09 mai 2008

toujours Non à la Directive de la honte

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C'est finalement ce mois-ci que le projet de directive sur la rétention et l'expulsion des personnes étrangères sera soumis au Parlement européen. Je t'en avais déjà parlé ici.

Depuis 1990, la politique européenne conduite par les gouvernements en matière d'immigration et d'asile s'est traduite par une réduction continue des garanties et des protections fondamentales des personnes. L'Europe se transforme en une forteresse cadenassée et met en oeuvre des moyens démesurés pour empêcher l'accès à son territoire et expulser les sans-papiers.

Le projet de directive, s'il était adopté, constituerait une nouvelle régression.

En prévoyant une rétention pouvant atteindre 18 mois pour des personnes dont le seul délit est de vouloir vivre en Europe, il porte en lui une logique inhumaine : la généralisation d'une politique d'enfermement des personnes étrangères qui pourrait ainsi devenir le mode normal de gestion des populations migrantes. Des enfants en âge d'être scolarisés pourraient être concernés par ces dispositions dès lors qu'ils ne seraient pas isolés de leurs parents.

En instaurant une interdiction pour 5 ans de revenir en Europe pour toutes les personnes renvoyées, ce projet de directive stigmatise 1778972264.jpgles sans-papiers et les transforme en délinquants à exclure.

Le projet de directive qui est présenté au Parlement est le premier dans ce domaine qui fasse l'objet d'une procédure de co-décision avec le Conseil des ministres. Le Parlement a donc enfin la possibilité de mettre un terme à cette politique régressive qui va à l'encontre des valeurs humanistes qui sont à la base du projet européen et qui lui donnent sens.

Les parlementaires européens ont aujourd'hui une responsabilité historique : réagir pour ne pas laisser retomber l'Europe dans les heures sombres de la ségrégation entre nationaux et indésirables par la systématisation des camps et de l'éloignement forcé.

Tu peux appeler les parlementaires européens à prendre leurs responsabilités et à rejeter ce projet, en t'associant à la pétition qui est en ligne là.

J'ajoute un lien vers une belle déclaration de Jeanne Moreau, au nom du collectif des innombrables, qui s'engage à soutenir et à protéger les enfants scolarisés, quitte à transgresser la loi, pour que notre pays n'ait pas que la figure de la haine et de la honte à montrer.

23 avril 2008

toujours entre deux eaux

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Ils ont eu l'affront de sortir de l’ombre. Sans droit, d’aucune sorte, clandestins mais exploités, ils se sont mis en grève. Ils ont eu le courage de se montrer, d’affronter le regard des autres. Et celui si hostile de l’administration. Le sombre Hortefeux annonce un examen au cas par cas, pour ces 700 salariés sans-papier. La CGT déclare que ce faisant, c’est tout un cadre de négociation qui se dessine, et qu’ils seront plusieurs milliers à en tirer les marrons du feu.

Y’a pas à dire, la grève, pour les ouvriers, ça reste l’arme du progrès. Seiji, les lignes bougent, la préfecture, contre toute attente, te convoque pour un réexamen de ton dossier. Et te voilà de nouveau entre deux eaux. Mais le contexte n’est plus le même.1269735376.jpg

Autrement, Mumia Abu-Jamal a 54 ans aujourd’hui. Dont 26 passés en prison. La moitié de ses anniversaires. La chose nouvelle cette fois, et ce n'est pas anodin, c’est qu'il n'est plus dans le couloir de la mort, sa condamnation à la peine capitale ayant été cassée, fin mars, par une cour fédérale américaine. Même s'il est encore entre deux eaux, les chefs d'accusation n'ayant pas encore été abandonnés, c’est le moment de ressortir mes T-shirts.

Et puis tu as vu ? L’Huma et Libé ont la même manchette à leur une, aujourd’hui : Manaudou entre deux eaux… C’est peut-être moins important pour l’avenir de l'humanité, mais ne crois pas que ça m'affecte moins.

