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22 décembre 2010

avoir vaincu

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"Songez qu'on n'arrête jamais de se battre et
qu'avoir vaincu n'est trois fois rien"
Aragon

J'étais sans doute en proie à une langoureuse carence amoureuse, lorsque je créais mon blog, il y a un peu plus de trois ans. A défaut de la combler, je cherchais à la compenser, et il n'est pas si étonnant que très vite, l'amour vint y trouver une place. Une place d'abord éthérée, diffuse, cachée derrière des caresses et des rendez-vous dérobés, puis claquante, cinglante au moment de la rupture, où un inconsolable chagrin vint s'installer. Une place occupée depuis par l'impatiente reconquête d'une amitié faussement amoureuse, plutôt d'une fausse amitié amoureuse, où je me mens, me perds et m'avilie.

Il jouait du violoncelle, et cela suffisait à mon admiration. Il venait de recevoir une menace d'expulsion du territoire, au motif d'une baisse de salaire de 50 euros par mois, et cela suffisait à ma révolte. Il était pétri d'angoisses, comme un oiseau recroquevillé et impuissant, pris dans le mazout de la politique Besson-Hortefeux, et cela suffisait à éveiller en moi tout le maternement dont j'étais capable, sans doute ma seule marque de puissance, et ma seule façon d'aimer.

C'était il y a quasiment trois ans, ce blog venait de naître, et déjà tu partageais cette histoire d'un regard solidaire. D'autres histoires, pareillement révoltantes, égrénaient l'actualité et mon blog, des couples séparés sur lesquels des préfets jetaient l'opprobre, le discrédit et la suspicion, sans doute pour faire du chiffre, marquer les esprits, et au passage empocher plusieurs dizaines de milliers d'euros en prime de résultat. Corruption moderne. Corruption d'Etat.

Tu participais à ce combat, tu envoyais des lettres de soutien, mon blog racontait les procédures que nous avions engagées et les rendez-vous en préfecture, relayait les alertes diffusées par les Amoureux au ban public, te donnait le lien vers des pétitions. RESF dénonçait les rafles de gamins avec leurs parents, parfois à la sortie même des écoles.

Ce blog vivait d'amour et de révolte. Au début de l'été 2008, il gagnait la bataille de la régularisation mais perdait, trop frivole et désinvolte peut-être, celle de l'amour.

cello player.JPGIl lui fallut des mois, il me fallut des mois pour refaire surface. Mais surnageant enfin au printemps 2009, je tentais, patient, de recoller des morceaux, d'inscrire notre épave à peine restaurée dans la durée, et lui sa situation administrative. Il fallait au violoncelle quitter l'univers des sonates pour gagner celui des symphonies. S'installer dans la fosse d'orchestre sans plus être menacé à chaque entracte de quitter la scène. La demande de carte de résident ne fut pas une sinécure. Il a fallu monter le dossier, bâtir un argumentaire, mobiliser, à commencer par des élus locaux, puis des parlementaires, mettre en avant les incidents administratifs pour légitimer le droit à la sécurité administrative. Lui dut retrouver un emploi, s'acharner à obtenir un CDI, serrer parfois des dents pour y rester et donner des gages de stabilité.

Pendant dix huit mois, les réponses furent incertaines. Les rendez-vous en préfecture se rapprochaient, de trois mois en trois mois. D'un récépissé à l'autre, l'angoisse renaissait et une fois, il y a un peu plus d'un an, la déception suprême fut même au rendez-vous. Nous reverrons tout cela à votre prochaine demande de renouvellement...

Il a donc fallu rebondir, retrouver l'énergie, ramasser les tessons épars de la confiance.

Les Amoureux au ban public ont lancé moins d'alertes, tout au long de l'année écoulée. Mon blog n'en a plus relayé aucune. Est-ce donc que la tension s'était adoucie sur le front des expulsions ? Est-ce que la politique vis-à-vis des Roms avait suffit à marquer les esprits, et à faire du chiffre, ou est-ce que l'injustice et l'inhumanité s'étaient juste encore banalisées ?

A défaut d'amour ou de désir, à défaut de manque, le besoin le liait toujours à moi. Et nous avons pendant toute cette année encore cheminé ensemble selon un délicat crescendo, riche, dense, immensément fourni en musiques et donc en découvertes. Avec parfois des fracas pour me remettre à distance, et parfois des espaces de tendresse, de douceur et même... d'un peu de plaisir.

