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26 février 2012

la Hongrie, l'autre pays des plombiers

L'Europe et le plombier polonais, tu te souviens ? En fait, il était hongrois, le plombier, et je m'en vais t'expliquer pourquoi... Mais c'est vrai que vu de Paris, et depuis la guerre froide, la Pologne et la Hongrie, hein, qui sait où est la différence ?

Tout a commencé mardi matin. Elle m'a pris en me rasant. Non pas l'idée de devenir président de quoi que ce soit - je laisse ça aux narcissiques compulsifs - mais la grippe. Enfin, une sorte de, une virose de l'estomac, il m'a dit, le docteur. J'en étais à rincer les dernières congères de mousse à raser derrière les oreilles quand j'ai été pris de sueurs froides, de sensations mi nauséeuses mi diarrhéiques, un état de malaise à me rouler par terre, et puis la soif, une soif inextinguible.

Ça m'a terrassé. Et j'ai été cloué au lit trois jours. Sans une once d'énergie.
 
Du coup, parfois dans un demi-sommeil, je me suis offert d'écouter in extenso les huit épisodes que Là-bas si j'y suis venait de consacrer à la Hongrie. Vive le podcast ! Une plongée intelligente dans des réalités complexes, que la stigmatisation des dérives populistes et liberticides de Viktor Orban ne suffisent à faire comprendre. Avec Daniel Mermet, la radio prend le temps. Le temps de pénétrer, le temps de rencontrer, le temps de confronter. Une immersion non pas émotionnelle mais factuelle et pédagogique. Il est si rare que je puisse écouter ses émissions, j'ai presque pensé que la grippe avait parfois du bon...

624_341_photo_1325533486129-1-0.jpgOn entendait pour la première fois que si Orban était un dangereux nationaliste, il avait aussi promulgué les lois parmi les plus sociales de ces dernières années, on comprenait qu'il en était ainsi parce que la social démocratie à la hongroise n'était que l'habillage sémantique d'une autre droite, libérale-globaliste, qui a commis un des plus vastes plans de privatisation et de remise en cause des acquis sociaux de toute l'Europe. On comprenait que les règles libérales de l'Union européenne avaient jeté sans vraiment d'alternative tout ce pauvre peuple hongrois dans les bras des seules idées nationalistes, parées de leurs relents racistes habituels. On comprenait qu'on ne pouvait se contenter de crier haro sur les attaques liberticides d'Orban, comme le font également les responsables européens et le FMI, mais qu'il était urgent de crier le même haro sur les solutions libérales appliquées à la Hongrie.
 
J'entendais revivre ce que Zoltan, retrouvé l'été 2007 sur une terrasse naturiste de Budapest, m'avait alors transmis, déjà, de la grande dérive de sa vie.

Et puis jeudi, en début d'après-midi, je commençais à aller mieux, le chauffagiste est venu. Révision annuelle de la chaudière dans le cadre du contrat d'entretien. Il s'est occupé un quart d'heure du chauffe-eau, qui après trois interventions pour pannes cet hiver n'avait besoin de rien, et a pris le café pendant une heure trente. Il avait entendu tout Mermet - privilège des métiers de la route - et était intarissable sur l'Europe, la Grèce, la Hongrie, la politique, l'histoire. On a refait le monde, imaginé le tzigane-hongrois-par-djamtala1.jpgrésultat des élections, partagé nos angoisses devant l'avenir libéral promis par les principaux candidats et les dirigeants de l'Europe, les risques de fascisme, et nos souhaits de rupture. Le débat Mélenchon-Le Pen n'avait pas encore eu lieu.

L'homme était charpenté et jovial. Un vrai maestro de la plomberie. De l'humour à chaque phrase comme tiré d'un film d'Audiard. Une voix du peuple. Indécise mais exigeante. Inquiète mais insoumise. Parfois perdue mais pétrie d'érudition. Une verve à produire de l'espoir. La classe ouvrière. La classe, quoi !

A la fin des années quatre-vingt dix, à ma toute première leçon de hongrois, ma prof avait proposé à notre groupe un jeu original pour nous familiariser avec cette langue. Chacun devait choisir un nom de métier, et elle nous en livrerait la traduction. Je venais de découvrir des problèmes d'eau dans mon appartement de Budapest, alors je choisis "plombier", espérant en secret d'un métier simple une réponse simple.