06 avril 2008

La Marne, pas pour y mourir

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J'aurais voulu passer à des choses plus légères. Evoquer mon corête du Japon qui brille de mille soleils dans mon petit jardin chéri. Te parler de mon impatience à passer ma nuit de mardi avec Seiji. Du goût que j'ai aux lèvres de son sexe et de sa peau. Des haïkus écrits avec malice par mon copain Manu où les noisettes ne sont pas forcément celles que l'on croit, de ces photos reçues de monts enneigés et de la promesse de belles vacances au ski l'année prochaine...

Mais ce sont les sans-papier qui se rappellent encore à moi. De la pire des manières, comme en écho à mon dernier billet.

La Marne n'est pas faite pour qu'on y meure, surtout pas à Joinville. La Marne, ce sont les guinguettes, ce sont les clubs de kayak et d'aviron, c'est la vision d'une rivière urbaine encore apte aux loisirs, à la détente et à l'art. Une rivière, bien que tout près de Paris, où de joyeux possibles existent encore : ce sont des escales du festival de l'Oh!, ce sont les impressionnistes... Ce sont de grandes traditions populaires autour de l'eau, des anciennes baignades, et peut-être demain de futures baignades, bref, c'est un fleuve fait pour la fête.

1596986406.jpgEt pourtant, la Marne est en deuil. Un tout jeune homme de 29 ans, malien et sans papier, pouruivi par la police, s'y est jeté du pont de Joinville pour échapper à un contrôle. Il en est mort. C'était vendredi après-midi. On ne connaît pas encore son identité exacte. Depuis l'été dernier, il est la quatrième personne dont la mort peut directement être imputée à la politique de traque des sans-papier, comme le rappelle cette dépêche de Reuters. Sans parler d'Elisabeth, Béninoise résidant légalement en France, travaillant sous CDI, mais dont le mari français est décédé d'un cancer et qui du coup est l'objet d'une mesure d'expulsion (la pétition reste disponible ici). La politique du chiffre montre toute son absurdité, ses limites et son inhumanité.

La moindre des politesses

J'ai bien souri d'ailleurs en voyant l'insigne choisie par le mouvement sportif français pour signifier en toute discrétion l'attachement des athlètes français aux droits de l'homme lors des jeux olympiques de Pékin. Au dessus du mot France, on pourra y lire :"pour un monde meilleur". Pour qui 955665869.jpgse prend-on, honnêtement, à vouloir donner des leçons de "monde meilleur" au reste du monde, tout en traitant les étrangers de cette façon. Pays des droits de l'homme mon oeil ! Quelle mystification ! Cassée pour cassée, arrêtons d'exploiter cette image. Ou alors reconstruisons-là, mais dans les faits, pas dans les coups de marketting !

Hier soir sur France 3, j'entendais Youssou N'Dour rappeler : "il faut que le gouvernement sache que la France a cessé dêtre considérée comme acceuillante, elle n'interresse plus les gens pour chercher des visas. Elle a été supplantée depuis longtemps par la Chine, ou par l'Amérique. L'immigration, c'est un problème qui n'existe pas. Arrêtez d'utiliser l'immigration comme un thème pour vous faire élire."

Un peu plus tard, sur une autre chaîne du service public, Zazie avait cette élégante réponse à une question sur son engagement au profit de l'association sol en si :

"- Driez vous que vous êtes une artiste engagée ?" lui était-il demandé.

"- Non, répondit elle, c'est la moindre des politesses quant on a une voix qui porte".

J'aimerais que tous les artistes, tous les sportifs, toutes les personalités qui ont de la voix ou de l'audience aient cette politesse de s'associer à l'appel lancé hier par les associations et les collectifs de sans papier et demandent un moratoire sur toutes les expulsions de sans papier !

03 avril 2008

Seiji, la saison des Sakura

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Au Japon, c'est la saison des Sakura (les cerisiers). et Seiji est devenu un sans papier.

