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09 août 2012

tout commence par le cul

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Les Jeux, c'est quand-même une histoire de cul. Pas pour arriver à ce niveau de performance, où il faut du talent et des années de préparation, mais pour gagner les duels. Une seconde de plus ou de moins, et un match bascule, un shoot réussi ou raté, et c'est l'apothéose ou la bérézina. Il s'en faut parfois d'un milimètre, pour que la barre tienne ou chute.

Grand pourvoyeur de stress en handball, le cul a ainsi souri aux gars et abandonné les filles. Au baskett, la preuve est faite, il faut du cul et des nerfs. Espérons que les filles, ce soir, en auront plus que les gars, ce serait un juste retour des choses.

Et puis en athlétisme, on t'affuble d'un grand "Q" ou d'un petit "q", selon que tu doives ta qualification à un placement direct ou à un repêchage. Force est de constater que les Français sont les rois du petit q, dans ce domaine, alors qu'on trouve profusion de grands Q chez les Jamaïcains et les Américains. S'il décroche une médaille sur 200m ce soir, Christophe Lemaître le devra néanmoins à autre chose qu'à du cul.

Bon, en ce qui concerne les nôtres, on aura eu pas mal de cul en première semaine, et sensiblement budapest,hongrie,blog,londres 2012,jeux olypiquesmoins en seconde. En même temps, les escrimeurs, c'est rare qu'ils montrent le leur, de cul. Alors que les lutteurs l'arborent de plutôt belle manière.

Y'en a même qui disent que des histoires de cul se nouent dans les étages du village olympique, et que ça n'a rien à voir avec la taille des "q".

Je déploie à Budapest des trésors d'ingéniosité pour réussir à voir ces Jeux. Ou plutôt, pour les suivre. Dès qu'une compétition rassemble Français et Hongrois, je suis assuré qu'elle sera retransmise en live à la télé. Ou sur écran géant, en centre-ville. Mais sinon, c'est la radio par Internet. France-Info, qui t'offre de longs couloirs de directs, mais qui parfois sombre dans d''incroyables rediffusions. J'ai dû entendre dix fois, si ce n'est vingt, avant-hier, une chronique sur la chanson "Fais-moi du couscous chéri". C'est toujours plus supportable que Nelson Montfort, tu as raison...

Rassure-toi, je m'échappe aussi. Vers les lieux de mes premières histoires de cul... La terrasse du Palatinus, les bains Rudas. J'y suis sage, me contentant de quelques regards coquins, et autres mains baladeuses.

budapest,hongrie,blog,londres 2012,jeux olypiquesEt puis je me souviens que c'est dans le récit de quelques unes de ces aventures qu'est né ce blog, ici-même à Budapest. Avant de prendre chair et corps dans ces pages, mes émois allaient rencontrer ceux d'un blogueur dont je m'étais épris, boxeur de banlieue, qui nous délectait de ses plans cul de vestiaires, nous bouleversait de ses états d'âmes familiaux, et fédérait toute une communauté avec laquelle des liens durables allaient se tisser...

Pourquoi j'en parle ? Parce que je suis à Budapest, dans l'appartement que j'occupais déjà à l'époque, il y a cinq ans, à deux pas du cybercafé où je commençais et finissais mes journées.

Et que depuis, des flots ont coulé sous ces ponts. Les liens se sont distendus, la ferveur a disparu, les spams ont remplacé la plupart des commentaires, mais qu'envers et contre tout, ce billet est aujourd'hui le 900ème d'Entre deux eaux.

02 mars 2012

mes nuits avec Tamás

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Robuste, fier, le muscle bandé et le manche droit, concentré à son affaire, l'engin bien en main. C'est ainsi la deuxième nuit qu'il passe au dessus de moi. Avec lui, je me sens protégé. J'aime le velu de ses jambes, la rondeur de son fessier, et surtout, la profondeur de son orbite. Plus il se laisse carresser de mon regard, plus je me trouble devant la gerbe qui s'élève au dessus de son manche. Tamás Wichmann, trois fois médaillé olympique en canoë. Nous partageons la même chambre. Lui en noir et blanc un tantinet sépia dans un cadre sous verre, figé dans l'exploit. Moi, alangui dans la chambre numéro 4 qui lui est dédiée.

Par la fenêtre, j'ai une vue imprenable sur le large bassin olympique extérieur, où j'irai à nouveau faire mes longueurs ce matin. Car l'eau, c'est mieux en immersion. Qui dit qu'à mon retour de la douche,DSCN1713.JPG devant l'icône de compétition, je ne vais pas m'abandonner à quelque chavirement onanique ?

