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21 février 2013

à un degré du chaos

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C'est le problème des médailles : quoi qu'on fasse, il y a deux faces. Les anges sont d'un côté, mais côté pile, toujours un diable se niche.

En apparence, tout est simple, donc. Je suis là, à Budapest, en pleine liberté pour me ressourcer. Me reconnecter à moi-même, comme disent certains de mes amis. Et pour commencer, me réconcilier avec mon corps. De ce côté-là, ça ne marche d'ailleurs pas si mal. Mon corps résiste bien à l'épreuve de force que je lui inflige chaque matin : 2OOO mètres de course de fond en eau claire. Je vais au turbin sans rechigner. Bien sûr, dehors, il fait froid. Plus ou moins zéro, mais mon rituel est bien rôdé. Habituellement, je prends la douche avant d'aller dans l'eau. Tant pour l’hygiène, que pour me laisser gagner par une sensation froide entre la douche et la piscine, qui fait de la petite seconde d'entrée dans l'eau un instant fugace d'intense délivrance. Là, si je suis mouillé au moment de sortir, je crois que je me pétrifie aussitôt. Je sors donc de mon hôtel à sec, la sensation froide m'enveloppe ainsi très progressivement, et je suis mûr, cinquante mètres plus loin, au moment de la pénétration.

Après, nager en plein air, c'est un bonheur. L'eau reste à 27 degrés. L'eau des piscines doit être à 27 degrés. En dessous de 26, c'est trop mordant, le corps peine à s'échauffer. Au dessus de 27, une fois passée la sensation initiale, tu te sens vite devenir cotonneux, le muscle n'a plus l'énergie de réagir. C'est très important la température d'une piscine : elle doit être à 27, à un degré près !

Un degré, une minute, et tout peut changer : le fameux effet papillon ! Tiens, lundi dernier, la douche avait été tristement vide après ma séance de nage, je m'étais donc savonné vite fait bien fait. Mais au moment précis de partir - j'étais déjà à la porte - voilà que toute une ribambelle de grands gaillards - probablement des waterpolistes - arrivent. Une minute plus tôt, et je pouvais faire mine de commencer ma douche pour rester quelques instants parmi eux. Mais dans ma position, faire machine arrière n'aurait eu aucun sens, je me suis donc contenté de regarder l'heure, pour ajuster ma prochaine séance à leur horaire d'entraînement.

Mardi, au lieu de 9h20 comme la veille, je suis ainsi allé nagé à 9h30. Échec total ! Pas la visite d'un chagrin d'amour,coup de blues,vie gay,homosexualité,drague,piscine,nager,natationseul compétiteur. J'ai persévéré, et hier, à 10h30 précises, alors que je finissais ma douche, l'équipe a débarqué. La plupart des gars ont ôté leur maillot, beaux comme des dieux grecs. Tout en se touchant, se savonnant, ils n'ont pas arrêté une minute de parler. Leurs sexes, initialement rétractés par le froid et l'effort, se sont vite gonflés sous l'effet combiné de l'extraction, de l'eau chaude, et du contact de leurs mains, allongés un peu, appesantis, sans jamais aller jusqu'à l'érection. Leurs bavardages rendaient le tableau naïf, innocent. Tout à mon émoi, je m'étonnais de voir cette génération tout entière prise dans la mode du sexe rasé. Preuve qu'ils se regardent les uns les autres, et que des normes naissent de cette jauge, sans s'énoncer...

En apparence, donc, ça va. Je suis plutôt étonné de voir comment l'on me tourne autour dans les bains, même lorsque s'y trouve du beau gibier, moins rassi que moi.
 
J'en sais plus sur Michel et Daniel, tiens, car évidemment, ils étaient au Rudas hier, et m'ont accompagné deux heures durant dans les eaux et les recoins secrets de l'établissement. Les deux anges sont donc hollandais. Michel, le grand glabre aux yeux de braise et à la houppette de Tintin, est professeur de journalisme à Amsterdam. C'est surtout à lui que j'ai plu. Daniel est professeur spécialisé pour des enfants gravement inadaptés à Arnen. Ils ont mon âge, sont plutôt bien conservés, et notre trio irradiait le grand bassin central où était massée une assistance de choix. Ça va.

