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27 mars 2013

mariage pour tous : François m'a tuer

mariage pour tous

Et si le mariage pour tous venait à se fracasser sur François Hollande lui-même. C'est à dire sur la déception et le rejet qu'il suscite désormais.

On n'aurait pas pu y croire, même pas en cauchemar, il y a de cela encore deux mois, mais ce scénario devient de plus en plus probable : entre l'effilochage de l'électorat socialiste sur le sujet, la radicalisation de la droite, et les incidents planifiés par les groupuscules fascistes, la soi-disant "manif pour tous" fait le buz, et les médias ont beau agiter le hochet de la violence et de la manipulation, inviter les porte-parole les plus sulfureux sur les plateaux, le supposé élargissement populaire de la mobilisation est devenue de dont on parle le plus.

De fait, ce gouvernement porte en lui, dans ses entrailles, dans son placenta encore étroit, la promesse de la catastrophe homophobe annoncée. L'échec des visées économiques du Président, l'absence de toute considération pour les gens modestes et pour les services publics, l'envolée du chômage, l'abandon de l'emploi industriel, l'inconsistance sur la scène européenne... ramènent le mariage pour tous au rang d'une futilité de circconstance, limite indécente.

Du pain béni pour les culs bénis.

Il se murmure qu'en tenant bon face à l'adversité, Hollande se draperait des vertus qu'on lui prête le moins : la résistance et la décision. Un coup de com, en somme. Mais il se dit aussi qu'il ne prendrait pas le risque de rouvrir un débat sur les questions familiales une fois la loi votée : adieu donc la PMA pour toutes, c'est à dire ce qui aurait pu être la première conséquence concrète, authentique, pratique, incarnée, la seule voie réelle de parentalité pour au moins certains couples homo, tant on sait que pour l'adoption, entre la lourdeur des procédures en France, et l'interdiction pour les couples gays à l'étranger, qui va perdurer longtemps, ça restera un phénomène rare et marginal.

On peut aussi ne pas exclure une capitulation finale en rase campagne, habillée du vœux de pieux consensus à venir... Le syndrôme du fameux droit de vote des étrangers aux électiosn locales. Un serpent de mer, et des couleuvres à avaler.

Christiane, reviens ! Vivement le débat au Sénat, qu'en t'entende à nouveau défendre avec simplicité et conviction les principes qui fondent cette avancée de société et d'humanité, et que tu fasses taire ce brouhaha.

Voilà, j'ai fait mon papier. Le premier depuis dix jours. Ma flemme pour écrire est impardonnable. Il y a en moi un grand vide, un abyme. Mais c'est un autre sujet, chargé de peines. J'y reviendrai forcément.

12 novembre 2012

"le pire, vous vous en occupez déjà très bien"

virginie-despentes.jpg

Parue aujourd'hui sur tetu.com, en réponse à un Lionel Jospin, homophobe sans le dire...

Je signe des deux mains et des deux pieds, de ma tête, de mes couilles, et de tous les poils de mon corps. Bravo, Virginie Despentes :

«Alors, cette semaine, c'est Lionel Jospin qui s'y colle. Il trouve qu'on n'entend pas assez de conneries comme ça, sur le mariage gay, il y va de son solo perso. Tranquille, hein, c'est sans homophobie. Il n'a pas dit qu'on avait le droit de casser du pédé ou de pourrir la vie des bébés gouines au lycée, non, juste, il tenait à signaler: attention, avec le mariage, on pousse mémé dans les orties. «L'humanité est structurée sur le rapport hommes femmes.» Juste, sans homophobie: les gouines et les pédés ne font pas vraiment partie de l'humanité. Ils ne sont pourtant pas stériles - mais comme ils ne vivent pas en couple, ce n'est pas de l'humain pur jus, pas de l'humain-humain comme l'est monsieur Jospin. Ce n'est pas super délicat pour les célibataires et les gens sans enfants, son truc, mais Jospin est comme ça: il a une idée forte de ce qu'est l'humanité, et l'humanité, c'est les femmes et les hommes qui vivent ensemble, copulent et produisent des enfants pour la patrie. C'est dommages pour les femmes, vu que, in fine, cette humanité là, c'est l'histoire de comment elles en ont pris plein la gueule pendant des millénaires, mais c'est l'humanité, que veux tu, on la changera pas. Et il faut bien l'admettre: il y a d'une part la grande humanité, qui peut prétendre aux institutions, et de l'autre, une caste moins noble, moins humaine. Celle qui devrait s'estimer heureuse de ne pas être persécutée, qu'elle ne vienne pas, en plus, réclamer des droits à l'état. Mais c'est dit sans animosité, hein, sans homophobie, juste: l'humanité, certains d'entre nous en font moins partie que d'autre. Proust, Genet, Leduc, Wittig, au hasard: moins humains que des hétéros. Donc selon Lionel Jospin, il faut que je comprenne, et que je n'aille pas mal le prendre: depuis que je ne suce plus de bite, je compte moins. Je ne devrais plus réclamer les mêmes droits. C'est quasiment une question de bon sens.

