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30 octobre 2011

le kiffe de Roméo...


Roméo aime Juliette et Juliette aime Roméo. Voilà quatre siècles que tout le monde sait ça. Quatre siècles que leur amour romantique, pur, indéfectible, absolu, éternel nous hypnotise, incarnant l'inaccessible graal, l'évidence d'un bonheur irrédemptiblement cassé par la guerre et le déchaînement insensé de la mesquinerie politique. Quatre siècles d’opprobre sur les Montaigu et les Capulet, incapables de mettre leurs rivalités claniques sous le boisseau pour le simple amour des plus beaux de leurs enfants.

Quatre siècles que des millions de cœurs palpitent, trois heures durant et dans toutes les langues, dans des fauteuils d'orchestre ou sur des bancs de bois, dans les violons de Prokofieff ou les percussions de Leonard Bernstein, dans l'Italie de Vérone ou les faubourgs de Manhattan, haletants, espérant jusqu'au bout que les stratèges échoueront, que la vérité triomphera, que la mer s'ouvrira, que toutes les fleurs du monde viendront parsemer le sentier lumineux vers l'impérieuse nécessité de l'accomplissement.

Quatre siècles que des larmes coulent à flot devant l'échec inexorable et tragique de ces fous espoirs.

Roméo aime Juliette, Juliette aime Roméo, les circonstances coalisées pour tout anéantir ne le leur permettent pas. Point. La messe est dite.

On connaît tout de Roméo-et-Juliette, de ce "et" qui les relie l'un à l'autre, indéfectiblement. De ce trait d'union où miroîtent toutes les unions. On connaît tout de leur lien, de la pureté qu'ils conçoivent l'un pour l'autre. Mais d'eux, de Roméo et de Juliette, non pas de l'un et l'autre, mais de l'un et de l'autre, on ne sait finalement pas grand chose.
 
roméo et juliette,shakespear,odéon,théâtre de l'europe,olivier py,impossibilité amoureuseC'est la grande force de la relecture qu'en propose Olivier Py que de redonner aux personnages leur histoire, dans leur immaturité ou leur sur-maturité, d'attribuer l'impossibilité de leur amour non pas aux circonstances déchaînées, mais de solliciter l'hostilité du contexte en raison même de leur impossibilité amoureuse. On découvre un Roméo, évoluant parmi des adolescents machistes, sur-jouant les gros durs à grands coups d'hyper-virilité, et constituant finalement un univers excessivement homoérotique. Mercutio au premier chef, montrant son cul et sa bite par provocation, jouant des "je te tiens, tu me tiens", d'une barbichette sous la ceinture, exprimant l'ambiguité des désirs et dont la mort, sous le fer provoqué de Tybalt, pourrait être un ultime stratagème pour conserver Roméo dans son giron. Juliette rayonne et respire la liberté au milieu d'un fatras névrosé, où les genres se confondent, le cousin-guerrier Tybalt et la mère castratrice, Capulet en père incestueux, et la nourrice en vamp outrancière.

Roméo exprime un amour fantasmé, qu'il clame d'autant plus fort qu'il le voudrait authentique pour échapper à ses démons et accéder au rang des siens. Juliette s'accroche désespérément à ce Roméo comme à un échappatoir.
 
Ils ont besoin l'un de l'autre pour incarner une possible sortie de leurs prisons, intimes ou familiales, ils ne sont que la projection de leur contraire.

Ils sont toi, moi, dans nos impatiences ou nos frustrations. Ils sont l'impossible. Et sans doute cette lecture, au delà du mythe qui nous habite, est-elle proche de l'intention shakespearienne. Leur amour est impossible en raison de ce qu'ils sont, et pas de ceux qui les entourent.
 
Nos cimetières sont pleins de ces caveaux familiaux où gisent de fausses amours et d'invraissemblables puretés. De rancoeurs tues et de blessures ouvertes. Chaque pas y bruisse des gémissements de Juliette et des pleurnichements de Roméo.

Vas donc y faire un tour, mardi. C'est le jour. Et écoute autour de toi.

Dans le petit village du Lot, où j'irai fleurir la mémoire de mon père et de ma Grand-mère, les teintes automnales embelliront les allées si le soleil tient ses promesses.

Essaye aussi, à l'occasion, d'aller voir la production d'Olivier Py au théâtre de l'Odéon. Finalement, Roméo et Juliette nous habitent peut-être, mais ils sont rarement aussi bien mis en scène. J'y étais mercredi dernier, avec une collègue et une amie. Il y manquait la Fée, à qui je dédie la vidéo de Grand Corps Malade...