05 mai 2008

huit nièces et demi, et mon premier neveu

1290171636.jpg

Va savoir pourquoi, dans ma famille, ce qu'on sait le mieux faire, ce sont les filles. Les garçons, il n'y a que mon père et ma mère qui y aient réussi. Et encore, ça a donné un artiste peintre et un pédé : comme quoi, l'exercice n'est pas des plus évidents.

Je n'ai ainsi que des cousines. Six. Trois du côté de ma mère, trois du côté de mon père. J'ai eu un cousin, mais il est mort à l'adolescence d'une rupture d'anévrisme. Quand je dis qu'on a la masculinité fragile dans la famille !...

Et voilà que l'histoire se répète. Mon frère a fait trois magnifiques jeunes filles. Et la soeur d'Igor deux. Cela nous fait cinq nièces à gâter. On ne les voit pas très souvent car nos familles sont bien éclatées entre le nord et le sud de la France, l'ouest et l'est de l'Europe. Mais du coup les moments où nous sommes ensemble sont riches, tendres et joyeux. Cet été, pour les dix huit ans des deux plus grandes (une de mon côté, l'autre du côté d'Igor), on les emmène en Thaïlande : ce sera leur premier grand voyage.

Après, il y a mes familles d'adoption. Ces amitiés vécues si intensément, projetées avec tant de volonté dans la durée, qu'on en a fait des familles, des fratries, qu'on s'y trouve des filiations. De ce côté là, mon frère Menem (tu sais, cet amour fou, secret, fondateur de tant de choses de ma vie et de ma personnalité, dont je t'ai parlé ici), qui m'a jusque là donné aussi deux adorables petites nièces, saura aujourd'hui si son troisième sera un garçon ou une fille. Je pressens que ce sera à nouveau une fille, et je me trompe rarement (et d'ailleurs, je croise les doigts, sinon il me faudra changer le titre de ce billet).

Et puis, il y a le dernier en date. Mon premier p'tit frère, qui m'apporte avec lui une nièce de plus et un neveu. Et plein d'autres choses géniales. Son petit bout, c'est mon premier neveu. Dès qu'on s'est vus, on s'est adoptés. Et j'ai hâte de passer mes premières vacances avec lui. Parce que moi je dis, pour les relations entre oncles et neveux, les vacances, c'est encore ce qu'on fait de mieux.

22 mars 2008

ma part d'usurpation

1888013781.JPG

Je suis un usurpateur.

Je ne suis pas celui que l'on croit. Je n'ai pas les qualités que l'on me prête. Et ça fait vingt cinq ans que ça dure. Je n'ai ni talent, ni courage, ni culture. Je ne suis qu'un illusionniste : piètre corde à mon arc, même si elle m'a conduit loin.

Je joue des rôles, et je deviens les rôles que je joue. Je choisis un habit et je deviens le personnage. Seul moi sais encore qu'il s'agit d'une fiction. Le bon à l'école, pour plaire aux parents. Le bon en maths pour impressionner les copains. L'enfant enjoué, pour amuser la famille, le leader étudiant pour l'illusion du pouvoir, le bon en arabe pour épater la galerie, le praticien des relations internationales pour accéder au toit du monde, le bon en sport pour me glisser dans la grande arène de la république, l'organisateur, le modérateur, le synthétiseur, le manageur... Tous ces rôles, l'un après l'autre, je les ai endossés sans y croire, en m'efforçant d'y entrer au chausse-pied. Comment et pourquoi m'y a-t-on toujours vu à la hauteur ?

Il n'y a qu'un rôle que je n'ai pu jouer jusqu'au bout, parce qu'il m'enfermait trop loin des territoires où je devais aller, c'est celui de l'hétéro. L'homme marié promis à une belle progéniture, c'est la seule usurpation d'où je sois finalement sorti, c'était la plus insupportable, elle m'était trop douloureuse, je n'ai jamais réussi à m'y fondre, l'habit était trop grand, ou trop étroit pour moi.

J'aimais bien être le gendre idéal, une certaine socialisation qui allait avec, mais je me voyais trop comme l'usurpateur que j'étais pour m'y complaire vraiment. Et puis il y avait ce manque, si durement ressenti, si lancinant, la conviction grandissante, que "ça" ne passerait pas, que j'étais condamné à vivre avec, et qu'aucun miroir ne pourrait jamais me rassurer.

Je me suis arc-bouté comme un malade pour ne pas avoir d'enfant, tellement je me serais méprisé de les avoir pris en otage de mon mensonge 1433744660.gifet de ma lâcheté. C'est ce que je regrette le plus : aujourd'hui où je suis tranquille avec moi-même, notamment avec ma sexualité, je m'imagine volontiers élever des mômes, une petite fille, un petit garçon, les deux, même, les voir grandir auprès d'Igor et de moi, auprès de leur mère aussi, comme beaucoup d'enfants de familles recomposées, inventer avec eux des formes d'harmonie qui leur permettent de se construire. Témoigner au jour le jour d'une vie non usurpée, transmettre des valeurs, affronter avec eux les plus dures aspérités de la vie pour leur apprendre à en déjouer les pièges.

Je suis convaincu aujourd'hui que c'était un possible. Un vrai possible. Un beau possible. J'envie ceux pour qui ça en reste un.

L'usurpation, je ne l'ai esquivée que cette fois-là, et putain : c'était juste celle où j'avais tort de le faire.