Ça va aussi parce que j'ai le temps d'écrire, ce qui ne m'arrive plus guère, sur-sollicité par toute une série de passions et d'activités absorbantes, le piano figurant au rang des nouvelles, je t'en reparlerai.

Ça va parce que je lis. Mon premier Fred Vargas. Je sais, je suis à la bourre. Mais la lecture et moi, tu sais... Trop de voiture, trop de radio dans ma vie, le livre vient toujours à la fin. Ou dans les voyages. Une histoire de loups dans le Mercantour qui me tient en haleine.
 
Ça va parce qu'un grand soleil d'hiver innonde Budapest ce matin.

DSCN4647.JPGÇa va parce que je vais au concert, parce que j'ai visité pour la première fois l'émouvant appartement du grand compositeur hongrois Zoltán Kodály, dans un rond point qui a porté successivement les noms d'Hitler, de Staline, de la jeunesse nationale, du peuple triomphant, avant de porter tout simplement son nom à lui... La musique calme aussi l'histoire.

Ça va parce ce matin je pars visiter la maison de Béla Bartok, et que cette visite s'annonce chargée de grosses émotions encore.

Ça va. Ça va.

Pourtant.

Pourtant, cette fichue face sur cette putain de médaille. Ce fichu pile habité du diable ! La médaille à une face, ça se saurait, si ça pouvait se fabriquer.

Donc regardons-la bien, cette médaille, retournons-là puisqu'il le faut.

Évidemment, que ça ne va pas. Que rien ne va. Que ça a rarement été aussi mal. Ne vois-tu pas que j'y suis nu ? Que j'y nage nu ? Que j'apprends et que j'apprends encore pour finalement ne savoir que battre des membres dans le vide ?

Par quoi je commence ? Par ce qui me fait le plus de mal ? Par ce qui me fait le plus peur ? Par ce qui me rend le plus triste ? Par ce que je fuis le plus et me rattrape sans cesse ? Par ce qui m'insupporte le plus en moi ? Je te parle de quoi, làmédaille à 2 faces.jpg ?
 
De maman qui dégringole ? De sa possible dégénérescence cérébrale, pas diagnostiquée avec certitude, mais le sera-t-elle jamais, de son improbable rebond ? D'un matin à l'autre, j'avais une mère et j'ai un petit être chétif, perdu, dont on ne sait plus si on lui parle ou si on lui fait passer le temps. D'une saison à l'autre tout a basculé et l'on ne sait s'il faut s'accrocher à l'idée d'une issue prochaine, ou intégrer celle de l'étape irrévocable. On avait tout anticipé pour qu'elle vieillisse bien, doucement, sauf ce saut dans un néant aux émotions diffuses. Ça nous tombe dessus, comme ça, mais je fais quoi, moi, avec ça ?

Je te parle de quoi ? De mon mec ? De l'homme avec qui je vis depuis quinze ans, mais avec qui je ne partage plus que le toit et le lit, enfin, un lit bien chaste, juste par habitude ? Ah, et aussi la moitié de mon salaire. Il me reste la belle famille. Une relation d'indescriptible confiance me lie à elle, et je n'ai jamais mieux parlé de ma mère qu'avant-hier, avec ma belle mère. En hongrois dans le texte. On s'est compris. Igor est amoureux fou depuis quinze jours. D'un homme à qui il dit d'aussi belles choses qu'il me disait au début. Ça me soulage, ou ça devrait, mais qu'y puis-je si là, à ce moment précis, je m'en sens abandonné ?