Ordinaire ressortissant étranger quand je t'en ai parlé pour la première fois, Japonais d'origine et de nationalité, il menait une petite vie parisienne paisible, travaillant dans le secteur marchand, en CDI, plus pour justifier d'un emploi et sécuriser son statut de résident que par vocation. Il attendait le moment de rechercher une vraie activité, pleinement connectée à la musique, ou au médical, ses deux vocations et domaines de qualification.

Mais une brusque machine administrative s'est rappelée à lui, lui confisquant en deux mois tout statut : autorisation de travail, carte de séjour, emploi.

Il n'a plus rien.

Dois-je préciser qu'il n'a évidemment commis aucune faute, aucun crime, aucun délit ? Il a juste changé d'emploi, et perdu 50 euros de salaire : aussi incroyable que cela puisse paraître, ça a suffit à un fonctionnaire de la DDTE (Direction départementale du travail et de l'emploi) de Paris pour considérer qu'il avait connu une "modification substantielle de ses conditions d'emploi et de rémunération" justifiant l'annulation de son autorisation de travail. D'où a découlé le non-renouvellement de son titre de séjour et son arrêt d'expulsion.

Où en est-il aujourd'hui ?

Avec son avocate, un recours a été introduit auprès de l'affreux Brice Hortefeux, ministre de l'immigration et de l'identité nationale, contre l'annulation de son autorisation de travail. Puis un autre recours, auprès du tribunal administratif celui-là, contre l'arrêt de la préfecture de Paris qui l'obligeait à quitter le territoire français sous un mois.

Le premier recours n'est pas suspensif, donc il reste sans autorisation de travail jusqu'à l'aboutissement du recours (normalement deux mois 993830486.jpgmaximum). Le second est suspensif, donc il n'est pas expulsable mais reste sans papier. Enfin, une procédure de licenciement a été engagée, il est donc en période de préavis jusqu'au 11 avril, après quoi il n'aura pas droit aux ASSEDIC car en situation irrégulière.

Un sans papier en situation de non droit. Voilà ce qu'ils en ont fait et où il en est...

Bon, il tient le coup malgré tout. Avec des hauts et des bas. Les hauts, il les tient surtout des soutiens qu'il reçoit. Une sénatrice de Paris est intervenue, deux députés, dont le vice-président du groupe d'amitié France-Japon, un maire adjoint de Paris, des contacts ont été activés auprès des directeurs de cabinet de ministres par le biais d'amis ou d'amis d'amis... la filière entre2eaux lui a valu une petite dizaine de courriers (merci de tout ce que tu as déjà fait - même si apparemment quelques lettres se sont perdues, parce que pour couronner le tout il y a de graves problèmes de distribution de courrier avec La Poste dans son quartier), et les amis de son orchestre sont très mobilisés. Les bas, il se réveille souvent avec quand sa situation lui saute à la figure, ou quand il peine à communiquer avec son avocate.

Jusque là, la compréhension des procédures, la préparation des recours, leur relecture, leur correction, la collecte et l'organisation de ces soutiens l'ont beaucoup occupé et l'ont aidé à tenir bon. Il entre maintenant dans une période difficile, où il doit s'inscrire durablement dans la précarité et l'absence de ressources. Il doit attendre le résultat des démarches. Son avocate l'encourage à rechercher dès à présent un nouvel emploi, mais tu imagines, toi, convaincre un employeur de te faire une promesse d'embauche quand tu es sans papier, sans autorisation de travail, en cours de procédure judiciaire ?...

Mardi soir, je passerai la soirée et la nuit avec lui, ma deuxième nuit. J'ai hâte de ce nouveau moment de tendresse, et il a hâte aussi. Parce qu'entre nous, même si tu me gloses, il y a plus que simplement des "jets d'oreiller."