L'Hôtel Császár est devenu le havre de mon pélerinage hivernal. C'est un paradis pour les nageurs. Pour 28 euros hors saison, j'y ai ma nuit, mon petit déjeuner, et mes entrées à la piscine. Les lignes d'eau sont toutes réservéées aux nageurs, nous n'y sommes jamais plus de deux ou trois. Il m'arrive même d'y être seul. La température de l'eau est idéale. Si l'air extérieur est froid, à sec la morsure n'est pas trop sensible. La traversée jusqu'au bord du bassin te laisse à peine le temps de la ressentir et de vivre l'immersion dans la chaude caresse enveloppante de l'eau comme une jouissance libératrice.

La fine volute s'estompe vite au dessus de l'eau. Ton regard se heurte à chaque respiration aux façades jaune Habsburg du bâtiment néo-classique qui entoure le bassin. Un paradis, je te dis !

Mon premier bain chaud au Rudas, hier, m'a bien soulagé le dos. Mais que le dos car j'y ai fui les crocodiles égarés et je n'avais pas moi-même une âme de prédateur. J'y retourne cet après-midi, dans les mêmes dispositions.

Hier soir, j'avais acheté de bonnes places à l'Opéra de Budapest pour un Cosi Fan Tutte familial. Un premier rang de trois-quart au deuxième balcon. C'était sans compter avec le vertige de ma belle-mère, qui a du échanger sa place contre un deuxième rang, à la visibilité tronquée mais rassurante.

DSCN1718.JPGAh! et puis en marchant sur Andrassy ut, je suis passé devant cette statue de Jokai, que je dédie à Bougrenette. Elle lui rappellera qu'avant d'être une délicieuse soupe de haricots au lard, Jokai était d'abord un écrivain célèbre d'époque romantique, un Flaubert hongrois, dont je ne sais toujours pas pourquoi on lui attribue le nom de ce plat rustique mais inimitable...

26 février 2012

la Hongrie, l'autre pays des plombiers

L'Europe et le plombier polonais, tu te souviens ? En fait, il était hongrois, le plombier, et je m'en vais t'expliquer pourquoi... Mais c'est vrai que vu de Paris, et depuis la guerre froide, la Pologne et la Hongrie, hein, qui sait où est la différence ?

Tout a commencé mardi matin. Elle m'a pris en me rasant. Non pas l'idée de devenir président de quoi que ce soit - je laisse ça aux narcissiques compulsifs - mais la grippe. Enfin, une sorte de, une virose de l'estomac, il m'a dit, le docteur. J'en étais à rincer les dernières congères de mousse à raser derrière les oreilles quand j'ai été pris de sueurs froides, de sensations mi nauséeuses mi diarrhéiques, un état de malaise à me rouler par terre, et puis la soif, une soif inextinguible.

Ça m'a terrassé. Et j'ai été cloué au lit trois jours. Sans une once d'énergie.
 
Du coup, parfois dans un demi-sommeil, je me suis offert d'écouter in extenso les huit épisodes que Là-bas si j'y suis venait de consacrer à la Hongrie. Vive le podcast ! Une plongée intelligente dans des réalités complexes, que la stigmatisation des dérives populistes et liberticides de Viktor Orban ne suffisent à faire comprendre. Avec Daniel Mermet, la radio prend le temps. Le temps de pénétrer, le temps de rencontrer, le temps de confronter. Une immersion non pas émotionnelle mais factuelle et pédagogique. Il est si rare que je puisse écouter ses émissions, j'ai presque pensé que la grippe avait parfois du bon...

624_341_photo_1325533486129-1-0.jpgOn entendait pour la première fois que si Orban était un dangereux nationaliste, il avait aussi promulgué les lois parmi les plus sociales de ces dernières années, on comprenait qu'il en était ainsi parce que la social démocratie à la hongroise n'était que l'habillage sémantique d'une autre droite, libérale-globaliste, qui a commis un des plus vastes plans de privatisation et de remise en cause des acquis sociaux de toute l'Europe. On comprenait que les règles libérales de l'Union européenne avaient jeté sans vraiment d'alternative tout ce pauvre peuple hongrois dans les bras des seules idées nationalistes, parées de leurs relents racistes habituels. On comprenait qu'on ne pouvait se contenter de crier haro sur les attaques liberticides d'Orban, comme le font également les responsables européens et le FMI, mais qu'il était urgent de crier le même haro sur les solutions libérales appliquées à la Hongrie.
 
J'entendais revivre ce que Zoltan, retrouvé l'été 2007 sur une terrasse naturiste de Budapest, m'avait alors transmis, déjà, de la grande dérive de sa vie.

Et puis jeudi, en début d'après-midi, je commençais à aller mieux, le chauffagiste est venu. Révision annuelle de la chaudière dans le cadre du contrat d'entretien. Il s'est occupé un quart d'heure du chauffe-eau, qui après trois interventions pour pannes cet hiver n'avait besoin de rien, et a pris le café pendant une heure trente. Il avait entendu tout Mermet - privilège des métiers de la route - et était intarissable sur l'Europe, la Grèce, la Hongrie, la politique, l'histoire. On a refait le monde, imaginé le tzigane-hongrois-par-djamtala1.jpgrésultat des élections, partagé nos angoisses devant l'avenir libéral promis par les principaux candidats et les dirigeants de l'Europe, les risques de fascisme, et nos souhaits de rupture. Le débat Mélenchon-Le Pen n'avait pas encore eu lieu.

