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18 septembre 2012

une dinde pour Noël ?

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Je m'en veux de ne pas venir plus souvent à ta rencontre alimenter ce blog. La faute à des galères, ou à une dispersion, je ne sais pas très bien. Pour les galères, j'ai eu mon lot. Pile le jour de ma rentrée lyrique, mardi dernier, à Garnier. Capriccio, de Richard Strauss, faisait dialoguer un poète et un musicien, tous deux amoureux d'une comtesse qui ne savait choisir entre l'un et l'autre, entre le verbe et la mélodie, qui les laissera se déchirer avant que le sort ne les unisse, pour le meilleur du spectacle. J'ai oublié comment se finissait l'intrigue, le casting n'était pas du premier cru. La mise en scène était classique, quoique astucieuse, nous laissant pénétrer dans les grandes profondeurs des coulisses de Garnier. Mais à la sortie, un événement avait pris la place : le déflecteur de ma voiture avait été brisé, le coffre ouvert, et les sacs qu'il renfermait subtilisés : clés, carnets de chèque, ordinateur, agenda... bref, tu imagines à quoi j'ai occupé les journées qui ont suivi.

Le pire, c'est que ce n'était pas ma voiture, mais un véhicule de courtoisie mis à ma disposition par le carrossier à qui j'avais confié ma Mégane pour qu'il en remette le pare-choc arrière à neuf. Il était content, le carrossier !... Et moi je cours derrière mes factures pour espérer une prise en charge. L'assurance laissera trois franchises à ma charge : celle du pare-choc, celle de la vitre, et celle des objets volés, portée à  250 euros en raison de la recrudescence des vols dans les voitures. Il paraît.

Puis il y a eu la fête de l'Huma. Ambiance toujours aussi sympa. Bénabar pêchu, quoiqu'un peu trop benabarfete.jpgmacho à mon goût dans ses blagues et ses jeux de scène. Mais je ne me lasse pas de ce dîner où "on s'en fout, on n'y va pas, on n'a qu'à s'planquer sous les draps, on commandera des pizzas toi, la télé et moi"... Quel plaisir !

On y a commenté la situation politique aussi, mais ça, tu l'as vu un peu, ou entendu. On y a parlé de la conférence environnementale et du traité européen d'austérité. J'ai aimé une des expressions de Pierre Laurent à propos de cette consternante contradiction qui consiste à ambitionner de rénover 1 million de logements par an pour en améliorer les performances thermiques, mais à s'enfermer dans les logiques d'austérité et à vouloir ratifier un traité qui en inscrit le principe dans le marbre de la constitution : "c'est comme une dinde qui voterait pour Noël". j'ai bien ri. Et j'ai pris date pour participer à la manifestation du 30 septembre à Paris pour réclamer un référendum. C'est bien le moins !

Les Prix Nobel d'économie, à l'instar de Stiglitz, ont beau monter au créneau les uns après les autres pour expliquer que c'est pure folie, que la récession en sera inévitable et que c'est inéluctablement voué à l'échec (*), notre cher François s'entête et fait le beau.

Je redoute les effets combinés du choix austéritaire légitimé par les nécessités européennes, de l'appauvrissement généralisé qui en découlera, et des mesures sociétales radicales annoncées, comme le vote homosexuel ou la légalisation du mariage des étrangers aux noces locales. A moins que ce ne soit l'inverse. Cocktail si facilement exploitable au plan idéologique par la droite extrémisée...

Bref, heureusement que des voix alternatives à gauche se font entendre aussi, sinon, il n'y a plus qu'à inaugurer un boulevard Le Pen à Paris.

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(*) Amartya Sen, Prix Nobel d'économie 1998 écrit que "le soi-disant programme d'aide européen pour les économies en difficulté insiste sur des coupes draconiennes dans les services publics et les niveaux de vie. (…) Ces politiques attisent la division. (…) La prise de décision sans discussion publique – une pratique courante dans la mise en œuvre de la politique financière européenne – est non seulement anti-démocratique, mais inefficace".

Joseph Stiglitz, Prix Nobel d'économie 2001 a déclaré en janvier dernier: "L'obstination des dirigeants européens dans l'ignorance des leçons du passé est criminelle". Et en mai : "Les pays qui tendent à un budget équilibré sont contraints de faire des coupes dans leurs dépenses en raison de la chute de leurs revenus fiscaux – un "déstabilisateur automatique" que l'Europe semble vouloir adopter en toute inconscience".

Paul Krugman, Prix Nobel d'économie 2008 a osé affirmer à propos du pacte d’austérité budgétaire : "Le paquet fiscal forcera les pays à poursuivre des politiques d'austérité qui ont pourtant déjà montré leur inefficacité".