10 mars 2008

Seiji, retrouver nos matins clairs

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Dimanche matin, Seiji dort encore. Je descends le rejoindre. Dans l'obscurité. Il m'attendait dans son sommeil. Il finit sa nuit et je connais mon deuxième réveil. Je suis content qu'il soit venu à la maison prendre un peu de repos, de réconfort et de soutien.

Je t'en ai parlé de Seiji, de sa belle âme, du regard si délicat qu'il porte sur la France, malgré ce qu'il endure pour exister. Tu as beau le savoir, tu as beau avoir même manifesté contre ces nouvelles lois sur l'immigration, quand tu te retrouves confronté à leurs conséquences concrètes, tu sombres dans une abîmes de perplexité et tu te dis : mon Dieu, comment avons-nous pu laisser faire ça. Tu penses à Matin brun. Désormais donc sur le territoire de notre bonne vieille France, si tu es étranger, tu ne vaux pas plus qu'un chien. Quand bien même tu y vis depuis plusieurs années, tu participes à sa vie sociale et culturelle, tu y as des amis et des amants, et tu y travailles en CDI. Même japonais, tu n'es plus excusable d'être étranger, c'est dire où l'on en est...

Mon récit s'était arrêté sur les dents serrées de Seiji, deux mois durant à la fin de l'année dernière, pour ne pas mettre exposer sa demande de renouvellement de titre de séjour aux aléas d'un arrêt maladie. Et par son inévitable hospitalisation de janvier, parce que'on ne dissimule pas impunément un lumbago à son propre corps. Il venait alors de recevoir un "récépissé" - ce terme est barbare, mais c'est un trésor - accompagné de l'invitation à venir retirer sa carte de séjour à partir du 27 février. Seulement voilà, un fonctionnaire zélé a rattrapé son dossier. Il l'a examiné, non pas à la loupe, d'un oeil plutôt distrait semble-t-il, au contraire, mais à repéré une chose. Une toute petite chose. Entre l'emploi qu'il occupait au moment où lui fut accordée la première fois une autorisation de travail, non pas comme travailleur temporaire, mais comme salarié, et celui qu'il occupe aujourd'hui, au moment du renouvellement de son titre de séjour, il perçoit un salaire inférieur de 250 euros.

C'est dur, quand on vit à Paris, de perdre 250 euros par mois. Ça oblige à faire des choix de vie qui peuvent-être drastiques, ça implique des renoncements, un changement de train de vie, des sacrifices. Ça rend la vie plus difficile. Le cinéma et les concerts, il faut moins y penser. Les retours au pays, il faut les espacer. C'est dur, mais quand tu as ta vie en France, tu patientes, tu te dis que viendra le temps où tu réussiras à décrocher un boulot plus intéressant, où tes connaissances seront reconnues. Tu sais qu'il faudra du temps, mais tu t'organises et tu y crois.404083052.jpg

Seulement voilà, les lois Sarkozy de juillet 2006 prévoient une chose : en cas de "modification substantielle des conditions de travail et de rémunération", la DDTE (Direction départementale du travail et de l'emploi) peut te refuser le renouvellement de ton autorisation de travail. Elle en a le droit. Un fonctionnaire a le droit de décider que, puisque tu gagnes moins d'argent, tu n'es plus légitime à rester vivre en France. Qu'importe ta vie, qu'importe tout. Un chien, je te dis !

Et là, une machine infernale se met en route: le 25 janvier, on te convoque en urgence à la préfecture pour te confisquer la lettre d'invitation par laquelle t'apprêtais à aller retirer le sésame attendu. Le 15 février, la DDTE t'informe de sa "Décision" de ne pas te renouveler ton autorisation de travail, en raison de "modifications substantielles etc...". Et le 29 février, la préfecture t'informe en recommandé que, attendu du refus de renouvellement de ladite autorisation de travail, le Préfet a rendu un arrêt qui t'oblige à quitter le territoire sous un mois.
Sous un mois.

Seiji a un mois pour faire son deuil de cinq années de sa vie, de cinq années de construction de relations sociales, un mois pour sécher les larmes de ses amis, de ses amours, de ses amants, de ses camarades d'orchestre... un mois pour tout plaquer !