je n'avais pas encore pensé
à ne plus me définir comme
faisant partie de l'humanité.
Ça va me prendre un moment avant de m'y faire

Mais c'est dit sans homophobie, c'est ça qui est bien. Comme tous les hétéros qui ont quelque chose à dire contre le mariage gay. C'est d'avantage le bon sens que l'homophobie qui les pousse à s'exprimer. Dans ce débat, personne n'est homophobe. Ils sont juste jospin homophobe sans le dire.jpgcontre l'égalité des droits. Et dans la bouche de Jospin on comprend bien: non seulement contre l'égalité des droits entre homos et hétéros, mais aussi contre l'égalité des droits entre femmes et hommes. Parce qu'on est bien d'accord que tant qu'on restera cramponnés à ces catégories là, on ne sera jamais égaux.

Je m'étais déjà dit que je ne me voyais pas «femme» comme le sont les «femmes» qui couchent gratos avec des mecs comme lui, mais jusqu'à cette déclaration, je n'avais pas encore pensé à ne plus me définir comme faisant partie de l'humanité. Ça va me prendre un moment avant de m'y faire. C'est parce que je suis devenue lesbienne trop tard, probablement. Je ne suis pas encore habituée à ce qu'on me remette à ma place toutes les cinq minutes. Ma nouvelle place, celle des tolérés.

Au départ, cette histoire de mariage, j'en avais moitié rien à faire - mais à force de les entendre, tous, sans homophobie, nous rappeler qu'on ne vaut pas ce que vaut un hétéro, ça commence à m'intéresser.

Je ne sais pas ce que Lionel Jospin entend par l'humanité. Il n'y a pas si longtemps, une femme qui tombait enceinte hors mariage était une paria. Si elle tombait enceinte d'un homme marié à une autre, au nom de la dignité humaine on lui faisait vivre l'enfer sur terre. On pouvait même envisager de la brûler comme sorcière. On en a fait monter sur le bûcher pour moins que ça. On pouvait la chasser du village à coups de pierre. L'enfant était un batard, un moins que rien. Bon, quelques décennies plus tard, on ne trouve plus rien à y redire. Est-on devenus moins humains pour autant, selon Lionel Jospin? L'humanité y a t-elle perdu tant que ça? A quel moment de l'évolution doit on bloquer le curseur de la tolérance?

