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31 décembre 2008

je me souviens que j'étais séropositif

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"Mais je ne veux plus l’être.

Comme l’enfant que je suis resté, je suis et me crois immortel.

Rien ne peut me tuer, me dis-je, rien ne peut m’atteindre, je ne mourrai pas, pas de ça, du Sida, ni d’autre chose d’ailleurs, croix de bois, croix de fer, si j’mens, j’vais rotir en enfer.

Je ne veux plus être séropositif, je veux vivre, m’envoler, m’extraire, m’aérer.

Je veux voir les gens comme avant, je veux les voir innocents, même si c’est pas vrai, m’en fous, je veux les aimer, comme quand j’étais vierge de tout, les serrer dans mes bras, leur montrer la Grande Ourse et la beauté d’une seconde, l’éternité.

Je veux retrouver mes vingt ans et demi, mon insouciance, ce trésor, je ne veux plus de "ça" dans mon sang.

Je veux partir pour d’autres contrées, t’emmener avec moi, dans le cou t’embrasser, ta main caresser, te faire rêver poulette, bord de mer, te conter fleurette, rire aux éclats, même d'obus, danser, virevolter.

Je me dis que voilà, si je décide que, alors tout, tout peut recommencer, je peux être à nouveau cet étrange garçon qui, sous la pluie, trouvait que tout de même, elle était belle, la Vie.

Je veux vivre comme c’est pas possible, tournoyer pour toujours et à jamais.

Je ne veux plus de "ça", de "ça" dans mon sang.

Comme on arrête de fumer, de boire, de trahir ou de se trahir, pour la nouvelle année, je voudrais, s’il vous plait, arrêter d’être.
Séropositif.

Tel l’enfant que j’étais, à nouveau, je voudrais être immortel.
Insubmersible.

Me baigner.

Aimer.

Puis, m’en aller.

Comme je suis venu.

Innocent.
"

Josey Wales

La Misamour, le 23 décembre 2008

"Je suis mort du Sida mais le Sida n'est pas mort avec moi" [Hervé Guibert] ... Mais il mourra avec moi, Hervé, je t'en fais le serment, sinon, croix de bois ....

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Y'a plusieurs façons de vivre avec, et autant de rêver en être libres : en avoir la phobie castratrice, l'avoir au creux de son lit chaque nuit, tout contre soi, au creux de sa vie - moi, ça fait exactement 11 ans - l'avoir dans le sang, dans le jus, s'astreindre aux médocs, à la traitresse de leurs diarrhées, aux piqures, aux contrôles, marquer la pause... Il est là, de toute façon, il rôde, il t'oblige à être vigilent. Chaque minute vigilent. Que tu l'aies, que tu l'accompagnes, que tu t'en prémunisses.

On la gagnera ensemble, la guerre, ou on la gagnera pas. Bonne année.

17 décembre 2008

Igor et la musique tzigane

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Juste un petit clin d'oeil en passant. C'est qu'il se passe tant de chose sur la blogosphère en ce moment qu'on n'a plus le temps de se consacrer à écrire de vrais billets.

Donc, étant donné que le film sort aujourd'hui, et que je n'ai rien à t'en dire puisque je ne l'ai pas vu, que je n'en ai rien lu, et que personne ne m'en a parlé, je profite juste du clin d'oeil, disais-je, pour t'orienter vers le blog de mon Igor à moi, qui raconte des choses intéressantes sur la musique tzigane de Hongrie.

Méfie-toi, il écrit avec accent. Mais son billet est illustré de musiques, alors tu n'as rien à perdre.

09:03 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : igor, musique

05 novembre 2008

la quarantaine

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Ce matin, mon Igor entre en quarantaine. Pas de cette quarantaine dont je viens de goûter les délices, entre les quatre mûrs d'une chambre d'hôpital, où masque et gants de latex sont les seuls ustensiles pour t'atteindre. Lui, ce serait plutôt masque et tuba. Du genre qui te permet d'explorer les bancs de corail du sud-est asiatique.

Car pour sa quarantaine à lui, Monsieur s'offre un nouveau séjour en Thaïlande.

Cette quarantaine où il accède... Moi, je l'ai rencontrée d'abord sereine, paisible, assagie. Je m'étais affirmé à mes vingt ans dans la souffrance, je m'y étais construit dans les secrets étouffés, j'étais devenu solide.

A la trentaine, je m'étais libéré, j'exultais comme un adolescent, j'expérimentais tout et son chien. Ma quarantaine, d'abord apaisée, s'est agitée peu à peu, comme gonflée d'orgueil et de tumulte, pour se montrer presque arrogante.