Ou alors, nous avons un mois pour empêcher ça. L'avocate n'est pas pessimiste. La DDTE a commis moultes erreurs dans sa "Décision" de non renouvellement : dans les libellés, ils se sont planté de date de naissance, de nationalité (ils ont fait de Seiji un cambodgien), de numéro d'étranger, et même de sexe. Et puis quand on travaille dans un même secteur d'activité et que ta baisse de salaire n'est pas telle qu'elle te fait basculer dans la précarité, avec impossibilité de payer le loyer par exemple, c'est plaidable. Plaidable. Mais en attendant...

Il faut se préparer à affronter une perte d'emploi, à vivre quelques semaines, quelques mois, en situation irrégulière, à se cacher ou au moins à faire attention. Il a de la chance, Seiji, il n'est pas noir, il n'est pas arabe, il n'est pas chinois non plus. Et pourtant, comme eux, si nombreux à connaître ce calvaire sans disposer de soutien, il doit apprendre désormais à vivre comme un chien.

407617794.jpgDans le lit ce dimanche matin, l'espace de quelques caresses et d'un baiser, le temps d'une parenthèse d'amour, sexe tendu et peau ardente, l'espace d'un matin clair, il a échappé au rêve qu'il fait désormais chaque nuit depuis que la lettre de la préfecture lui est arrivée : il y descend de son appartement parisien, deux flics l'accompagnent, il a les mains menottées dans le dos.

26 février 2008

hommage à John Maïna

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John Maïna vivait en France. Jeune sportif kenyan, il s'est suicidé samedi à Meudon. Il avait 19 ans, il venait d'apprendre qu'il était définitivement débouté du droit d'asile. Il avait fui le Kenya pour échapper à l'emprise d'une secte dangereuse. Dans cette vidéo, ses amis lui rendent hommage. Moi aussi.

27 janvier 2008

endurer en silence, mais jusqu'où ?

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Raconter les mésaventures de Seiji est en soi une aventure. Son histoire personnelle, ses goûts et ses choix, ses épreuves, les méandres administratifs où il se perd, où je me perds, où je m'en vais te perdre... Tout cela est tellement imbriqué... Alors si tu m'accompagnes, accroches-toi !

Seiji, c'est d'abord quelqu'un d'immensément gentil (je te le présentais là). Il parle un français posé, doux, au débit contrôlé. Il te regarde d'un oeil sincère. Qui pétille. Il n'exprime jamais de reproche, il prend ce que tu lui donnes. Il fait l'amour avec délicatesse, et un plaisir visible.

C'est aussi quelqu'un de fort. Son arme, sa première arme, c'est la patience, une patience incroyable, qui lui permet d'endurer en silence, d'expliquer sans s'énerver, d'attendre sans rien en attendre.

Seiji, il a mon âge. Lorsque je l'ai rencontré la première fois, aux bains Rudas de Budapest, avec son crâne rasé et sa peau glabre, je lui avais donné dix ans de moins.

Du Japon, il est venu en France pour suivre son ami d'alors, Alexis, oenologue, parti depuis vivre sa vie en Province.
Seiji a fait le choix de rester en France, principalement pour une raison : sa liberté sexuelle. L'exil, et tous les renoncements qu'il comporte, c'est le prix qu'il paye pour pouvoir voir, caresser et aimer des hommes.

Parce que j'allais oublier de le signaler, mais c'est quelqu'un de brillant : diplôme de médecine, spécialisé en psychiatrie (s'il-te-plaît), musicien (il joue du piano et, principalement, du violoncelle), et musicologue : il a soutenu une recherche 417deed6fa2888a30a72c6a8ccab1434.jpgen 2000, à Tokyo, sur un compositeur français, Henri Dutilleux (que je ne connaissais pas, qui a composé à partir d'émotions ressenties devant des toiles, Van-Gogh, la Nuit étoilée, notamment ; alors il m'en avait parlé après que j'eus raconté, ici, notre excursion en Arles en compagnie de Boby à Noël dernier).

