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15 juin 2013

de l'inégale répartition des corps

livre_blanc_cocteau_1930_IV.jpg

Je n'étais pas comme Gilles au milieu du 4ème rang, ce mercredi, mais au milieu de l'avant dernier, juste devant la régie, dans une salle surchauffée, pleine à craquer. Mais le Théâtre de la Ville a l'avantage des grandes salles modernes : frontale, on y voit bien de partout et l'on n'est jamais trop loin. Mercredi, je m'y suis donc délecté de ce Kontakthof, de l'esprit professionnel et rieur que lui insuffle la compagnie du Tanztheater de Wuppertal, même en l'absence de son égérie disparue.

Peut-être te souviens-tu de cette pièce du théâtre du Campagnol d'où avait été tiré un film en 1983 : le bal. Il donnait lieu à toute une série de figures de style sur les comportements, les techniques d'approche, l'engagement dans la danse. Le parquet y était un miroir aux caractères, aux névroses, qui y éclataient toujours malgré les jeux de rôle qui voulaient en constituer le verni. C'est donc cinq ans plus tôt que Pina Bausch avait créé, sur de désuets tangos argentins et la valse triste de Sibelius le jean cocteau,rso,le livre blanc,kontakthof,pina bausch,théâtre de la ville,théâtre nout,rainbow symphony orchestra,homophobieconcept initial. L'oeuvre se déploie dans une langueur tranquille, l'espace y est carré, constitué d'angles droits, de chaises alignées, d'un écran derrière un rideau et de diagonales humaines, le public est le miroir des WC au dessus du lavabo où se rassurent les égos, les femmes y ont des tenues colorées quoiqu'une fois elles s'essayent au noir, les hommes ne se départissent pas de leur costard cravate. Sauf un jeune, timide audacieux, embarqué à distance dans un strip poker virtuel qui va le conduire, ainsi que sa partenaire cachée à l'autre coin, vers la nudité totale, enjouée plus que honteuse, au milieu d'autres intrigues indifférentes.

On dit la compagnie fatiguée, sur-sollicitée, sillonnant les salles du monde pour maintenir vivace le répertoire de Pina Bausch. C'est vrai qu'elle a une âme particulière, cette troupe. S'y mêlent des jeunes et des vieux, des figures historiques et de nouveaux danseurs, des hommes et des femmes de toutes langues. J'avais vu de Pina son Orphée et Eurydice, par le ballet de l'Opéra de Paris, l'an dernier. Ça avait été beau, léché, impeccable. Mais jouées par le Wuppertal, ses pièces ont un relief particulier, rugueux, les regards y sont généreux. Je n'y ai vu le signe d'aucune fatigue. Et il attire les foules, puisqu'il avait fallu se lever très tôt pour en décrocher le sésame, un mois plutôt. Grand organisateur de la queue, j'étais flatté de retrouver, dans certains sourires de la dernière rangée, la reconnaissance pour cette action. Notamment de la part d'un jeune homme au sourire enjoleur qui m'avait reconnu.

Avant-hier soir, j'étais parti voir un autre spectacle, d'une brûlante actualité pourtant. Dans le Livre blanc, jean Cocteau, son auteur d'abord anonyme, raconte son homosexualité et interroge la relégation que lui vaut sa différence. On lit dans la presse (en l'occurence dans le numéro de juin de La Terrasse) que la pièce est belle, que la mise en scène est audacieuse, que la distribution n'y a pas froid aux yeux.
 
Le petit Théâtre Nout, qui l'a inscrite à son programme et à son répertoire, a su créer dans ses murs 07.05-Cocteau-LeLivreBlanc.gifune atmosphère cossue, mélange d'années 20 et d'ambiance orientale, le chant d'Oum Kalthoum reliant ces ornements dans un même bien-être. Les comédiens de la pièce, jeunes et espiègles, habits, accents et maquillages apprêtés, t'y reçoivent avec délicatesse : un travesti t'offre ses services, le caissier flatte ta bonne mine, un prêtre bénit ta soirée à venir... Seulement voilà, l'Ile-Saint-Denis a beau être à quatre ou cinq minutes de la Gare du Nord en RER, le théâte se trouve de l'autre côté du périphérique. Pas loin, mais de l'autre côté. Dans le neuf-trois, circonstance aggravante. Et pour finir, jeudi était jour de grève à la SNCF : je me suis donc retrouvé, quoique bien entouré dans l'obsurité tamisée du théâtre, seul spectateur. Nous n'étions pas vingt, nous n'étions pas dix, même pas cinq ou deux. J'y suis resté absolument seul et la représentation a naturellement été annulée... Quel contraste avec le Théâtre de la Ville la veille !
 
J'ai du coup un peu discuté avec le metteur en scène et directeur de ce petit théâtre de banlieue, Hazem El-Awadly, qui monte Pinocchio pour les enfants et Cocteau pour les adultes dans la même semaine, dont le théâtre est comme un jardin public où les familles qui s'y pressent en journée ne se doutent pas des corps qui secrètement s'y frottent une fois la nuit tombée, et avec elle toutes les déviantes obscsénités.

Le programme du spectacle établit un parallèle entre les douloureuses esquives de Cocteau à l'époque, et le martyre toujours imposé aux homosexuels d'Egypte, dont 50 viennent d'être à nouveau déférés devant la justice égyptienne pour "débauche" et "insulte à la religion", auxquels l'on comprend que Hazem El-Awadly s'identifie.

Je suis donc bon pour y retourner, accompagné cette fois d'au moins deux partenaires pour y sécuriser ma représentation, à laquelle je n'ai pas renoncé même si cette banlieue-là se trouve à l'exact opposé de la mienne.

llnconnu-du-lac2-tt-width-604-height-400-attachment_id-402045.jpgEn ces temps de réveil homophobique, où peut même être interdite l'affiche anodine d'un film qui aborde le sujet de la drague ailleurs que dans une salle des fêtes hétérosexuelle un soir de bal, il fait bon soutenir les initiatives audacieuses.
 
Au moins, les Eglises réformées de Paris acceptent-elles encore de recevoir en leur sein les concerts de musiciens ouvertement gays, lesbiens, ou engagés dans la lutte contre l'homophobie. Ce n'est déjà plus exactement le cas en Hongrie, par exemple, d'après deux amis que j'y avais emmené au concert dimanche.

