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02 février 2013

la faute à la CGT

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Sous le titre "Le cas Goodyear, apprenez à argumenter", Jean-Luc Mélenchon rétablit, dans son blog, quelques faits têtus, qui font pièce à tous les articles, chroniques et reportages qui rendent les syndicats, et singulièrement la CGT, responsables du plan social et la fermeture du site d'Amiens chez Goodyear.

Avant de t'inviter à aller lire le rappel pédagogique de la situation, voilà ci-dessous quelques faits qui permettent de remettre à leur place l'eau, le vin, et les engagements de François Hollande, candidat du changement...

Goodyear, c'est 23 milliards de dollars de chiffre d'affaire par an (chiffre 2011, le plus haut depuis 2000) et 343 millions de bénéfice net. Une fois déduit le salaire du PDG (12 millions de dollars) et les charges afférentes.
 
Troisième fabricant de pneus dans le monde, c'est un groupe possédé presque en totalité par des fonds d'investissement, par définition sans projet industriel mais à la recherche de rentabilité constante et maximum.

Le repreneur Titan, dont on accuse les salariés d'avoir fait capoter l'opération de reprise, avait révélé dès 2011 dans le Monde que son ambition était de se séparer d'une partie de l'activité (pneus tourisme) et de délocaliser l'autre (pneus agricoles) : repreneur mes couilles ! Mercenaire du sale boulot, plutôt, que Goodyear, du coup, doit accomplir à visage découvert, escorté par l'armada des chroniqueurs économiques de la place...

goodyear,mélenchon,mouvement social,Le "plan de modernisation", quant à lui, refusé par la CGT, supposait, en échange de 52 millions d'euros d'investissement, plus de 400 suppressions d'emplois, une augmentation du temps de travail et une remise en cause de toute l'organisation du travail avec le passage en 4×8.

L'abandon du site d'Amiens-Nord correspond à une stratégie pensée de longue date : fermer un site où les salariés sont combatifs pour aller là où la main d'œuvre est moins chère et plus corvéable. La conjoncture n'est qu'un prétexte.

La direction prétend que la rentabilité du site aurait brutalement chuté de 23% fin 2012. Mais si le site rencontre des difficultés, c'est que la direction a elle-même organisé ces difficultés, sous-investi depuis des années, et constamment privilégié d'autres sites du groupe dans l'attribution des volumes de production. Pour mieux justifier aujourd'hui la fermeture.

Si, comme s'y était engagé François Hollande, une loi avait été votée interdisant les plans sociaux dans les groupes réalisant des bénéfices, la question de Montebourg ne serait pas de mettre ou d'enlever de l'eau dans le vin de qui que ce soit, mais juste de remettre de l'ordre social dans un monde de prédateurs qui menacent tous les équilibres de notre civilisation !

18 octobre 2010

les portes de l'histoire

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Il y a dans l'air comme quelque chose de 1995. La grève commence à peser, mais elle plaît. La pénurie de carburant fait entrer dans le quotidien une gêne. Mais on l'accepte avec philosophie. Avec jouissance. Presque heureux de voir ce mouvement, jusque-là indolore, impacter sa vie. Et donc l'économie. Mettre le gouvernement dans une impasse d'où il ne peut plus sortir. Sauf à attiser les tensions et parier sur la violence.

Qu'elle était drôle, Christine Lagarde, Madame 2%, affirmer les yeux dans les yeux dimanche, derrière un petit sourire narquois et des pommettes saillantes : "Vous êtes bien gentils avec vos histoires, comment pouvez-vous parler de pénurie ? 2% des stations service seulement sont fermées !", alors que les automobilistes en étaient déjà à se refiler des tuyaux, par voie de radio ou d'internet, sur les endroits où il restait de quoi se remplir le réservoir.

Ce soir, c'est Bussereau qui, sur le même registre, brandissait au journal de Pujadas sa carte de France des départements en état d'alerte, histoire de bien montrer que la situation était pleinement sous contrôle...  Voilà à quoi nous en sommes réduits : être gouvernés par Monsieur Météo. Dommage que météo-France ait ses radars en panne. Ou en grève.