Jospin, comme beaucoup d'opposants au mariage gay, est un homme divorcé. Comme Copé, Le Pen, Sarkozy, Dati et tuti quanti. Cet arrangement avec le serment du mariage fait partie des évolutions heureuses. Les enfants de divorcés se fadent des beaux parents par pelletés, alors chez eux ce n'est plus un papa et une maman, c'est tout de suite la collectivité. On sait que les hétérosexuels divorcent plus facilement qu'ils ne changent de voiture. On sait que l'adultère est un sport courant (qu'on lise sur internet les commentaires d'hétéros après la démission de Petraeus pour avoir trompé sa femme et on comprendra l'importance de la monogamie en hétérosexualité - ils n'y croient pas une seule seconde, on trompe comme on respire, et on trouve inadmissible que qui que ce soit s'en mêle) et on sait d'expérience qu'ils ne pensent pas que faire des enfants hors mariage soit un problème. Ils peuvent même faire des enfants hors mariage, tout en étant mariés, et tout le monde trouve ça formidable. Très bien. Moi je suis pour tout ce qui est punk rock, alors cette idée d'une immense partouze à l'amiable, franchement, je trouve ça super seyant. Mais pourquoi tant de souplesse morale quand ce sont les hétéros qui se torchent le cul avec le serment du mariage, et cette rigidité indignée quand il s'agit des homosexuels? On salirait l'institution? On la dévoierait? Mais les gars, même en y mettant tout le destroy du monde, on ne la dévoiera jamais d'avantage que ce que vous avez déjà fait, c'est perdu d'avance... dans l'état où on le trouve, le mariage, ce qui est exceptionnel c'est qu'on accepte de s'en servir. Le vatican brandit la polygamie - comme quoi les gouines et les bougnoules, un seul sac fera bien l'affaire, mais c'est ni raciste ni homophobe, soyons subtils, n'empêche qu'on sait que les filles voilées non plus ne font pas partie de l'humanité telle que la conçoit cette gauche là, mais passons - ne vous en faites pas pour la polygamie: vous y êtes déjà. Quand un bonhomme paye trois pensions alimentaires, c'est quoi, sinon une forme de polygamie? Que les cathos s'occupent d'excommunier tous ceux qui ne respectent pas l'institution, qu'ils s'occupent des comportements des mariés à l'église, ça les occupera tellement d'y mettre un peu d'ordre qu'ils n'auront plus de temps à perdre avec des couples qui demandent le mariage devant le maire.

Et c'est pareil, pour les enfants, ne vous en faites pas pour ça: on ne pourra pas se comporter plus vilainement que vous ne le faites. Etre des parents plus sordides, plus inattentifs, plus égoïstes, plus j'm'enfoutistes, plus névrosés et toxiques - impossible. Tranquillisez vous avec tout ça. Le pire, vous vous en occupez déjà très bien.

Tout ça, sans compter que l'humanité en subit d'autres, des outrages, autrement plus graves, en ce moment, les gouines et les pédés n'y sont pour rien, je trouve Lionel Jospin mal organisé dans ses priorités de crispation. Il y a, en 2012, des atteintes à la morale autrement plus brutales et difficiles à admettre que l'idée que deux femmes veulent se marier entre elles. Qu'est-ce que ça peut faire? Je sais, je comprends, ça gêne l'oppresseur quand deux chiennes oublient le collier, ça gêne pour les maintenir sous le joug de l'hétérosexualité, c'est ennuyeux, on les tient moins bien. Parfois la victime n'a pas envie de se laisser faire en remerciant son bourreau, je pensais qu'une formation socialiste permettrait de le comprendre. Mais non, certaines formations socialistes amènent à diviser les êtres humains en deux catégories: les vrais humains, et ceux qui devraient se cacher et se taire.

J'ai l'impression qu'en tombant amoureuse d'une fille (qui, de toute façon, refuse de se reconnaître en tant que femme, mais je vais laisser ça de côté pour ne pas faire dérailler la machine à trier les humains - moins humains de Lionel Jospin) j'ai perdu une moitié de ma citoyenneté. J'ai l'impression d'être punie. Et je ne vois pas comment le comprendre autrement. Je suis punie de ne plus être une hétérote, humaine à cent pour cent. Pendant trente cinq ans, j'avais les pleins droits, maintenant je dois me contenter d'une moitié de droits. Ça me chagrine que l'état mette autant de temps à faire savoir à Lionel Jospin et ses amis catholiques qu'ils peuvent le penser, mais que la loi n'a pas à être de leur côté.