Ah, car cela, je ne t'en ai pas encore parlé. C'était pourtant le week-end dernier : le RSO tenait ses ultimes concerts de la saison, avec à l'affiche une Ouverture romantique de Weber et la Symphonie inachevée de Schubert. Entre les deux, des pièces courtes, modernes pour la plupart, jouées alternativement par les cordes ou les vents. Car après les fastes de l'année dernière, Salle Gaveau ou Palais de l'UNESCO pour marquer les dix ans du RSO, l'orchestre avait opté pour un programme plus introspectif. Le Temple des Batignoles a une voute assez basse. La réverbération est directe, les sons sont projetés très bas, ce qui n'est pas forcément simple pour les musiciens. Débarrassé d'un écho encombrant, le spectateur jouit en revanche d'une puissance sonore exceptionnelle sans perdre la clarté accoustique des pupitres.

Le programme donnait sa place à la singularité instrumentale. Le chef John, dont l'accent fait craquer invariablement les amis et amies qui m'accompagnent, jouait de surcroit d'une partition pédagogique pour rendre plus digeste les petites pièces de Roussel (Sinfonietta) et de Darius Milhaud (Petite symphonie de chambre n°5). C'est agréable et efficace, car chacun sort du concert à la fois réjoui et heureux d'avoir mieux compris de quoi la magie musicale est l'amalgame.

Outre la remarquable performance des musiciens, les soli de Jean-Christophe au hautbois, dans la Symphonie inachevée m'a beaucoup touché, tout comme cette composition, pourtant fort connue, dont il ne m'était encore jamais apparu que la mélodie était annoncée à chaque fois par les basses, avec à la clé une magnifique partition pour les violoncelles.

L'Eglise n'était pas vraiment remplie, ni samedi ni dimanche, mais il y avait dans l'air tourmenté de ce faux printemps, idéologiquement maussade avec ses invraissemblables giboulées fascistes, un petit quelque chose de l'ordre de la convivialité.
 
D'ailleurs, John, qui partageait sa baguette avec Alexis, l'autre chef du RSO, s'est offert d'accueillir et d'installer lui-même les spectateurs à leur arrivée. Une petite touche d'hospitalité, de proximité et de tendresse, sécurisante dans ce monde de brutes épaisses.

19 février 2013

deux anges au secours des bains Gellért

les deux anges et le pagne de coton.jpg

Bon ben voilà, c'est l'heure de faire une croix sur les bains Gellért. Ça fait longtemps que ça couvait. Le plus beau des établissements thermaux de Budapest, celui qui porte le mieux les traces du sécessionnisme architectural, d'une ornementation en émail sans pareil... Il fallait bien finir par le donner aux touristes. Ou plutôt, le leur vendre. Et à bon prix. On y entre désormais pour deux fois plus cher que partout ailleurs, et la totalité de l'endroit est mixte. Maillot obligatoire, on est prié de venir avec greluche et compagnie. Même la section aux bains de vapeur, où pourtant certains s'aventuraient pour se rincer l’œil, ni vu ni connu, bobonne disposant de sa propre section pour femmes, est désormais rendue aux familles... Après le Kiraly, la chasse aux pédés continue, mais au final, c'est toute une population locale, habituée de longue date, qui est chassée des lieux.

Pour moi, ça restera le bain où pour la première fois je laissais une main d'homme s'approcher et me caresser, dans le grand bassin à 38 degrés. J'avais trente et un, trente-deux ans, et mon cœur battait à 150. Ça restera une atmosphère où, ensuite, je n'avais qu'à me baisser pour y trouver un plan. Mon épuisette n'y revenait presque jamais vide, et beaucoup devinrent de vraies liaisons. Ça restera le jeune et vigoureux administrateur du Kampinsky, qui cherchait à ajouter du piquant à la relation qui le liait au correspondant du New York Times : je garde un souvenir ému de la prière dite à table, le soir où je connus avec eux mon premier plan à trois. Ça restera Gabor, le premier qui me fit découvrir la sodomie, dans laquelle il investissait une énergie que je ne retrouverai plus... Ça restera Misi, une de mes premières déceptions car j'ignorais alors qu'il fut possible de se lasser en amour...

J'avais l'air un peu con, cet après-midi, à demander mon pagne en coton aux garçons de bains, à l'entrée de la section "vapeur". Ils m'ont expliqué que le maillot était maintenant obligatoire. Je tombais des nues et de toute façon je n'étais pas équipé. J'ai demandé si je pouvais y entrer nu, ils m'ont donc répondu que c'était désormais mixte. Ils m'ont invité à louer un maillot à l'entrée, ce que je n'étais pas prêt à faire, préférant envisager de me faire rembourser les 20€ déboursés. Ils m'ont alors tendu un grand drap, de ceux qui sont mis à disposition pour se sécher, et devant mes yeux ébahis m'ont invité à rentrer dans les bains avec. Je n'avais plus d'échappatoire.

J'étais seul dans cette tenue. J'avais plié le drap en quatre dans le sens de la longueur pour qu'enroulé autour de ma taille, il ne descende pas plus bas que mi-cuisse. La greluche s'est vite faite repérer, avec son maillot une pièce, ou deux pièces, le plus souvent fleuri et coloré, parfois avec son petit bonnet sur la tête. Note qu'elle n'y était pour rien, la greluche, ignorante de toute la volupté gâchée, se laissant juste gagner par la magie des espaces, des ornements et des parcours relaxants qu'elle pouvait là se concocter.

Me restait l'eau chaude, pour ne pas perdre tout mon droit d'entrée, résigné à laisser filer le temps.

GellertBaths01.jpgLe corps principal de la section vapeur est composé de deux grands bassins qui se font face, avec entre les deux, une allée carrelée, bordée des deux grands escaliers concaves qui plongent de part et d'autre dans les bassins. L'un d'eux, à gauche en entrant, est à 37 degrés. L'autre, initialement à 38, comme il est gravé dans la mosaïque qui le surplombe, a été poussé à quarante, histoire sans doute de complaire à la greluche, toujours friande de grandes chaleurs. C'est toutefois là que je les ai vus.

