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09 juillet 2009

le fond et la forme, ou le retour du cobaye

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Nous vivons dans la société des paillettes. Tout doit aller vite, il faut plaire, et ne pas laisser à l'ongle le temps de gratter la couche de verni. Allez-y messieurs-dames, approchez vous, le spectacle va commencer ! Tout est or, regardez donc comme ça brille ! Le fond prime sur la forme. Même moi, face à mon psy, je m'applique, voyez comme je travaille bien avec vous... ! Et au travail, pfiou !... Toujours donner le change, se montrer à la hauteur. La forme, toujours cette putain de forme qui prend le pas sur tout le reste. Et le regard de l'autre, par la même occasion, qui prend le pouvoir, inhibe ou stimule le fond. Plaire, plaire, toujours plaire !

Et le fond, alors ! Et le temps de la réflexion, et celui de l'échange ! Et les idées ! Et la pensée construite, argumentée ! On le prend quand, ce temps citoyen, bordel de merde ! Avec nos blogs ?

Nous les blogueurs, j'ai lu quelque part qu'on nous appelait des "créateurs de contenus" - une invention des marchands, sans doute - donc des fabricants de fond. Quoi que sur le fond, faut voir... En tout cas, c'est comme ça que nous générons du trafic, parait-il. Quel horrible sémantique !

Mais c'est quoi, le fond, au juste. Une opinion politique jetée en pâture ? Une vague plaisanterie sur la vie comme elle va ? Une analyse comparative, une mise en perspective ? Un discours disséqué ? L'expression désolée d'un état d'âme, le récit d'une biture, d'une orgie ? La chronique d'un quotidien terne, pour lui insuffler de la vie ? Un récit littéraire, une nouvelle ? Des photos, des vidéos ? La création d'un personnage imaginaire, susceptible d'aller à la rencontre de l'autre, inaccessible ? Des concessions à la société du spectacle, ou des actes de résistances aussi futiles que vaniteux ?

C'est bizarre de se dire que nous sommes des créateurs de fond. Parce qu'au fond, nous n'avons qu'une quête : c'est rendre ce fond accessible, de sorte qu'on y parvienne aussi nombreux que possible. Sans toucher le fond, à toutes jambes ou d'un pas léger, mais qu'on vienne s'y pavaner, s'y écorcher. Qu'il ne soit ni rebutant, ni transparent, qu'on lui trouve des couleurs, de l'attrait, de l'épaisseur.

Et alors, c'est là que la forme fait un retour en force, même si l'on s'en défie. Les sauts de ligne, la typographie, la justification à gauche, l'équilibre général du propos, les illustrations, les intertitres, et accessoirement les liens, la longueur d'ensemble du texte... Alors là, tout compte fait, parce qu'il y a du fond, la forme retrouve grâce à tes yeux, tu oublies les paillettes.

Au fond, le seul problème avec la forme, c'est quand il n'y a pas de fond.

Gee Mee est un blogueur qui fait de la forme une question de fond. Il l'explore de fond en comble, il la dissèque, il l'expérimente, il l'outille et te mets à disposition ses astuces, la soumet à ton avis, exprime le sien. Et puis il prend des initiatives. La dernière en date, il a voulu montrer la différence qu'il pouvait y avoir entre "imprimer" un blog, et un vrai travail d'édition - donc de mise en forme - donc de valorisation, par des éléments structurels, d'un fond porté par un texte ou un ensemble de textes.

Et pour illustrer son propos, il s'est tourné vers moi. A ma grande surprise, car mon blog s'intéresse peu à la forme - quoi qu'il s'efforce de pirater des illustrations à propos. Il y a donc de cela deux semaines environ, d'un air flatteur (ça c'est pour la forme, car il avait sans doute perçu que j'y serai sensible), il m'a demandé l'autorisation de réaliser un travail d'édition succinct à partir de certaines de mes notes. Succinct, mais je sais qu'il y a passé de longues heures. Il s'en explique là.

Mais s'agissant d'un travail d'édition, quoi de plus important qu'un contenu ? Il m'a donc dit avoir trouvé du fond dans cette série d'entretiens que j'avais accordée à un sociologue de la communication de l'Université de Clermont-Ferrand dans le cadre d'une recherche post-doctorale sur les blogs, les blogueurs et la blogosphère. Et du reste, sans fausse modestie, m'y replongeant tout de go pour l'accompagner dans son projet, je me suis surpris moi-même d'être allé si loin dans l'exposé de mon expérience. Et dans la mise à nu de mes ressorts. J'étais donc plutôt content du fond, et plutôt satisfait qu'il me proposa de les mettre en forme.

1755879982.jpgVoilà comment est né ce document, qu'il a appelé Les chroniques du cobaye, qui reprend non seulement les entretiens tels que je les ai publiés à l'époque, mais tes commentaires et les liens afférents.

C'est ainsi la première fois que je mets à disposition, en téléchargement sur mon blog, un document dont je suis l'auteur, guidé par toi et tes commentaires, et par le chercheur, bien évidemment.

Je n'ai pas la moindre idée de ce qu'une telle initiative pourra bien donner, de ce qu'il pourra advenir de ce fond ainsi mis en forme. Mais rien que pour l'intérêt qu'il a porté à cet exercice, et pour ce qu'il a cru y déceler de ma personnalité, je veux dire un grand merci à Gee Mee. C'est drôle, mais au fond, une rencontre comme celle-là, même si elle s'effectue à distance, me remet en forme et fonde - en le légitimant - le choix d'avoir un jour de novembre 2007 formalisé ce blog.