Je te parle de qui ? De mon ami d'amour ? J'ai fait le deuil de tout avec lui, en cinq ans. Celui de mes désirs, celui de mes espoirs. Il me laisse partager la musique, parfois le chaud contact de sa main sur la mienne, et un flot ininterrompu d'insupportables frustrations. Je me ruine à le suivre dans une frénésie de concerts, m'ajoute des sorties à moi pour me croire libre, lui offre celles auxquelles il serait tenté de renoncer. Et j'ai toujours aussi mal quand je le vois flamber pour s'offrir des plaisirs coûteux, achetés à la conscience par une terminologie tantrique. Ou quand je le devine éperdu dans des jeux de séduction. Quand il aura compris que nous étions faits pour être des amants d'éternité, que nous aurions pu nous épargner du temps et des souffrances, nous serons, lui et moi, au seuil de la mort. Notre relation affichera trente ans au compteur, mais sans doute refusera-t-il encore d'admettre que c'était bien là notre sort, car lui sera resté libre d'un bout à l'autre. En attendant, j'ai mal à chialer.

Je te parle de qui ? De quoi ? De mon amoureux du bout du blog qui n'espace plus ses visites, mais les intersidéralise ? De mes chefs, pris dans l'engrenage des duperies de la gauche, étouffés par des budgets qui s'étiolent, et contre qui je n'ai plus l'énergie de me battre ? Je te dis que Daniel et Michel ont décliné mon invitation à dîner hier soir, et que c'est ce qui m'a filé un méchant coup de blues ? Je te raconte comment je me dégoute quand je me vois, quand je m'entends, quand je m'imagine dans le champ de vision des autres ? Comment, comme maman, je me trouve insignifiant, comment j'aimerais être tout le temps tout petit, transparent, et pourtant recevoir du vrai amour ?

Je suis à un fil du grand chaos. A une minute, à un degré. On ne joue pas sa vie à pile ou face. On la mange à pile et à face, à anges et à diable. Et parfois on oublie de la poser du bon côté.

19 janvier 2013

madjnûn WajDi

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Puisqu'on en est aux statistiques, celles de nageurs.com viennent de tomber pour 2012. nageurs.com, c'est une communauté, un réseau social. Une amie, qui s'est mariée cet été, me l'a fait connaître en début d'année. Je m'y suis inscrit, j'en parlais là, et mes statistiques sont tenues à jour, semaine après semaine, mois après mois. Il y a une part de futilité narcissique, dans le suivi régulier de la performance. Mais la nage n'est pas la boxe. S'il y a combat, ce n'est que contre soi-même. Dans un couloir, une rivalité occasionnelle peut s'instaurer, et elle stimule, mais pour l'essentiel, les choses se jouent avec soi-même. C'est cogner dans un sac. Décider d'y aller, alors que le froid pique dehors. S'encombrer des opérations d'habillage et de déshabillage, dans des vestiaires trop ventilés ou trop étuvés. Se lancer dans le grand bain le corps fébrile, mal réveillé, la digestion inachevée, le dos endolori, les articulations engourdies - les prétextes au renoncement ne manquent jamais. Puis s'astreindre à un rythme, à une distance, à un comptage. La piscine, on est toujours plus content de l'avoir fait que d'avoir à le faire. Même si une séance a toujours ses instants de grâce, de glisse, d'harmonie, et quelques fois à l'heure de la douche, de virilité partagée.

Nous avons donc été 1.809 nageurs à barboter en 2012, pour un total de 87.361 kilomètres parcourus. Avec 226 km, je me retrouve 95è de la communauté, loin derrière Grosse baleine, qui a inscrit 3.714 km a son compteur personnel, mais tout de même dans les 6% les plus endurants. Avec 137 sorties piscines en 2012, je fais mieux en nombre de séances, puisque je me classe 50è. Mais c'est dans le vagabondage aquatique que j'explose les statistiques. J'ai éprouvé l'eau de 25 bassins différents au cours de l'année passée, profitant de missions professionnelles, de week-ends et des vacances pour découvrir de nouvelles installations nautiques, en France et en Europe. Me voilà, sur ce terrain, 14è de la communauté. Pour une année d'entrée en piste, je ne m'en sors pas si mal.