Dans le mur du fond, face aux escaliers, et bien centrées, sont installées deux fontaines, presque symétriques. De grandes niches voutées de plus de angels on tortue gellert.JPGtrois mètres de haut, creusées dans chacun des murs, se font face, à l'intérieur desquelles une fontaine balance trois jets depuis la gueule de félins en bas-relief. Au dessus des jets, les figurines diffèrent. A gauche, un ange debout porte une cruche. A droite, sur une tortue d'eau, deux petits anges sont assis en amazone, blottis l'un contre l'autre, et regardent avec inquiétude, sous eux, le chemin où s'engage leur monture. Le mur est couvert de grands carreaux de céramique bleu émeraude, à la jointure desquels sont incrustés des médaillons de couleur, en damiers. La voute est bordée de motifs naturalistes. Les anges sont émaillés de la couleur de la peau. Ils étaient là, dans le bassin de droite, sous le regard inquiet des angelots protecteurs, semblant s'impatienter dans leurs quarante degrés de fausses pudeurs.

Je ne sais pas ce que le plus glabre des deux a remarqué en premier de mon désarroi, de mon pagne exotique, ou de mon orientation sexuelle. Ce qui est sur, c'est que me voyant, il a pensé son après-midi peut-être sauvée. Je n'avais plus trop le cœur à batifoler. Et puis quand je vois un couple, j'ai toujours l'impression qu'ils ne peuvent rien chercher de mieux à se mettre sous la dent, vieux jeu que je suis. Je suis allé me chauffer au sauna. Et là, ni une ni deux, qui vient s'asseoir près de moi, dans la salle du milieu où j'étais seul, non pas sur la grande banquette restée vide, mais sur le petit côté où l'on ne pouvait que se frôler ? Mon grand Michel, c'est son nom, il me le dira plus tard, dans son petit maillot noir qui déjà l'encombrait.

Bref, contre toute attente, nous finîmes dans une cabine de douche. D'abord juste Michel et moi. Puis avec Daniel, le deuxième ange, son ami.

Michel aime se masturber pendant qu'on lui lèche les couilles, c'est son truc. Daniel aime être sucé à gorge profonde, et diriger lui même, impérial, le mouvement de la tête et de la bouche. Normal, donc, qu'ils aient eu besoin d'un troisième larbin...

Au Rudas hier, le gars aimait avaler le foutre avant de se faire masturber ivre de ce nectar. Un autre aimait être masturbé en tenant une bite dans sa main.

Et moi, je ne sais pas ce que j'aime. Je sais ce que je n'aime pas. Je n'aime pas qu'on me pince les tétons, ça me fait mal et je débande aussitôt. Je n'aime pas trop d'insistance sur mon gland : il devient vite douloureux. Je n'aime pas qu'on m'oblige à sucer du fond de la gorge. Daniel m'a refroidi, même si j'ai joué le jeu. J'aime être enculé, mais plus par fantasme que par réelle expérience du plaisir. J'ai peu éduqué mon anus à l'élasticité qui sied à l'exercice. J'aime, ou je n'aime pas. Ce n'est jamais très clair. Ça dépend aussi de la consistance du membre, de sa taille, de sa forme, de sa vigueur, ça dépend de la constitution des couilles, toutes ne sont pas nécessairement affriolantes, ça dépend de l'abdomen et de la gueule du bonhomme. J'aime, ou je n'aime pas. Ce n'est jamais très clair.

Je me retrouve ici mettre à jour mes connaissances dans ce domaine. J'up-date mon logiciel sexuel, loin de toute urgence. Y voir plus clair. Et me reconnecter à moi même. Peu importe s'il faut commencer par se perdre un peu.

Je n'irai plus au Gellért. Sauf peut-être pour y accompagner des amies. C'est dommage, les deux anges à la tortue venaient enfin de se trouver des prénoms.

30 janvier 2013

"aucune différence ne doit servir de prétexte à des discriminations d'Etat"

Olivier, lecteur-veilleur de ce blog, m'a permis de découvrir en léger différé le discours de Christiane Taubira à l'Assemblée Nationale, hier. La ministre y a sobrement donné une belle leçon d'histoire et de dignité. Et Olivier d'ajouter :"C'est ce qui s'appelle poser le débat, ça fait du bien, ça change des invectives"

Je ne résiste pas au plaisir de partager ces 28 minutes de grande clarté. Chapeau!

 


15 janvier 2013

MPT, PMA, MGB et autres bons enfants

manif pour tous.jpg

Le pire, c'est ça. Ces bons enfants, là. Sourire, famille, décontraction. Juste la vie ordinaire. Juste la vie rêvée. C'est ça le pire. Ils auraient eu des figures hirsutes, ils auraient eu les oripeaux de la bondieuserie ratatinée, le faciès fascisant, au moins, on aurait su qu'ils ne nous aimaient pas. Même pas mal, en prime : on le savait déjà ! Mais non, ils étaient là, avec des ballons bleus, des pancartes roses, des mouflets sur les épaules. Ça dansait la carmagnole, c'était joyeux. Et du coup, c'était violent. Affreusement violent. Ils ne s'en rendaient pas compte, ivres de la foule qu'ils étaient, mais du coup, c'était quasi-criminel. Ils nous aiment bien, hein. Mais juste à notre place. Juste pas avec les même droits. Juste parce qu'on menacerait la famille, l'équilibre de la société, voire la paix mondiale. Mais ils nous aiment bien. Ils sont même prêts à nous laisser le PACS, tiens, tout exprès, même s'ils ont oublié qu'ils n'avaient pas voulu en entendre parler il y a quinze ans. Ils nous aiment à notre place. En souffrance, même. C'est bon pour la compassion, la souffrance !

Un enfant, c'est un père, et une mère, voilà. Le maximum filial comme minimum vital. En dehors de ça, on ne sait pas, prions pour eux.

Pourtant, j'attends encore les statistiques : les statistiques des salauds, par exemple. Les fils de putes : combien sont donc fils de pédés, ou de lesbiennes, les fils de pute ? Les Staline, les Hitler, les Mussolini, les Polpot ? Allez ! Dans ces quatre-là, juste ces quatre, a-t-on un seul fils de pédé ? Élargissons la liste alors : Prenons les Ben Laden, les Georges Ibrahim Abdallah, prenons les Khadafi, Kim Jung Il et autre Pinochet. Prenons les tueurs en série, tiens, ces jeunes fous venus tirer à bout portant dans les écoles elephant-splash1.jpgaméricaines pour les mémorables carnages de ces dernières années... prenons les tous, tous, et voyons voir : combien de fils de pédés, combien de fils de gouines ? On a les statistiques ? Non, rien ? Dommage !