Et en quelque sorte, c'est toute la complexité cachée des choses qui me sauta à la figure. Tu parles de simplicité : "vízvezetékszerelő", c'est par ce mot que je suis entré dans la langue hongroise !

Il ne faut ainsi jamais oublier que derrière un plombier, il y a toujours un "réparateur de conduites d'eau". Et que ça a le mérite d'être plus clair. Que derrière un plan d'ajustement structurel, il y a toujours un projet de dépossession de richesses populaires par de grandes multinationales occidentales. Que derrière le Mécanisme européen de stabilité, il y a un projet durable d'asservissement des peuples européens à la finance.

Je retourne mercredi à Budapest, ma petite semaine à moi dans la natation et la grande musique. Et les bains chauds. Des fois que j'y croise un plombier aussi limpide pour me remettre la tuyauterie en état de marche...

05 octobre 2011

l'opéra à trois francs cinquante

Roms près de Sofia.jpg

Police judiciaire sous écrou, procureur en examen, journalistes sur écoute, politiques en garde à vue, porteurs de valises au pilori, milliardaires sous tutelle, candidats en déroute, grand banditisme aux aguets... on ne sait plus à quels saints se vouer.

N'aurait plus manqué que Carla accouche le jour de la grève des sages-femmes... ouf !

Et pendant ce temps, la Grèce tombe de Charybde en Scylla, punie d'être asphyxiée, asphyxiée d'être punie, enjointe à une austérité qui la condamne, sous peine d'une exécution immédiate.

Et pendant ce temps-là, les coups de matraque pleuvent.

Et pendant ce temps-là, d'étranges agrégats fascistes expérimentent dans d'autres périphéries européennes, en Hongrie, des camps de travail forcé pour les communautés Roms, nourrissant le projet de pogroms plus assumés.
Et pendant ce temps-là, des philosophes serviles jettent le discrédit sur les urgences environnementales. Faites place, le productivisme n'a pas de temps à perdre !

Et pendant ce temps-là...

On se croirait dans l'Allemagne d'avant-guerre, dans celle de Brecht et de Kurt Weil. L'Opéra de Quat'sous avant l'heure.
D'ailleurs, j'irai samedi soir y goûter dans une version artistique, à ce théâtre des bas-fonds - forcément plus soft que celui de la vraie vie. Ce sera à Sartrouville (pour ceux qui doutent qu'on peut aussi aller voir des productions de qualité en banlieue...!)
Roms de Hongrie.jpgMais au fait, t'ai-je dit que j'étais à la Salle Pleyel vendredi soir ? Loin du marigot mais baigné dans une Hongrie douce et audacieuse : les Danses de Galanta, de Zoltan Kodaly, et le Concerto pour orchestre de Béla Bartòk, deux œuvres empruntes de thèmes folkloriques revisités, avec entre les deux, un surprenant Concerto pour piano de Samuel Barber. Et en plus, pour la deuxième fois en quinze jours, j'invitais in extremis ma maman à ce concert par SMS, grâce aux bons offices de France-Musique (merci le service public !). Maman adore être avec moi. Même à distance.

21 avril 2011

difficile retour

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Oh la la, j'ai tellement de choses à te dire... Forcément, après tout ce temps !

Tiens, je n'ai pas de manque, pourtant. Ai-je changé ?

Forcément, l'opéra m'a changé, c'est une évidence. Il a changé mon rapport à la voix, mon rapport à l'art vivant, il a créé en moi d'autres tensions, toujours impatientes, par nécessité curieuses, instillé d'autres addictions, où je projette une autre vision de moi, une sorte de respect ou de réconciliation, peut-être aussi un regard irrespectueux sur les histoires, une libération presque, une distance en tout cas avec les manifestations dissimulées de la médiocrité. L'opéra a enchanté des parties de moi oubliées, alors oui, j'ai changé et ce blog, bon, ma foi.