Je ne vois aucun autre mot
qu'homophobie pour décrire ce que je ressens
d'hostilité à mon endroit,
depuis quelques mois qu'a commencé ce débat

Si demain on m'annonce que j'ai une tumeur au cerveau et qu'en six mois ce sera plié, moi je ne dispose d'aucun contrat facile à signer avec la personne avec qui je vis depuis huit ans pour m'assurer que tout ce qui est chez nous sera à elle. Si c'est la mort qui nous sépare, tout ce qui m'appartient lui appartient, à elle. Si j'étais hétéro ce serait réglé en cinq minutes: un tour à la mairie et tout ce qui est à moi est à elle. Et vice versa. Mais je suis gouine. Donc, selon Lionel Jospin, c'est normal que ma succession soit difficile à établir. Qu'on puisse la contester. Ou qu'elle doive payer soixante pour cent d'impôts pour y toucher. Une petite taxe non homophobe, mais qu'on est les seuls à devoir payer alors qu'on vit en couple. Que n'importe qui de ma famille puisse contester son droit à gérer ce que je laisse, c'est normal, c'est le prix à payer pour la non-hétérosexualité. La personne avec qui je vis depuis huit ans est la seule personne qui sache ce que j'ai dans mon ordinateur et ce que je voudrais en faire. J'aimerais, s'il m'arrivait quelque chose, savoir qu'elle sera la personne qui gèrera ce que je laisse. Comme le font les hétéros. Monsieur Jospin, comme les autres hétéros, si demain le démon de minuit le saisit et lui retourne les sangs, peut s'assurer que n'importe quelle petite hétéro touchera sa part de l'héritage. Je veux avoir le même droit. Je veux les mêmes droits que lui et ses hétérotes, je veux exactement les mêmes. Je paye les mêmes impôts qu'un humain hétéro, j'ai les mêmes devoirs, je veux les mêmes droits - je me contre tape de savoir si Lionel Jospin et ses collègues non homophobes mais quand même conscients que la pédalerie doit avoir un prix social, m'incluent ou pas dans leur conception de l'humanité, je veux que l'état lui fasse savoir que je suis une humaine, au même titre que les autres. Même sans bite dans le cul. Même si je ne fournis pas de gamin à mon pays.

La question de l'héritage est centrale dans l'institution du mariage. Les sourds, les homo-parents.jpgaveugles et les mal formés pendant longtemps n'ont pas pu hériter. Ils n'étaient pas assez humains. Me paraît heureux qu'on en ait fini avec ça. Les femmes non plus n'héritaient pas. Elles n'avaient pas d'âme. Leurs organes reproducteurs les empêchaient de s'occuper des affaires de la cité. Encore des Jospin dans la salle, à l'époque ils s'appelaient Proudhon. J'ai envie de vivre dans un pays où on ne laisse pas les Jospin faire le tri de qui accède à l'humanité et qui doit rester dans la honte.

Je ne vois aucun autre mot qu'homophobie pour décrire ce que je ressens d'hostilité à mon endroit, depuis quelques mois qu'a commencé ce débat. J'ai grandi hétéro, en trouvant normal d'avoir les mêmes droits que tout le monde. Je vieillis gouine, et je n'aime pas la sensation de ces vieux velus penchés sur mon cas et déclarant «déviante». J'aimais bien pouvoir me marier et ne pas le faire. Personne n'a à scruter à la loupe avec qui je dors avec qui je vis. Je n'ai pas à me sentir punie parce que j'échappe à l'hétérosexualité.

Moi je vous fous la paix, tous, avec vos mariages pourris. Avec vos gamins qui ne fêteront plus jamais Noël en famille, avec toute la famille, parce qu'elle est pétée en deux, en quatre, en dix. Arrangez vous avec votre putain d'hétérosexualité comme ça vous chante, trouvez des connes pour vous sucer la pine en disant que c'est génial de le faire gratos avant de vous faire cracher au bassinet en pensions compensatoires. Vivez vos vies de merde comme vous l'entendez, et donnez moi les droits de vivre la mienne, comme je l'entends, avec les mêmes devoirs et les mêmes compensations que vous.

Quand les dirigeants déclarent une guerre,
ils se foutent de savoir
qu'ils préparent une génération
d'orphelins de pères.