Alors partons sur autre chose. Si les homos, ça ne fabrique pas des criminels, il doit bien y avoir autre chose, une autre raison de s'y opposer, à ce foutu mariage gay, non ? Ça fait des malheureux et des malheureuses, c'est ça. Des paumés peut-être. Des asociaux. Ou des homosexuels encore... Ça fait des dépressifs. Des anorexiques. Des suicidés... Ah, là on a des chiffres ? Comment non, rien ? Rien de rien ? Ah si, 59 études ont été menées en Amérique ces dernières années. Leurs résultats ont été compulsés, et ils sont édifiants. Même taux de normalité, même taux de difficultés. Un peu moins d'homosexuels chez les fils et filles d'homo. Un peu moins de mariage aussi à l'âge adulte, mais un peu plus de vie en couple. Un peu moins de suicides aussi... Bien sûr, les lobbys catho ont financé les contre-expertises qui s'imposaient, la technique des marchands de doutes est bien connue : l'homo-scepticisme, après le climat-scepticisme. La ficelle est bonne pour tous les sujets, suffit d'y mettre le prix, et le référencement sur Internet ! Mais les fais sont têtus, et eux, ils n'ont pas de prix, même s'ils n'ont pas de réseau !

Alors le suicide, parlons-en ! Ils y pensaient, ces bons-enfants du tout-Paris, au suicide, quand ils étaient dans la rue ? Ils y pensaient à tous ces mômes, qui traversent dans la souffrance la découverte de leur homosexualité, qui se sentent hors du monde parce que leur monde les rejette, le monde en rose et bleu, le monde des bons-enfants ? Le monde qui ne leur veut pas de mal, hein, qui est même prêt à les tolérer, pourvu qu'on reconnaisse bien qu'ils ne sont pas pareil, qu'ils n'ont pas droit à la famille, peut-être même pas à l'amour ?

Ils y pensaient à l'envie de mort qui les taraude, ces jeunes, tant ils n'ont ni la force ni l'envie de se révolter contre tant de gentillesse, tant compte l'amour des leurs et tant ils ont peur de le perdre qu'ils ne voient pas d'autre issue que celle de disparaître sans laisser de trace au milieu de la joyeuse carmagnole ?

Un jour de printemps des années quatre-vingt, au milieu d'une joyeuse fête dominicale dans le patio de notre maison, au milieu d'une franche rigolade j'ai entendu mon père lancer à la cantonade "le jour où je te vois une boucle à l'oreille, je te déshérite, mon fils !" C'était une boutade. Si loin de sa pensée, de son amour et de sa tolérance. C'était les années quatre-vingt. C'était une bouffe entre quarantenaires avancés. Un peu de vin et beaucoup de rires. Ce jour-là, personne n'a rien vu, peut-être même pas moi, mais j'en ai pris pour dix ans. Dix ans à ne pas imaginer possible un coming out. Dix ans à espérer la mort comme une délivrance. L'ambiance avait été bon enfant. Sur le moment, le coup ne m'avait pas fait mal. Les ballons auraient pu être bleus et roses, il y avait du monde et des rires. C'était juste ça, le pire, que mon père ne m'offre rien contre quoi me révolter. J'étais lâche et il ne me restait que le ravalement. De salive, et de façade.

Moi, je m'en suis sorti, mais je n'arrête pas de penser à ceux qui ont le courage d'aller au bout de leur désespoir. Leur seule arme contre les bons enfants. Et la seule statistique qui justifie qu'on aille au bout de l'égalité des droits.

Allez, le 27, on reprend notre revanche. Pas dupe de l'opération diversion que cela représente pour Hollandréou et son gouvernement à l'heure de toutes les capitulations sociales. Les socialistes ont renoncé à inscrire la procréation médicalement assistée dans la loi, alors qu'elle se pratique légalement en France depuis trente ans - histoire sans doute qu'on continue un peu à culpabiliser, quand même. Normaux, oui, mais pas tout à fait tout à fait...

Je suis content que ce soit Marie-George Buffet qui tienne bon sur ce coup-là, j'espère qu'il y aura du monde à gauche pour soutenir son amendement en faveur de la PMA...

12 novembre 2012

"le pire, vous vous en occupez déjà très bien"

virginie-despentes.jpg

Parue aujourd'hui sur tetu.com, en réponse à un Lionel Jospin, homophobe sans le dire...

Je signe des deux mains et des deux pieds, de ma tête, de mes couilles, et de tous les poils de mon corps. Bravo, Virginie Despentes :

«Alors, cette semaine, c'est Lionel Jospin qui s'y colle. Il trouve qu'on n'entend pas assez de conneries comme ça, sur le mariage gay, il y va de son solo perso. Tranquille, hein, c'est sans homophobie. Il n'a pas dit qu'on avait le droit de casser du pédé ou de pourrir la vie des bébés gouines au lycée, non, juste, il tenait à signaler: attention, avec le mariage, on pousse mémé dans les orties. «L'humanité est structurée sur le rapport hommes femmes.» Juste, sans homophobie: les gouines et les pédés ne font pas vraiment partie de l'humanité. Ils ne sont pourtant pas stériles - mais comme ils ne vivent pas en couple, ce n'est pas de l'humain pur jus, pas de l'humain-humain comme l'est monsieur Jospin. Ce n'est pas super délicat pour les célibataires et les gens sans enfants, son truc, mais Jospin est comme ça: il a une idée forte de ce qu'est l'humanité, et l'humanité, c'est les femmes et les hommes qui vivent ensemble, copulent et produisent des enfants pour la patrie. C'est dommages pour les femmes, vu que, in fine, cette humanité là, c'est l'histoire de comment elles en ont pris plein la gueule pendant des millénaires, mais c'est l'humanité, que veux tu, on la changera pas. Et il faut bien l'admettre: il y a d'une part la grande humanité, qui peut prétendre aux institutions, et de l'autre, une caste moins noble, moins humaine. Celle qui devrait s'estimer heureuse de ne pas être persécutée, qu'elle ne vienne pas, en plus, réclamer des droits à l'état. Mais c'est dit sans animosité, hein, sans homophobie, juste: l'humanité, certains d'entre nous en font moins partie que d'autre. Proust, Genet, Leduc, Wittig, au hasard: moins humains que des hétéros. Donc selon Lionel Jospin, il faut que je comprenne, et que je n'aille pas mal le prendre: depuis que je ne suce plus de bite, je compte moins. Je ne devrais plus réclamer les mêmes droits. C'est quasiment une question de bon sens.

je n'avais pas encore pensé
à ne plus me définir comme
faisant partie de l'humanité.
Ça va me prendre un moment avant de m'y faire

Mais c'est dit sans homophobie, c'est ça qui est bien. Comme tous les hétéros qui ont quelque chose à dire contre le mariage gay. C'est d'avantage le bon sens que l'homophobie qui les pousse à s'exprimer. Dans ce débat, personne n'est homophobe. Ils sont juste jospin homophobe sans le dire.jpgcontre l'égalité des droits. Et dans la bouche de Jospin on comprend bien: non seulement contre l'égalité des droits entre homos et hétéros, mais aussi contre l'égalité des droits entre femmes et hommes. Parce qu'on est bien d'accord que tant qu'on restera cramponnés à ces catégories là, on ne sera jamais égaux.