Nous avons un gouvernement de guignols, qui s'agitent derrière un castelet transparent, sans plus l'ombre de la moindre crédibilité. Morbides, aveuglés par leur propre aplomb.

oskraeq2.jpgFigure-toi que je suis rentré dans la grande histoire sociale de la France il y a vingt-quatre ans. Le projet que je combattais s'appelait Devaquet. Chirac était Premier Ministre. Il jurait pendant des mois qu'il n'y avait rien à faire, que jamais il ne retirerait ce projet, qu'il en allait de la compétitivité de la France, qu'il fallait moderniser nos universités, qu'une minorité de manifestants n'aurait pas la peau de sa détermination.

Il envoyait même Pasqua et Pandreau, ses deux ministres aux dents de tigre, lâcher leurs bataillons de CRS provoquer et mâter la jeunesse rebelle. Il fallait faire peur. Il fallait décourager. Ils ne voyaient pas la force de la détermination gagner en assurance tranquille. Et quand un beau matin, on trouvait Malik Oussekine mort sous le porche d'un immeuble de la rue Gay-Lussac, terrassé par des coups de matraque de trop, ils pensaient bien que c'en était fait, que les rangs allaient enfin se rompre. Mais ce furent au contraire les derrnières digues de l'incrédulité qui cédèrent. Et un soir, pathétique mais non sans grandeur, au 20 heures d'une grande chaîne de télévision, Chirac vint en personne annoncer qu'il se rendait.

Et si les jeunes d'aujourd'hui entraient à leur tour dans l'histoire sociale de la France par la grande porte ? Par celle de la victoire ? De la conquête ?

Je m'en vais perdre demain ma cinquième journée de paye depuis l'été. Mais c'est quoi, cinq jours, à côté des deux ans qu'ils veulent me voler ? Et surtout, surtout, à côté de l'entrée de la nouvelle génération dans l'expérience initiatique de l'utilité de la lutte ?

Ça, c'est préparer l'avenir ! Et ils ont beau jouer les météorologues, ce n'est pas la pluie annoncée pour demain qui m'arrêtera !

12 octobre 2010

lettre ouverte à mon blogopote manifesto-sceptique

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Je ne sais pas s'il est absurde de se retrouver chaque quinzaine pour battre le pavé, quand d'évidence, une bonne vielle révolution des familles aurait tôt fait de venir à bout de cette maudite réforme.

Je ne sais pas si les syndicats composent et jouent un jeu au lieu de jouer leur rôle.

Je ne sais pas s'ils sont au fond résolus à l'échec ou s'ils y croient vraiment.

Je ne sais pas en appelant à la grève générale illimitée et reconductible partout, là, maintenant, s'ils aideraient le mouvement social à se structurer davantage, ou s'ils ouvriraient une division dans le front syndical, si rare.

Si cela donnerait du tonus à la lutte, ou si cela isolerait les plus radicaux de tous les autres et produirait l'image d'un mouvement terni en phase d'extinction.

Je ne sais pas s'il y a ailleurs que dans ce qui se construit semaine après semaine, depuis juin, de meilleurs ingrédients à une possible victoire.

Ce que je sais, c'est que ce qui se joue, c'est mon avenir, le tien, le nôtre, notre vieillesse misérable, notre jeunesse resplendissante, le sens de la société et du développement humain. Ce qui se joue, c'est le diktat du capitalisme ou un possible retour à ce beau concept que fut autrefois "la conquête sociale".

Ce que je vois, c'est aussi que le gouvernement a fait de l'essoufflement progressif du mouvement l'arrête dorsale de sa communication, et que l'Élysée fut le premier à tirer le 23 septembre dernier en déclarant, preuves à l'appui, que l'adhésion des Français à sa réforme gagnait du terrain.

