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19 juin 2008

Europe : plus qu'à peaufiner le travail

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Donc résumons nous :

  • La semaine dernière, le 10 juin, l'Europe a adopté la Directive "temps de travail"(accord entre les ministres des affaires sociales des 27 États membres). La durée maximale hebdomadaire de travail, auparavant fixée à 48 heures, pourra atteindre 60 ou 65 heures, au nom de dérogations résultant d'accords directs entre employés et employeurs. Le temps de garde des médecins pourra ne plus être compté comme du temps de travail.
  • Hier, à midi, malgré de très nombreuses mobilisations, le Parlement européen a avalisé la Directive retour. L'amendement de rejet wozniak.jpgprésenté par la gauche unitaire européenne a été écarté. D'autres amendements progressistes qui auraient obligé à aller à une seconde lecture ont aussi été rejetés. Une grande partie du Parti Socialiste Européen n'a même pas appuyé ses propres amendements, ce qui a donné une très large majorité à la droite. Il n'y aura donc pas de seconde lecture. La directive prévoit, entre autres, la possibilité d'incarcérer et d'expulser des mineurs non accompagnés, de déporter les immigrés vers des pays qui ne sont pas leurs pays d'origine et de leur interdire de revenir dans l'Union européenne pour une période pouvant aller jusqu'à cinq ans à compter du jour de leur expulsion. Elle porte à 18 mois la durée possible d'enfermement dans des camps de rétension pour étrangers. Dans la version finale du texte, ont été supprimées diverses garanties et dispositions destinées à permettre aux immigrés d'introduire des recours légaux contre leur expulsion, ce qui pourrait priver les immigrés souhaitant demander l'asile politique d'exercer ce droit essentiel.
  • La semaine dernière, l'Irlande a rejeté cette Europe-là par référendum, mais tous les dirigeants européens s'accordent à dire que ça ne doit pas remettre en cause le processus de ratification du traité de Lisbonne.
  • Et dans 10 jours, Nicolas Sarkozy, principal initiateur de ce "mini-traité", prend la présidence de l'Union européenne pour six mois.

A quoi doit on s'attendre ? La Directive "travailler plus", c'est donc fait, la Directive "gagner moins", ça aussi c'est fait (y'a même pas eu besoin de Directive d'ailleurs, le marché s'en occupe tout seul). La Directive "camps d'enfermement pour les noirs et les arabes, accessoirement pour les asiats", ça aussi c'est fait... Reste la Directive "les vieux au turbin", la Directive "interdiction du droit de grève" (heu ! pardon, on dit "service minimum"), la Directive "zéro centime pour l'audiovisuel public", la Directive "interdiction de référendums sur les institutions européennes"... Finalement, il lui reste un peu de boulot quand même pour nous la peaufiner, notre belle petite Europe qu'on aime.

14 juin 2008

L'Europe, au régime monarchique ?

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Qui peut dire que l'Irlande ne fait pas partie de l'Europe ? De cette Europe dont elle a connu l'histoire, traversé les guerres, les oppressions, les replis nationalistes ? De cette Europe qui lui a apporté la paix, qui lui a tendu la main, qui l'a aidée à se développer ? Qui peut dire qu'elle ne s'y reconnaît pas ? Qu'elle lui tourne le dos ?

Des 27 pays membres, l'Irlande est donc le seul pays qui aura dit "non". Parce qu'elle aura "du", par obligation constitutionnelle, soumettre la ratification du traité de Lisbonne à un référendum. Les 18 autres pays qui ont déjà procédé à la ratification l'ont tous fait par voie parlementaire.

Voilà où nous en sommes avec l'Europe, ça commence à ressembler à un immense gâchis. Les soi-disant bâtisseurs d'Europe se mettent à avoir peur du peuple. Et quand le peuple est consulté, il dit - et c'est tant mieux - "assez!". C'était arrivé en France, et aux Pays-Bas. Ça fait ainsi déjà trois pays où la méfiance a pris le pas sur la dynamique, vu autrement : où la résistance l'emporte sur la soumission. Une Guiness pour "fêter" ça ! Et qu'auraient dit les autres s'il y avait eu consultation ?

Pourtant, ils continuent : ils disent, contre toutes les règles de droit qui prévoient qu'un seul "non" met fin au processus, que les ratifications doivent se poursuivre. Ils adoptent, comme en début de cette semaine, une directive pour faire passer de 48 à 65 heures hebdomadaires la TempsModernes.jpgdurée légale maximum de travail en Europe. Ils adopteront le 18 juin prochain une directive de la honte qui fera passer à 18 mois la durée possible d'enfermement des personnes sans papier. Ils cassent les systèmes de retraite, la gratuité des soins, les solidarités, ils précarisent l'emploi, ils culpabilisent les chômeurs et les sanctionnent. Et ils s'étonnent.

Prennent-ils seulement la mesure des risques qu'ils prennent, ou qu'ils nous font prendre, à s'enfermer ainsi dans le déni de démocratie pour le seul profit de leur projet monétariste et financier ? En voulant le faire passer aux forceps, savent-ils seulement à quels types de réactions cela pourrait conduire ?

Ils font de l'Europe - et en inscrivent profondément cette image dans les consciences citoyennes - l'institution politique et administrative la plus anti-démocratique, la seule qui s'affranchit de la souveraineté des peuples. Déjà qu'elle apparaît loin, la voila désormais dotée de règles autocratiques, auto-proclamées, telles les monarchies de droit divin en leur temps.

Silence dans les rangs !

Que tu rejettes leur vision libérale, et ils t'accusent d'être anti-européen, voire nationaliste. Comme ils te taxent d'être conservateur quand tu défends des acquis sociaux. Leur vision du monde est celle d'êtres humains au service d'une machine économique, et non d'une société au service des humains. Ils s'acharnent à construire le monde à l'envers, à pousser les feux de la croissance quand notre planète suffoque et ses ressources s'épuisent, à proposer la multiplication des hyper-machés et des hard-discounts pour répondre au problème des bas salaires (quelle médiocrité que leurs trouvailles !), à dénaturer nos territoires, à détricoter notre lien social, à nous rendre la vie impossible.

Merde ! Ils sont même prêts à transgresser leur propre État de droit si tu dis "non" alors qu'ils avaient prévu que tu dirais "oui".

Alors, écrivant cela, je n'en suis pas quitte de ce que devrait être l'Europe, de ce qu'elle pourrait être, du travail d'invention. Tu n'en es pas quitte non plus. Il y a du boulot pour la construire. D'Irlande à la Hongrie, on peut s'y mettre dès maintenant. La gauche prend une sacrée responsabilité quand elle retarde, par faiblesse ou crainte, ce chantier-là.

Parce que si une chose est sûre, avec Sarkozy président de l'Europe pour six mois, entiché de, John Major, de Berlusconi, et d'Angela Merkel, on est mal barrés. L'Europe est mal barrée.