Samedi dernier, feekabossee était à Paris pour les 40 ans d'un ami à elle. Elle m'a piégé dans une après-midi shopping, que mes collègues ensuite n'ont pas manqué de remarquer... Puis j'étais, moi, à une autre fête, des cinquante ans d'un blogopote, celle-là, qui a vu se recomposer un cercle rare, un tout petit cercle, celui par lequel je suis un jour entré dans la blogosphère. WajDi était là, et Yo, et Fiso et... Zarxas, celui qui s'était laissé fasciner, tant par WajDi, son charisme rayonnant que par la force de l'amitié en train de naître entre nous, et dont, à cause de la distance, il était resté à l'écart, quoi que dans la toute proche périphérie.

Ce regroupement, rêvé depuis déjà cinq ans, fantasmé à perdre haleine, se réalisait à l'occasion de cette petite cérémonie intime dont Fiso avait pris les rênes. C'était touchant de nous voir, tous, de nous toucher, de nous sourire, de nous remémorer cette aventure, aussi intense que virtuelle, aussi réelle qu'improbable, quasi-maçonnique dans ses codes. Entre mythomanie et mythologie, entre amour et amitié, impudence et imprudence, nous étions tous un peu - y compris son créateur - Madjnûn WajDi, fous de WajDi, l'homme blessé mais droit, offrant son corps à distance, dévoilant à petites doses son cœur tendre et ses attentes déçues. Enfermé mais libre.

Encore une fois, on a bien ri de ce défi qu'il m'avait lancé un jour par Messenger : faire le 100m crawl en 1'21'', comme lui. La course effrénée derrière ce record me valut plusieurs fois des tendinites à l'épaule, mais je ne m'en suis jamais approché qu'à dix secondes environ, avant de découvrir la supercherie.

arton2663.jpgComme en écho à ces souvenirs et au personnage touchant de WajDi, Daniel Mermet a consacré cette semaine des émissions à Lionel Cardon. Détenu pour un triple meurtre, ex-ennemi public n°1, plusieurs fois évadé, il raconte aujoud'hui comment, une fois passés l'isolement et les quartiers de haute sécurité, il a reconstruit des repères dans la pratique de la boxe, jusqu'à prétendre devenir entraîneur et acteur de l'insertion. Sujet sensible, plein d'humanité parce que n'éludant pas ce que l'humanité a toujours de complexe.

Cette année, je nagerai 250 kilomètres.

06 juillet 2012

la traversée du Grand Paris

nager,natation

J'aime bien les piscines avec des toboggans. Pas à cause des toboggans, ni des enfants. Juste parce que quand il y a des toboggans dans une piscine, les enfants ne sont pas dans le bassin de nage : ils sont au toboggan et ça nous fait des vacances, à nous, les nageurs. Les vrais.

En ce moment, je m'essaye aux piscines de banlieue pour tenter de trouver un peu d'espace et de respiration. Les parisiennes sont prises d'assaut par tout ce que la métropole compte d'âmes au repos, en quête de hâle et de forme. Les grands bassins olympiques, surtout s'ils ont un toit ouvrant et un solarium attenant, sont infréquentables : s'il fait beau, on croirait les grands magasins à l'ouverture des soldes. Si le temps est maussade, comme cet été, il y a sensiblement moins de monde, sauf qu'ils sont tous dans l'eau : même résultat. Roger Le Gall est un modèle du genre.

Donc je joue les nomades, au gré des proximités où m'amènent des réunions ou des déplacements professionnels, traversant Paris de long en large : Keller, ou le rendez-vous des surdoués : attention les bleus ! Georges Vallerey, une des plus fréquentables... Georges Hermand, aux lignes si parcimonieuses... Armand Massard, sans une lucarne vers l'extérieur, où il faut donc courir dès que le soleil montre le bout de son nez ! J'évite Suzanne Berlioux, aux Halles, car je n'ai pas goût pour les autoroutes.

nager,natationJ'ai recommencé à prospecter dans la grande banlieue : Mennecy reste fermée pour quelques temps encore, semble-t-il, tant les gens qui ont en charge la vie de nos territoires se préoccupent peu du service au public, mais j'ai récemment découvert celle de Corbeil, au magnifique fond en inox riveté. Sans doute un financement de Serge Dassaut, le local de l'étape, décidément prêt à tout pour garder la ville dans son giron. Avant-hier, celle d'Alfortville, flambant neuf, dans un magnifique paysage tout au bord de la Seine, avec un énooooo00rme toboggan : le bassin ne fait que vingt-cinq mètres, les mômes y piaillaient à tue-tête, mais j'y a nagé en toute tranquillité.
 