Entre ce que je sais et ce que je ne sais pas, entre ce que je vois et ce que je ne vois pas, j'ai au moins la certitude, qu'aujourd'hui encore, aujourd'hui surtout, il faut en être. Un rebond dans la mobilisation, une entrée en force des jeunes dans les cortèges, finiraient de désarmer les communicants du pouvoir. Je ne m'attends pas ce soir à entendre autre chose qu'une nouvelle querelle de chiffres, dont les amuseurs publics feront leurs choux gras. Je ne m'attends pas à entendre Fillon annoncer qu'il renonce à sa réforme. Mais je suis certain qu'à partir d'une mobilisation en hausse demain, l'espoir pourra changer de camp. Et que l'idée même d'un mouvement plus déterminé, reconductible ou que sais-je n'en sera que plus crédible.

Parce qu'il faut aussi les entendre, les hésitations des collègues. Leurs doutes face à un pouvoir tellement cynique, face à leurs échecs, aussi. Leur fatigue... Il n'en faudrait pas beaucoup pour qu'ils s'y mettent complètement, vraiment, dans ce mouvement, juste gagner un peu de confiance encore. Alors Olivier, eux aussi redoutent parfois que ce soit pour des prunes, moi aussi, mais ne crois-tu pas qu'on a d'abord besoin d'espoir, d'unité, et de force ?

20 avril 2009

séquestrations : les jacqueries modernes

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Il y a une dizaine de jours, me rendant à pied au musée d'Orsay et traversant le terre-plein des invalides à une heure où les touristes ne manquent pas, mon attention fut attirée par un étrange spectacle : des bataillons de CRS en plein exercice dans le sous-bois de l'esplanade : un pas en avant, un pas sur le côté, bouclier, carapace, accélération, assaut, arrêt, repli, position de la tortue. Repos, on va le refaire, plus de nerfs, les gars !... Aucun adversaire en face, mais des badauds à peine étonnés de cette nouvelle attraction touristique.

L'assemblée Nationale était à deux pas. Avec sur les bureaux la fameuse loi anti-cagoule prête à être examinée. Et ainsi va la vie, en notre beau pays, on s'occupe de réprimer, sans s'interroger sur ce que cela coûte à la société. Il en va de la protection des puissants.

Parce qu'ils ont peur, au vrai, nos puissants. Depuis des années, avec des médias complaisants et flagorneurs, des disours bien rodés, ils détenaient la pleine puissance idéologique. Le monde était injuste, certes, parfois cruel, soit, mais qu'y pouvions-nous : c'était le lot de la concurrence à l'échelle internationale. Il fallait être compétitif, question de survie. Tout au mieux pouvions-nous nous réjouir d'avoir encore à la tête de nos fleurons économiques quelques managers talentueux, qui n'avaient pas encore quitté le navire pour des Paquebots étrangers plus luxueux, et grâce à qui l'espoir demeurait. Pour peu que nous fûmes disposés à travailler plus, l'avenir nous souriait.

Las, la crise est passée par là, et en guise de talent, on n'a découvert chez ces capitaines d'industrie que de la vénalité et de l'apreté au gain.

Alors la gabelle ne passe plus.

Voilà nos provinces françaises secouées par des jacqueries modernes : les séquestrations de patrons !

3M, Sony, Caterpillar, Scapa, Faurecia… Mécontents, inquiets et frustrés, les salariés cherchent des formes nouvelles, directes, physiques, ils veulent du face-à-face, du les-yeux-dans-les-yeux pour mettre leurs patrons au pied du mur, les empêcher de se défausser derrière des discours, les obliger à délier les cordons de la bourse.

Les bonus, stock-option et autres parachutes dorés, mais aussi les dividendes, l'actionnariat lui-même, sont vus comme les privilèges d'aujourd'hui. Les grands patrons et la haute fonction publique comme l'aristocratie.

Et l'on apprenait la semaine dernière que les entreprises du CAC 40 possédaient plus de 1.500 filiales dans les paradis fiscaux.

Les Jacqueries avaient leurs cachots, leurs bagnes et leurs bains de sang. Eux ont aussi leurs tribunaux pour réprimer les actions collectives, les Caterpilar en savent quelque chose, ils ont Edvige, les lois anti-solidarité, et désormais leur loi anti-capuche. L'Etat de droit lui-même va finir par être vu comme un symbole de régime à abattre.