6d7a2a30221d98fc409f6e5f3f408cf5.jpgPour venir en France, il a du faire un choix, forcément difficile : renoncer à l'exercice de son métier de psychiatre.

A Paris, il a d'abord été étudiant, pour perfectionner son français. Depuis, il travaille principalement pour des magasins de musique. Une première société l'a remercié après qu'il eut, en deux ans, établi tout un réseau avec des partenaires commerciaux japonais : à 1.500 euros par mois, ses compétences étaient devenues superflues, les choses étaient en place, il coûtait trop cher, on lui a préféré moins qualifié.

Depuis septembre, il travaille dans une autre boutique, pour le Smic. Il accepte ça parce que de toutes be99551bf12ceb7550367ad62bbe3a94.jpgses priorités, la carte de séjour vient en première place, et que le chômage est le pire des scénarios. La dernière fois qu'il avait été convoqué pour retirer sa carte de séjour, on ne la lui avait remise que pour trois mois. Il était encore en période d'essai. C'est pour le 15 janvier que lui avait été donné un nouveau rendez-vous à la préfecture, pour la carte suivante. D'un an ?

l'obsession de la fiche de paye

19239e482c9e45efd395651fff39b94c.jpgPendant 3 mois, sa seule obsession, ça a été de ramener à ce rendez-vous trois fiches de paye consécutives, trois fiches de paye intégrales, sans trou, sans arrêt de maladie, sans aucun indice de fragilité d'aucune sorte : juste pouvoir dire : "Voyez, je suis en CDI, et tout marche normalement."

Alors quand ses douleurs au dos l'ont pris, au magasin, pas question de lever le pied. Il a juste serré les dents.
Parfois, quand la douleur était trop vive, il faisait mine d'aller ranger des partitions dans l'arrière boutique, oh! juste une minute ou deux, comme ça, et pas en position assise, pour ne pas être vu, simplement les reins appuyés contre une rangée d'étagères, comme ça, une minute ou deux. Puis il retournait vers la clientèle. Ne pas être vu, souffrir en silence, être irréprochable. Tenir au moins jusqu'au 31 décembre, pour pouvoir produire trois fiches de paye intégrales.

Évidemment, ça se paie cash, des efforts pareils. Tout début janvier quand la gastro le rattrape, il n'y prête pas suffisamment attention, se déshydrate, au point de devoir être évacué par le SAMU. Il sortira de l'hôpital cinq jours plus tard, avec cinq kilos en moins, mais juste à temps pour aller récupérer à la préfecture son récépissé de demande de carte de séjour (un premier sésame !), et une invitation à retirer son titre à partir du 27 février. Sur ce plan au moins, les choses avaient avancé.

Parce que c'est ça, vivre en France pour les étrangers : un premier déplacement pour obtenir un rendez-vous, un rendez-vous pour déposer les papiers demandés, ou simplement en obtenir la liste, une convocation pour apporter des pièces complémentaires, un rendez-vous pour la délivrance d'un récépissé, puis, normalement, le rendez-vous pour retirer la carte de séjour elle-même.

Quand tout va bien, on te remet alors une carte d'un an, sauf que la date d'émission date déjà du mois, ou des deux mois précédents, donc ça en fait une carte de dix mois en fait.

