chez moi depuis le premier jour. Et puis le Dit autrement, en colonne, où il m'arrive de t'offrir des vidéos.

UMOJA_gumboot_low_res.jpgUne soirée enlevée, avec danse, tambours, couleurs, rythme, une débauche de folklore à certains moments, d'insuffisantes évocations du combat anti-apartheid à mon goût, mais au total une belle rétrospective, de magnifiques performances et une excellente soirée, dans une salle mythique. Le spectacle s'appelle Umoja (Ensemble, en zoulou), et il se joue jusqu'au 4 janvier (réservations là).

C'était un peu ma troisième rencontre avec Nelson Mandela.

(la suite)