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05 mai 2011

la mort du Király

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Király, ça veut dire Royal en hongrois. Les bains Király, c'était les bains royaux. Un endroit royal pour la rencontre. Sous toutes ses formes. Pour un matage en règle, pour de simples attouchements, et plus si affinité.

J'y ai rencontré Péter, ma première liaison d'homo, à la suite de caresses dans d'épaisses vapeurs, il y a déjà quinze ans.

Il y a deux ans, j'y ai croisé Shinji, avec qui je noyais mon chagrin et qui m'accompagna pour une folle nuit de Saint-Sylvestre, puis m'accorda une ultime balade dans une Budapest enneigée.

L'an passé, j'y trouvais des Napolitains qui m'entraînèrent dans un improbable trio.

Il y eut aussi mon Tarasbulba roumain, l'Irlandais monté comme un cheval, le ténébreux Magyar au bouc d'artiste, gourmand autant qu'avare de caresses. Il y eut des dizaines de queues effleurées, avalées, conduites à la maison ou éconduites sur un coin de trottoir. Il y avait cette atmosphère torride, subtile, lourde, tamisée, envoûtante, sujette aux reflets changeants, sensible à l'heure et au monde. Il y avait parfois le regard incrédule de touristes égarés. Rarement, mais amusant.

Les bains Király, c'était une institution.

Beaucoup de jeunes gays ont du y vivre leurs premiers émois. Des couples y ont scellé leurs premiers ébats. Beaucoup de vieux y vivaient encore une sexualité éthérée, errant du corps et des mains comme des crocodiles au milieu du grand bain, attrapant ce qui dépassait comme le pompon d'un manège endiablé ou, à défaut, alimentant la perfusion de leurs fantasmes.

On pouvait n'y voir que les vieux obèses. Certains pouvaient même les rechercher. Ou on pouvait ne voir que la chair fraîche et disponible, servie là dans un écrin de pierre rugueuse et de calcifications.
Les bains Király, c'est fini.

Depuis le premier mai, l'alternance hommes-femmes laisse place à une mixité de chaque jour et de toute heure. Le pagne sensuel coupé dans de vieux draps, qui laissait les fesses apparentes et inscrivait dès les premiers pas la sensualité du lieu sur ta peau et tes membres, sera remplacé par un maillot de bain de vulgaire inconstance. Voire d'affreux shorts de plage en forme de tue-l'amour.

Qu'y at-t-il derrière cette mutation ? Une directive européenne sur les établissements thermaux ? Un schéma régional de développement touristique ? Une nouvelle constitution hongroise, repue de références chrétiennes pas loin de re-pénaliser l'homosexualité ? Une privatisation, réalisée ou en préparation, qui tablerait davantage sur la manne de l'étranger en goguette plutôt que sur quelques vieux gays sans valeur qui tiennent leur droit d'entrée d'une ordonnance médicale ?

Je ne le sais pas. Pas encore.

Ce qui est sûr, c'est que mes prochaines vacances à Budapest, en juillet prochain, n'auront pas tout-à-fait les mêmes saveurs...