Je m'étais déjà dit que je ne me voyais pas «femme» comme le sont les «femmes» qui couchent gratos avec des mecs comme lui, mais jusqu'à cette déclaration, je n'avais pas encore pensé à ne plus me définir comme faisant partie de l'humanité. Ça va me prendre un moment avant de m'y faire. C'est parce que je suis devenue lesbienne trop tard, probablement. Je ne suis pas encore habituée à ce qu'on me remette à ma place toutes les cinq minutes. Ma nouvelle place, celle des tolérés.

Au départ, cette histoire de mariage, j'en avais moitié rien à faire - mais à force de les entendre, tous, sans homophobie, nous rappeler qu'on ne vaut pas ce que vaut un hétéro, ça commence à m'intéresser.

Je ne sais pas ce que Lionel Jospin entend par l'humanité. Il n'y a pas si longtemps, une femme qui tombait enceinte hors mariage était une paria. Si elle tombait enceinte d'un homme marié à une autre, au nom de la dignité humaine on lui faisait vivre l'enfer sur terre. On pouvait même envisager de la brûler comme sorcière. On en a fait monter sur le bûcher pour moins que ça. On pouvait la chasser du village à coups de pierre. L'enfant était un batard, un moins que rien. Bon, quelques décennies plus tard, on ne trouve plus rien à y redire. Est-on devenus moins humains pour autant, selon Lionel Jospin? L'humanité y a t-elle perdu tant que ça? A quel moment de l'évolution doit on bloquer le curseur de la tolérance?

Jospin, comme beaucoup d'opposants au mariage gay, est un homme divorcé. Comme Copé, Le Pen, Sarkozy, Dati et tuti quanti. Cet arrangement avec le serment du mariage fait partie des évolutions heureuses. Les enfants de divorcés se fadent des beaux parents par pelletés, alors chez eux ce n'est plus un papa et une maman, c'est tout de suite la collectivité. On sait que les hétérosexuels divorcent plus facilement qu'ils ne changent de voiture. On sait que l'adultère est un sport courant (qu'on lise sur internet les commentaires d'hétéros après la démission de Petraeus pour avoir trompé sa femme et on comprendra l'importance de la monogamie en hétérosexualité - ils n'y croient pas une seule seconde, on trompe comme on respire, et on trouve inadmissible que qui que ce soit s'en mêle) et on sait d'expérience qu'ils ne pensent pas que faire des enfants hors mariage soit un problème. Ils peuvent même faire des enfants hors mariage, tout en étant mariés, et tout le monde trouve ça formidable. Très bien. Moi je suis pour tout ce qui est punk rock, alors cette idée d'une immense partouze à l'amiable, franchement, je trouve ça super seyant. Mais pourquoi tant de souplesse morale quand ce sont les hétéros qui se torchent le cul avec le serment du mariage, et cette rigidité indignée quand il s'agit des homosexuels? On salirait l'institution? On la dévoierait? Mais les gars, même en y mettant tout le destroy du monde, on ne la dévoiera jamais d'avantage que ce que vous avez déjà fait, c'est perdu d'avance... dans l'état où on le trouve, le mariage, ce qui est exceptionnel c'est qu'on accepte de s'en servir. Le vatican brandit la polygamie - comme quoi les gouines et les bougnoules, un seul sac fera bien l'affaire, mais c'est ni raciste ni homophobe, soyons subtils, n'empêche qu'on sait que les filles voilées non plus ne font pas partie de l'humanité telle que la conçoit cette gauche là, mais passons - ne vous en faites pas pour la polygamie: vous y êtes déjà. Quand un bonhomme paye trois pensions alimentaires, c'est quoi, sinon une forme de polygamie? Que les cathos s'occupent d'excommunier tous ceux qui ne respectent pas l'institution, qu'ils s'occupent des comportements des mariés à l'église, ça les occupera tellement d'y mettre un peu d'ordre qu'ils n'auront plus de temps à perdre avec des couples qui demandent le mariage devant le maire.

Et c'est pareil, pour les enfants, ne vous en faites pas pour ça: on ne pourra pas se comporter plus vilainement que vous ne le faites. Etre des parents plus sordides, plus inattentifs, plus égoïstes, plus j'm'enfoutistes, plus névrosés et toxiques - impossible. Tranquillisez vous avec tout ça. Le pire, vous vous en occupez déjà très bien.

Tout ça, sans compter que l'humanité en subit d'autres, des outrages, autrement plus graves, en ce moment, les gouines et les pédés n'y sont pour rien, je trouve Lionel Jospin mal organisé dans ses priorités de crispation. Il y a, en 2012, des atteintes à la morale autrement plus brutales et difficiles à admettre que l'idée que deux femmes veulent se marier entre elles. Qu'est-ce que ça peut faire? Je sais, je comprends, ça gêne l'oppresseur quand deux chiennes oublient le collier, ça gêne pour les maintenir sous le joug de l'hétérosexualité, c'est ennuyeux, on les tient moins bien. Parfois la victime n'a pas envie de se laisser faire en remerciant son bourreau, je pensais qu'une formation socialiste permettrait de le comprendre. Mais non, certaines formations socialistes amènent à diviser les êtres humains en deux catégories: les vrais humains, et ceux qui devraient se cacher et se taire.