J'ai volé ces citations sur le blog de Jean-Luc Mélenchon.

08 septembre 2010

entre2manifs

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Entre deux manifs, il y a la vie.

Non pas que la vie n'y soit pas belle, dans les manifs. Elle était au contraire particulièrement resplendissante, samedi contre les dérives fascisantes du pouvoir, et hier pour sauver nos retraites. On y chantait, on y dansait. On y retrouvait des amis. J'y retrouvais aussi, mes valeurs, mes espoirs, ma foi, d'une certaine façon, dans le genre humain. Ma France, en toile de fond...

Ça tombe bien, il y en aura d'autres.

Et au bout, j'espère, l'ouverture d'une perspective de changement politique, avec des hommes et des femmes de gauche qui mettront dans la poche leur esprit de boutique (on peut toujours rêver) et auront le courage de dire "l'immigration n'est pas un problème", "penchons-nous plutôt sur nos altérités que sur nos identités", comme je l'ai joliment entendu samedi soir lors d'une soirée de mariage où se mêlaient du rouge et du vert, "il faut travailler pour vivre, et non vivre pour travailler", "rétablissement de la retraite à 60 ans, et retour à 37 ans et demi de cotisation pour tous" !! Je rappelle juste aux sceptiques qu'en pleine crise économique - tu sais, cette crise qui justifie toutes les rigueurs - les entreprises du CAC40 annoncent qu'elles ont simplement doublé en moyenne leurs bénéfices par rapport à l'an dernier au cour du premier semestre.

Mais bon, entre les manifs - la prochaine sera ce week-end à La Courneuve : une fête de l'huma prometteuse d'où j'attends surtout beaucoup de l'hommage à Ferrat qui y sera rendu - il y a donc la vie. Et la mienne a besoin d'eau, c'est comme ça.

Après m'être cassé les dents, samedi, sur les fermetures pour vidange ou pour travaux de plusieurs piscines parisiennes, dimanche, on nageait gratis à Armand Massard : l'agent de caisse ne s'était pas présenté à son poste. Armand Massard, c'est la piscine qui se trouve dans les sous-sols de la Tour Montparnasse. J'aime bien Armand Massard : le bassin de 33 mètres n'est jamais trop engorgé, grâce à la présence d'un bassin voisin de 25 mètres. Les lignes y sont bien organisées, et chacun y trouve son compte.

En proie à un sérieux besoin de décrassage - rapport au mariage de la veille, où au rouge se mariait aussi du blanc - je me suis lancé dans la ligne dite "rapide".

Et il s'est passé ce qui se passe chaque fois que je me sens fébrile, que l'estomac est lourd et la langue pâteuse : une fois dans l'eau, une énergie sournoise m'anime, dont j'ignore où est la source, et en guise de fatigue je me retrouve en fait à déployer une insatiable puissance. J'ai nagé d'un trait mes deux kilomètres, sans marquer de pause sur le premier, tout en crawl, puis j'ai alterné d'autres nages pour finir de dérouiller ma carcasse, sans rien lâcher de ma fougue imprévue. Je dépassais les uns et les autres, et nul ne me dépassait. En bout de ligne, les plus attentifs me laissaient le passage pour m'épargner un croisement délicat... Je fus fougueux d'un bout à l'autre, et suis ressorti plein d'une incroyable confiance en moi.

Dans ces cas-là, je me trouve beau. Presque irrésistible. La réforme des retraites ou la fascisation du monde me sont des citadelles de papier. Et le désamour un mauvais rêve effacé.

Je suis dans les manifs comme un poisson dans l'eau.

04 septembre 2010

manifestons avec Flaubert !

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J'ai reçu hier en fin d'après-midi un mail que ma messagerie (non mais de quoi elle se mêle, celle-là, des fois : elle s'est inscrite au fan club d'Eric Besson, ou quoi ?) avait fort mal à propos classé dans le dossier des messages indésirables. C'est pourtant le courriel le plus opportun que j'aie reçu ces derniers temps. Il m'est envoyé par un lecteur : Olivier, seule chose que je connaisse de lui, en dehors de ce qu'il livre en commentaires, avec grande parcimonie.