L'homme était charpenté et jovial. Un vrai maestro de la plomberie. De l'humour à chaque phrase comme tiré d'un film d'Audiard. Une voix du peuple. Indécise mais exigeante. Inquiète mais insoumise. Parfois perdue mais pétrie d'érudition. Une verve à produire de l'espoir. La classe ouvrière. La classe, quoi !

A la fin des années quatre-vingt dix, à ma toute première leçon de hongrois, ma prof avait proposé à notre groupe un jeu original pour nous familiariser avec cette langue. Chacun devait choisir un nom de métier, et elle nous en livrerait la traduction. Je venais de découvrir des problèmes d'eau dans mon appartement de Budapest, alors je choisis "plombier", espérant en secret d'un métier simple une réponse simple.

Et en quelque sorte, c'est toute la complexité cachée des choses qui me sauta à la figure. Tu parles de simplicité : "vízvezetékszerelő", c'est par ce mot que je suis entré dans la langue hongroise !

Il ne faut ainsi jamais oublier que derrière un plombier, il y a toujours un "réparateur de conduites d'eau". Et que ça a le mérite d'être plus clair. Que derrière un plan d'ajustement structurel, il y a toujours un projet de dépossession de richesses populaires par de grandes multinationales occidentales. Que derrière le Mécanisme européen de stabilité, il y a un projet durable d'asservissement des peuples européens à la finance.

Je retourne mercredi à Budapest, ma petite semaine à moi dans la natation et la grande musique. Et les bains chauds. Des fois que j'y croise un plombier aussi limpide pour me remettre la tuyauterie en état de marche...

05 octobre 2011

l'opéra à trois francs cinquante

Roms près de Sofia.jpg

Police judiciaire sous écrou, procureur en examen, journalistes sur écoute, politiques en garde à vue, porteurs de valises au pilori, milliardaires sous tutelle, candidats en déroute, grand banditisme aux aguets... on ne sait plus à quels saints se vouer.

N'aurait plus manqué que Carla accouche le jour de la grève des sages-femmes... ouf !

Et pendant ce temps, la Grèce tombe de Charybde en Scylla, punie d'être asphyxiée, asphyxiée d'être punie, enjointe à une austérité qui la condamne, sous peine d'une exécution immédiate.

Et pendant ce temps-là, les coups de matraque pleuvent.

Et pendant ce temps-là, d'étranges agrégats fascistes expérimentent dans d'autres périphéries européennes, en Hongrie, des camps de travail forcé pour les communautés Roms, nourrissant le projet de pogroms plus assumés.
Et pendant ce temps-là, des philosophes serviles jettent le discrédit sur les urgences environnementales. Faites place, le productivisme n'a pas de temps à perdre !

Et pendant ce temps-là...

On se croirait dans l'Allemagne d'avant-guerre, dans celle de Brecht et de Kurt Weil. L'Opéra de Quat'sous avant l'heure.
D'ailleurs, j'irai samedi soir y goûter dans une version artistique, à ce théâtre des bas-fonds - forcément plus soft que celui de la vraie vie. Ce sera à Sartrouville (pour ceux qui doutent qu'on peut aussi aller voir des productions de qualité en banlieue...!)
Roms de Hongrie.jpgMais au fait, t'ai-je dit que j'étais à la Salle Pleyel vendredi soir ? Loin du marigot mais baigné dans une Hongrie douce et audacieuse : les Danses de Galanta, de Zoltan Kodaly, et le Concerto pour orchestre de Béla Bartòk, deux œuvres empruntes de thèmes folkloriques revisités, avec entre les deux, un surprenant Concerto pour piano de Samuel Barber. Et en plus, pour la deuxième fois en quinze jours, j'invitais in extremis ma maman à ce concert par SMS, grâce aux bons offices de France-Musique (merci le service public !). Maman adore être avec moi. Même à distance.

02 août 2011

la proie, ce prédateur en puissance

naked man.jpg

Je suis retourné aux bains Király. Par acquis de conscience. Et aussi parce que l'ami de Renauld, rencontré à Rudas vendredi, m'avait assuré que bien que mixtes désormais, il arrivait, sous l’œil connivent d'un surveillant complaisant, une fois partie la dernière greluche et malgré le port obligatoire du maillot, qu'il s'y passât des choses... intéressantes. Lui-même d'ailleurs, pas plus tard que le mardi précédent...

Donc, un détour de curiosité s'imposait.