Mais de plus en plus, les préfectures ne délivrent que des cartes de trois mois (donc valables à peine deux), comme pour chercher à te faire basculer dans le vivier des sans-papiers, des expulsables. Les célibataires sans enfant sont une proie en or : au moins on est sûr qu'il n'y a pas d'attaches scolaires qui feront casser les arrêtés administratifs...

porte-à-faux

Je ne parle même pas du certificat de travail qu'il faut, entre temps, aller faire établir par la DDTE. Une première fois, quand tu passes du statut d'étudiant à celui de travailleur, au titre de l'emploi précis que tu occupes. Puis une deuxième fois, pour établir ton statut définitif de salarié. Je ne parle pas des 168 euros que l'entreprise doit débourser pour avoir le droit de t'embaucher parce que tu n'es pas français, des papiers qu'elle doit t'établir pour te permettre d'obtenir ces certificats, et qui font que, forcément, tu te sens redevable. Je ne parle pas des dossiers égarés, des documents demandés par les services de l'immigration à une autre administration mais jamais reçus... Je ne parle pas non plus, pour les préfectures de Bobigny et de Créteil, des files d'attente qui commencent dans le froid, dans la nuit, dans la pluie parfois, dès la veille au soir pour chacune de ces démarches, où l'on se partage des thermos de café pour se tenir chaud. Triste spectacle, qui m'est offert chaque matin quand j'arrive à 8 heure au travail !

Je sais que cette note commence à être longue, mais je dois encore préciser ceci : Seiji a prévu de rentrer une semaine au 5e8dc5706092c90b393c3f1d63f68d23.jpgJapon à la fin de ce mois. Il n'a pas pris de congés depuis septembre, et il a des journées à récupérer de la période de Noël. Pour lui, ce séjour est important parce qu'il doit lui permettre de participer à une journée obligatoire de formation pour les psychiatres, comme il y en a tous les cinq ans, faute de quoi son diplôme perdrait sa validité. Il a donc décidé d'y aller malgré tout, pour ne pas insulter l'avenir. J'aurais pu aussi parler de sagesse, pour le qualifier.

Sauf qu'avec ces quinze jours d'arrêt maladie, ce départ le met en porte-à-faux vis-à-vis de son patron, exploiteur sans vergogne. Et s'est ajouté à ça (je sais l'imbroglio est terrible) que deux jours après son rendez-vous de la préfecture du 15 janvier, celui où on lui remit le récépissé, il reçut chez lui un courrier pour un nouveau rendez-vous à la préfecture dès le 25 janvier. Pile le jour de sa reprise de travail, histoire d'envenimer un peu plus la relation avec son patron. Lequel, du coup, évoque une possible procédure de licenciement...

Et le pire, c'est que c'était pour lui annoncer que son invitation à retirer la carte de séjour à partir du 27 février était caduque, et qu'on lui écrirait plus tard. Le voilà à nouveau plongé dans le doute et dans le trouble.

Comment fait-il, comment font-ils, ces étrangers, astreints à tant d'humiliation, pour aimer encore notre beau pays ?

_________________________ 

Une anecdote pour finir

Quand il est arrivé aux urgences de l'hôpital, étendu sur un brancard, il fut traité comme tout le monde, c'est à dire qu'il a attendu dans le couloir, dans les courants d'air, tremblant et fébrile, pendant plus de quatre heures.

A un moment, on est venu le chercher, on l'a emmené dans un box, au chaud. Mais ce n'était pas pour le soigner, pas encore. Un homme venait d'être conduit là par la police, menotté, un Japonais, hirsute, en état de démence, qui ne parlait pas le français. La police, et le personnel de l'hôpital lui ont demandé de bien vouloir aider à traduire quelques questions à cet homme. Il avait 40 degré, aucune énergie, il tremblait, mais il s'appliqua à traduire les questions, à traduire les réponses. Avec ses connaissances en psychiatrie, il livra des éléments d'explication sur la nature des troubles de l'énergumène. Ça dura une demi-heure, environ. On lui dit merci - le lui dit-on ? - puis il fut reconduit dans le couloir.

24 janvier 2008

tu veux une bonne nouvelle ?

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J'ai reçu hier un mail étrange, d'un ami lecteur qui me reprochait, entre autres choses, de trop utiliser mon blog pour peindre en noir ce beau pays qui est le mien.