J'ai l'impression qu'en tombant amoureuse d'une fille (qui, de toute façon, refuse de se reconnaître en tant que femme, mais je vais laisser ça de côté pour ne pas faire dérailler la machine à trier les humains - moins humains de Lionel Jospin) j'ai perdu une moitié de ma citoyenneté. J'ai l'impression d'être punie. Et je ne vois pas comment le comprendre autrement. Je suis punie de ne plus être une hétérote, humaine à cent pour cent. Pendant trente cinq ans, j'avais les pleins droits, maintenant je dois me contenter d'une moitié de droits. Ça me chagrine que l'état mette autant de temps à faire savoir à Lionel Jospin et ses amis catholiques qu'ils peuvent le penser, mais que la loi n'a pas à être de leur côté.

Je ne vois aucun autre mot
qu'homophobie pour décrire ce que je ressens
d'hostilité à mon endroit,
depuis quelques mois qu'a commencé ce débat

Si demain on m'annonce que j'ai une tumeur au cerveau et qu'en six mois ce sera plié, moi je ne dispose d'aucun contrat facile à signer avec la personne avec qui je vis depuis huit ans pour m'assurer que tout ce qui est chez nous sera à elle. Si c'est la mort qui nous sépare, tout ce qui m'appartient lui appartient, à elle. Si j'étais hétéro ce serait réglé en cinq minutes: un tour à la mairie et tout ce qui est à moi est à elle. Et vice versa. Mais je suis gouine. Donc, selon Lionel Jospin, c'est normal que ma succession soit difficile à établir. Qu'on puisse la contester. Ou qu'elle doive payer soixante pour cent d'impôts pour y toucher. Une petite taxe non homophobe, mais qu'on est les seuls à devoir payer alors qu'on vit en couple. Que n'importe qui de ma famille puisse contester son droit à gérer ce que je laisse, c'est normal, c'est le prix à payer pour la non-hétérosexualité. La personne avec qui je vis depuis huit ans est la seule personne qui sache ce que j'ai dans mon ordinateur et ce que je voudrais en faire. J'aimerais, s'il m'arrivait quelque chose, savoir qu'elle sera la personne qui gèrera ce que je laisse. Comme le font les hétéros. Monsieur Jospin, comme les autres hétéros, si demain le démon de minuit le saisit et lui retourne les sangs, peut s'assurer que n'importe quelle petite hétéro touchera sa part de l'héritage. Je veux avoir le même droit. Je veux les mêmes droits que lui et ses hétérotes, je veux exactement les mêmes. Je paye les mêmes impôts qu'un humain hétéro, j'ai les mêmes devoirs, je veux les mêmes droits - je me contre tape de savoir si Lionel Jospin et ses collègues non homophobes mais quand même conscients que la pédalerie doit avoir un prix social, m'incluent ou pas dans leur conception de l'humanité, je veux que l'état lui fasse savoir que je suis une humaine, au même titre que les autres. Même sans bite dans le cul. Même si je ne fournis pas de gamin à mon pays.

La question de l'héritage est centrale dans l'institution du mariage. Les sourds, les homo-parents.jpgaveugles et les mal formés pendant longtemps n'ont pas pu hériter. Ils n'étaient pas assez humains. Me paraît heureux qu'on en ait fini avec ça. Les femmes non plus n'héritaient pas. Elles n'avaient pas d'âme. Leurs organes reproducteurs les empêchaient de s'occuper des affaires de la cité. Encore des Jospin dans la salle, à l'époque ils s'appelaient Proudhon. J'ai envie de vivre dans un pays où on ne laisse pas les Jospin faire le tri de qui accède à l'humanité et qui doit rester dans la honte.

Je ne vois aucun autre mot qu'homophobie pour décrire ce que je ressens d'hostilité à mon endroit, depuis quelques mois qu'a commencé ce débat. J'ai grandi hétéro, en trouvant normal d'avoir les mêmes droits que tout le monde. Je vieillis gouine, et je n'aime pas la sensation de ces vieux velus penchés sur mon cas et déclarant «déviante». J'aimais bien pouvoir me marier et ne pas le faire. Personne n'a à scruter à la loupe avec qui je dors avec qui je vis. Je n'ai pas à me sentir punie parce que j'échappe à l'hétérosexualité.

Moi je vous fous la paix, tous, avec vos mariages pourris. Avec vos gamins qui ne fêteront plus jamais Noël en famille, avec toute la famille, parce qu'elle est pétée en deux, en quatre, en dix. Arrangez vous avec votre putain d'hétérosexualité comme ça vous chante, trouvez des connes pour vous sucer la pine en disant que c'est génial de le faire gratos avant de vous faire cracher au bassinet en pensions compensatoires. Vivez vos vies de merde comme vous l'entendez, et donnez moi les droits de vivre la mienne, comme je l'entends, avec les mêmes devoirs et les mêmes compensations que vous.

Quand les dirigeants déclarent une guerre,
ils se foutent de savoir
qu'ils préparent une génération
d'orphelins de pères.

Et de la même façon, pitié, arrêtez les âneries des psys sur les enfants adoptés qui doivent pouvoir s'imaginer que leurs deux parents les ont conçus ensemble. Pour les enfants adoptés par un parent seul, c'est ignoble de vous entendre déblatérer. Mais surtout, arrêtez de croire qu'un petit coréen ou un petit haïtien regarde ses deux parents caucasiens en imaginant qu'il est sorti de leurs ventres. Il est adopté, ça se passe bien ou ça se passe mal mais il sait très bien qu'il n'est pas l'enfant de ce couple. Arrêtez de nous bassiner avec le modèle père et mère quand on sait que la plupart des enfants grandissent autrement, et que ça a toujours été comme ça. Quand les dirigeants déclarent une guerre, ils se foutent de savoir qu'ils préparent une génération d'orphelins de pères. Arrêtez de vous raconter des histoires comme quoi l'hétérosexualité à l'occidentale est la seule façon de vivre ensemble, que c'est la seule façon de faire partie de l'humanité. Vous grimpez sur le dos des gouines et des pédés pour chanter vos louanges. Il n'y a pas de quoi, et on n'est pas là pour ça. Vos vies dans l'ensemble sont plutôt merdiques, vos vies amoureuses sont plutôt calamiteuses, arrêtez de croire que ça ne se voit pas. Laissez les gouines et les pédés gérer leurs vies comme ils l'entendent. Personne n'a envie de prendre modèle sur vous. Occupez-vous plutôt de construire plus d'abris pour les sdf que de prisons, ça, ça changera la vie de tout le monde. Dormir sur un carton et ne pas savoir où aller pisser n'est pas un choix de vie, c'est une terreur politique, je m'étonne de ce que le mariage vous obnubile autant, que ce soit chez Jospin ou au Vatican, alors que la misère vous paraît à ce point supportable.»