Bien mal m'en prit. Peu de monde, par rapport aux affluences orgiaques que j'y connus. Peu de femmes d'ailleurs. Sept, en vérité, samedi en fin d'après-midi. Deux Hongroises cinquantenaires, qui papotèrent ignorantes du reste du monde, comme elles l'eurent fait un jour réservé aux femmes. Et cinq moitiés de couples, toutes trentenaires, qui ne décollèrent pas de leur homme - hors-mis dans les pièces les plus chaudes ou les bains les plus froids, la témérité étant une vertu qui se suffit à elle-même -, se livrant sur eux à quelque massage du cuir chevelu ou des trapèzes. La plupart, des touristes en proie à l'ennui, dont tu pouvais prévoir le diagnostic mitigé : endroit étonnant, dommage que ce soit si sale...

Bref, pas de quoi me rasséréner d'une visite au Palatinus où dans la journée, sous des rafales de vent violentes et glaciales, hors mis deux kilomètres de crawl et autres nages, je n'eus rien de mieux à me mettre sous la dent qu'un retraité californien qui prolongea charnellement les anecdotes dont fourmille le City Boy, d'Edmund White, que je suis en train de lire. Un peu de chaleur pour un mauvais coup, je n'y perdais pas au change, pardi ! J'ai juste évité de m'interroger sur la responsabilité de sa pension vis à vis de la crise grecque et des instabilités monétaires de la zone euro. Après tout, il n'avait pas son fonds spéculatif en bandoulière.

Depuis la semaine dernière, j'expérimente quelque chose. Je me laisse pousser le bouc. Juste autour de la bouche. Je teste, on verra bien. Je sens que j'arrive au bout d'un glissement et qu'il me faut agir. Entre trahir mon âge d'un poil grisonnant et arnacher mon visage du trait de caractère qui lui manque, je cherche à me redonner un semblant de charme. Je tente. Comme dans un protocole médical. Je prendrai une décision esthétique à la fin du mois.

Tous ces bains, le Gellért, le Rudas, surtout le Király, ont connu avec moi un âge d'or. Ou plutôt, j'y ai eu mes heures de gloire. J'avais trente et un ans. Je pénétrais dans un établissement et les regards convergeaient. Je sentais la convoitise. Je n'en ressortais jamais bredouille. Parfois, je me croyais déjà király,király gőzfürdő,thermes,gay,les crocodiles du király,hongrie,tourisme gayvieux, étant passé à côté de mes vingt ans. Mais m'initiant à un tout nouveau style de vie, mon charme était à son zénith. Il y avait alors dans les bains ces hommes âgés, ventripotents, que l'on appelait les crocodiles et que je ne voyais pas, sachant d'instinct clouer mon regard sur une pêche prometteuse, qui ne m'échapperait pas, et me fermer au reste. Seul leur visage dépassait de l'eau, au niveau du nez et des yeux, ils circulaient lentement, silencieusement, en cercles qui se resserraient autour de toi, les mains trainantes sous l'eau, espérant effleurer - ou empoigner pour les plus audacieux - la partie de toi qui les ferait vibrer. Une fois attrapé ainsi un bout de fantasme, ils se retiraient dans le bain d'à-côté, petit et chaud et se paluchaient entre eux, sans te perdre du regard, pour finir rassasiés. Les jeunes, sans considération pour une condition qui pourtant nous menaçait tous, glosaient sur ces prédateurs inoffensifs.

J'y suçai ou caressai des queues par dizaines, auxquelles je ne sais plus donner de prénom. J'y éperonnai des morceaux magistraux, de toutes nationalités. J'ai été ainsi troublé, samedi, de retrouver sur le banc supérieur de la salle des vapeurs un de ces jeunes couples en maillot de bain, là-même où je fis ma première pipe à Péter, il y a quinze ans, inaugurant ma première vraie liaison homosexuelle.

J'ai plaint ces jeunes couples, livrés à l'ennui, d'être si peu à leur place, d'ignorer tout de leur usurpation, d'être incapables de se fondre dans les scènes dont ils occupaient pourtant la scène, d'en concevoir même de la répugnance.

La page Király semble bien tournée... Le Rudas, tout en regards tamisés, lui a pris la place, c'est évident. Mais je ne suis plus le même.

Désormais, les garçons qui me plaisent m'esquivent sans même me toiser. J'essuie dans l'eau des revers à répétition. En quinze ans à peine, j'ai basculé, changé de rayon. Ventripotence et mains-qui-traînent en moins. A quel moment s'est opéré le glissement ? L'été 2007 fut tendre et truculent. J'y cueillis l'impossible amitié amoureuse. 2009 avait pu encore être un été de jubilation tranquille. Même l'hiver 2010... Quand ai-je franchi la ligne ? Ai-je basculé, ou en en ai-je simplement pris conscience ? Ai-je perdu ma grâce, ou plutôt ma confiance ? La fin du Király, le seul bain où les jeux étaient ouverts, pèse-t-elle sur ma perception ?
Il y a bien-sûr eu Renauld, du bout des doigts, Bernard, l'ingénieur du bâtiment, gouailleur, rieur et rondouillard, à l'audace bien française, un Magyar solide, qui hier m'a pris avec violence tandis que je philosophais seul sous la douche du Rudas sur ma vigueur disparue, Steve, ce vieux beau californien, rapiécé aux tatouages et aux piercings de couturière... des pis-aller.