C'est aujourd'hui une quarantaine vivante et tempêtueuse, fragile donc. J'en suis au premier tiers, mais j'y ai déjà décelé ses failles. Elle porte en elle un coin amer. Mais dans un corps plus long à trouver son rythme elle déploie des mouvements plus agiles que jamais au contact de l'eau des bassins. Sous une peau qui laisse apparaître quelques stigmates, derrière un poil plus hasardeux, elle fait encore illusion et trouve le chemin des hommes.

Elle vibre encore, elle bat, elle reste avide.

La quarantaine, c'est ma transition gourmande.

01 mai 2008

l'autre et l'esprit de la fête

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Y a-t-il une façon française de faire la fête ? De se retrouver entre potes ? De brasser des mots, des rires, d'occuper le centre en balançant des blagues potaches ? De se couper la parole allègrement pour ne pas se laisser distancer ? d'être dans le cynisme, dans la vanne à deux balles, à l'encontre toujours de quelqu'exutoire consentant ?

Nous dînions l'autre soir avec Igor et Saiichi, deux étrangers, à l'apprentissage francophone tardif, mais désormais établis en France, tournés vers la France, "intégrés", comme on dit, plutôt bien que mal, dans la société française. Des gens avec qui il est agréable de discuter, qui connaissent bien notre langue, quoiqu'ils la pratiquent avec des degrés de compréhension ou de maîtrise de la syntaxe parfois aléatoires.

Ils me disaient la difficulté qu'ils avaient à être dans un groupe, parce que dès que la conversation ne se déroule plus dans le face-à-face, le débit s'accélère, les phrases ont du mal à se terminer, les mots se mangent, la langue elle-même se familiarise, s'argotise, et rapidement, le rire vient fermer tout ça, et si ce n'est le rire la polémique, la dynamique du groupe dissout l'attention à l'autre, à l'étranger. Celui-ci s'efforce de suivre au début, perd pied peu à peu, se démène seul pour se raccrocher à quelque récif, y parvient une fois, deux fois, mais s'épuise, et finit par se noyer dans l'ennui ou le sommeil.

C'est dur de se laisser couler dans la fête et de ne pas y perdre l'autre. De rechercher jusqu'au bout son bonheur à soi, surtout qu'on le sait éphémère, de se construire dans un rapport au groupe, dans "des" rapports au sein du groupe, sans être dans l'abandon de "l'autre". Ça n'est sans doute pas vrai que pour les problèmes de langues, ni que pour les étrangers, d'ailleurs. Je suppose que quand tu te laisses tarauder par ces histoires de fidélité et d'exclusivité, tu t'y confrontes aussi des fois dans le quotidien de ton propre couple.1097344927.jpg

Sur le chemin vers la maison ce soir-là avec Saiichi, alors que le soleil était à se coucher, nous nous sommes à nouveau laissés envahir par nos désirs et nos caresses. Dans l'habitacle de la voiture, avant d'arriver à la maison sous un ciel d'orage crépusculaire aux ourlets flamboyants, à l'abri d'un acacia à travers lequel perçait la majesté d'un arc-en-ciel souverain qui nous donnait son absolution, au fond du grand parking vidé de la gare-RER, pantalon et boxer ramenés à nos chevilles, nous nous sommes observés et aimés. Il m'a pris en bouche pour la première fois. Je me regardais et me trouvais dans cette pause incroyablement sexy. Dans ma main, son sexe avait cette résonance familière, ce goût de velours et de soie au contact duquel je me perds. Nous avons joui, et jouissant encore le soir avant le coucher, enivrés par de nouveaux attouchements, j'ai su que la lune était entrée dans sa phase croissante. C'était lundi soir.

03 janvier 2008

Dix ans déjà : comment j'ai rencontré Igor

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Au réveillon, cela a donc fait dix ans. Dix ans, jour pour jour, que nous nous nous sommes rencontrés, et dix ans, jour pour jour, que nous vivons ensemble.

C'était pour la nouvelle année 1998. J'avais convaincu deux bons copains de venir faire le réveillon à Budapest : Fathi, un grand beau garçon d'origine tunisienne, un peu ombrageux, qui avait une liaison avec une Tchèque depuis qu'il était parti faire un DEA d'économie à Pragues. Et Nicolas, pas franchement beau mais espiègle et séducteur, genre éternel célibataire.

Cette année-là, le 1er janvier tombait un jeudi. Ils étaient arrivés de Paris le 31 dans la journée, pour un grand pont de cinq jours. La soirée avait débuté dans un resto chic, avec ambiance traditionnelle, menu de choix, musique tzigane et 38fd9b3894c5559ece65c65d5e6d37cd.jpgtout le tralala : il fallait que ce réveillon ait des couleurs exotiques. Et puis nous étions allés finir la soirée dans une discothèque, le Capella, jeune, branchée et gay-friendly. Le public était mixte, s'il devait y avoir rencontre, chacun pourrait y trouver son compte. Avec un petit show trav'lo après les quatre coups de minuit.