Je ne résiste évidemment pas au plaisir de te restituer cet extrait de Flaubert, vieux de 143 ans, mais qui illustre à merveille les raisons pour lesquelles je suis en manifestation dans les rues de Paris cet après-midi :

« (…) Je me suis pâmé, il y a huit jours, devant un campement de Bohémiens qui s’étaient établis à Rouen. — Voilà la troisième fois que j’en vois — Et toujours avec un nouveau plaisir. L’admirable, c’est qu’ils excitaient la Haine des bourgeois, bien qu’inoffensifs comme des moutons. Je me suis fait très mal voir de la foule en leur donnant quelques sous — Et j’ai entendu de jolis mots à la Prud’homme. BohemiensXIX.jpgCette haine-là tient à quelque chose de très profond et de complexe. On la retrouve chez tous les gens d’ordre. C’est la haine que l’on porte au Bédouin, à l’Hérétique, au Philosophe, au solitaire, au poète— Et il y a de la peur dans cette haine. Moi qui suis toujours pour les minorités, elle m’exaspère — Il est vrai que beaucoup de choses m’exaspèrent. 

Du jour où je ne serai plus indigné, je tomberai à plat, comme une poupée à qui on retire son bâton. (…) »

Gustave Flaubert, lettre à George Sand, 12 juin 1867 (Correspondance, la Pléiade tome 5, pp. 653-654)

20 mars 2009

faciliter le travail de la police

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Donc hier, j'étais en grève. Et comme tout fonctionnaire qui se respecte, aujourd'hui c'est RTT. Yeah !. Enfin, fonctionnaire : assimilé disons, ou aparenté puisque depuis un mois et demi, je suis en CDI.

Donc hier, la grève. La troisième en quatre mois. Quelque chose comme 400 euros de moins sur la fiche de paye. Au total (je dis ça juste pour ceux qui penseraient que c'est pour se faire plaisir - mais il n'y a plus personne qui pense ça, si ?).

Quant à la RTT : ben les trois dernières, j'en ai fait cadeau à mon administration - gratos. Y'avait trop de taf, ou des réunions trop importantes. Donc celle-ci, je me la suis gardée pour profiter de ma maman, montée du midi passer quelques jours avec nous.

Pourquoi je te raconte ma vie ? Ah! oui, je sais, c'est pour que tu comprennes pourquoi, ce matin, j'ai le temps de te parler de ma journée d'hier.

Reprenons depuis le début : donc hier, grand soleil, et la banane sur toutes les lèvres. Des coulueurs dans les drapeaux. Sur le pavé, quelques rencarts, pas simples à organiser : tu laisses défiler un peu, deux-trois SMS, tu ne vois toujours rien venir, et tu découvres que devant l'engorgement de la place de la République, le cortège s'est scindé en deux. Et ben voilà, on va s'étonner que la police ait du mal à compter les manifestants, avec ça. Tu leur annonces un parcours, ils te le valident, tu reçois les autorisations et tout le tralala, ils placent leurs zouailles là où il faut, ils mettent leurs compteurs en place. Et patatra, toi, tu passes par le Boulevard Voltaire alors qu'ils t'attendent sur celui du Temple. Comment tu veux être dans la statistique, comme ça ?!? En plus tu marches sur le trottoir, parfois même à contre-sens pour essayer de retrouver Yo ou Véro, ou sur des places de stationnement - voire de livraison ! - Franchement, comment tu veux que la police elle soit sûre, hein, mais sûre, que t'es un manifestant, et pas un badaud ou un chauffeur-livreur égaré là par hasard ? Non, je te jure, y'a des fois, tu ne facilites pas le travail de la police !

Sans compter que Véro, c'est à 15h qu'elle déboule, alors que la manif c'était à 14h, que c'était écrit partout, pourtant, bordel de merde, et que Yo à 14h 30 il était même encore chez lui ! Hop ! hors de la statistique, forcément, direct, comment veux-tu faire autrement ?

Moi je dis : l'heure c'est l'heure, le parcours c'est le parcours, si t'es sérieux tu marches au milieu de la route, et pour être sûr de ne pas rater le monsieur qui compte sans sortir de derrrière ta banderole. Comment ça, t'as pas de banderole ? Allez hop ! hors de la statistique !

Moi d'ailleurs, si j'était policier, enfin, policier en chef, genre ministre de l'intérieur ou quelque chose comme ça, je mettrais en place un système infaillible. Du genre, quand une manif est annoncée, tu irais t'inscrire dans le commissariat le plus proche de chez toi, on te remettrait une carte à puce électronique, et il y aurait, au point d'arrivée de la manif (parce qu'il ne faudrait pas que tu t'esquives en cours de route), une borne qui validerait ta présence quand tu passerais à proximité. Ou alors, on demanderait aux mairies de procéder aux inscriptions. C'est vrai, qu'est-ce qu'il y a de plus proche de chez soi que sa mairie, hein ? Un vrai système démocratique, un service public de proximité : tu te présenterais au guichet aux horaires d'ouverture, muni d'une pièce d'identité et d'un justificatif de domicile, j'ai une alternative avec un timbre fiscal, pas trop cher non plus, la manifestation doit rester un bien accessible à tous, on te remettrait un récépissé, et sous 15 ou 20 jours, tu viendrais retirer ta carte à puce qui vaudrait bon pour manifester. Il ne te resterait plus qu'à aller rejoindre le bon cortège dans le bon créneau horaire, de marcher dans la bonne direction, et t'apporterais du chiffre aux statisticiens de la police. pour être parfaitement rigoureux, il faudrait une borne au point de départ et une autre au point d'arrivée, et il faudrait valider les deux passages pour être vraiment pris en compte, voire, alternative légèrement plus coûteuse - mais quand on aime, on ne compte pas, enfin si justement - une borne tous les cinquante mètres le long du parcours, pour lutter contre les fraudeurs de manif qui prennent le métro pour aller plus vite. J'en connais.