Hier, sur le parvis de Notre-Dame, le ciel était clément. A la sortie du parking souterrain, côté crypte, un jeune homme asiatique enlaçait par le dos sa jeune compagne, et embrassait sa chevelure ambrée tandisqu'un appareil photo immortalisait leur sourire amoureux sur fond de Cathédrale. Quelques minutes plus tard, de l'autre côté de la rue de la Cité, dans un bureau de la Préfecture, une fonctionnaire malicieuse, après avoir réclamé tous les papiers dont son dossier avait besoin, a fini par dire "oui".

Oui, vous aurez votre titre de résident, pour dix ans, j'ai reçu des instructions pour mettre votre carte en fabrication. Signez ici, sans toucher les bordures vertes !

Le mois prochain, trois ans presque jour pour jour après avoir reçu le coup de semonce qui l'enjoignait au bannissement, le violoncelle, mon violoncelle aux yeux noisettes va donc recevoir le sésame qui l'autorisera enfin à prendre pied ici autrement qu'en mal-propre, dans une sérénité nouvelle, mais dans un enthousiasme, hélas, bien amoché.

Y a-t-il jamais eu de l'amour ? Il n'y a plus chez lui de désir depuis longtemps, plus de manque, non plus. Il n'y aura bientôt plus de besoin. Tout pourrait donc s'arrêter là. Maintenant. A cette minute même où je t'écris. Sans plus de culpabilité aucune.

Ou alors - qui sait si j'aurais cette nouvelle patience ? - il y aura un projet, une envie malgré tout, juste une idée pourquoi pas, pour nous garder proches, encore un peu, l'un de l'autre ?

Les Amoureux au ban public sont exsangues, ils ont besoin d'argent pour poursuivre leur veille salutaire. Pour payer juste un salaire. Ils lancent ici un appel aux dons : va donc y faire un tour, tu peux les aider. Et encore, aux dépens de l'Etat car les donnations sont déductibles des impôts à 66%, et c'est de l'argent mieux placé que la prime des préfets et des recteurs !

Mais surtout, crois-moi, parce que c'est encore dans le combat pour la justice que l'amour trouve son meilleur terreau.

07 octobre 2010

ils veulent nous mettre dans l'avion

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Quelle enfance aurions-nous eue, si le cirque n'avait pas existé ? Et quels adultes serions-nous devenus ? Olivier m'a envoyé hier ces informations et une pétition. C'est avec grand plaisir que je m'en fais le relais.

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Alors qu'ils se préparent à démarrer leur nouveau spectacle en novembre prochain à Paris, les artistes du Cirque Romanes se trouvent emportés dans la spirale anti-Roms.

Ce cirque fait partie du paysage culturel français depuis 17 ans. A l'invitation du Pavillon français, la troupe a même représenté la France à Shanghaï dans le cadre de l'Exposition universelle en juin dernier.

Pourtant acceptées dans un premier temps, les autorisations de travail des musiciens roumains de la troupe ont été annulées.

"Le cirque familial tzigane est menacé", a déclaré Alexandre Romanes mardi 21 septembre à Nouvelobs.com. La direction du cirque avait déposé dans les règles les demandes de permis de travail pour ses musiciens roumains. Comme c'est le cas pour chaque spectacle depuis des années, elles ont tout d'abord été acceptées, "en bonne et due forme", avait tenu à préciser Alexandre Romanes.

C'est en rentrant de Chine que la troupe a appris que ces autorisations de travail avaient finalement été annulées. "Tout le monde est menacé", s'alarme Alexandre Romanes, "ils veulent nous mettre dans l'avion".

Le cirque n'en est pas à ses premières tracasseries. Les enfants de la troupe ont toujours participé aux spectacles et s'exercent "dans des numéros sans danger". Cette forme d'apprentissage a toujours existé dans le milieu du cirque. Ces numéros d'enfants sont - il est vrai -interdits par la loi française. Interdits mais tolérés dans le contexte spécifique des métiers du cirque. Ce n'est désormais plus le cas : "Alors, pourquoi justement maintenant ?", s'étonne le fondateur du Cirque Romanes.