Budapest ne m'est pas qu'un marigot, ça m'est surtout une paisible retraite, et j'ai su en profiter. Demain, c'est le retour.
Mais mes prochaines chroniques s'intituleront peut-être "mémoires d'un crocodile".

26 juillet 2011

la cure

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Sortie de la piscine, samedi, il est presque 16 heure. Deux gars, la quarantaine environ, minces mais patauds, perdus plutôt, et gênés. Il pleut. Ou presque, je ne sais plus. Ils sont dehors et me voient sortir, les alentours sont déserts. Ils cherchent les bains Király, ils ne savent pas trop comment l'expliquer, alors ils me montrent une feuille imprimée d'un site Internet, d'une page dont je perçois parmi les mots du titre : Gay et Budapest. Ils ont l'air espagnols. L'un d'eux baragouine un peu d'anglais, l'autre non. Ils se concertent dans leur langue. A leur accent, à leur taille, à leur bouille ronde, je les soupçonne plutôt d'être latinos. Le taxi les a déposés là, mais je leur dit que c'est de l'autre côté du pont. Ils sont dépités, alors je leur explique que c'est fini, de toute façon : les bains Király, ce n'est plus un lieu gay. C'est mixte, désormais, chaque jour de la semaine, et les week-ends aussi. C'est fini. Je propose des mots à cette situation absurde : changement de politique, homophobie... Ils blêmissent, se parlent entre eux, je n'y comprends rien. Mon bus arrive. Je voudrais aller au Rudas. Je leur dit qu'au Rudas, oui, il est encore possible de s'y retrouver entre hommes, mais que ce n'est pas d'abord un lieu gay, qu'il faut faire attention. Le bus s'arrête à la station, je leur propose de monter, de me suivre. Hésitation, incompréhension. Ils ont visiblement besoin de faire un point ensemble, ne sont pas prêts pour un voyage aventureux, je cours vers le bus et les abandonne. Ils n'étaient pas mon type.

Ils ont bien fait de ne pas me suivre : le Rudas est en version mixte aussi les week-end, déception. Les samedis et les dimanches, question bains, il ne reste aux gays que leurs yeux pour pleurer, et sans doute le Gellért pour patauger en secret. J'essaierai peut-être demain.

Le lendemain, je n'essaie pas. Pas envie. Pas de goût.

Je ne sais plus vraiment ce que je cherche à Budapest. A traiter mon cœur, mon sexe, ma tête, à soigner mon dos, à retrouver mon corps, mon plaisir, mon désir, je ne sais plus. Je ne sais pas. Budapest, c'est ma cure de tout, ma cure de rien.

J'ai encore nagé 2.000 mètres hier midi. C'était lundi. Encore une fois seul dans ma ligne d'eau. Seul avec ma ligne bleue. J'ai retrouvé mon rythme, c'est déjà ça. En sortant de la douche, je me suis vu nu dans la glace, et je me suis trouvé beau. Sexy. Attirant. J'ai longtemps touché le bourrelet qui m'obsède. Il commence à se fondre dans ma peau, dans mon abdomen. Mon corps réponds donc aussi. Le corps, le rythme. Ce séjour n'est pas perdu. Mon mal de dos est très atténué depuis hier matin. Peut-être la nage, les muscles qui reprennent le dessus. Ou alors le lit, que je viens de changer. Ou alors les premiers effets des thermes, fréquentés jusque là en famille avec Bougre.

Bougre, reviens ! Reviens, s'il-te-plaît !

Je déprime.

budapest,gay;thermes,thermalisme,hongrie,déprime,impuissance,bains király,bains rudas,l'eau des rêvesLundi. J'ai nagé et me voilà au Rudas. Cette fois pour de bon ! L'ambiance feutrée, les corps dénudés, la coupole constellée, les odeurs de souffre... Pendant la première heure, je tourne, je sue, j'observe, je suis observé, j'échange un regard, deux, non, j'oublie, je n'ai pas envie de ça, pas avec ça, pas avec lui. Celui là n'est pas mal, mais j'en ferai quoi ? Je tourne encore, je sue encore, puis me plonge dans le bassin froid. Sauna, bain de vapeur, bain froid, bains chauds... Je connais par cœur les parcours qui me détendent. J'oublie mon dos.