Le clergé médiatique n'a plus de crédibilité, et plus de prise.

Hier Dominique De Villepin, revenchard, plus lucide en observateur aux aguets qu'aux commandes de l'appareil, a affirmé qu'il y avait dans notre pays "un risque révolutionnaire". Et cette fois, ils ne s'en sortiront pas avec de bons mots : tu te souviens où la brioche a conduit Marie-Antoinette ?

04 avril 2009

le cobaye (12) à propos de résistance

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L'entretien poursuit son bonhomme de chemin. Et puisqu'il a été question de résistance et de contestation ces derniers jours, à l'occasion du G20, ça tombe bien, c'est précisément le sujet qui était abordé dans cette séquence.

11ème partie :

Le Prof : autre sujet : est-ce que vous vous resservez de vos réflexions de blogueur dans vos conversations quotidiennes ? Régulièrement, peu ? Directement ? Indirectement ?
-    cela prépare-t-il et nourrit-il vos arguments ?

Oh!91 : Oui. La mise en ordre de certaines idées, à travers l'exercice de l'écriture, alimente des conversations que je peux avoir au quotidien. Cela arrive assez souvent. Le contraire est vrai aussi. Des discussions "de bistrot", ou des échanges avec des collègues, donnent parfois naissance à un projet de note.

Le Prof : sur certains sujets, envisagez-vous cette pratique de blog comme une activité de résistance sociale ? politique ? Au fond : que vaut la description du cyberespace comme contre-média d’après votre propre expérience ?

Oh!91 : Incontestablement, l'écriture est un acte de résistance. Sociale et politique. D'ailleurs, dans mon rapport à l'information, s'inverse peu à peu la part que je puise dans les media traditionnels et celle que je récupère dans la lecture des blogs. La radio ou la télé me permettent surtout de garder une certaine clairvoyance sur les hiérarchies dominantes dans le traitement des informations, d'accéder à l'actualité des faits divers, mais l'information politique, et l'analyse, la profondeur des déconstructions critiques, c'est désormais hors des media traditionnels qu'elle s'avère la plus intéressante.

L'idée de "contre-media" me séduit, à condition de ne pas surestimer ce que cela représente de contre-pouvoir, et de rester lucide sur son impact dans la vie réelle. Je ne perçois pas encore dans les blogs de véritables constructions politiques. Pour ma part, je fais partie de ceux qui croient profondément à la nécessité de reconstruire la gauche, et de le faire de façon nouvelle, en terme d'idées, de rapport à la démocratie, de connection au mouvement social, etc. Je constate que les blogs ouvrent beaucoup d'espace à la circulation de la critique de l'existant, mais la contruction du nouveau, quelque chose me dit qu'elle a d'abord besoin d'humain, de contacts, de rencontres... Sinon, une certaine stérilité pourrrait menacer cette activité "résistante".

(la suite)

20 mars 2009

faciliter le travail de la police

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Donc hier, j'étais en grève. Et comme tout fonctionnaire qui se respecte, aujourd'hui c'est RTT. Yeah !. Enfin, fonctionnaire : assimilé disons, ou aparenté puisque depuis un mois et demi, je suis en CDI.

Donc hier, la grève. La troisième en quatre mois. Quelque chose comme 400 euros de moins sur la fiche de paye. Au total (je dis ça juste pour ceux qui penseraient que c'est pour se faire plaisir - mais il n'y a plus personne qui pense ça, si ?).

Quant à la RTT : ben les trois dernières, j'en ai fait cadeau à mon administration - gratos. Y'avait trop de taf, ou des réunions trop importantes. Donc celle-ci, je me la suis gardée pour profiter de ma maman, montée du midi passer quelques jours avec nous.

Pourquoi je te raconte ma vie ? Ah! oui, je sais, c'est pour que tu comprennes pourquoi, ce matin, j'ai le temps de te parler de ma journée d'hier.