Fukushima m'a changé. Profondément transformé, peut-être parce que les fuites ont lieu près de mon cœur. Fukushima a accéléré en moi une mue en cours, une symbiose nouvelle avec la nature, ou plutôt, comment dire ? avec la chose naturelle, a aiguisé un sixième sens que je pourrais nommer perception intime des limites ultimes de la planète, a scotché derrière ma rétine, juste là au niveau du nerf optique, une prémonition apocalyptique, qui se renforce avec le déni qui nous entoure - ce négationnisme moderne, l'ignorance orchestrée d'un holocauste à venir qui ne pourrait se dire parce qu'il n'aurait encore eu lieu et qui, à simplement se concevoir, ne serait rien moins qu'un blasphème - mais dont les ingrédients se rassemblent sous nos yeux, à nos portes, sous la conduite d'oligarques - énarques ou capitaines d'industrie, les deux souvent - passés de majors multinationales à des cabinets ministériels, ou l'inverse, communiquant, communiquant et communiquant sans cesse pour désamorcer la déraison et laisser la voie libre à la seule inconscience, nourrie par toute la filière coalisée de l'arme du crime : extracteurs de minerais responsables d'un esclavagisme suffisamment arrangé pour être tu, patrons négriers de sociétés sous-traitantes, médias peu enclins à suivre un dossier dans sa durée et sa profondeur, préférant sauter d'un marronnier à l'autre, vulnérables comme jamais, sans distance, à toutes les manipulations, élus de la majorité ou de l'opposition se faisant rédiger leurs communiqués de presse "pour occuper le terrain" par les habiles lobbyistes d'AREVA, d'EDF ou de Veolia à qui ils ont remis leur papier à en-tête. J'ai si peur que l'on n'en sorte pas malgré les évidences. Alors bon, mon blog, ma foi...

Mon chagrin m'a changé. Il y a longtemps déjà. Il a changé mon rapport au sexe, mon goût pour le face-à-face, il a annihilé une assurance virile que je trimballais sans vergogne, m'a enfermé dans des obsessions pénitentiaires tantôt tranquilles, tantôt agitées. D'ailleurs, avec le recul, faut-il parler de chagrin ou de soubresauts, d'échec ou de repositionnement ? Ce qui est sûr, c'est que je me trimballais une relation vide, que je la compensais par une débauche peu regardante, te prenant à témoin, et qu'aujourd'hui, je cumule une liaison officielle, qui me pèse mais s'accroche, une amitié amoureuse qui accepte sans le dire son volet amoureux, ou qui l'accepte parce qu'il ne le dit pas, par défaut plus que par pudeur, et une liaison secrète, occasionnelle, évanescente, qui m'est chère même si elle connaît plus souvent les parking en sous-sol que les chambres d'hôtels et qui m'a fait récemment retourner au sauna. Au milieu de tout berlin,opéra,vol de valise,fukushima,productivisme,libéralisme,politiquecela, le sexe se perd et se refuse à d'autres fantaisies. Je ne suis finalement pas allé me perdre, moi, dans un labyrinthe gay à Berlin. L'opéra a pris toute la place, et quand ce n'était pas lui, c'était la politique et les magouilles des lobbys industriels, nos sujets du moment avec Maryse, et la ville, marcheuse mais adaptée aux fauteuils roulants, qui nous est apparue ouverte autant que sympathique et nous a laissé une forte envie d'y revenir. Alors au milieu de tout ça, le blog, hein...

Lien ténu avec toi ? Petit pois sous le matelas d'une princesse, oui ! La dérive du monde est insondable, on a envie de renoncer, je te jure !

Dans la valise qui m'a été volée au retour de Berlin lundi, à mon nez et à ma barbe, depuis le coffre de ma voiture sans doute mal fermé, il y avait un livre. Il me restait trois pages à en lire. L'Amant russe. Une plongée dans la Russie soviétique. Ou plutôt dans un groupe de visiteurs complaisants par idéologie où je me reconnaissais, au milieu des années quatre-vingt, le tout dans le regard d'un jeune garçon de 16 ans grinçant, différent, en quête d'amour et d'authenticité, qui décelait l'oppression et l'usurpation là où nul ne pouvait la soupçonner.

Avant Berlin, les deux derniers opéras que j'avais vus à Paris parlaient de deux femmes russes, justement. Enfin, au nom slave. Je n'ai pas bien compris, du reste, si ce télescopage Akhmatova - Kabanova avait relevé d'un choix artistique ou s'il s'était avéré fortuit. Je les avais vus à la suite l'un de l'autre, et l'Amant russe m'y a refait penser.

Mais si j'en parle - j'aimerais réussir à écrire conjointement sur ces deux œuvres, à les faire dialoguer - ce sera une autre fois. J'ai des factures à rechercher. Un vol de valise, pfff ! Ne me manquait plus que ça pour me garder encore loin de toi, tiens ! Comme si mes doutes n'y suffisaient pas...