Et de la même façon, pitié, arrêtez les âneries des psys sur les enfants adoptés qui doivent pouvoir s'imaginer que leurs deux parents les ont conçus ensemble. Pour les enfants adoptés par un parent seul, c'est ignoble de vous entendre déblatérer. Mais surtout, arrêtez de croire qu'un petit coréen ou un petit haïtien regarde ses deux parents caucasiens en imaginant qu'il est sorti de leurs ventres. Il est adopté, ça se passe bien ou ça se passe mal mais il sait très bien qu'il n'est pas l'enfant de ce couple. Arrêtez de nous bassiner avec le modèle père et mère quand on sait que la plupart des enfants grandissent autrement, et que ça a toujours été comme ça. Quand les dirigeants déclarent une guerre, ils se foutent de savoir qu'ils préparent une génération d'orphelins de pères. Arrêtez de vous raconter des histoires comme quoi l'hétérosexualité à l'occidentale est la seule façon de vivre ensemble, que c'est la seule façon de faire partie de l'humanité. Vous grimpez sur le dos des gouines et des pédés pour chanter vos louanges. Il n'y a pas de quoi, et on n'est pas là pour ça. Vos vies dans l'ensemble sont plutôt merdiques, vos vies amoureuses sont plutôt calamiteuses, arrêtez de croire que ça ne se voit pas. Laissez les gouines et les pédés gérer leurs vies comme ils l'entendent. Personne n'a envie de prendre modèle sur vous. Occupez-vous plutôt de construire plus d'abris pour les sdf que de prisons, ça, ça changera la vie de tout le monde. Dormir sur un carton et ne pas savoir où aller pisser n'est pas un choix de vie, c'est une terreur politique, je m'étonne de ce que le mariage vous obnubile autant, que ce soit chez Jospin ou au Vatican, alors que la misère vous paraît à ce point supportable.»

05 février 2010

un bon père

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J'aurais été un bon père, je crois. Souvent, mes amis me le disent, quand ils me voient jouer avec un môme, babiller, lire à haute voix un livre de contes ou improviser une partie de cache-cache, selon l'âge. Un père patient, attentionné, oublieux de lui-même... J'aurais pu sans doute être ce père aimant.

Je ne boude pas la liberté et l'indépendance que me laisse la non-parentalité. Tonton, ou parrain, c'est quand même moins de charge, surtout dans le quotidien. Mais régulièrement, j'éprouve des regrets à ne m'être pas autorisé d'être père à l'époque où je le pouvais. Où j'étais sollicité.

J'avais 19 ans quand - accident de notre toute première fois sans doute - ma copine dût avorter, pour préserver notre jeunesse et ses études de médecine. Au fond de moi, j'étais fier d'être fertile.

Dix ans plus tard, Armelle me disait et me répétait, avec l'argument de son âge, son envie d'enfants. Je résistais, invoquant mille instabilités dans notre vie. Mais je sais que je ne redoutais qu'une chose : que cet enfant ne s'avère être tetine_gaynormandie.jpgle verrou du cachot où j'étais enfermé. Je vivais avec Armelle dans le mensonge d'une hétérosexualité ordinaire, je lui infligeais des doutes et des échecs, sa féminité n'en sortait pas grandie. Mais du moins cela se jouait-il entre elle et moi. Ce n'était ni pire ni meilleur que ce que je cachais au reste de nos familles, à mes collègues, à nos amis communs, et finalement à l'humanité toute entière. Mais comment pouvais-je l'infliger à un être que j'aurais moi-même conçu. A une petite chose qui n'aurait rien demandé à personne, que je serais allé sortir, moi, du grand sommeil intersidéral pour l'estampiller d'un seul message : je suis un faux, le fruit d'une alliance sans fondement, sans sens, sans preuve, témoin du seul orgueil de ton père, et victime de sa seule lâcheté.

Probablement, c'est en partie pour desserrer l'étau de cette demande-là que je me suis mis à concevoir comme une évidence, d'abord de façon floue, puis de plus en plus nettement, qu'il me faudrait sortir du placard. Pour éviter d'être père. Ou ne pas avoir à justifier de ne pas l'être.