Reprenons depuis le début : donc hier, grand soleil, et la banane sur toutes les lèvres. Des coulueurs dans les drapeaux. Sur le pavé, quelques rencarts, pas simples à organiser : tu laisses défiler un peu, deux-trois SMS, tu ne vois toujours rien venir, et tu découvres que devant l'engorgement de la place de la République, le cortège s'est scindé en deux. Et ben voilà, on va s'étonner que la police ait du mal à compter les manifestants, avec ça. Tu leur annonces un parcours, ils te le valident, tu reçois les autorisations et tout le tralala, ils placent leurs zouailles là où il faut, ils mettent leurs compteurs en place. Et patatra, toi, tu passes par le Boulevard Voltaire alors qu'ils t'attendent sur celui du Temple. Comment tu veux être dans la statistique, comme ça ?!? En plus tu marches sur le trottoir, parfois même à contre-sens pour essayer de retrouver Yo ou Véro, ou sur des places de stationnement - voire de livraison ! - Franchement, comment tu veux que la police elle soit sûre, hein, mais sûre, que t'es un manifestant, et pas un badaud ou un chauffeur-livreur égaré là par hasard ? Non, je te jure, y'a des fois, tu ne facilites pas le travail de la police !

Sans compter que Véro, c'est à 15h qu'elle déboule, alors que la manif c'était à 14h, que c'était écrit partout, pourtant, bordel de merde, et que Yo à 14h 30 il était même encore chez lui ! Hop ! hors de la statistique, forcément, direct, comment veux-tu faire autrement ?

Moi je dis : l'heure c'est l'heure, le parcours c'est le parcours, si t'es sérieux tu marches au milieu de la route, et pour être sûr de ne pas rater le monsieur qui compte sans sortir de derrrière ta banderole. Comment ça, t'as pas de banderole ? Allez hop ! hors de la statistique !

Moi d'ailleurs, si j'était policier, enfin, policier en chef, genre ministre de l'intérieur ou quelque chose comme ça, je mettrais en place un système infaillible. Du genre, quand une manif est annoncée, tu irais t'inscrire dans le commissariat le plus proche de chez toi, on te remettrait une carte à puce électronique, et il y aurait, au point d'arrivée de la manif (parce qu'il ne faudrait pas que tu t'esquives en cours de route), une borne qui validerait ta présence quand tu passerais à proximité. Ou alors, on demanderait aux mairies de procéder aux inscriptions. C'est vrai, qu'est-ce qu'il y a de plus proche de chez soi que sa mairie, hein ? Un vrai système démocratique, un service public de proximité : tu te présenterais au guichet aux horaires d'ouverture, muni d'une pièce d'identité et d'un justificatif de domicile, j'ai une alternative avec un timbre fiscal, pas trop cher non plus, la manifestation doit rester un bien accessible à tous, on te remettrait un récépissé, et sous 15 ou 20 jours, tu viendrais retirer ta carte à puce qui vaudrait bon pour manifester. Il ne te resterait plus qu'à aller rejoindre le bon cortège dans le bon créneau horaire, de marcher dans la bonne direction, et t'apporterais du chiffre aux statisticiens de la police. pour être parfaitement rigoureux, il faudrait une borne au point de départ et une autre au point d'arrivée, et il faudrait valider les deux passages pour être vraiment pris en compte, voire, alternative légèrement plus coûteuse - mais quand on aime, on ne compte pas, enfin si justement - une borne tous les cinquante mètres le long du parcours, pour lutter contre les fraudeurs de manif qui prennent le métro pour aller plus vite. J'en connais.

Autrement hier, j'ai croisè un collègue de travail qui faisait signer une pétition contre les caméras de surveillance dans les rues de Paris. Et puis après la manif, on est allés voir Welcome avec Vincent Lindon. Et là, je t'en reparlerai très bientôt, parce qu'il y a beaucoup à faire aussi pour faciliter le travail de la police dans la lutte contre les clandestins.