Autant que je m'en souvienne, on s'est bien éclaté tous les trois ce soir-là, bien lâchés sur la piste de danse. Je reluquais les beaux mecs, comme d'hab. Mais c'est Fathi qui le premier s'est retrouvé à brancher une belle brune plantureuse, Anna. Puis la soirée avançant, Fathi est venu me montrer un mec, assis au bar, clope au bec, un copain de Anna dont celle-ci lui aurait dit qu'il me tournait autour depuis le début de la soirée - Ah! bon ? je ne l'avais pas remarqué, tiens.

Il était fin, comme j'aime, le cheveux court et léger, l'oeil calé au fond d'orbites prononcées, les lèvres fines et graves. Il était revêtu d'une veste en jean noir d'une autre époque, que j'aime encore mettre de temps en temps aujourd'hui pour me donner un genre rocker. Il n'était pas vraiment beau, ce n'était pas vraiment mon style, je ne l'aurais pas dragué s'il ne m'avait été signalé.

Quand je me suis avancé, il était comme pétrifié. J'ai engagé la conversation. Il parlait bien l'anglais. On ne s'entendait pas beaucoup, mes mains se sont assez vite posées sur lui, et je me suis approché pour l'embrasser. Il a eu un mouvement de recul, puis la surprise passée, après m'avoir chuchotté qu'il n'avait pas l'habitude de se laisser emballer si vite, il s'est laissé faire.

e1808ca1d9cc9d177e1f37ee1f9c38ab.jpgAu petit matin, nous sommes tous allés chez moi nous poser et discuter au calme. L'ambiance était joyeuse, Igor montrait un humour débridé, les scénarios que l'on envisageait pour organiser notre nuit le faisait rire, il traduisait les situations à Anna.

Finalement, Nicolas a pris le canapé de chez moi, Fathi et Anna ma chambre, Igor et moi sommes allés chez lui, c'était à dix minutes de voiture.

Chez Igor régnait une ambiance de fin de guerre : tous les vestiges de son début de soirée avec une dizaines de copains étaient à terre, assiettes vaguement empilées, verres renversés, cendriers débordants. Le tout dans un appartement déjà burlesque où la baignoire trônait dans la cuisine...

On a évidemment fait l'amour. Je ne l'ai pas pénétré, il avait prétexté un problème à l'anus, mais il avait une fellation de génie. On a été réveillé assez tôt par un appel d'Australie : un ex, rencontré là-bas durant ses dernières vacances d'été.

On est parti rejoindre les autres. Et nous ne nous sommes pas quittés tous les cinq jusqu'à la fin du pont. Nicolas, resté célibataire, faisait contre mauvaise fortune bon coeur. Ces journées étaient immensément joyeuses, on ne s'arrêtait pas de rire, Anna et Igor avaient des âmes d'enfant. Nous sortions à pied dans Budapest, nous partions en excursion avec ma voiture vers Szentendre ou dans la courbe du Danube.

N'auraient été ces circonstances, cette durée, cette joie, cette dynamique permise par le groupe, ma première nuit avec Igor aurait pu rester sans lendemain. Mais les choses s'étaient enchaînées ainsi. Et nous avions eu le temps avec Igor de nous connaître. Sous notre meilleur jour. Igor montrait une belle sincérité, de la fraicheur, de la spontanéité. Il aimait les voyages, il était curieux, il connaissait pour ainsi dire toute la géographie du monde.

A la fin de la première nuit, il m'a dit qu'il était malade. Je me souviens que ça ne m'a procuré aucune gêne. Au contraire, j'en ai ressenti une tendresse et un élan plus forts.

A la fin de la seconde nuit, il m'a dit qu'il n'était pas seul, qu'il venait de rencontrer quelques jours avant Noël un Italien, rentré passer Noël chez lui, et qu'il devait revoir à son retour début janvier. Ca m'a affecté mais il m'a dit aussi qu'il n'était pas très sûr de cette relation, qu'elle lui paraissait même un peu suspecte, que ce gars avait l'air trop triste, qu'il serait même du genre à être un Roumain dissimulé, comme cela arrive souvent pour dépasser les réticences des Hongrois (ça s'est d'ailleurs avéré être le cas).

A la fin de la troisième nuit, nous avons décidé de rester vivre ensemble. Une année plus tard, nous allions venir sur Paris et nous y installer, l'année d'après nous serions parmi les premiers couples à nous pacser, celle d'après nous achèterions une maison dans la grande banlieue, et puis voilà comment de fil en aiguille dix ans de vie commune se sont construites. Comment dit-on ? Pour le meilleur et pour le pire. Et là, ces vacances d'hiver, nous sommes dans le meilleur. Dix ans, ça se fête, non ?