Je suis depuis passé de l'autre côté. Le mensonge, le mal-être qui va avec et ses wagons de frustrations sont depuis longtemps derrière moi. Mais j'ai parfois des regrets d'avoir ainsi lié ma capacité à être père au regard répugnant que je portais sur ma sexualité. Non seulement, j'aurais pu être un père aimant, mais l'enfant que j'aurais eu aurait été quelqu'un de bien. Fier sans doute d'avoir un papa homosexuel, à le proclamer d'abord haut et fort dans les cours de récréation, à l'évoquer plus subtilement dans des rédactions sur le thème de l'amour, ou sur celui de la liberté ou de la responsabilité, à l'assumer de façon décomplexée vis-à-vis de ses potes de lycée, ou à l'heure de sa première copine, il aurait été ouvert, curieux, tolérant. Cet enfant là aurait eu sa vie, ses bifurcations, ses hésitations, il aurait commis ses erreurs, aurait cultivé ses jardins secrets pour chercher sa personnalité. Mais il n'aurait pas manqué de dignité. Il m'aurait sans doute empoisonné la vie, pleurnichard quand je l'aurais voulu fort, casse-cou quand je l'aurais voulu prudent, indécis quand je l'aurais voulu sûr de lui. Il m'aurait fait une crise d'adolescence qui m'aurait laissé démuni. J'aurais craint son entrée dans la vie, et aurait sans doute connu les insomnies. Mais il m'aurait délivré de ces regrets.

Tu vois, tu te donnes trois mille mètres pour décider d'aller d'un côté ou de l'autre, mais ce désir de paternité qui te titille peut exister sur chacune des branches de l'échangeur. J'en suis convaincu. A condition de ne pas faire d'un môme l'arbre derrière lequel se cacher. Et de ne pas perdre de vue que père ou sans enfant, si l'heure du déchirement vient toujours avec des larmes et te laisse dans le noir, il ne lègue pas que des ruines.

10 mars 2009

parent ni plus ni moins

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L'avant-projet de loi sur le statut des beaux-parents a donné lieu récemment à un débat sur l'homoparentalité. Il est question - sans accorder de droits nouveaux dans ce domaines aux couples homosexuels désireux de se porter candidats à l'adoption - de reconnaître la situation de fait de dizaines de milliers de parents homosexuels, à travers les droits de parents tiers y compris de même sexe. C'est une avancée, mais pas une révolution.

La situation de fait, je la connais bien. Même si elle me demeure interdite.

J'ai une cousine qui, après avoir fabriqué deux magnifiques filles, s'est séparée de son mari, s'est découverte homosexuelle, et a vécu depuis avec des femmes. Cela fait des années.

Outre que ses filles, aujourd'hui grandes, titulaire pour l'une d'un concours de la fonction publique dans l'administration pénitentiaire, et pour l'autre de diplômes en beaux arts, outre, donc, qu'elles entretiennent une relation conflictuelle avec leur père, qu'elles aiment toutefois beaucoup leur demi-soeur et la voient souvent, qu'elles s'entendent bien et adorent leur mère, ainsi que leurs belles-mères, qu'elles ont sur la vie, sur la politique, des idées assez arrêtées, qu'elles connaissent bien l'homosexualité, l'ayant approchée de près comme un fait ordinaire de leur vie de tous les jours, outre que ces filles, donc, sont belles et intelligentes, agréables à rencontrer et à regarder, outre tout cela, il se trouve qu'elles sont en tout point normales.

Tant et si bien qu'elles ont toutes deux un petit copain.

Ah ! au fait, à ma connaissance, elles n'ont jamais volé, jamais fugué, on ne leur connaît pas de tentative de suicide et elles n'ont ni l'une ni l'autre manifesté un goût particulier pour le RMI, ni pour l'alcoolisme. Il me semble qu'elles fument. Et pas seulement du tabac. Encore que c'est à vérifier.

Mais il paraît que cela ne signifie rien. Des réacs blogueurs - car il y en a, ce qui ne manque jamais de me surprendre - n'en finissent pas de trouver que ces situations contreviennent aux saintes lois de la nature. N'a-t-on jamais, en effet, vu deux hommes entre-eux s'engrosser, l'eussent-ils maintes fois essayé ?