29 septembre 2011

Lloyd, John, Thomas, Jean-Meriadec : c'est assez, non ?

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La Deûle tue encore. Un quatrième jeune homme, en quelques mois. 19 ans, franco-britannique, soirée bien arrosée... On n'en saura pas plus. Les journalistes semblent s'intéresser aussi peu que les enquêteurs - qui ont classé sans suite les trois précédentes noyades - à la piste homophobe.

Ce quatrième corps a été retrouvé, comme les autres, à proximité du quartier de la Citadelle, pourtant connu pour être un lieu de drague gay. Un lieu tout indiqué, après avoir passé une soirée à rire avec des copines de promo dans des bars de la ville, pour aller chercher avec qui finir sa nuit, ou simplement se soulager d'un trop plein de vie.

Mais non, pas de trace de violence, dit l'autopsie, ce sera donc un drame de l'alcool. Il faudrait sécuriser les berges de la Deûle, et ça tombe bien puisque l'on y installe actuellement une ligne de vie, conséquence des trois drames précédents. Quelques crétins en appellent même à la recouvrir, la Deûle. Un couvercle. Cacher cette eau en ville que je ne saurais voir. Préconisation à contre-temps car l'heure est plutôt à la réouverture. De la Bièvre, des canaux, de ce qui apporte la vie en ville. Et si rarement la mort, même alcool aidant.

Pourquoi s'interdit-on de s'interroger sur ce qui fait que la Deûle, elle, porte la mort ? Qui veut taire l'homosexualité supposée, avérée - ou simplement possible - de ces chers disparus ? Une instruction démissionnaire et elle-même homophobe, dans le Département du sinistre Vanneste ? Des familles aveuglées par le chagrin, qu'il faudrait préserver de la vérité et du déshonneur ? L'inconfort moral ?

Depuis que je publiais cet article, soufflé par un lecteur-ami de ce blog, les meurtres de la Deûle me valent une fréquence impressionnante de connections. Ça veut dire qu'on s'y interroge, et que l'on doute de la volonté de la justice de se donner les moyens de trouver des réponses.

Espérons que l'enquête va rouvrir, et que la Deûle n'aura pas à recracher un cinquième cadavre !

08 mars 2011

l'enquête de la Deûle embourbée dans un cloaque homophobe ?

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Je regardais de loin, comme un fait divers intrigant sans autre statut, et sans intérêt particulier, l'histoire des disparus de la Deûle, puis des meurtres de la Deûle. Xième épisode du thème de l'insécurité censé reconduire Sarkozy au pouvoir mais installant plus sûrement Marine Le Pen sur un piédestal blanc.

Mais hier, j'ai reçu d'un lecteur, avec sans doute d'autres blogueurs, le mail que je reproduis in-extenso ci-dessous :

"Bonjour

Etant un fidèle lecteur de vos blogs, ou de vos livres - et connaissant vos engagements respectifs - je souhaite vous alerter sur une curieuse coïncidence, et sur un parti pris qui me semble douteux, voire révoltant.

Il s'agit d'une série de morts (pour l'instant inexpliquée) - désolé pour le caractère morbide - qui ont au moins un point commun : ce sont des jeunes hommes, plutôt mignons et potentiellement gays (le premier était ouvertement gay, le deuxième soit disant hétéro sortait d'un bar gay, et le troisième  ? ...), passablement ivres le soir des faits, qui sont morts noyés dans la Deûle à Lille.

L'endroit de leur présumée chute dans l'eau glacée est très important : c'est un lieu de drague homo très connu à Lille.

Les questions sont multiples (rôle de l'alcool, dangerosité des berges ...), mais malheureusement une question reste sans réponse : sont-ils tombés à l'eau accidentellement ou ont-ils été poussés dans l'eau ?

Ce qui me choque, c'est que les éléments relatifs à l'homosexualité réelle ou présuposée des victimes et le lieu des disparitions, voire le caractère homophobe de l'acte ne soient pas retenus par le procureur qui reste sur une thèse accidentelle liée à l'alcool.

Alors, est-ce une stratégie policière (ne pas trop dévoiler ses billes) ? ou est-ce une négligence coupable ?

Si comme moi, cette "bizarre coïncidence" ne vous laisse pas en paix, je vous invite à aller consulter l'article ci-après sur la marche silencieuse de dimanche dernier à Lille, ou le dossier sur La voix du Nord.

http://www.lavoixdunord.fr/actualite/Dossiers/Region/2011...

Et surtout si vous pouvez en parler dans vos publications, afin que cette affaire ne soit pas étouffée.

Je vous remercie de votre attention.

Au plaisir toujours renouvelé de vous lire.

Chaleureuses pensées

Olivier"

30 mai 2010

la bien-pensance et la complaisance

Nous vivons les années Zemmour. Il y a 20 ans, "le bruit et l'odeur" suscitaient l'indignation. C'était, dans la bouche de Jacques Chirac, le prototype de la sortie indigne destinée à capter les voies du Front National. Deux ans avant des élections générales, personne n'était dupe.

Aujourd'hui, dire que ce sont les Arabes et les Africains qui peuplent nos prisons serait un signe de courage et de lucidité, condamner de tels propos serait être un bien-pensant. Nouvelle terminologie, dans la veine de la contre-colonisation qui nous menacerait, de l'euro-mondialisme ou que sais-je encore. La blogosphère pue. On y promet les Africains au sulfatage, on y fustige les fraudeurs du RMI qui roulent dans de belles allemandes et s'achètent des caravanes flambant neuf, suivez mon regard. Quant à ces familles maghrébines qui ne viennent même pas participer à la fête des voisins, hein ? Si ce n'est pas la preuve que ces gens-là s'excluent eux-même...

Cette rhétorique putassassière est vieille comme le monde. Le XXè siècle s'en est gorgé jusqu'à inventer les étoiles jaunes et les convois plombés, qu'il était assez simple de ne pas voir, au fond, derrière ces petites vérités d'évidence ou d'autres légitimes exaspérations populaires.

