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08 février 2010

autour d'une cabine

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Il y a, parmi toutes les oeuvres de James Ensor présentées au Musée d'Orsay (l'exposition est hélas terminée), riches en lumière et en couleurs, quelques réalisations picturales décalées et pleines d'humour, parfois peintes au trait, dont celle-ci, intitulée Baignades à Ostende. De loin, on n'y distingue rien, un joyeux fouillis, une foule grouillant, jouant et s'ébrouant. De près, elle devient intéressante, elle fourmille de caricatures et de saynètes rigolotes, une grosse femme qui fait du vent pour le bateau à voile de son fils avec un pet. Deux hommes qui s'embrassent goulûment en se pourlêchant la langue. On n'y compte pas les paires de fesses déculottées, et tout se passe comme si la mer désinhibait jusques aux nuages et au soleil...

La baignade est le temps du plaisir par excellence. Et du badinage.

Ça me rappelle un petit film présenté ces jours-ci à la Cinémathèque française dans le cadre de l'exposition La lanterne magique (jusqu'au 28 mars 2010), du nom de l'ancêtre du cinéma. La gélatine y est peinte à la main, image par image, et un système de boîte d'optique, avec de magnifiques boiseries vernies et des pièces de cuivre, des miroirs et des fenêtres, projette les séquences sur une diapositive fixe, plus pâle, représentant une plage, Étretat, semble-t-il, et deux cabines de bain.

Contrairement à cette vidéo, le film est présenté à la Cinémathèque sans musique. Le médiateur-projectionniste actionne le film à la main, y ajoutant selon son humeur des ralentis, des accélérations, des retours en arrière, émettant ce faisant divers bruitages avec sa bouche, des sifflets, des plouf et quelques éclats de rire.

Un peu comme pour reconstituer l'atmosphère des projections d'époque, qui faisaient accourir petits et grands, pour rêver à d'impossibles vacances.

Pour les plus coquins, derrière un rideau de velour épais est présentée une sélection de films d'animation anciens érotiques ou pornographiques. Rien que cela vaut le détour. Mais pas sûr que ça te fasse bander...

07 février 2010

Daniel le Grand

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Je suis allé pour la première fois samedi soir à la Salle Pleyel à Paris. Au nom mythique, à l'acoustique de légende, c'est un lieu que je ne m'étais encore jamais autorisé, comme s'il s'était agi d'un espace sacro-saint, interdit aux mélomanes usurpés de mon espèce.

Mais Joël, un des participants au groupe des prosélytes lyriques que j'ai rencontré quelques fois au détour d'une queue devant l'opéra Bastille, avait une place qu'il ne pouvait honorer - et pour cause, il est actuellement en voyage en Inde, sa destination-passion - et qu'il m'a revendue pour la moitié de son prix.

Le concert, c'était au piano et sous la maestria de Daniel Barenboïm, le 1er et le 4ème concerto de Beethoven (ci-dessous un extrait du 4ème concerto, avec comme samedi, le Staatskapelle de Berlin), et dans une configuration symphonique, les Cinq pièces opus 16 de Schoenberg.

La place était une arrière-scène, c'est à dire que je n'étais ni dans la salle, ni sur un balcon, mais derrière les musiciens, regardant l'orchestre par l'arrière, et faisant face à la salle. Faisant face surtout au Chef.

De surcroit, c'était un premier rang, presque au milieu. J'aurais pu de ma main caresser la joue d'un contrebassiste ou tapoter sur le crâne du xylophoniste. Cette situation est un peu étrange. Il paraît qu'on y perd un peu de qualité sonore, les instruments de l'arrière, cuivres et percussions pouvant écraser les cordes ou faire écran au piano. Mais franchement, entre la proximité avec l'orchestre et l'acoustique exceptionnelle de la salle, je ne crois pas avoir souffert d'un son altéré.

daniel_barenboim.jpgEt puis surtout, avoir le chef face à soi, Daniel Barenboïm himself en train de diriger l'orchestre, c'était une magnifique expérience. De là, aucune de ses mimiques ne t'échappe, tu crois même qu'elles te sont adressées. De derrière son piano, il lance des signaux, invitant d'un mouvement à plat de sa main à la retenue, ou enveloppant d'un arrondi du bras l'ensemble du corps orchestral pour accompagner un crescendo tribal, ou le retirant d'un coup dans le creux de son poing pour installer un court silence et placer son propre jeu au piano, c'est alors du menton, presque des paupières qu'il dirige les cordes, envoie la clarinette ou lance les cuivres.

Plus d'un siècle sépare Schoenberg de Beethoven. On passe de l'ordre presque impérial, militaire ou mélodieux, ouvert à l'émotion, au désordre rebelle, industrieux, et parfois impitoyable, entre impressionnisme et expressionnisme. La deuxième pièce s'ouvre par le solo déchirant d'un violoncelle. La troisième m'a embrumé, avant qu'un "récitatif obligé", et pour le coup coloré, ne vienne conclure une "péripétie" tonique.

Le hasard de mes sorties me fait, pour la deuxième fois, rapprocher dans ces chroniques un concert d'une exposition. J'avais été, jeudi soir, pour la nocturne du Musée d'Orsay, à l'exposition James Ensor, ce peintre belge du début du XXè siècle, qui récusait ses influences impressionnistes. Et je suis bien obligé de dire combien j'ai trouvé leurs palettes semblables, jusque dans les flous ou leurs transcendances mystiques. Je viens pourtant de voir, sur le site du Musée d'Orsay, que c'est à György Ligeti et à Mauricio Kagel qu'il s'identifiait le plus.

Était-ce à cause de Barenboïm, à cause du public éclairé de Pleyel ? Il y eut une longue standing ovation, telle que je n'en ai vue ni à l'opéra Bastille ni au Théâtre des Champs-Élysées.