22 juin 2010

le temps utile

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Où l'on apprend que le monsieur du gouvernement en charge de faire avaler une réforme des retraites déjà ficelée par notre président est marié à la dame qui s'occupe de gérer les intérêts de la femme la plus riche de France.

Il m'importe peu de savoir si cette dame - Madame Woerth, la femme du ministre - agit dans le cadre de la loi ou si elle couvre des fraudes fiscales, il m'est absolument égal de savoir si le fait que son mari ait été ministre des finances avant d'être ministre du travail constitue ou non un conflit d'intérêt au sens juridique du terme. Il me suffit de savoir que ce couple d'État tire une partie - que je suppose substantielle - de son revenu de services rendus - légalement ou non, ça ne change rien - à l'une des plus grandes fortunes du monde. Et qu'avec superbe, aplomb, ou tout ce que tu voudras, ce monsieur nous explique qu'il n'y a pas d'alternative à la régression sociale, que les vieux devront désormais travailler deux ans de plus, ou bien se priver d'une retraite à taux plein.

Le même qui demande aux pauvres de donner leurs deux plus belles années de retraite à leur travail de merde, gagne beaucoup d'argent en veillant par contrat à ce que les intérêts d'une vieille dame très riche soient bien protégés.

Le feuilleton de la pitoyable débâcle des Bleus me passionne mais ne m'endort pas. Alors jeudi, je manifesterai pour le maintien de la retraite à 60 ans, pour le retour à 37 trimestres et demi de cotisation, et pour que les revenus financiers de Liliane Bettencourt soient taxés au même taux que les revenus du travail. Non seulement parce que ça suffirait à équilibrer notre système de retraite, mais surtout parce que je ne vis pas pour travailler, mais que je travaille pour vivre.

Je crois que les êtres humains ont besoin de temps libre et que le temps libre est du temps socialement utile. C'est du temps pour la vie, pour l'amour, c'est du temps pour le bénévolat, pour la citoyenneté, c'est du temps pour s'occuper de ses proches, pour s'occuper de son corps et de sa santé, pour entretenir sa maison, pour la vie des territoires, c'est du temps pour écrire, pour peindre, pour créer, pour la culture... Le temps libre fait faire beaucoup d'économies à la société

Ce temps-là, malheur à qui voudra me le prendre !

19 février 2010

appel d'offres

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Donc, j'en étais là : l'arbre de la méridienne venait d'être abattu par une sortie de route un matin de verglas. C'était une route départementale de la grande couronne, l'aménagement des bas côtés relevait d'une convention passée à l'époque avec la commune, qui en avait délégué la gestion depuis à la communauté de communes nouvellement créée. Nous étions sur la bordure d'un aérodrome de campagne placé sous la tutelle de la Direction générale de l'aviation civile, donc de l'État.

Après une analyse par les services juridiques compétents, il s'avérait que le terrain était propriété de l'État, que la voirie était sous la responsabilité du Département, et que les aménagements d'agrément relevaient de la Communauté de commune. L'arbre avait bien été planté avec l'aide de la Région, mais l'entretien relevait du niveau communal, c'était inscrit dans la convention. Le terrain, quant à lui, appartenait à l'État.

Le panneau "méridienne verte" relevait aussi de l'État, en charge de la signalisation routière. Mais ça tombait bien, il n'avait pas été endommagé. Il ne servait plus à rien, mais il tenait debout, l'État s'en laverait les mains, c'était plié.

Au terme de six mois de négociations, au cours desquelles la communauté de commune avait fait valoir qu'elle était exsangue, le Département avait accepté d'ouvrir sur son budget 2011 une ligne "restauration des aménagements de la RD19", et dès le budget voté, le 31 mars 2011, une note de service demandait à la Direction de la voirie, section "aménagements paysagés" de lancer un appel d'offre pour charger un bureau d'étude de diagnostiquer la nature du problème et formuler ses préconisations.

Après deux mois d'élaboration et de validation par la Directrice de la voirie, un appel d'offres fut lancé, il y eut une dizaine de postulants, dont la pépinière départementale qui devait désormais, règles de la concurrence oblige, candidater au même titre que les bureaux d'étude ou autres prestataires privés.

Deux mois plus tard, le marché fut notifié à un agronome de Province, en octobre 2011, qui rendit son verdict, l'arbre était bien mort, et préconisa soit d'enlever la pancarte, soit de planter un nouvel arbre.