Délia Romanes, la femme d'Alexandre ne comprend pas, "nous avons peur" confie-t-elle, avant d'ajouter : "Cela fait 17 ans que nous travaillons dur, très dur. Et on réalise maintenant qu'on peut très bien disparaitre, du jour au lendemain."

Délia Romanes tient à revenir sur la situation des Tziganes en France : "Avant de rencontrer mon mari, il y a 25 ans, j'ai vécu dans le campement de Nanterre. Beaucoup de gens l'ont oublié, il y avait là mille caravanes, c'était très difficile". La chanteuse a travaillé et a mené un long combat pour obtenir sa régularisation. "J'ai reçu mes papiers de nationalité française l'an dernier, mais je ne suis pas traitée comme telle !"

Le cirque Tzigane ROMANES à Paris, fait aujourd'hui partie du paysage artistique européen.

« Nous les Tziganes, on nous accuse de tout et notamment d'envoyer nos enfants faire la mendicité et voler ; il faudrait une bonne fois pour toute savoir ce que l'on veut : je demande aux parlementaires français d'avoir la gentillesse de ne pas jeter mes enfants dans la rue et de leur permettre d'apprendre et d'exercer un métier merveilleux que nous nous transmettons de père en fils depuis plusieurs siècles »

Alexandre ROMANES

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 Afin de permettre au Cirque ROMANES de continuer son activité, je massocie à la pétition qui demande aux autorités françaises:

-de réattribuer aux musiciens du Cirque ROMANES les autorisations de travail qui leur ont été injustement retirées.

-d'autoriser le Cirque ROMANES à employer les artistes roumains et bulgares avec qui ils veulent travailler.

-de demander au Procureur de la République d'abandonner les poursuites infondées à l'encontre du cirque et de ses dirigeants.

05 octobre 2010

un simple document administratif

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Au risque de provoquer le dédain narquois de la bienpensance sarkozyenne, l'ire de la droite décomplexée, et l'embarras de mes amis électoralistes de gauche, je vais oser un parallèle. Un parallèle entre deux textes qui ne sont au fond que des documents administratifs. Préparés par des fonctionnaires, corrigés par des éminences de cabinet, peaufinés et signés par des politiques ou leurs représentants. Des documents qui pourraient règlementer le niveau de chlore dans les eaux de piscine, fixer un seuil pour l'indemnisation du chômage, déterminer l'âge légal de départ en retraite. Des textes que l'on imagine énoncés par des serviteurs de l'État sortis de grandes écoles, défendus doctement par des argumentaires construits sur le bon sens, au nom des intérêts supérieurs de la Nation et de la préservation de l'ordre public, celà va sans dire. Et non, bien-sûr, il ne faut pas y voir le mal ou je ne sais quelles arrières pensées, nous nous en tiendrons là !

Le premier, c'est une circulaire enjoignant aux préfets de démanteler des campements illégaux, prioritairement des Roms, et de se livrer dans ce domaine à au moins une opération à forte visibilité par semaine. Le second est une loi établissant un statut pour les Juifs. Le premier a été signé par le Directeur de cabinet du Ministre de l'intérieur. Le second a été annoté, commenté et durci par un Maréchal chef d'État. Le premier n'a pas conduit à ce jour à une seule mort d'homme connue. Le second a conduit à la mort de 75.721 Juifs de France en déportation. Le premier a été annulé et remplacé, sous la menace d'une procédure judiciaire euroépenne, mais ses auteurs sont toujours aux manettes. Le second a été promulgué le 18 octobre 1940. La presse officielle écrira le lendemain (L’Eclaireur de Nice du 19 octobre 1940) : "La loi portant statut des Juifs reflète la sérénité. Aucune passion. Rien qui soit un reniement de l’idéal humain dont s’est toujours inspiré la France". Elle n'avait alors, ni même dans les mois qui suivirent, provoqué aucune mort d'homme connue.

Vitupérez, droite pétainiste, bien-pensants sarkozyens, dénoncez l'excès du propos, l'extravagance du procédé... Moi, je ne vois que deux papiers, deux actes, annotés, corrigés, publiés. Deux banales procédures administratives. Trois fois rien, en somme.