Et hier, j'expérimentais Massy. Nocturne les jeudis. Le seul moment où ils exploitent la dimension olympique de l'équipement, le reste du temps ils plient les ligne en deux pour des pratiques plus familiales... Aux règles d'hygiène drastiques habituelles, avec les zones "pieds nus" et des cabines "sas" vers les casiers, ils ont ajouté un pédiluve avant les cabines : on s'y trempe les pieds avant d'avoir enlevé ses pantalons, et faut se déshabiller pieds mouillés... Une petite curiosité, déjà observée à la piscine de Brétigny, que l'on doit sans doute à la coquetterie de quelque ingénieur plus malin que les autres qui sévit dans l'Essonne...

J'ai même testé Amiens, le Coliseum, avant que les spectacles du festival de rue ne soient agressés par des trombes d'eau, venues du ciel, celles-là.
nager,natation
Bref, je ne sais pas si je re-nage parce que mon dos va mieux ou si c'est le contraire, j'ignore qui de la piscine ou de l'ostéo doit quelque chose à l'autre, mais je retrouve du plaisir à fréquenter les bassins. J'y retourne avec cadence. Mes sensations tantôt de glisse, tantôt de puissance, sont là. J'essaye des ondulations, sans trop forcer, et évite le papillon : jamais plus que 100 mètres dans une séance. Et j'ai décidé de m'attaquer aux battements. Ça n'a jamais été mon fort, les battements, mais quelque chose me dit qu'ils pourraient être un bon remède contre... le petit bourrelet qui m'obsède, à défaut de profiter à ma colonne.
Et puis tu sais quoi ? Je ne compte plus... Enfin si : mes mouvements sur une ligne - un repère indispensable. Ou mes longueurs dans une séance. Mais je ne compte plus mes distances sur un mois, ou sur une semaine. "nageurs.com" compte pour moi. Et j'ai appris hier avoir ainsi nagé mon centième kilomètre depuis le début de l'année !
 

Pas mal, non, avec une arthrose du dos ?

Alors je reçois plein d'hésitation ce tag de Fiso : m'attaquer à la Seine pour une séance exceptionnelle de septembre ? Je suis bien placé pour savoir qu'il n'y a pas de grand risque microbien. Mais aurais-je le courage de relever pareil défi ? J'ai jusqu'au 28 août pour prendre une décision. A 35 euros le ticket d'entrée, c'est plus cher que des piscines de banlieue. Mais Paris est Paris.
 
Le ferais-tu avec moi ?

11 août 2011

traffic

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Le retour dans le grand bassin parisien est radical pour se décoller la ligne bleue du front. Roger Le Gall, jeudi dernier en fin d'après-midi, ça m'a fait un effet bœuf ! Malgré trois semaines de stage intensif de natation à Budapest, il m'a fallu réapprendre à nager en mode sardine : en évitant les coups ou en les encaissant. Dans cet art de l'esquive, l'attention de l'esprit et la tension des muscles n'est pas la même qu'avec l'osmose insouciante et solitaire dans une eau dédiée.

La tension se ressent aussi dans les maillots de bain, à l'heure des douches. Mais c'est une autre histoire. Là, c'est comme au foot, ce sont les hors-jeux qui agacent...

Nager en eaux si encombrées m'a d'emblée fait revenir de toutes petites douleurs multi-locales : au coude gauche, derrière l'omoplate droite, au genoux gauche. C'est bien-sûr celle du bas du dos qui me ramènera bientôt chez le chiropracteur

le sommeil d'Endymion.jpgLa salle de la Joconde, au Louvre, pour le premier dimanche du mois, était un aquarium où les touristes aussi se pressaient par bancs. A l'occasion, il faudra quand même que je t'en parle, du Louvre, parce que j'y ai été saisi par la splendeur des collections, mes souvenirs d'enfants me les avaient un peu vite banalisées.