Un jeune est dans cette même frénésie. Plus encore que moi. La trentaine ? brun, beau corps, simple, sans exubérance, sans défaut. Il se laisse facilement voir la quéquette. Au sauna, il déplace son tablier vers l'arrière, comme font la plupart, pour s'asseoir sur un semblant de propre, sur un à-soi. Sa verge est belle, calme. Dans le grand bain central, il fait la planche, bras en croix, son tablier flottant à l'eau qui lui découvre le sexe. Il ne regarde personne. Il n'écoute que son corps, il provoque les regards, évite de peu les contacts, comme par simple mégarde. Il ne regarde rien ni personne. Son corps, lui, seulement lui. Et ses sensations. Il s’assoit. Et il bande. Enfin, il bande. Ignore-t-il les hommes qui le scrutent autour de lui ? Les devine-t-il au contraire ? Devine-t-il ma présence à côté, y a-t-il un rapport entre l'une et l'autre ? Entre ma présence et son érection ? Il ne regarde rien ni personne. Mais il bande. Assis, sous l'eau, sur son tablier, il offre sa verge gonflée, droite, étirée vers la coupole, à ta vue qu'il ignore. Je tente de m'approcher, j'hésite, je le regarde, j'en souris avec d'autres observateurs coquins.

J'abandonne. J'en ferai quoi ? Je le laisse, lui, à ses sensations, aux effets de l'eau sur son entre-cuisse. Plus tard, je le retrouve. Un tout jeune homme est arrivé, au corps sec. Ils se sont vus sans dissimulation, sont allés s'asseoir l'un près de l'autre, et sa main l'a caressé. Je ressens de la jalousie. Du dépit. Un peu de haine. Contre moi-même. Je vais sous les douches, essaie de me branler face à d'autres hommes, des vieux, l'un d'eux hideux, un corps flasque, sans fesse, un abdomen voûté, plissé, un cheveu gras qui lui laisse comme un chignon ridicule à l'arrière du crâne. Une moustache à la Hitler. Dégoût ! Serais-je comme ça, moi, dans vingt ans ? Non, bien-sûr que non. La moustache, au moins, la moustache en moins, elle me sauvera.

Je retourne dans le grand bain. Je fais la planche à mon tour, les pieds sur une marche comme une budapest,gay;thermes,thermalisme,hongrie,déprime,impuissance,bains király,bains rudas,l'eau des rêvesancre pour laisser le corps flotter sans dériver. La coupole étoilée resplendit. Les tessons sont blancs, jaunes, orangés, certains sont verts, d'autres bleus, il y a un rouge fuchsia, un violet... Je les regarde, je les contemple, je m'y noie, j'oublie ce que je fais là, ce que je cherche, je ne sais pas ce que je cherche, je ne veux rien. Je regarde les tessons, ce ciel étoilé au dessus des eaux, je pense aux errances humaines, aux quêtes, aux plus indéfinies des quêtes. Je pense à l'eau, aux mots, je pense à l'eau des rêves, à cette eau qui m'a saisi par la manche dès ses premières pages. A cette eau qui me contamine. Je compare ses fantômes à lui à mes vampires à moi. A mon vampire. Rencontré , il y a quatre ans, et qui depuis se repaît de mon sang, de ma force, qui a vidé mon sexe de son sang, qui hante jusqu'à cette antre où je ne sais plus ni bander ni accrocher un sourire. L'eau des rêves.

Il faut que je te parle de l'eau des rêves (...)

13 juillet 2011

le doigt maléfique

doigt maléfique.jpg

Me voilà donc arrivé. Sur des traces et dans des rumeurs familières. L'accablante chaleur de l'été continental m'y est hospitalière, comme me l'était, en janvier dernier, la rudesse de l'hiver. Igor m'attendait à l'aéroport, et sa mère dans l'appartement avec une soupe froide aux fruits rouge, des darnes frites de silure, et un gâteau aux châtaignes... C'était hier en milieu d'après-midi.

Accroche-toi, parce que là, contre vents et marées, libre de toutes contraintes, libre de mes assouvissements les plus stériles, je vais me lâcher. Et t’inonder. Lire et écrire, c'est à cela que Budapest me réussit le mieux. Après l'eau !

Mon séjour débute pourtant sur une profonde frustration : j'avais hâte d'être là pour me jeter à corps perdu dans les eaux hongroises : les eaux fraîches, toniques et vivifiantes de celles dont sont nés de nombreux champions olympiques, où je m'étais promis de renouer avec une pratique quotidienne de la natation, et ses eaux chaudes, pour soigner mon dos et le reste.