Le plus triste, c'est que cette merde s'accroche à la semelle de blogs pas vraiment méchants, plutôt gentils même, intelligents peut-être, engagés dans des combats méritoires comme la lutte contre l'homophobie. Mais elle s'accroche fort, au moyen de commentaires flatteurs, et ça pue grave jusque dans des endroits propres. J'en suis triste. Triste, mais pas résigné !

Alors soit, je suis un bien-pensant. J'en suis même le prototype, si vous voulez tout savoir. J'affirme que notre crise économique ne doit rien aux immigrés, la casse de notre système de retraite aux fraudeurs du RMI, l'insécurité aux Arabes ni la saleté aux Africains.

Oui, je suis un bien-pensant s'il vous plait de le dire. S'il vous plait de considérer que face à l'individualisme désespéré de notre société le communautarisme est le seul salut. Qu'il n'y a pas d'alternative aux guerres ethniques, et que mieux vaut les précipiter que de les fantasmer, je suis un bien-pensant.

Je suis un bien pensant si vous chagrine que l'on résiste à l'idéologie dominante, à la déferlante libérale, à une société dont la seule grille de lecture est la compétition entre les personnes et entre les peuples. Où l'écrasement de l'autre est inscrit dans les gènes de l'organisation sociale de la vie, je suis un bien pensant.

Je suis un bien pensant si je refuse l'homophobie au même titre que l'islamophobie, si je considère que nous sommes disqualifiés pour dénoncer le niqab comme le symbole de l'oppression faite aux femmes, non parce qu'il en est un signe de la libération, la belle affaire !, mais parce que notre Grande Europe, notre Grande Nation Française ne sait pas asseoir sur les rangs de son Assemblée Nationale plus de 10 % de femmes, que moins de 20% des tâches ménagères y sont le fait des hommes, et que les violences faites aux femmes y demeurent l'un des grands fléaux de notre société. C'est trop simple, l'arbre d'un voile intégral, pour nous dispenser de voir la forêt de notre forfait séculaire.

Je suis un bien-pensant si je dis que notre société est faite aujourd'hui de cultures différentes, aux origines variées, que c'est un fait, que l'on n'y peut rien, et que cela pourrait même être une chance si l'on savait aller à la rencontre de l'autre, valoriser les savoirs de chacun, ce que j'appelle en bien pensant sa culture, qui est aujourd'hui une composante de notre culture commune. Je suis un bien pensant si je crois dur comme fer qu'un vivre ensemble est possible, serait possible, si chaque personne humaine, chaque jeune, avait face à lui une perspective de vie qui lui rendrait caduque le chaos des trafics et du crime, si au guichet de l'emploi et du respect on lui donnait un rôle, au lieu de lui offrir à chaque porte de la bureaucratie le dégoût et le rejet.

Alors vois-tu, je préfère mille fois être ce bien pensant, ce résistant, celui qui garde au plus profond de lui l'envie de se lever, même en proie à son plus grand découragement, tant la période est sombre, qu'être le complaisant.

seine-saint-denis-294259.jpgÇa ne veut pas dire que la vie est belle dans nos cités. Ça veut juste dire qu'il n'y a pas de raccourci possible. L'exaspération peut se parer du joli mot de populaire, ou s'affubler de cet attribut alambiqué de Français pauvre, elle n'a pas le droit de prendre pour cible un groupe, ni ethnique, ni sexuel. Surtout si elle s'exprime dans la blogosphère, et qu'elle n'est pas le fait de gens modestes à qui la misère pardonnerait beaucoup, mais d'intellectuels, d'élites qui disposent d'une presse et d'une cour.

Corto74, au blog élégant et à qui je ne veux que du bien, sans qu'il sache pour quelle délicieuse raison, écrivait cela, il y a quinze jours, sur son blog :

"Et oui, sur le net, bien à l'abri, des individus à la plume bien trempée s'en prennent ouvertement à l'islam, considèrent le musulman comme un grand malade, tentent de démontrer, non sans talent car nombreux sont ceux qui adhèrent à ce discours, que le beur est un personnage dégénéré, anormal, inacceptable. Plus inquiétant, c'est que ces mêmes individus, par des effets de plumes ou de rhétoriques adroits, tentent par ces discours de théoriser l'islamophobie, la rendre acceptable. Qu'un con s'en prennent aux arabes, ce n'est pas si étonnant, c'est un con. Que certains intellectuels cherchent à théoriser, justifier, voire sacraliser l'islamophobie, oui, c'est bien plus dangereux (sentez-vous venir comme des relents d'épuration…), et ça m'oblige à sortir de ma réserve."

Je signe des deux mains. Même la vraie version qui en fait ne disait pas "islam", mais "homosexualité", pas "beur", mais "PD", pas "islamophobie" mais "homophobie".

C'est pourquoi ce week-end, j'ai été triste d'y lire de ces "relents d'épuration" nauséabonds, pas sous sa plume, Dieu merci, mais de commentateurs habiles, confortés par sa complaisance. Vas-y voir si tu veux, mais je te préviens, ça sent vraiment très mauvais.

Face à un pouvoir raciste et réactionnaire, qui casse les acquis sociaux, jette des millions de personnes dans la pire précarité, dilapide la retraite à 60 ans, fabrique des travailleurs pauvres à la pelle, abandonne sans aucune perspective des millions de jeunes, certains continuellement stigmatisés en raison d'origines qu'ils n'ont pas choisies, je crois que le courage, c'est de dénoncer les idéologues sans vergogne qui concentrent le débat sur la sécurité, l'immigration, et cherchent perpétuellement à lier l'un à l'autre. Le courage c'est de refuser que l'on désigne à la vindicte une communauté. C'est de dénoncer les pitoyables mises en scène qui visent à faire de ses représentants les plus médiocres, salafistes mercantiles, leur étendard, en les victimisant, en les menaçant bêtement dans leur nationalité pour une polygamie impossible à prouver et en leur offrant toutes les tribunes. Le courage, c'est refuser d'être assimilés aux dérives intégristes parce que l'on refuse la politique de la stigmatisation..

Appelle-le bien-pensance si tu veux. Cela ne justifie pas la complaisance. Que je crois gravement coupabe.

J'en reste à ma démarcation républicaine.

Il y a des week-end, comme ça, où l'on regrette que RadioLofi se soit tue. L'art, la légèreté et la poésie de l'être humain aussi sans doute étaient-ils bien pensants.

Joyeux et vert, mes fils, mes fils, joyeux et vert, sera le monde, au-dessus de nos tombes...