Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

17 janvier 2009

quand j'apprenais l'arabe (2) rendre à l'Islam son histoire

mahomet1.jpeg

C'est une des choses qui m'auront beaucoup intéressé, durant mes études d'arabe : apprendre à penser la religion, non simplement comme un corpus de croyances, mais comme un fait historique.

Mahomet n'était au fond qu'un représentant de commerce. Appartenant à une riche famille de négociants de La Mecque, il avait compris avant d'autres que la prospérité du négoce passait par la sécurité des caravanes, et donc le dépassement du tribalisme pour en finir avec les pillards et autre bandits de grand chemin.

Au 8ème siècle, la Péninsule avait déjà connu nombre de Prophètes et de prophéties : dans cet univers de l'oralité, reclus dans le désert, les légendes avaient vite fait de prospérer. Mahomet avait acquis une vision plus large du monde par ses voyages en Syrie, sans doute était-il efficace médiateur dans les affaires courantes. Son obsession d'ériger des règles et d'unir - par la conviction, par la force, par l'allégeance, par la récompense, par les jeux d'alliances - faisait de lui un fin diplomate et un brillant politique. On doit pouvoir dire qu'il était visionnaire.

 

Quand on apprend l'arabe, et qu'on étudie les civilisations du monde arabe, on ne peut pas faire l'impasse sur l'Islam. Le Coran est un texte fondateur, un des tout premiers écrits de langue arabe. Il structure la littérature des premiers siècles. Il livre une bonne partie des référents culturels encore à l'oeuvre dans le langage moderne. Je m'y suis donc plongé, tout comme dans de nombreux autres textes, les Hadîth, qui forment la tradition coranique.

Et avec des historiens sérieux - c'est l'avantage de l'enseignement universitaire - j'ai appris à décrypter, à interroger ces textes en fonction du contexte qui les avait vus naître.

Par exemple que les choses vinrent à être écrites non pas parce qu'elles étaient vraies, ni même parce qu'elles étaient crues vraies, mais parce qu'elles répondaient à des impératifs rhétoriques de l'époque, parce que se jouait le pouvoir d'untel ou l'honneur d'un clan. J'apprenais que l'historiographie de l'Islam, c'était une construction a posteriori, une résultante à haute valeur politique. On écrivait l'Islam et on l'enseignait en fonction des conflits ou des rivalités du moment. Et des clivages d'interprétation de la Révélation qui s'expriment  aujourd'hui se sont parfois formées dans les premières décennies de l'Islam.

De la même façon, l'extension de l'Islam autour du bassin méditerranéen, aux 9ème et 10ème siècles, a été un facteur de sa transformation. En conquérant des terres lointaines, jusqu'en Asie centrale ou en Espagne andalouse, en convertissant des peuples entiers, l'islam se transformait, intégrait malgré lui des croyances extérieures. Déjà plein des mythes judéo-chrétiens - celui de la Création, du Déluge - parce que Mahomet avait rencontré à Damas des prêtres et des Juifs, il se mit à intégrer des références perses, des visions zoroastriennes, des croyances païennes. Et évidemment de nombreux rites israélites.

J'ai aimé le regard de mes co-étudiants - généralement maghrébins - devant l'obligation de démystifier leur religion. S'obliger à se regarder de l'extérieur, ne plus prendre ses croyances pour des faits, voir sa propre religion d'un regard laïc. Admettre que Mahomet fut de tout temps caricaturé, pour des causes plus ou moins nobles. Et que seule l'histoire permet d'en approcher la vérité.

(suite)

Quand j'apprenais l'arabe (1) une histoire de Gmörks

13:44 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : islam

24 octobre 2008

la vie, le vin et l'amour

khay1.jpg

Chaque nuit, chaque jour emporte une part de ta vie.
Ne permets pas à ces nuits, à ces jours de te couvrir de poussière.
Tant de nuits, tant de jours subsisteront encore
dont tu seras absent. Passe ta vie gaiement.

Je repassais ce matin chez Chiron, et il m'entraîna retrouver l'univers d'Omar Khayyam :

Bien que ma personne soit belle, que le parfum qui s'en exhale soit agréable,
que le teint de ma figure rivalise avec celui de la tulipe,
que ma taille soit élancée comme celle d'un cyprès, il ne m'a pas été démontré,
cependant, pourquoi mon céleste peintre a daigné m'ébaucher sur cette terre.

Des Rubaïyât, Omar Khayyam, par ailleurs grand mathématicien et astronome, en écrivit quelques dizaines. Près de 180 parvinrent jusqu'à nous, plus ou moins bien traduites, où sourd un hédonisme parfois mystique - à moins que ce ne soit un mysticisme sensuel. Elles disent, dans la Perse du 11ème siècle, un islam médiéval où le vin, le jeu, le plaisir, la vie, la fête, l'amour et la chair ont valeur de modernité et se confondent à l'ivresse de Dieu.

J'ai bien longtemps cherché dans ce monde d'inconstance
qui nous sert un moment d'asile ; j'ai employé dans mes recherches
toutes les facultés dont je suis doué ; eh bien ! j'ai trouvé que la lune pâlit
devant l'éclat de ton visage, qu'à côté de ta taille le cyprès est difforme.

J'en ai choisi quatre ici, tu en aurais choisi quatre autres, car chacune nous parle différemment.

Je suis tel que m'a produit ta puissance. J'ai vécu cent ans,
comblé de ta bienveillance et de tes bienfaits.
Je voudrais cent ans encore commettre des péchés
et voir si la somme de mes fautes l'emporterait sur celle de ta miséricorde.

26 septembre 2008

la nuit du destin

g_actualites_images_226_big.jpg

Ce soir, et jusqu'à samedi matin au lever du soleil, c'est la nuit du destin (laylatu-l-Qadr), une des dernières nuits avant la fin du ramadan, souvent la 27ème. Les Musulmans y commémorent la descente de l'ange Gabriel venu révéler à Mahomet la parole d'Allah. C'est une nuit dont on dit qu'elle "vaut mieux que mille mois", sa commémoration donne lieu à une ferveur particulière. Les pratiquants sont invités à passer une nuit entière de dévotion à la mosquée. A Paris, l'Institut du monde arabe organise pour l'occasion une nuit blanche avec Oum Kalthoum, car les institutions laïques se mobilisent souvent à ce moment-là aussi pour proposer des soirées culturelles.

webr_free_fr_turquie_.jpgEn 1995, d'ailleurs, au Caire où je séjournais pour les besoins de mes études en période de Ramadan, j'assistai dans un centre soufi à une cérémonie mystique, durant laquelle des derviches-tourneurs firent une démonstration de transe. J'en fus fortement impressionné.

Heureusement que j'ai proclamé hier, dans ce billet, mon anti-cléricalisme. Comme tu vois, il ne signifie pas un rejet de ma part, et j'ai au contraire de la curiosité pour l'histoire des religions, comme pour l'histoire de la pensée ou pour l'histoire tout court. Il manque sans doute qu'on l'enseigne d'avantage dans un cadre laïque, comme une donnée historique à part entière, en la dépassionnant. L'Islam, le contexte de son apparition, les enjeux de pouvoir autour de son écriture historiographique, sont de beaux objets d'étude, de même que le rôle que cette civilisation a joué dans la transmission et la diffusion des sciences et de la pensée modernes.

Hommage.

 

_________________________
(l'illustration est de l'artiste plasticien algérien Rachid Koraïchi)