En 2007, l'excellent film de Nicolas Klotz, La question humaine, avec Michaël Lonsdale et Mathieu Amalric, dénonçait subtilement comment la pire perversité criminelle peut être transmise à tout un corps social - une entreprise ou une administration d'État - même peu préparé, par le seul moyen de la procédure administrative.

Depuis Pétain, plus précisément depuis Sarkozy, il y a même un petit nouveau. La rémunération des Préfet comporte désormais une prime au mérite, qui peut aller jusqu'à 66.000 euros par an, liée à la bonne réalisation des objectifs qui leurs sont assignés.

Désormais, l'on ne peut plus savoir si derrière la forfaiture, les préfets sont des serviteurs de l'État ou des serviteurs de leur porte-monnaie.

04 septembre 2010

manifestons avec Flaubert !

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J'ai reçu hier en fin d'après-midi un mail que ma messagerie (non mais de quoi elle se mêle, celle-là, des fois : elle s'est inscrite au fan club d'Eric Besson, ou quoi ?) avait fort mal à propos classé dans le dossier des messages indésirables. C'est pourtant le courriel le plus opportun que j'aie reçu ces derniers temps. Il m'est envoyé par un lecteur : Olivier, seule chose que je connaisse de lui, en dehors de ce qu'il livre en commentaires, avec grande parcimonie.

Je ne résiste évidemment pas au plaisir de te restituer cet extrait de Flaubert, vieux de 143 ans, mais qui illustre à merveille les raisons pour lesquelles je suis en manifestation dans les rues de Paris cet après-midi :

« (…) Je me suis pâmé, il y a huit jours, devant un campement de Bohémiens qui s’étaient établis à Rouen. — Voilà la troisième fois que j’en vois — Et toujours avec un nouveau plaisir. L’admirable, c’est qu’ils excitaient la Haine des bourgeois, bien qu’inoffensifs comme des moutons. Je me suis fait très mal voir de la foule en leur donnant quelques sous — Et j’ai entendu de jolis mots à la Prud’homme. BohemiensXIX.jpgCette haine-là tient à quelque chose de très profond et de complexe. On la retrouve chez tous les gens d’ordre. C’est la haine que l’on porte au Bédouin, à l’Hérétique, au Philosophe, au solitaire, au poète— Et il y a de la peur dans cette haine. Moi qui suis toujours pour les minorités, elle m’exaspère — Il est vrai que beaucoup de choses m’exaspèrent. 

Du jour où je ne serai plus indigné, je tomberai à plat, comme une poupée à qui on retire son bâton. (…) »

Gustave Flaubert, lettre à George Sand, 12 juin 1867 (Correspondance, la Pléiade tome 5, pp. 653-654)

05 juin 2010

mutinerie à l'Opéra Bastille

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M'en voudrez-vous beaucoup si je vous dis un monde
Qui chante au fond de moi au bruit de l'océan

Ils sont une armée de galériens, mal famés pour la plupart, gueules de métèque, embarqués pour la survie dans un univers impitoyable. Peu importe le pavillon qu'ils servent, ils le servent. Certains depuis longtemps. D'autres, arrachés au Droits de l'homme pour rejoindre le combat, enrôlés de force à bord de l'Indomptable. Un parcours prémonitoire. Un choeur d'hommes en révolte, un choeur d'hommes en désir. Un monde aux tensions sourdes. C'est ainsi que l'Opéra-Bastille devint bataille navale. Avec Billy Budd, le Potemkine de Britten.

M'en voudrez-vous beaucoup si la révolte gronde
Dans ce nom que je dis au vent des quatre vents

Billy Budd. L'un de ceux-là se distingue. Brave et beau, fort et généreux, il est admiré de ses pairs autant que de ses supérieurs. Le capitaine du navire le prend sous son aile, tandis que son maître d'arme, John Claggart, le prend en grippe, jaloux de son aura, et ne se pardonnant pas d'être par sa faute livré au trouble et aux inclinaisons.

Ma mémoire chante en sourdine

Les conditions à bord sont dures, l'assaut se fait attendre. Nous sommes en 1897. L'esquive de la flottille française se joue de la patience des hommes. Et la brume. Et puis la Navy de sa Majesté a essuyé des mutineries et a besoin d'exemples.