La Direction générale saisit les services juridiques départementaux et son Contrôle de gestion pour analyse de ces préconisations, ce qui lui permit de soumettre un rapport au Bureau départemental - composé du Président du Conseil général et de ses Vice-présidents : il fut décidé, en décembre 2011, de planter un nouvel arbre, mais à la condition que la communauté de communes s'engage à en assurer l'entretien à l'avenir.

Cette clause serait inscrite dans une convention cadre, en cours de discussion.

Quelques lettres de riverains aidant - à qui l'on répondit que, dans la mesure où, et dans le cadre de, une procédure était en cours qui, tout en rappelant que... le service compétant avait été saisi de cette affaire - il fut décidé, en juillet 2012, que l'arbre serait replanté sans attendre l'aboutissement de la discussion avec la communauté de commune. Un Vice-président avait montré son agacement.

Dès la rentrée de septembre, les jardiniers de la pépinière départementale s'apprêtaient à extraire de ses plants un beau spécimen, assez avancé pour compenser les années perdues depuis l'an 2000, quand la Direction générale saisit l'Inspection générale d'un audit destiné à déterminer, dans le cadre d'une démarche Qualité, s'il relevait bien des missions d'un Département que d'élever des arbres au sein d'une pépinière. On recherchait des coûts à éliminer

Tout fut arrêté. Il fallait attendre le résultat de l'audit.

En mars 2013, alors que le jour se levait assez tôt, on découvrit un bel arbre, un hêtre, semblait-il, planté-là par une des riverains et des écologistes, en pleine nuit. Ils voulaient protester contre un projet d'élargissement de la départementale.

Cette histoire est évidemment une fiction, heu...! Un cauchemar.

Quoi que. Le bassin nautique départemental de l'Essonne est l'un des plus beaux d'ile de France, avec deux  bassins olympiques, dont un piscine.gifd'entraînement. Laure Manaudou elle-même y a imprimé des records. Il fut fermé pour vidange en janvier 2008. La fermeture devait durer 15 jours. Puis on découvrit qu'il fallait resceller des carreaux, puis que si les carreaux sautaient, c'est qu'il y avait des fuites. Le temps de réparer la fuite, on annonça une fermeture supplémentaire de deux mois, on en profita pour inspecter les faux plafonds, et il apparut que le système électrique n'était plus aux normes. Il fallut improviser le lancement d'appels d'offre. Depuis, devant les frais à engager, le département de l'Essonne et la communauté de communes autour de Mennecy se renvoient la balle pour savoir à qui il revient d'exploiter pareil équipement. La rumeur, dans les piscines alentour, c'est qu'elle ne rouvrira jamais...

Mise au point : ce billet ne vise pas à caricaturer le service public, mais à dénoncer une certaine perte des réalités à laquelle conduit la mise en oeuvre des méthodes libérales de management dans les administrations publiques. La prise de pouvoir par les gestionnaires, quoi, grâce à qui le public, justement, finit par compter moins que les procédures...

19 novembre 2008

petit message personnel à mes amis titulaires d'une carte de membre du parti socialiste

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Non, vous n'allez quand même pas faire ça ?

Vous n'allez pas donner à Ségolène les clés de la boutique ?

Je sais bien qu'il faut la dépoussiérer, cette gauche, que ce parti est engoncé depuis longtemps dans ses certitudes, qu'il a besoin de renouveau et d'un bon coup de jeune. Ok. Mais pas Ségolène, quand même !

C'est une supplique que je vous adresse, parce que qu'est-ce qu'on va faire, dans ce pays, qu'est-ce qu'on va devenir, si le principal parti de la gauche, si le parti sans lequel - pour l'heure en tout cas - il n'est pas vraiment possible d'imaginer une alternative au pouvoir de Sarkozy, devient un vulgaire parti de centre-gauche ? Si toute idée de rupture avec le libéralisme est enterrée, si ce n'est pas clairement à gauche qu'est donné le coup de barre alors que la crise et les charrettes de licenciements, les mises au chômage technique nous apportent la preuve cinglante que ce sont les rouages même du modèle capitaliste libéral qui est dans une impasse ?

