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03 août 2009

ils n'auront pas les bains Király

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Les bains Király méritent un billet à eux tout seul. Pour le mythe, et pour la vérité. Ils ne sont pas des bains comme les autres, et ne le seront jamais. Ni dans mon cœur, ni dans la vie. Ils ont tout tenté pour nous les voler : ils les ont fermés presque une année, pour des travaux d'assainissement - on sait que le Rácz n'a ainsi jamais rouvert. Il ont essayer d'imposer le port du maillot de bain pour en dissoudre l'atmosphère sensuelle et envoûtante. Ils n'ont pas encore proposé le port du bonnet, Dieu merci ! Mais cette clientèle homosexuelle ostentatoire, qui ne se cache pas comme on le lui a appris, les gêne, les a toujours géné, empêchent des projets touristiques de convenance, de luxe ou de standing, alors ils essaieront encore...

Mais les bains Király résistent.

Avant de s'y rendre, toutefois, il vaut mieux être un tant soi peu averti.

Voilà ce qu'en dit le Petit Futé :

kiralyfurdo.jpg"La construction des Király a débuté en 1565, sous l’autorité d’Arslan Pacha, gouverneur de Buda. L’édifice fut ensuite rénové et agrandi au XVIIIe siècle. L’approvisionnement en eaux thermales se fait par l’aqueduc des bains Lukács. A l’intérieur, la coupole centrale, percée par endroits, laisse passer des rayons de soleil à travers la nappe de vapeur... Cette lumière qui perce atténuée, les personnes autour absorbées dans leurs rituels de bien-être ou leurs pensées, l’ensemble fait de ces bains un lieu absolument envoûtant. (...) Les jours réservés aux hommes attiraient la communauté gay touristique et locale, ça n’est guère plus le cas…"

J'en suis perplexe. Bon, sur les aspects historiques et esthétiques, rien à dire, et puis comme ça, c'est fait. Mais la petite anecdote de la fin, qui m'a donné quelques sueurs froides, est heureusement une énorme erreur, ou un piège, car bien heureusement, c'est encore le cas.

En fait, ces bains sont recommandés, à juste titre, pour leurs caractéristiques patrimoniales par à peu près tous les guides de voyage. Mais c'est à croire que ceux qui y écrivent ont peur de l'eau, se contentent de repiquer l'information aux copains. Ou alors que ce sont des femmes, ignorantes de ce qui s'y passe le jour des hommes.

Le site cityzeum.com est à peu près le seul qui incite à la prudence, à mots couverts : "Ces bains turcs de Budapest plairont seulement aux moins pudiques. Naturistes et non-mixtes,(...) impossibles d'accès pour les familles, ces bains sont plus appropriés aux personnes désireuses de sensations relaxantes et de soins du corps."

Donc avant de t'y rendre, voilà ce qu'il faut absolument savoir à propos des bains Király.

D'abord qu'il faut prononcer [Ki-rail], et non [ki-ra-li], et que ça signifie roi.brutos13731.jpg

Ensuite, que c'est là que j'ai rencontré Péter, il y a treize ans. Il fut ma première liaison et mon premier chagrin. C'est à cause de lui, je crois, que bander vers le bas est pour moi, et pour toujours, "bander à la hongroise". Mais c'est un peu hâtif, j'en conviens... La rencontre s'était déroulée sur l'estrade en bois du hammam. Nous nous étions repérés, et assis l'un à côté de l'autre, nos mais s'étaient rapprochées de nos cuisses, puis de nos entre-cuisses, nous nous étions caressés sans aller au bout. Nous nous étions retrouvés plus tard dans un bar puis étions allés chez moi.

C'est là aussi que j'ai rencontré Shinji, l'hiver dernier, qui me fit un temps, et notamment lors du réveillon du nouvel an, oublier Saiichi, ou croire l'oublier, puisque je ne courais alors qu'à sa poursuite. La rencontre s'était passée sur la même estrade, sur le banc le plus haut, comme avec Péter, mais de l'autre côté. Ce jour-là, d'une main aussi experte que Saiichi, Shinji me fit jouir sur place.

furdo4_89_20080818100220_812.jpgEntre les deux, derrière ses mûrs muets, j'y ai rencontré beaucoup d'autres hommes, sucé, massé, palpé, malaxé, effeuillé... beaucoup d'autres bites.

Il faut aussi savoir que les bains Király sont ouverts aux hommes les mardi, jeudi et samedi, et aux femmes les lundi, mercredi et vendredi. De 6h le matin à 19h le soir. Je ne peux rien dire de ce qui s'y passe le jour des femmes. Je crois qu'on y croise un public paisible, et plutôt âgé, sans qu'il y ait d'enjeux de drague. Le jour des hommes, en dehors de quelques étrangers égarés par l'incurie des guides touristiques, on y trouve une foule essentiellement gay, à la recherche de sensations qui vont au delà de la simple relaxation - c'est un euphémisme.

Ils ont aussi leurs petits vieux. On les appelles les crocodiles, à cause de leur propension à circuler en silence dans le grand bassin central au dessous de la coupole, l'œil à hauteur d'eau, à s'approcher et à laisser trainer des mains fouineuses. Dans quelques recoins, notamment dans les bains secondaires, ont peut les voir se palucher. Ou ils se rapprochent pour observer de plus jeunes dans leurs caresses. Beaucoup en ressentent du dégoût. Pas moi. Je ne les regarde pas, je les oublie, ils font partie du décor. Je les ai toujours connus, à une époque où l'homosexualité était pour moi quelque chose de nouveau, et où j'étais terriblement excité par cette tension capitonnée. M'y plonger aujourd'hui, c'est revivre des phases initiatiques de ma vie, et j'en accepte l'environnement dans sa totalité. Et puis mon expérience m'a appris qu'une petite assistance repoussante n'est parfois pas inutile pour sembler, soi-même, attirant.

Et de fait, sans eux, je n'aurais peut-être pas croisé le regard de Federico, la semaine dernière. Ici, je te raconte.