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30 janvier 2008

des barbelés de la honte au mur de la faim

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C'était en février 1988. L'intifada venait de commencer depuis à peine trois mois. La première Intifada, celle des pierres. La répression israélienne faisait rage, et l'opinion mondiale commençait à redécouvrir la réalité de l'occupation, et à s'émouvoir des tirs tendus des soldats de Tsahal sur des enfants qui ne leur opposaient que leurs mains et quelques cailloux.

J'étais dans la bande de Gaza, tout au sud, dans ce camp de réfugiés qu'on appelle Rafah, "la joie", qui longe la frontière avec l'Egypte.

Elle n'était constituée que de deux clôtures de fil de fer barbelés, avec entre les deux un no man's land d'une cinquantaine de mètres de large, et sur toute la longueur, des miradors.

Dans l'après-midi, j'assistais à ce spectacle curieux, de femmes, d'hommes, qui s'approchaient de la muraille de barbelés, d'autres que l'on voyait se rassembler de la même façon de l'autre côté, en Egypte, et de dialogues surréalistes qui se criaient par delà le champ miné.

On m'expliquait que lors de l'occupation du Sinaï par l'armée israélienne, après la guerre des six jours, en 67, cette frontière internationale théorique avait de facto disparu, et pendant une dizaine d'années, jusqu'aux accords de Camp David, le camp de Rafah s'agrandit naturellement sous le poids démographique. Des habitations se construisirent pour les jeunes foyers, des familles s'éclatèrent. A la restitution du Sinaï, on ne fit donc pas dans la dentelle : la frontière fut remise en place sur ses bases internationales, les habitations situées côté palestinien restaient sous régime d'occupation israélien, les habitations situées côté égyptien passaient sous administration égyptienne.

Depuis lors, seules les mères palestiniennes pouvaient obtenir des laissez-passer pour aller rendre visite à leurs c73755446cd229aefb69543efde8b79e.jpgenfants situés du côté égyptien, pour un mois ou deux. Le reste du temps, la seule communication possible, c'était ces dialogues hurlés par dessus l'idiotie de la guerre et de l'occupation.

Cela va faire vingt ans, presque jour pour jour, que j'avais participé à cette mission d'enquête estudiantine internationale, et que je découvrais cette réalité. On ne parlait pas du Hamas, à l'époque. Il régnait dans ces zones occupées une presque vitalité démocratique, laïque, les associations sociales de femmes, d'aide à l'enfance, étaient particulièrement actives. On ne parlait pas encore de processus de paix, mais cet Intifada-là était riche de promesses, et les gens misaient beaucoup d'espoir de ce côté là.

Aujourd'hui, les espoirs de paix ont été anéantis, le Hamas a pris le pouvoir. C'est lui qui y incarne le soutien aux faibles et la solidarité. L'asphyxie économique et alimentaire lui a permis de renforcer encore son emprise. Et c'est un mur qui sépare ces gens de l'Egypte où se trouve toujours une partie de leurs familles. En découvrant ce mur, à la faveur des émeutes de ces derniers jours, quand il fut pris d'assaut, enfoncé en plusieurs points, quand des familles entières s'y engouffrèrent à la recherche d'approvisionnements, j'ai repensé à cette scène surréaliste d'il y a vingt ans.

Sauf que ce n'est plus un grillage de la honte, c'est un mur de la faim qui s'y dresse désormais. Et la honte, c'est chez nous et nos dirigeants qu'elle se trouve. D'impuissance et d'indifférence.