Benjamin m'avait prévenu à la seconde même où nous faisions connaissance, évoquant la toute première grève de l'histoire d'EasyJet qui faisait planer une incertitude sur notre vol : "en voyage, il m'arrive tout le temps quelque chose : je porte la poisse". Et de citer pèle-mêle la rupture d'avec sa copine à la veille de son voyage à Lisbonne du printemps dernier, les visites répétées dans ses bagages de soute, la roue d'un avion qu'il avait fallu changer in-extremis lors de sa précédente expérience avec EasyJet... En installant mon bagage dans le compartiment de la cabine de l'appareil, pour prendre place à côté de lui, puisqu'il avait décidé que je lui concocterai le programme idéal pour ses huit jours de vacances à Budapest, étant entendu qu'il ne pouvait pas rater l'occasion de finir d'emballer sa nouvelle copine qui le rejoindrait le surlendemain... Une brusque douleur au dos, un faux mouvement, mon doigt qui se retrouve coincé je ne sais pas trop comment, et le long de l'ongle de l'annulaire gauche, côté intérieur, un lambeau de peau et de chair abandonné en sacrifice sur l'autel de la poisse promise... Notre vol pouvait désormais se dérouler en toute quiétude !

J'ai géré la plaie comme j'ai pu dans le tumulte de l'embarquement puis pendant le vol, l'ai aspergée de Betadine à mon arrivée, et me voilà interdit de bassin pour quelques jours...!! Et ça, ce n'était pas prévu du tout du tout... Quelle déception !

Benjamin avait au moins pour lui dans le regard un mélange improbable de profond et de juvénile, un poil joliment blond sur d'attirants genoux déjà hâlés, un sourire généreux et un don devenu rare pour la spontanéité. En deux heures de vol, plus les démêlés de l'embarquement, nous avons eu le loisir de reprendre deux ou trois versions de son programme, de comparer les devis de travaux de l'appartement de sa copine et ceux de ma maison, d'échanger quelques rapides impressions de voyage. Son goût pour les femmes n'a malheureusement pas semblé flancher une seule seconde. Connaissant bien les Hongroises, je pressens que ça copine ferait bien d'arriver fissa, en effet !

A J+1, je soigne ma blessure, surveille sa cicatrisation, retrouve la famille avec délectation. Dans les quartiers pavillonnaires où nous avons retrouvé aujourd'hui la sœur d'Igor et les siens, les rues sont jonchées de flaques de cerises écrasées, les branches ploient sous le poids des pêches et des abricots. Je goûte sans m'en rassasier à cette nature et à sa prodiguialité à même la ville...

Benjamin ne m'a pas encore envoyé de "rapport circonstancié". Mais il me l'a promis.

15 février 2010

Bertrand (2) mon premier confident

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Voilà à présent ma rencontre avec Bertrand.

[C'est vrai que je ne lui doit rien, à fillot ! (Toujours cette satanée histoire de dette, sans doute...) Mais bon, je le lui avais promis... Et quand tu lis ça, que tu découvres les douze ans qu'il a à décadenasser, alors tu te dis qu'il n'y a pas de trop d'un coup de pouce, sans obligation de résultat, mais disons avec obligation de moyens.]

Bertrand, donc. J'en ai planté le décor, matériel et psychologique. Résumé de l'épisode précédent : je vivais, je souffrais, j'étais un tigre en cage, habité par l'idée de la mort... Il me fallait un appel vital.

Et puis un jour, je sortais bredouille des bains Gellert, aux lourdes sophistications de style art nouveau. J'avais traversé le pont Szabadság, je cherchais un petit restaurant. L'hiver finissait à peine, une belle lumière baignait la torpeur de ce dimanche matin, mais il faisait encore froid. Je m'arrêtais devant des vitrines pour lire des menus. Je remarquais derrière moi un jeune homme. Charmant, châtain, les cheveux longs. Après un moment, il n'y avait plus de doute : il me suivait. Lorsqu'il a été sûr que je l'avais remarqué, il a pris une autre direction, et c'est moi qui me suis mis à le chercher, restant à une encablure. Il s'arrêtait, je démarrais, il démarrait, je m'arrêtais, et puis le premier je suis venu à sa rencontre pour lui demander s'il parlait anglais.

Il ne parlait qu'hongrois. Je n'en bredouillais quasiment rien, et lorsque nous sommes entrés dans un restaurant, il a pris les choses en main pour passer la commande. Il a laissé passer bien un quart d'heure, le temps que je parvienne à lui demander deux-trois bricoles, puis il s'est mis à me parler en français comme toi et moi, fier de m'avoir fait marcher si loin. Au sens propre comme au figuré. C'est la première fois que j'avais suivi quelqu'un dans la rue. Lui m'a dit que c'est un jeu qui l'amusait en général.

Il est venu à la maison à 14h. A 15h, nous avons fait l'amour. A 16h, j'étais séduit par l'hyper sensibilité de son corps. A 17h, au repos, je jouais avec ses longs cheveux, ils étaient pour moi quelque chose de nouveau. Et c'est à 18h que je tombais amoureux. C'est ma cadence. A 19h, il reprenait un train vers Salgótarján, presque 200 km au delà de Budapest, non loin de la frontière slovaque. Il oeuvrait auprès d'une association de travail social comme volontaire du service national.