Sinon ? Et bien j'aborde depuis huit jours mes chantiers avec une sage distance. Cette sérénité me vaut des gratifications gastronomiques (cherche pas à comprendre, c'est codé !).

Et j'écris sur ce blog sans n'avoir rien à y dire, comme on lance un pavé creux dans la mare. De toute façon, la blogo est fermée pour congés annuels, alors !

Tiens, je vais en profiter pour regrouper mes chroniques de l'été dans une nouvelle "catégorie". Son nom devra parler d'eau et de rêve, évidemment, exprimer un déséquilibre inconfortable, une nostalgie puérile et irritante. Pourquoi pas "Budapest 2011, de vaine houle". Ou "Budapest 2011, la vie rêvée des eaux".

As-tu d'autres idées ?

25 juillet 2011

la ligne bleue

ma ligne bleue.png

Il y a entre toutes les lignes, entre les lignes continues, les lignes de conduite, les lignes de fracture, les lignes politiques, entre les lignes blanches et les lignes jaunes, bien plus infranchissable qu'une ligne rouge, une ligne incomparable, une ligne à l'impossible osmose, à l'impossible contour, une ligne d'errance et de contemplation, une ligne de feu, la ligne orgasmique par excellence, la ligne vers laquelle tu tends, tu retends, tout le temps, à laquelle tu prétends : la ligne bleue.

C'est une ligne d'un bleu sombre, épais, impénétrable, qui court au fond de la piscine depuis le point d'impulsion jusqu'à la paroi opposée, qui repart par reflet vers le point de départ, une ligne droite mais toujours instable, un guide visuel imparable, qui longe et rythme, qui attire et repousse, qui prescrit la direction à suivre et impose un sens giratoire, rectiligne au dessous de toi, irisée et dansante au dessus de toi. Tu la touches elle se brouille, tu l'ignores elle te noie.

Voilà trois jours qu'à Budapest, je rencontre la ligne bleue. Oui oui, c'est bien ça, je la rencontre. Je ne la surveille pas d'un œil distrait, je ne m'y cale pas par défaut vaguement à sa droite. Je la rencontre, je la poursuis, je m'y infiltre, je l'intrusionne...

Tu vois comment sont faites la plupart des piscines ? Carrelées, d'un bleu clair et aérien. La ligne dont je te parle n'est pas la ligne de flottaison bariolée de bleu et de blanc, aux terminaisons rouge, qui dessine un couloir, un tiroir d'eau, une zone de nage et non de jeu, elle n'est pas celle que l'on garde attentivement à sa droite, ni trop près pour ne pas s'y érafler, ni trop loin pour ne pas risquer de mauvaise rencontre, à l'aller comme au retour. Elle n'est pas la ligne étriquée, de mauvaise réputation, qui rend les dépassements périlleux - surtout s'il s'agit d'un nageur de brasse jaloux de son amplitude ! La ligne bleue, celle du fond de la piscine, reste au centre du couloir, fixe, impériale, elle est ton maître, ton guide, elle t'évite la cécité quand tu es en immersion.

budapest-fecske2.jpgLa piscine Császár Komjádi, ma piscine de prédilection - pas celle qui m'a vu naître à la natation, mais celle où je m'y suis accompli, celle où je reviens en pèlerinage chaque année - était fermée quelques jours pour problèmes techniques au début de mon séjour hongrois (j'en parlais là). Sa réouverture n'a pas donné lieu à une annonce tonitruante et avec le temps mitigé qui s'est mis en place, j'ai été seul, ces trois derniers jours, absolument seul dans ma ligne d'eau, d'un bout à l'autre de mes longueurs. Seul vendredi, seul samedi, et ce dimanche, seul pour mes derniers 700 mètres.