Bien que je doute que ces arguments puissent jamais dérouiller ces dinosaures de la pensée, voici toutefois une étude récente - sur les enfants nés dans des familles lesbiennes grâce aux techniques d'assistance médicale à la procréation - qui montre qu'il n'y a pas d'effets négatifs à long terme.

Depuis les années 80 en effet, l'université libre de Bruxelles accorde les techniques de l'assistance médicale à la procréation aux familles lesbiennes, ce qui a suscité beaucoup de critiques de toutes parts.

La plupart des critiques se centraient sur "les effets négatifs potentiels sur le développement psychologique des enfants nés dans des familles lesbiennes".

Le docteur Katrien Vanfraussen a lancé récemment une étude de suivi en interrogeant 37 enfants et leurs mères, à la fois dans des familles hétérosexuelles et dans des familles lesbiennes. Les enfants ont entre 7 et 17 ans et sont nés grâce à l'assistance médicale à la procréation.

Elle a trouvé que le fait de grandir dans une famille lesbienne n'a pas d'effet négatif sur l'ensemble du développement psychologique des enfants.

L'étude était centrée sur les points suivants :

  • impact de l'utilisation d'un donneur anonyme sur les enfants
  • impact d'une vie dans une famille non traditionnelle sur le bien-être général des enfants
  • réaction des autres enfants et des enseignants
  • la fréquence d'actes de violence

L'étude ne montre aucune différence entre le développement émotionnel et comportemental des enfants des familles hétérosexuelles et des enfants vivant dans les familles lesbiennes.

Les enfants des familles hétérosexuelles et des familles lesbiennes vivent le même degré de violence. La violence est surtout liée à des aspects typiques (apparence, intelligence) mais 25% des enfants ont été victimes de violences liées à la nature de leur famille telle que l'homosexualité de leurs mères. Ce qui tendrait à prouver que ce n'est pas dans la composition de la famille que peuvent apparaître des problèmes, mais éventuellement dans le regard de la société. Et que la priorité est plutôt de sensibiliser, d'éduquer, de promouvoir la tolerance dans la société, plutôt que de prohiber - la prohibition légitimant les attitudes violentes de rejet.

L'Association des parents gays et lesbiens tient à ta disposition de très nombreuses autres études.

Pour finir, j'ai trouvé sur le blog de Serge Hefez cette intéressante réflexion (l'avis d'un psychiatre) : "Comment sortir de cette opposition très contemporaine entre parent «biologique» et «parent social» ? Alors que chacun sait que l’engendrement n’est pas l’accouplement et la fécondation, que c’est un acte social et non un acte naturel. Comme le souligne Maurice Godelier «nulle part un homme et une femme ne suffisent à faire un enfant»…"

05 mai 2008

huit nièces et demi, et mon premier neveu

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Va savoir pourquoi, dans ma famille, ce qu'on sait le mieux faire, ce sont les filles. Les garçons, il n'y a que mon père et ma mère qui y aient réussi. Et encore, ça a donné un artiste peintre et un pédé : comme quoi, l'exercice n'est pas des plus évidents.

Je n'ai ainsi que des cousines. Six. Trois du côté de ma mère, trois du côté de mon père. J'ai eu un cousin, mais il est mort à l'adolescence d'une rupture d'anévrisme. Quand je dis qu'on a la masculinité fragile dans la famille !...

Et voilà que l'histoire se répète. Mon frère a fait trois magnifiques jeunes filles. Et la soeur d'Igor deux. Cela nous fait cinq nièces à gâter. On ne les voit pas très souvent car nos familles sont bien éclatées entre le nord et le sud de la France, l'ouest et l'est de l'Europe. Mais du coup les moments où nous sommes ensemble sont riches, tendres et joyeux. Cet été, pour les dix huit ans des deux plus grandes (une de mon côté, l'autre du côté d'Igor), on les emmène en Thaïlande : ce sera leur premier grand voyage.