Dès le vendredi soir suivant, mon travail terminé, je le rejoignais dans cette ville ouvrière de province, déjà profondément marquée par les premiers stigmates de l'économie libérale. Nous nous sommes vus ainsi plusieurs fois, les épisodes sont assez confus dans ma tête et je ne saurais simplement les remettre en ordre. J'ai le souvenir d'une nuit, le printemps devait être déjà bien avancé, nous étions allés avec son amie Karine dans une région proche d'Éger où les bains chauds sont en pleine nature, ouverts au public, sans aménagement. On se déshabille près des arbres, seule la lune éclaire les lieux, le sol est boueux, puis l'on s'immerge dans une eau très chaude, une forte odeur de souffre autour de soi. Je crois que nous ne faisions déjà plus l'amour, à ce moment-là, une histoire de compatibilité, aujourd'hui on dirait je crois que ça va pas coller, mais là dans cette eau radioactive, nos corps nus réveillés par la chaleur, en suspension, se laissèrent aller et je me souviens de l'infini plaisir que j'avais pris à le caresser. Je me souviens aussi qu'il avait fait la planche et que son érection en avait été sublimée.

Je l'aimais, c'était évident, mais j'aimais surtout cette autre image de l'homosexualité qu'il me donnait à voir. Il vivait une amitié simple et profonde avec Karine. Il me parlait de ses parents, en Lorraine, avec qui les choses étaient tendues, mais envers qui il n'aurait pu concevoir de ne pas être dans la vérité. Il me parlait aussi de sa soeur, de la psychanalyse qu'il avait suivie, il disait des choses qui me troublaient sur l'accord avec soi-même, sur le regard des autres qui était rarement ce qu'on s'en figurait.

295339414_5d37df0ee2.jpgC'est à lui que j'ai dis un jour avoir des idées de mort à cause de l'impasse où je me trouvais, que je pressentais avoir besoin d'être amoureux, de pouvoir m'appuyer sur quelqu'un pour mettre en œuvre l'inéluctable que je sentais grandir en moi, avoir des bras vers lesquels venir me lover une fois la chose dite. Il devint en fin de compte mon premier ami de l'intime, mon premier confident, le frère à qui je n'avais su rien dire, le meilleur pote, la mère prête à donner son jupon en toutes circonstances... Laurent aurait pu être celui-là, mais il s'était dérobé.

Je mûrissais. Tellement, que des parties de moi commençaient à se nécroser. Ma double vie me répugnait. En parlant avec lui, j'ai compris une chose essentielle : je devais dépasser plus que les préjugés sur l'homosexalité : l'idée du mensonge. J'ai pris avec lui conscience que j'avais d'avantage peur du regard sur mes quatorze ans d'unions usurpées avec des femmes, que sur l'homosexualité. Au fond, homosexuel, je n'y pouvais rien, mais la lâcheté...!

Je ne saurais plus du tout dire par quels mots il m'a permis de dépasser ce mépris de moi-même, à ce moment-là, mais je sais qu'au cours d'une discussion avec lui, au milieu du printemps, j'ai pris la décision, ferme, de parler dès mon retour suivant à Paris. Cette décision, je ne l'ai prise qu'une fois, et je l'ai tenue.

Armelle m'a aidé, et elle mérite que je lui rende hommage. Elle avait vu mon malaise et avait pressenti que j'avais dans la gorge un gros morceau à lâcher. Elle m'a simplement dit : "oh, oh, je crois que tu as quelque chose à me dire", j'ai simplement répondu "oui", en m'étouffant, mais dès lors, je ne pouvais plus reculer. J'ai raconté ici sa noble patience, et comment elle a à la fois été triste et soulagée de mon aveu imprévu. Armelle est restée une grande amie, elle a passé le nouvel an à la maison et se trouve, au moment même où j'écris, à Budapest pour quelques jours de vacances dans une ville qui ne lui aura donc pas laissé de si mauvais souvenirs.

Et il y a non loin une autre fée, bien carrossée, qui sait que je pense à elle, en parlant de ça, et à sa vérité récoltée bien longtemps après sa queue de poisson à elle...

En tout cas, πR, il y a une chose que je retiens de toute cette traversée, de ces inutiles tourments, et des sombres nœuds que je collectionnais. C'est que l'on m'aimait et que l'on a continué à m'aimer. Que je me voyais anormal, et que l'on ne m'a ensuite vu que très normal. Que je me voyais lâche et que l'on ne m'a vu que courageux. Que je me méprisais et que j'ai alors commencé à m'aimer un peu. A m'accepter en tout cas, même dans un miroir. Une sorte de photo de moi à Barcelone que je pouvais garder dans le creux de ma main et regarder sans rougir. Que j'avais été con !

Ça n'a pas fait de la vie un long fleuve tranquille, mais ça l'a affranchie d'inutiles chausse-trappes. Et treize ans après, fort de cette traversée, je me sens l'âme d'un Bertrand à mon tour...