As-tu déjà nagé seul dans un bassin, quand la surface de l'eau devant toi, au dessus de toi, se fait lisse comme une mer gelée ? La ligne bleue alors se reflète immobile. En crawl, ton bras part loin devant en éparpiller l'image, plus rapide que son onde. En brasse ou en papillon - pauvre papillon que je malmène, ou qui me malmène à cause d'un dos qui foire - c'est la tête qui en traverse le miroir et se perd dans sa cataracte. La ligne et son reflet se reconstituent aussitôt à l'identique et te tendent le même miroir. Tu tu mires et tu en oublies que tu nages, ou plutôt ta nage devient ta danse, ton eau ton élément, tes brassées ton pas de deux, ton pas de trois, ta jubilation. Tu es phoque, tu es pingouin, tu es dauphin. Tu voudrais être nu et oublier le monde. Tu oublies le monde. Tu oublies l'effort. Tu jouais 14160462 jpeg_preview_medium.jpgavec les nombres, tu joues avec ton ombre, avec la démultiplication des reflets, avec les bris que tu provoques d'une pointe de la main, avec la magie de l'élément le plus magique de tous, au delà des rêves, l'eau.

Cette sensation est rare, il faut aller la chercher pour quelques courtes secondes à l'ouverture des piscines si tu es assez rapide au vestiaire, et puis le rêve se dissipe dès l'arrivée des autres nageurs. Là, quarante-cinq minutes durant, la sensation s'est prolongée, m'a poursuivi. La ligne bleue m'a absorbé.

M'a transformé.

Aujourd'hui, après ma séance, je retrounerai dans une autre eau, sans ligne, celle-là : celle, chaude et sensuelle des bains Rudás.

23 juillet 2011

quarante mètres

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Je compte. Je suis un obsédé du chiffre. J'en avais d’ailleurs fait un billet, il n'y a pas si longtemps. C'est mon TOC à moi. Mais ce n'est pas trop grave, car il ne se déclenche qu'au contact de l'eau : je compte en particulier mes mouvements dans l'eau, le nombre de mes longueurs, j'additionne mes distances parcourues.

Alors pas question de me laisser troubler par un bassin à la longueur indéterminée.

J'ai profité de ma visite "en famille" à Palatinus, mardi dernier, non seulement pour en redécouvrir les installations ludiques, mais surtout pour mettre à contribution le grand de Bougre : doté d'un mètre-ruban, nous sommes partis sans nous soucier du regard de l'entourage à l'assaut du grand bain. Il faut dire qu'au fil des maîtres-nageurs, on m'a eu dit qu'il faisait 42, 38 et parfois 33 mètres : rien de cela ne correspondait à mon feeling.

Huit carreaux faisaient 2 mètres, il y avait 160 carreaux par longueur : donc nous tenions le bon bout : la longueur du bassin de natation, à Palatinus (Budapest), fait exactement 40 mètres.

Et je me permets de l'écrire en gras, en couleur, en français, en anglais et en hongrois, dans des tas d'autres jangues encore grâce à Madame Gi, pour aider tous les google-chercheurs, car figure-toi que cette information n'était disponible ni sur place ni sur aucun site internet dans aucunelangues. So, the swimming pool, at Palatinus, Budapest, is 40 meter long - 40 méteres a pontos hosszúsága a Palatinus strand fürdő úszómedencéjének Budapesten - la longitud de la piscina del Palatinus (Budapest) es de cuarenta - la lunghezza della piscina del Palatinus (Budapest) è di quaranta metri - Длина плавательного бассеина Palatinus в 40 метров - C'est réparé !

De ce bassin, on pouvait tout savoir de la température des eaux, de la profondeur, de l'année de construction, de l'heure qu'il était, des préférences alimentaires des surveillants de baignade... désormais aussi de la longueur !

Bougre et sa petite tribu repartent ce matin. C'est triste. Leur compagnie, pendant cette courte semaine ici, n'a été que du bonheur. On en retiendra la brioche-cheminée à la transylvanienne, la soupe froide palatinus,natation,nager,trouble obsessionnel compulsifaux fruits rouges, les escargots au chocolat, le pont de la liberté et une petite lichette de crème aigre. Ah, le chocolat chaud aux épices du café New-York, j'oubliais !

Après le fiston et sa copine, on a déjà signé l'an prochain pour la grand-mère. Et Bougre s"est jurée d'y revenir avec son amoureux. Lui reste à décider lequel, mais en matière d'épices, elle s'y connaît, alors...