21 février 2009

le cobaye (3) mes ressorts narcissiques

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Je suis objet d'étude. Enfin, pas que moi, les blogs, des blogs, avec leurs intéractions. Je poursuis ici la publication du dialogue que j'entretiens avec un sociologue à ce sujet :

(Introduction)

(1ère partie)

Le Prof : cette semaine, l’actualité sociale étant particulièrement chargée (les questions m'ont été adressées au lendemain de la journée de grèves et de manifestations du 29 janvier, NDA), dans quelles mesure vous pourriez NE PAS en parler dans votre blog. Je m'explique : la sociologie de la communication parle d'effet d'agenda public : maîtriser ou non son ordre du jour. En ce qui vous concerne, qu'est-ce qui commande le choix d'un sujet ? Et question parallèle : quels critères font que vous ne pouvez-pas ne pas parler d'un sujet (public, médiatique, social, politique, etc.) ?

Oh!91 : Bonne question. Aurais-je pu ne pas en parler ? Y aurait-il eu une raison pour ne pas en parler ? Sans doute. Si j'avais été loin, ailleurs, ou absorbé par autre chose. Il ne me semble pas que ce soit son poids dans l'actualité qui m'ait obligé à en parler, mais davantage le fait que j'y fus impliqué, car je ne définis pas mon blog comme un blog politique.

Par exemple, quelques semaines plus tôt, alors que j'étais à Budapest avec des amis, Israël a attaqué Gaza et ces événements faisaient l'actualité. Assurément, la gravité de ce fait et mon histoire personnelle constituaient deux éléments qui auraient du me conduire à donner une priorité à l'écriture sur ce sujet. Mais j'étais à Budapest, abstrait de cette actualité. Et en pèlerinage, un peu dans une quête, et c'est cette part d'intime qui a alors pris le dessus. L'actualité ne m'a pas "obligé". Tout au plus ai-je utilisé l'outil marginal de l'encadré Blog-it pour glisser une petite référence à ces événements, histoire de ne pas m'en dédouaner totalement et de rester libre d'aller au bout des idées d'écriture que me soufflait mon séjour hongrois.

De la même façon, je n'ai pas abordé le mouvement social de cette semaine sous la forme d'une reproduction des plateformes revendicatives, mais plutôt à partir de moi et de la façon dont je me vis, ou de ce dont je perçois de mon entourage, en rapport avec lui. Ainsi, j'ai écrit pour signifier que j'allais retrouver en manifestation un ami de la piscine, qui viendrait manifester pour la première fois de sa vie (). Ou j'ai parlé de jeunes enfants que j'entendis crier des slogans d'adultes pour évoquer l'histoire de ma propre construction idéologique à partir de l'enfance militante que m'offraient mes parents (ici).

Au fond, j'aime être en résonance avec l'actualité, l'actualité dicte mon blog en ce qu'elle me dicte moi, mais ce qui est au centre de ce que j'écris est rarement le sujet d'actualité lui-même, mais plutôt moi dans cette actualité.

Sauf quand, par flemme, ou par manque de temps, je vais à la facilité, et, au lieu d'écrire, fais un copier-coller qui me paraît intéressant, ce qui arrive quelques fois puisque je m'oblige à publier très régulièrement.

Pour conclure sur cette question, et pour être tout à fait honnête, il est vrai qu'il est des sujets pour lesquels je pourrais ressentir une certaine culpabilité à ne pas les évoquer. Peut-être pour ne pas apparaître totalement "hors du monde". J'ai évoqué plus haut l'usage que j'avais du widget Blog-it pour - même a minima – me montrer "dans le coup". Mais c'est vrai de la même façon de l'aspect intime de mon blog : dès que je suis resté quelques jours sans évoquer un sujet un peu frivole, je m'astreint à "produire" un billet dans ce registre, par fidélité pour une ligne que je me suis donnée, et pour ne pas désorienter totalement les lecteurs...