Ils étaient des marins, ils étaient des guerriers
Et le cœur d'un marin au grand vent se burine

Claggart harcèle le gabier de misaine, l'espionne, le provoque, le manipule. Il veut convaincre le capitaine Edward Fairfax Vere que Billy complote. Las, les éphèbes qu'il lui envoie ne parviennent à soudoyer le vaillant guerrier. Corps et coeur incorruptibles, rien ne résiste au charme puissant du matelot. Sauf une chose, une petite chose qu'il porte en lui, invisible, son talon d'Achile : l'émotion le désarme. Au moment où, injustement mis en cause par Claggart, il a le plus besoin de son charisme pour dire sa vérité, il devient bègue. Impuissant. Comme arrêté pour lever la misaine par un mât trop court. Il sort alors de lui et frappe à mort son tortionnaire. Seul moyen d'expression encore à sa portée.

Le commandant Vere, convaincu malgré tout de la loyauté de Billy, n'a plus d'autre choix que de le laisser condamner à mort par une cour martiale.

Le crime se prépare et la mer est profonde
Que face aux révoltés montent les fusiliers

L'opéra se termine comme il avait commencé. C'est mon frère qu'on assassine.

Ils n'avaient pas tourné leurs carabines. Dans les bas-fonds de ses tourments, l'ex capitaine Vere, désormais sombre vieillard, se débat avec le souvenir du corps pendu, de ses ultimes convulsions. Avec ses démons, ceux de la mort qu'il a laissée donner en dépit de la justice, en dépit de l'amour.

Il te laisse toi avec le souvenir de cette beauté magnétique victime de sa fragilité émotive. Tu imagines les hommes qui l'adulaient, qui s'en étaient fait un mythe, demeurer dans l'incompréhension de cette futile faiblesse, tétanisés à leur tour par le poids du sort.

Un mois est passé depuis que je suis allé assister à la remarquable mise en scène de Billy Budd à Bastille, par Francesca Zambello. Le temps sans doute d'éprouver mes propres démons.

L'occasion m'en est donnée par ce nouvel assaut. Cette nouvelle révolte de gueules brûlées. Les mâtelots d'aujourd'hui relégués aux galères ALeqM5glRYLD7bHTi3i4h4q4q6Tb3u7VvA.jpgd'hier, privés de papiers en dépit du labeur, privés de reconnaissance en dépit de ce qu'on leur doit. La révolte gronde encore à la proue de l'Opéra-Bastille, mais cette fois, la mutinerie est avérée.

M'en voudrez-vous beaucoup si je vous dis un monde
Où l'on n'est pas toujours du côté du plus fort

Pour la première fois un ministre de la République - celui-là même qui d'un poste ministériel à l'autre s'est évertué à cantonner des dizaines de milliers d'hommes et de femmes, travailleurs pour la plupart dans des cales insalubres de la clandestinité - est condamné par la justice pour injure à caractère raciste.

Qu'est l'équipage du Droits de l'homme devenu ?

(photo d'illustration : Arthur Tress : Ascention of St-Billy)

12 septembre 2009

quand Laurent Delahousse roule pour Brice Hortefeux

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J'aime bien Laurent Delahousse. Beau, blond, l'oeil qui se plisse quand c'est grave, le rictus qui s'illumine quand c'est léger, les épaules qui ondulent, le sourcil qui fronce. Années après années, il s'engraine. Il prend confiance. Il joue de la fossette et de la patte d'oie, il s'installe dans le registre du gendre idéal qui lui réussit si bien, mais parfois avec excès et se prend les pieds dans le tapis.

Hier soir était un modèle du genre. Hortefeux était encore en une, dans la tourmente de sa plaisanterie raciste. Mais le journal du beau Laurent banalisait, s'amusait presque de la polémique : la gauche s'indignait, la majorité le soutenait et dénonçait un procès en sorcellerie, finalement, tout était dans l'ordre des choses, limite écrit d'avance. Alors il fallait trouver un autre angle. Et un autre coupable. Et si finalement le seul problème était ces captations abusives d'images, et la sale manie des internautes de se refiler l'info à toute vitesse ?

Qu'importe que le propos soit évidemment, et sans aucun doute possible de facture emminemment raciste. Qu'importe qu'il soit tenu dans un contexte où règne, dans des rires gras, un esprit colinialiste absolument insupportable. Qu'importe que ce pauvre Amine soit exhibé, même si c'est à l'insu de son plein gré, dans une posture humiliante jusque dans son témoignage a posteriori. Et qu'importe que le ministre mente éhontément pour se dédouaner, s'emmêlant les pinceaux pire que Bill Clinton dans l'affaire Monica Lewinsky. Qu'importe que les Auvergnats en prennent pour leur grade au passage.