Autrement hier, j'ai croisè un collègue de travail qui faisait signer une pétition contre les caméras de surveillance dans les rues de Paris. Et puis après la manif, on est allés voir Welcome avec Vincent Lindon. Et là, je t'en reparlerai très bientôt, parce qu'il y a beaucoup à faire aussi pour faciliter le travail de la police dans la lutte contre les clandestins.

30 janvier 2009

le flambeau

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Le CPE battu. A plate couture. Les grèves et manifestations furent les plus importantes depuis plus de vingt ans. Bel exploit, Monsieur Sarkozy, avoir mis autant de monde en grève et dans la rue, après même pas deux ans d'exercice du pouvoir, le mieux est que vous remballiez dare-dare vos réformes désastreuses.

Je fus surpris de voir autant de gens qui manifestaient quasiment pour la première fois de leur vie. A quarante balais. Et puis il y avait ces familles, ces jeunes pères avec leur mouflet sur les épaules. Si craquants, les jeunes pères...

A un moment donné, des enfants, de sept à huit ans tout au plus, se regroupèrent au milieu des grands et se mirent à chanter : "Darcos, t'es foutu, la jeunesse est dans la rue". J'ai jeté un coup d'oeil à Yo : "c'est bon, la relève est prête". Et puis il y eut comme un malaise. Et une discussion sur les enfants, la politique et le libre arbitre. Y a-t-il de l'embrigadement ? A-t-on demandé à ces enfants d'apprendre des slogans pour les crier à tue-tête dans une manif ? Ou bien par jeu, se sont-ils mis d'eux même à imiter les grands, et à crier des phrases sans forcément bien en comprendre la signification ? Est-on dans la manipulation, ou dans l'éducation ?

Je me souviens de mes premières manifestations. Je ne faisais pas trois pommes, j'étais sur les épaules de mon père, ou de ma mère. On vilipendait Poniatowsky, à l'époque. C'étaient les grandes grèves de la métallurgie. Je me souviens aussi des longues soirées à la maison où toute la famille s'y mettait, autour de la table, pour plier des tracts en quatre avant d'aller faire la tournée des boîtes-aux-lettres du quartier.

Ah ! évidemment, je ne peux pas nier qu'une bonne partie de mes convictions se sont construites dans ces pratiques, dans cet exercice de démocratie populaire, où la politique était faite par de simples gens, en famille. Ni que, devenant plus tard leader étudiant, je disposais ainsi de réflexes, d'une culture de la manifestation, et du discours politique qui va avec.

Mais y ai-je perdu mon libre arbitre ? Au delà de cet atavisme, n'ai-je pas par ailleurs, à travers d'autres rencontres, d'autres expériences, à travers des ruptures aussi, appris à prendre de la distance et, tout en conservant quelques valeurs fortes, à sortir du chemin d'église pour avancer à la débroussailleuse ?

Il y a en France une culture de la manifestation. Probablement certaines de nos façons de faire proviennent des communards, qui eux-même s'inspiraient sans le savoir des révolutionnaires de 1789, lesquels s'étaient nourris des jacqueries paysannes des siècles précédents. Je suis toujours amusé, vingt-cinq ans après mes premières manifestations étudiantes, d'entendre les lycéens s'exprimer sur les mêmes airs graves ReveGeneral.jpget burlesques, et souvent avec des slogans et des argumentaires voisins. Et puis malgré tout, ces temps de rencontre et de mobilisation sont des moments de création. Comme ce magnifique slogan, "Rêve général", qui fait aujourd'hui flores dans les manifestations, et que nous arborions tous fièrement hier.

C'est peut-être cette capacité à transmettre le flambeau en toute simplicité qui perpétue l'esprit de la résistance, le goût pour l'utopie, et finalement permet à l'espoir de ne pas se perdre dans le cynisme.