Après, il y a mes familles d'adoption. Ces amitiés vécues si intensément, projetées avec tant de volonté dans la durée, qu'on en a fait des familles, des fratries, qu'on s'y trouve des filiations. De ce côté là, mon frère Menem (tu sais, cet amour fou, secret, fondateur de tant de choses de ma vie et de ma personnalité, dont je t'ai parlé ici), qui m'a jusque là donné aussi deux adorables petites nièces, saura aujourd'hui si son troisième sera un garçon ou une fille. Je pressens que ce sera à nouveau une fille, et je me trompe rarement (et d'ailleurs, je croise les doigts, sinon il me faudra changer le titre de ce billet).

Et puis, il y a le dernier en date. Mon premier p'tit frère, qui m'apporte avec lui une nièce de plus et un neveu. Et plein d'autres choses géniales. Son petit bout, c'est mon premier neveu. Dès qu'on s'est vus, on s'est adoptés. Et j'ai hâte de passer mes premières vacances avec lui. Parce que moi je dis, pour les relations entre oncles et neveux, les vacances, c'est encore ce qu'on fait de mieux.

22 mars 2008

ma part d'usurpation

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Je suis un usurpateur.

Je ne suis pas celui que l'on croit. Je n'ai pas les qualités que l'on me prête. Et ça fait vingt cinq ans que ça dure. Je n'ai ni talent, ni courage, ni culture. Je ne suis qu'un illusionniste : piètre corde à mon arc, même si elle m'a conduit loin.

Je joue des rôles, et je deviens les rôles que je joue. Je choisis un habit et je deviens le personnage. Seul moi sais encore qu'il s'agit d'une fiction. Le bon à l'école, pour plaire aux parents. Le bon en maths pour impressionner les copains. L'enfant enjoué, pour amuser la famille, le leader étudiant pour l'illusion du pouvoir, le bon en arabe pour épater la galerie, le praticien des relations internationales pour accéder au toit du monde, le bon en sport pour me glisser dans la grande arène de la république, l'organisateur, le modérateur, le synthétiseur, le manageur... Tous ces rôles, l'un après l'autre, je les ai endossés sans y croire, en m'efforçant d'y entrer au chausse-pied. Comment et pourquoi m'y a-t-on toujours vu à la hauteur ?

Il n'y a qu'un rôle que je n'ai pu jouer jusqu'au bout, parce qu'il m'enfermait trop loin des territoires où je devais aller, c'est celui de l'hétéro. L'homme marié promis à une belle progéniture, c'est la seule usurpation d'où je sois finalement sorti, c'était la plus insupportable, elle m'était trop douloureuse, je n'ai jamais réussi à m'y fondre, l'habit était trop grand, ou trop étroit pour moi.

J'aimais bien être le gendre idéal, une certaine socialisation qui allait avec, mais je me voyais trop comme l'usurpateur que j'étais pour m'y complaire vraiment. Et puis il y avait ce manque, si durement ressenti, si lancinant, la conviction grandissante, que "ça" ne passerait pas, que j'étais condamné à vivre avec, et qu'aucun miroir ne pourrait jamais me rassurer.

Je me suis arc-bouté comme un malade pour ne pas avoir d'enfant, tellement je me serais méprisé de les avoir pris en otage de mon mensonge 1433744660.gifet de ma lâcheté. C'est ce que je regrette le plus : aujourd'hui où je suis tranquille avec moi-même, notamment avec ma sexualité, je m'imagine volontiers élever des mômes, une petite fille, un petit garçon, les deux, même, les voir grandir auprès d'Igor et de moi, auprès de leur mère aussi, comme beaucoup d'enfants de familles recomposées, inventer avec eux des formes d'harmonie qui leur permettent de se construire. Témoigner au jour le jour d'une vie non usurpée, transmettre des valeurs, affronter avec eux les plus dures aspérités de la vie pour leur apprendre à en déjouer les pièges.

Je suis convaincu aujourd'hui que c'était un possible. Un vrai possible. Un beau possible. J'envie ceux pour qui ça en reste un.

L'usurpation, je ne l'ai esquivée que cette fois-là, et putain : c'était juste celle où j'avais tort de le faire.