Qu'importe tout cela qui saute aux yeux, il faut s'interroger, nous dit le journal de Laurent, sur le pouvoir abusif dont dispose le citoyen qui accède à trop d'informations, qu'on se le dise. Pour preuve, toutes les autres malheureuses victimes de ces dernières années, Ségolène Royal qui dans une réunion publique mais sans se savoir filmée déclarait vouloir mettre les profs au régime des 35 heures, ou Sarko lui même qui avait lâché, se croyant pourtant anonyme au salon de l'agriculture, un "casse-toi pov'con !" qui finira peut-être par le faire trébucher.

La "polémique" ? "Encore une fois", c'est le propos "non maîtrisé" d'un ministre, "associé à la caisse de résonnance d'Internet" qui le déclenche. Blogueur, facebookeur, au coin ! Et voilà comment l'affaire n'en est plus une, mais le fait que c'en soit devenu une, selon la technique bien commode du serpent qui se mord la queue.

Ils ont l'art de la victimisation, et les médias pour leur servir la soupe. Merci Laurent !

07 octobre 2008

Un nouveau marché : les droits des étrangers

 

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Est-ce pour faire face à la crise financière ? Toujours est-il que le gouvernement prépare une réforme : ouvrir le marché aux "personnes en instance". Désormais, l'assistance aux personnes étrangères retenues dans un centre de rétention sera soumis à la "concurrence libre et non faussée", dans le cadre d'un marché public, avec appel d'offres et tout le toutim.

Est-ce le début de la transposition de la Directive de la honte, votée par le Parlement européen le 18 juin dernier ?

Alors qu'aujourd'hui, les centres de rétention sont accessibles aux associations spécialisées dans le droit des étrangers, apportent à ces derniers une assistance juridique individuelle, et effectuent parallèlement un travail de veille sur les conditions de vie dans ces centres, désormais, ce sont des opérateurs privés qui seront invités à y intervenir, avec obligation de confidentialité, tant qu'à faire, histoire d'éviter les fuites.

C'est en tout cas l'objet d'un projet de loi, révélé par des associations comme la CIMADE qui ont lancé ici une pétition pour que le sort des étrangers ne soit pas livré au privé :

Les droits des étrangers ne peuvent se réduire à un marché!

Pour le retrait de la réforme ministérielle qui modifie les conditions d'intervention de la société civile dans les centres de rétention administrative!

Nous signataires, à la suite de nombreuses associations, exprimons notre préoccupation concernant le contenu du décret du 22 août 2008 et de l’appel d’offres consécutif qui modifient les conditions d’intervention dans les centres de rétention administrative (CRA) quant à l’a et l’aide à l'exercice des droits des étrangers.

La mission telle qu’exercée jusqu’à ce jour par la Cimade auprès des étrangers retenus dans les CRA afin « de les informer et de les aider à exercer leurs droits » sera remise en cause par ces nouvelles dispositions :

  • la réforme dénature la mission car l’assistance à l’exercice effectif des droits des personnes retenues est désormais réduite à une seule mission d’information ;
  • l’émiettement de cette mission contrarie toute observation, analyse et réaction d’ensemble sur la  situation prévalant dans les centres de rétention. Il entrainerait, outre une inégalité de traitement,  une réduction de la qualité de l'aide apportée aux étrangers ;
  • l’ouverture de cette mission par voie d’appel d’offres de marchés publics à des opérateurs autres que les associations spécialisées menace l’exercice des droits fondamentaux des personnes retenues ;
  • l’exigence de neutralité, de discrétion et de confidentialité revient à entraver toute parole publique de témoignage et d’alerte sur certaines situations contraires au respect des droits fondamentaux.


Cette volonté d’entraver l’action de la société civile est d’autant plus inquiétante qu’elle intervient  dans un contexte marqué par une politique du chiffre en matière d’éloignement des étrangers et les  menaces contenues dans la
directive retour adoptée par le Parlement européen.