C'est peut-être au fond l'idée d'avoir créé un style, et l'illusion d'être attendu sur chacune de ses facettes, qui me guide. L'actualité politique et sociale y a sa place, mais au même titre que les autres aspects de "ma ligne éditoriale".
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Le Prof : je vous cite : "Une des surprises, ce fut le retour, souvent flatteur, que permettait l’interaction : ça faisait de cette mise à nu, a priori honteuse, quelque chose de surtout pas honteux. Les gens, dans une grande diversité de lecteurs, question d’âge, de genre ou d’orientation sexuelle, d’ailleurs, avaient tendance à flatter mon audace plutôt qu'à s'en défier, à dire s’y reconnaître, et à m'encourager dans cette démarche."

Dès lors, Oh!91,

-     Qu’attendiez-vous de ces échanges ? Était-ce important au départ dans le choix de mettre en ligne ?
-     Quelles réactions des internautes vous ont-elles surprises ?
-     Quelles remarques ?


Oh!91 : Alors là, on rentre dans les sujets difficiles. Les ressorts narcissiques de l'exercice.

Prenons vos questions les unes après les autres. Qu'attendais-je de ces échanges, au départ ? Franchement, je ne sais pas. Mon rapport aux blogs était assez limité, mon expérience, avant de me lancer, c'était trois blogs de référence. Et donc trois amis. Dont une entrée dans ma vie réelle. Au début, il s'agissait de prolonger le rapport de séduction à l'œuvre avec eux. D'ailleurs, si je voyais leurs blogs rassembler nombre de commentaires ou de commentateurs, j'avais l'impression que ces derniers formaient des cercles d'amis assez fermés, où je n'avais pas forcément ma place, d'où j'étais intrus en quelque sorte. Tant et si bien que je ne m'étais pas forcément préparé à recevoir des réactions et des commentaires venus d'ailleurs que de ces trois là.

Ce n'est donc pas au départ la recherche d'un retour quelconque qui m'a mu. Mais la volonté diffuse de consolider des relations amicales nouvelles.

Puis des commentaires sont arrivés. En fait, dès le premier jour, sur le premier billet, de deux inconnues. Et je me suis laissé griser par cet afflux inattendu. Tant et si bien que j'ai fini par en avoir besoin. Je me mis à visiter des blogs comme on va draguer en boîte de nuit, j'y laissais des commentaires pour en attirer à moi. Je me suis aussi épuisé un temps dans cet exercice-là, avant de prendre un peu de champ.

Ce qui m'a surpris ? Que l'on puisse s'intéresser à mes récits. D'autant qu'au début, plus que je n'écrivais, je "recyclais" surtout des choses déjà écrites. Je reprenais des commentaires que j'avais publiés sur d'autres blogs, sur un en particulier, ou bien je publiais des lettres anciennes à des amis, des récits de voyage où j'exprimais des sentiments, notamment à une époque ou mon orientation sexuelle cherchait à sortir de son impasse. Parfois, m'aventurant sur des sujets provocateurs, comme mon goût pour la masturbation, ou mes techniques masturbatoires, j'étais surpris de ne pas rencontrer le dégoût, mais l'amusement, et finalement, plus je poussais le bouchon, plus je me mettais à nu, sans fard, et plus c'était lu comme des accents de sincérité qui me valaient de la sincérité dans les retours, et quelques beaux ferments d'amitié. Voire d'amour. Cette dimension m'a pris vraiment pas surprise.

Le Prof : "Le choix des sujets est très aléatoire. Ils s’ancrent très souvent dans l’actualité. Et s'il y a une spécificité à ce que j'écris, c'est une façon plus ou moins subtile d'évoquer une présence sexuelle au cœur d'un discours politique, d'une chronique culturelle ou d'une situation décalée, ou d'évoquer une actualité politique au cœur du récit d'un ébat."
-       est-ce que le blog vous a aidé à affirmer vos choix, vos idées, autre chose ?
-       Sur un blog d'opinion, n'y a-t-il pas plus largement des statuts plus facilement revendiqués que d’autres ?