Non, vous ne pouvez pas nous faire ça. Quand bien même vous auriez voté pour sa motion. Restez investis dans votre parti, autant que vous le voulez, poussez les feux de la rénovation, créez, inventez, bousculez vos potentats locaux, remuez tous les tas de merde que vous trouverez dans les coins... mais s'il-vous-plaît, ne lui donnez pas les clés. Pas à elle. Elle n'est pas la femme du renouveau. Elle n'incarne rien des idées qu'elle proclame. Et vous le savez.

N'enfermez pas la gauche dans une impasse.

22 octobre 2008

quand les paradis fiscaux sont à la tête de l'Europe

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Le monde compte 72 paradis fiscaux. Tous ne sont pas des îles exotiques au milieu de l'Atlantique. L'un d'entre eux est membre de l'Union européenne, le Luxembourg, et siège à la table du Conseil européen, de l'Eurogroupe (qu'il préside) et de tutti-quanti.

Jean-Claude Juncker est LE premier ministre de ce paradis fiscal. Je crois même me souvenir que quand la France et les Pays-Bas disaient "non" au traîté constitutionnel, il était LE président en exercice de l'Union européenne. Et il n'était pas content du tout du tout que la France et les Pays-Bas aient dit "non" à l'Europe libérale. Pourtant, en pleine campagne référendaire, c'est lui qui avait déclaré que la "directive Bolkestein", celle qui remettait en cause tout le droit du travail à l'échelle de l'Europe, ne serait pas retirée. Ils lui devaient une fière chandelle, alors, les partisans du "oui".

C'était assez drôle de le voir, hier soir, au journal de France 2. Dire (en substance) "oui, je suis d'accord avec le président Sarkozy, il faut de nouvelles règles, plus morales, pour le système bancaire en Europe", mais dire à David Pujadas "non, ça ne veut pas dire la fin du secret bancaire, nous continuerons à ne pas prendre part aux échanges d'information entre banques". Et de conclure en somme :"oui, nous changerons ce qu'il faut, mais pour ne rien changer, puisque notre système est exemplaire".

Mon pronostic à moi, c'est que l'on va en entendre des tonnes, des belles intentions, dans les semaines qui viennent. Sarko-zorro fustigeant le capitalisme inhumain, peut-être demain le président Bush lui-même s'en prenant aux dérives impérialistes des puissances de l'argent, et après-demain Juncker claironnant la fin du libéralisme amoral et vampirisateur de l'économie...

Je vois d'ici leurs larmes de crocodile s'écrasant sur le perron des grands palais de ce monde. Sarko, plus brillant que tous les autres, sortant le mouchoir de sa poche au bon moment pour le tendre à Angela Merkel... Qu'est-ce que ça doit les faire se marrer en Andorre, à Monaco, au Lichtenstein, dans tous ces micro-Etats qui ne doivent leur existence et leurs particularités qu'aux traîtés qui les lient aux grands pays européens, ou même en Autriche, autre membre de l'Union eurpéenne qui s'y connaît en matière de secret bancaire...

Moi je te donne rendez-vous dans un an, tiens : tu paries quoi, que rien n'aura changé ? Ah, si, les déficits publics auront peut-être augmenté de 25%, puisque la France vient de trouver on ne sait où 10 milliards et demi d'euros à placer dans ses banques. Mais quand on aime...

12 juin 2008

Budapest en pièces ?

cimetiere juif.jpg

L'article ci-dessous est paru dans Le Monde du 24 janvier dernier, mais il a encore toute son actualité. Je l'ai trouvé il y a quelques jours sur un blog consacré à la lutte contre la destruction du patrimoine ancien de Budapest, sauvez Budapest !

Tu sais que j'aime Budapest. Un capitale européenne, au sens le plus noble. Avec un cachet, une âme, un esprit, des lieux... Des lieux dont certains disparaissent aujourd'hui, ou sont menacés de l'être. J'ai déjà vu ces dernières années engloutir les bains thermaux Ràcz dans un projet de vaste complexe hôtelier. Ces bains Ràcz où j'avais rencontré Attila dans une voluptueuse fulgurance amoureuse avant qu'il ne devienne le premier de mes petits amis présentés à ma mère. Aujourd'hui, ce sont les quartiers juifs qui sont menacés. Avec eux, un pan d'histoire. Plusieurs. L'histoire de l'Europe, notre histoire.