Nous, signataires, considérons que, telle qu’elle est envisagée, la réforme des conditions d’intervention en rétention n’est pas acceptable.

Nous exigeons du gouvernement de renoncer à sa réforme.

Nous demandons au gouvernement d''engager une concertation avec l’ensemble des organisations qui dans notre pays sont attachées au respect des droits des étrangers.

Pour signer, c'est ici.

27 septembre 2008

zone d'attente pour personnes en instance

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Il y a peu de temps, ma blogpote Fiso demandait à ses lecteurs et lectrices quel était leur musée préféré. Je ne crois pas que ce soit ma préférence, mais mon dernier musée "découvert" est la Cité de l'Immigration, qui se trouve Porte dorée, à Paris. J'y étais ce jeudi.

Au vrai, je ne m'attendais trop à rien. Un musée sur l'immigration, ouvert en pleine période de chasse aux étrangers, sur le site de l' Exposition coloniale de 1931... mais boudé lors de son inauguration par les membres du gouvernement... Politiquement correct, carrément hypocrite, ou plutôt rebèle et à contre-courant, audio-guide sur la tête, j'étais prêt à tout.

Bon évidemment, on sent que la sémantique a fait l'objet d'une attention pointilleuse, surtout si les sujets relevaient d'une actualité un peu brûlante, surtout dans les salles permanentes. Ainsi, quand sont évoqués les centres de rétention pour étrangers, ces camps où s'entassent à proximité des aéroports des sans-papier non-expulsables en raison de la situation de leurs enfants ou de l'imminence d'une décision de justice, ainsi que les déboutés du droit d'asile, on y parle plutôt de "zone d'attente pour personnes en instance" - le terme administratif officiel, je présume...

Mais dans l'ensemble, j'ai trouvé que l'immigration était traitée de façon objective, à la fois dans ce qu'elle représente de richesse culturelle pour un pays, mais aussi à travers la simple humanité de chaque parcours de vie qui la constitue. Elle est dense de témoignages. Il y manque peut-être d'y approfondir les considérations sur le développement du monde, les contextes locaux des pays d'origine et les raisons qui fondent les vagues migratoires.

564ExpoColonialParis.jpgL'exposition temporaire "1931, les étrangers au temps de l'Exposition coloniale" est particulièrement réussie (elle est prolongée jusqu'au 5 octobre). Elle n'aborde pas tellement la question de la représentation de l'indigène dans l'imaginaire de l'époque, ni même l'Exposition coloniale en elle-même, mais plutôt la condition des étrangers vivant en France à cette époque.

On y découvre que si les ouvriers étrangers - les mineurs en particulier - étaient particulièrement prisés en raison de leur docilité et de leur faible coût dans le premier tiers du XXème siècle, ils furent, au déclenchement de la crise économique de 1929, la cible de rudes campagnes qui en appelaient à leur licenciement pour laisser le travail aux Français. On y voit même qu'une loi fut votée en ce sens par les parlementaires de toute couleur politique, à l'exception des communistes... La France tenait déjà ses bouc-émissaire et se dotait de dispositifs règlementaires, tels les "aides au retour" ou les expulsions par "wagons spéciaux" au prétexte de délits insignifiants, qui montrent que Hortefeux et compagnie n'ont décidément rien inventé.

Ainsi, on se pressait dans les allées de l'Exposition, en famille, les week-ends, sur le site qui allait devenir le zoo de Vincennes, où avaient été rassemblés des spécimens de tisserands indochinois, de vanniers sénégalais, de chasseurs amazoniens. On s'ouvrait à l'exotisme du monde, on se glorifiait de la puissance de la France, et en même temps, on chassait l'étranger venu prendre l'emploi des Français. A l'époque, l'étranger n'était ni africain ni maghrébin, mais plutôt polonais ou italien. Huit ans plus tard, la France basculerait dans le fascisme et collaborerait avec l'occupant nazi.

Dans la dernière salle de l'exposition, qui retrace à grands coups de dates un peu toute l'histoire du rapport de notre pays aux étrangers de 1931 à aujourd'hui, au milieu de grandes bâches tendues où sont évoquées y compris l'occupation de l'Eglise Saint-Bernard en 1996, les manifestations anti-Le Pen de 2002 ou la création d'un ministère de l'immigration et de l'identité nationale en 2007, trône... une cocotte minute !