Viszontlátásra (note bien, Bougre : VI-SONT-LA-TACH-RA, voilà !)

12 juin 2011

la fulgurante matérialité de l'eau

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Je suis retourné nager cette semaine. Une première fois mercredi, puis encore vendredi et hier. De petites séances, après plus de quinze jours d'arrêt total des turbines. Les récentes douleurs de mon dos sont ennuyeuses, mais pas handicapantes, et j'ai décidé, comme je le fais chaque fois également en cas de tendinite naissante, de ne pas m'y soumettre. Attendre qu'une douleur s'en aille, c'est souvent lui laisser toute la place pour s'installer.

Me replonger dans le bassin m'a fait du bien, c'est peu dire. j'aimerais décrire dans un long paragraphe, ou même en plusieurs pages, l'état de quasi jouissance que m'a procuré la toute première impulsion. J'ai cru pourfendre, immergée, une falaise de glaise, m'introduire dans une anfractuosité utérine. J'étais phoque en eaux glacées, spermatozoïde en pleine compétition. Le temps de ces trois premiers mètres, je sentais l'eau frétiller sur ma peau, se faire écrin soyeux, me toucher plus qu'à l'accoutumée, caresser mon corps depuis la pointe extrême de mes doigts qui ouvraient la piste, jusqu'au bout de mes orteils tendus. J'ondulais, j'étais porté, j'incisais la masse aqueuse, puis, émergeant à la surface, mes membres retrouvaient leur rythme et leurs réflexes, oublieux des vacances où je les avais forcés. Je nageais comme avant la pause, plus sensible simplement à la portée de l'eau, lui découvrant une matérialité inédite, fulgurante et orgasmique.

Ce qui n'empêche que je passe mon week-end de Pentecôte au bureau, et que ce n'est pas pour m'amuser à bloguer. Donc j'en reste là. Je serai à nouveau dans le grand bain demain, dès 8 heures avant de me remettre au travail. Au moins, j'y oublie les poussières du chantier et la turbulence des cœurs.

17:58 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : nager, natation, sensation

03 décembre 2010

papillon d'hiver

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J'aurais aussi bien pu titrer cette note : "facile d'être un champion". Entre la neige qui tombe, le froid qui virevolte, la mélasse peu avenante qui entoure le bassin, et l'heure inhabituelle à laquelle je suis descendu nager - en milieu de matinée quand les gens normaux travaillent -, j'avais une ligne d'eau pour moi tout seul, d'un bout à l'autre de ma séance.

C'est un luxe rare que de pouvoir nager dans un tel confort. Personne à dépasser, mais personne à croiser non plus. Nul besoin de serrer à droite, nulle vague pour perturber ton mouvement, nul courant contrariant. Juste toi, l'eau, et en dessous de toi une ligne noire, longue et épaisse, pour te conduire de l'autre côté du bassin. Et comme ça, crois moi, c'est facile de nager. Facile de performer.

C'est surtout idéal pour te lâcher en papillon : cette nage est trop ample pour s'accommoder d'un trafic engorgé, et le retour des bras vers l'avant affleure trop la surface pour supporter des vaguelettes superflues. Alors je m'y suis donné à cœur joie, sans ménagement, portant mon souffle à ses limites et acculant les muscles de mes épaules dans leurs retranchements. Je me suis fait mon premier kilomètre en papillon.

Alors attention, pas le kilomètre en continue, n'y pense même pas ! Non, deux kilomètres, alternés avec des retours en brasse, par tranches de 50 mètres. Il m'a fallu attendre - atteindre ? - 45 balais pour ça ! Quinze ans après de premiers balbutiements en crawl, qui me faisaient boire la tasse et où je m'épuisais pareil. Et dans la même piscine !

Tiens, puisque j'aime les symboles, que je m'y accroche et que je parle de boire. Si tu passes vers Bastille dans la journée, prends donc un verre à ma santé au Café de l'Industrie, c'est ma tournée ! J'y avais, il y a tout juste trois ans aujourd'hui, mon premier rendez-vous avec un violoncelle aux yeux noisette. Pour le meilleur et pour le pire.