Ce blog documenté s'en prend avec clairvoyance au pouvoir maffieux des promotteurs, aux pratiques de la corruption politique, à la main mise des groupes de la grande distribution qui tuent le petit commerce traditionnel qui fait la vie des quartiers... Il dénonce la gangrène de l'argent qui étouffe un merveilleux art de vivre, impose à cette ville magnifique un mode de développement dévoyé, uniformisé, inspiré du nôtre, hélas !, qui écrase l'histoire et la mémoire pour conduire à l'impasse où nous sommes.

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hongrie_quartier_juif.jpgpar Jean-Pierre Frommer

"Nous suivons depuis maintenant quelques années, avec beaucoup de tristesse, de stupéfaction et parfois de colère, ce qui se passe dans le quartier juif de Budapest. Ce que la guerre, le nazisme et le stalinisme n'ont pas réussi à détruire est en train de disparaître sous nos yeux. Il s'agit de pans entiers de l'architecture et de l'urbanisme du XIXe siècle et du début du XXe qui partent en poussière. Selon l'association hongroise Óvás !, à ce jour, 40 % des édifices du XIXe siècle, de style néoclassique et Art nouveau, ont été rasés ou transformés en constructions qui nuisent au caractère du quartier. C'est tout un tissu urbain, architectural, historique, social, cultuel et humain, ayant valeur de patrimoine mondial, qui est ainsi dénaturé, abattu, perdu à tout jamais. Comment admettre que le dernier vestige du mur du ghetto de Budapest ait été détruit, ses pierres vendues dans une frénésie de démolition spéculative ?

Comment admettre qu'à 20 mètres de la grande synagogue, on démolisse des bâtiments classés pour y bâtir un immeuble de sept étages rivalisant par sa taille et sa dimension avec le monument historique voisin ?

Ma virulence pourrait sembler exagérée mais elle est à la mesure du scandale, et je ne peux comprendre que les Hongrois laissent ainsi disparaître ce qui n'appartient pas seulement à eux, mais à l'humanité entière. Il semble que les décideurs n'en mesurent absolument pas la considérable valeur culturelle et économique. Une partie du quartier juif se trouve d'ailleurs dans la zone de protection du site de l'avenue Andrássy, inscrit au Patrimoine mondial de l'Unesco.

L'argument communément avancé par les décideurs justifiant ces démolitions est un argument économique. N'y aurait-il pas d'argent pour faire les réhabilitations nécessaires ?

En réalité, on sacrifie l'intérêt économique à long terme de la collectivité à des profits à très court terme d'une minorité, sans égard pour les habitants qui sont chassés de leurs logements. L'argument économique mérite d'être réexaminé. D'autant que les investisseurs actuels pourraient gagner de l'argent en réhabilitant ces immeubles de valeur plutôt qu'en les démolissant pour les remplacer par des constructions sans âme.

à l'image du Marais

Ce quartier recèle un potentiel touristique extraordinaire et pourrait constituer un pôle de développement à l'instar d'autres quartiers du même synagogue_00.jpgtype. Ce qui a été possible par exemple dans le quartier du Marais à Paris ou dans bien d'autres villes européennes ne le serait-il pas à Budapest ? La loi Malraux a permis de sauver le Marais, quartier riche en histoire et en architecture, notamment par des mesures fiscales. Et pourtant, le Marais était constitué d'immeubles en plus mauvais état et disposait de moins d'atouts quant à la structure des bâtiments que ceux du quartier juif de Budapest. Aujourd'hui, le Marais draine une affluence touristique et commerciale parmi les plus importantes de Paris.

Il faut de l'argent, certes, mais la réhabilitation est un processus à long terme et les dépenses sont ainsi lissées sur plusieurs années. Il faut surtout une volonté politique. La décentralisation de l'urbanisme en Hongrie a donné, semble-t-il, trop de pouvoirs aux maires d'arrondissement. C'est donc à l'Etat hongrois et à Budapest-capitale de mettre les garde-fous qui protègent l'intérêt national et le patrimoine mondial.

Cette volonté politique pourrait se manifester par une réglementation stricte adaptée à la nature de patrimoine mondial du secteur. Il faut instaurer un moratoire sur toute démolition et toute construction neuve dans le secteur concerné, le temps d'établir un plan de réhabilitation urbain soucieux de la préservation et de la mise en valeur du quartier juif. Je ne fais pas seulement appel au sens de la culture des autorités hongroises, mais aussi à une compréhension de leurs intérêts économiques à long terme."