Oh! 91 :
Sur le plan politique, je crois franchement que je n'ai pas eu besoin du blog pour m'affirmer, j'ai une histoire déjà très engagée. D'ailleurs, si j'affirme des préférence, des engagements, je ne prends pas spécialement de soin à en exposer les arguments, j'ai plutôt tendance à les poser pour ce qu'ils sont : mon point de départ. A partir duquel j'expose mes doutes, mes déceptions, mes coups de colère. Je cherche moins à y revendiquer qu'à m'y exposer. Du coup, n'étant pas perçu comme prosélyte, je crois avoir intéressé des gens qui s'intéressent peu aux blogs politiques en général. Mais je n'ai jamais su gagner l'intérêt des blogueurs poltiques.

Si j'ai affirmé des choses, avec le blog, c'est ma sexualité. Ses dimensions extraverties.

Et surtout, chaque fois que ça se présente, j'aime lorsque la politique est amenée par des situations concrètes, quand palpite le vivant au coeur d'un thème politique. Mon combat pour les papiers d'un ami, S., contre son expulsion, et le fait que dans ce combat il devenait mon amant, est l'illustration la plus paradigmatique de ce que mon blog cherche à être, je crois.

Je ne suis pas sûr de bien comprendre la question sur "les statuts plus facilement revendiqués que d'autres". Peut-être pourriez-vous la préciser ?

(la suite)

20 février 2009

l'horizontale plénitude du vivant...

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"Alors voici notre vision :
Petits pays, soudain au cœur nouveau du monde, soudain immenses d'être les premiers exemples de sociétés post-capitalistes, capables de mettre en œuvre un épanouissement humain qui s'inscrit dans l'horizontale plénitude du vivant....
"

Dans un texte qu'ils ont titré Manifeste pour les "produits" de haute nécessité, neuf intellectuels antillais (*) viennent de produire une contribution majeure à la pensée de l'émancipation humaine, un regard intellectuel et politique parmi les plus novateurs de ces derniers temps, inspiré et nourri des luttes en cours, un retournement des valeurs qui nous projette intelligemment dans l'après-société-de-la-marchandisation.

Soucieux d'une issue durable à la crise actuelle dans les DOM, c'est toute la vision d'une autre construction du monde, intrinsèquement portée par le mouvement actuel, qu'ils expriment. Les propositions de Nicolas Sarkozy, ses petites concessions sous l'effet de la trouille, semblent si dérisoires, si rkiki à côté de ce que suscite cette prose.

Il faut le lire car c'est un souffle. Si l'utopie a un pouvoir, c'est dans ce texte qu'il se trouve, et les extraits que j'en cite ci-dessous n'en reflètent rien de la fécondité. Le poétique y dépasse le prosaïque, on y revendique "une nourriture de dignité, d'honneur, de musique, de chants, de sports, de danses, de lectures, de philosophie, de spiritualité, d'amour, de temps libre affecté à l'accomplissement du grand désir intime".

(...) "L'autre très haute nécessité est ensuite de s'inscrire dans une contestation radicale du capitalisme contemporain qui n'est pas une perversion mais bien la plénitude hystérique d'un dogme" (...)

(...) "Nous appelons donc à ces utopies où le Politique ne serait pas réduit à la gestion des misères inadmissibles ni à la régulation des sauvageries du "Marché", mais où il retrouverait son essence au service de tout ce qui confère une âme au prosaïque en le dépassant ou en l'instrumentalisant de la manière la plus étroite.

Nous appelons à une haute politique, à un art politique, qui installe l'individu, sa relation à l'Autre, au centre d'un projet commun où règne ce que la vie a de plus exigeant, de plus intense et de plus éclatant, et donc de plus sensible à la beauté.

Ainsi, chers compatriotes, en nous débarrassant des archaïsmes coloniaux, de la dépendance et de l'assistanat, en nous inscrivant résolument dans l'épanouissement écologique de nos pays et du monde à venir, en contestant la violence économique et le système marchand, nous naîtrons au monde avec une visibilité levée du post-capitalisme et d'un rapport écologique global aux équilibres de la planète....
"

_________________________

(*) Ernest Breleur, Patrick Chamoiseau, Serge Domi, Gérard Delver, Edouard Glissant, Guillaume Pigeard De Gurbert, Olivier Portecop, Olivier Pulvar et Jean-Claude William.