Je ne crois pas être prosélyte, même quand j'exprime des convictions. Je ne pense pas non plus dépeindre dans ce blog la vie en noir, même si des choses n'en finissent pas de me révolter. Je ne suis plus, certes, l'optimiste que je fûs, convaincu qu'en toutes circonstances l'espèce humaine saurait trouver des réponses à ses fléaux.

Cette vision positiviste du monde, cette croyance inébranlable dans le progrès, et par là dans la science, je les ai perdues. J'ai pris conscience que notre planète avait des limites, indépassables, et qu'il fallait être raisonnables dans l'utilisation des resources. J'en ressens parfois une urgence plus grande encore à vouloir convaincre qu'il faut sortir de ce mode de développement fondé sur la croissance, et le productivisme, parce que non seulement il génère des injustuces terribles, mais il envoie notre monde dans le mûr...

Mais je ne crois pas être dans le noir parce que je m'intéresse à la part de générosité qu'il y a chez les humains, aux sensibilités qui les rapprochent. Et puis je continue de croire à l'action. Et je crois même que la générosité, la sensibilité, et l'action nous donnent le pouvoir de faire bouger le monde.

01e37626aa39a1b9d358a8cd285d28d3.jpgDonc pour lui faire plaisir, j'ai une bonne nouvelle à lui annoncer, et à t'annoncer du même coup. Mohamed et Laeticia, dont je t'avais parlé là, vont pouvoir se marier, puisque lundi dernier, le tribunal administratif a annulé l'arrêté préfectoral de reconduite à la frontière de Mohammed.

Mohamed est désormais libre (attention, ça ne veut pas dire qu'il soit encore régularisé).

En ton nom, le Mouvement des Amoureux au ban public leur a souhaité les voeux les meilleurs.

Mohamed et Laettia te remercient aussi de les avoir soutenus dans l'épreuve qu'ils viennent de traverser en signant la pétition.

Et si j'ai d'autres nouvelles, je te promets, je te tiens au courant.

18 janvier 2008

les amoureux au ban public

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Je suis désolé, mais je dois encore te prendre la tête. Encore une injustice insupportable. Ou du fascisme d'Etat. Voilà l'alerte que ma messagerie a reçue hier :

Mohammed Z., un Marocain en situation irrégulière, et Leatitia V., ressortissante française ont décidé de se marier après deux ans de concubinage. Le couple dépose un dossier de mariage auprès de la Mairie de Dijon qui, suspectant un mariage blanc, saisit le Procureur de la République.

Une enquête est lancée et le couple est interrogé une première fois par la police.

Quelques jours plus tard, le véhicule de Leatita est bloqué par deux voitures de police devant l'école de son fils de trois ans. Les fonctionnaires de police la menottent et l'informent qu'elle doit les conduire à son domicile pour que Mohammed soit interpellé. Leatitia proteste et signale qu'elle doit prendre son fils à la sortie de l'école. Les policiers l'obligent à monter dans leur véhicule en lui disant qu'ils ont prévenu l'école et que l'enfant ne sortira pas.

Arrivés devant le domicile du couple, les policiers demandent à Leatitia d'ouvrir la porte. Celle-ci refuse dans un premier temps mais les policiers menacent d'enfoncer la porte. A l'intérieur du logement, Mohammed cède et ouvre. Il est immédiatement interpellé et placé en garde à vue.

Hier soir, Mohammed était au centre de rétention du Mesnil Amlelot (Roissy – 77) dans l'attente de son éloignement vers le Maroc. Il devait être présenté ce matin à 9h30 au juge des Libertés de Meaux (salle 208).

Une française interpellée, menotée et contrainte de livrer la personne qu'elle aime ! Une mesure d'élognement prononcée en vue de faire obtsacle à un mariage ! Un couple mixte séparé ! Les Amoureux au ban public dénoncent avec vigueur ces pratiques inadmissibles et ignobles dans un Etat de droit et demandent la libération immédiate de Mohammed.

Et je la demande aussi. Non mais dans quel monde on vit !