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16 février 2011

ma saint-valentin place Tahrir, au Caire

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Je l'ai fait. Un coup de folie. L'envie montait en moi depuis plusieurs semaines. Elle devenait peu à peu un besoin, puis une nécessité. Les signes se succédaient, pressants, ne laissant aucun doute. Jusqu'à des commentaires entendus la veille, de connaisseurs, en marge d'une Voix humaine dont il faudra que je te reparle. Il fallait que je le fasse.

Et puis quoi ! Pourquoi m'acharner à organiser avec mon ami japonais un dîner non désiré, presque craint, qui n'eût été concédé que par dépit, presque avec dédain. Je décidai que je méritais mieux pour la Saint-Valentin. La vivre seul mais auprès d'un couple mythique, en un lieu mythique, et surtout dans la magie d'un moment rare, historique. Forcément unique.

Je me suis donc présenté au guichet. Alentour, des revendeurs proposaient des billets pour cinq fois leur prix : 50 euros pour un voyage à l'aveugle. La soirée était annoncée complet, mais une hôtesse me précisa que trois quarts d'heure avant l'embarquement, les retours d'agence, avec leurs éventuels invendus, me laisseraient peut-être une opportunité : une place convenable à un prix encore raisonnable. Ou sinon, folie ultime, des invitations VIP annulées à des places de choix, pour la bagatelle de 189 euros.

Il y avait une demi douzaine de personnes avant moi. Et puis à côté, un groupe d'une vingtaine de jeunes qui espéraient d'ultimes invendus, qui leurs seraient alors dévolus sur le fil pour 20 euros. Puis encore plus loin, des vieux et des chômeurs qui passeraient après les jeunes pour ramasser les miettes. Il n'est pas toujours bon regarder ce qui se passe dans les coulisses de la culture.

Lorsque mon tour vint, j'eus à choisir entre une place à 45 euros - à la visibilité aléatoire -, et une à 70, en baignoire, deuxième rang mais de face. Après une hésitation aussi courte qu'intense, c'est celle-ci que je pris. Après-tout, le dîner que j'avais convoité m'aurait sans doute coûté plus cher...

Haendel_dessay_giuliocesare_pelly.jpgC'est ainsi que je me retrouvais lundi soir, seul parmi une foule compacte, dans les magasins du musée d'antiquité du Caire, dans les sous-sols de la place Tahrir, où l'on entendait encore sous des accents baroques la clameur des événements de ces dernières semaines. "Que l'Égypte jouisse désormais, dans la paix, de sa liberté retrouvée", "Que la douce joie et le bonheur reviennent à présent dans nos cœurs", "Que chacun retrouve maintenant le bonheur de vivre". Le tyran allait être défait, puni de ses crimes, de son arrogance, subissant la vengeance de son peuple, au terme de quatre heures d'un opéra sublime, tout à la gloire d'un couple de circonstance. Jules César était incarné magnifiquement par le contre-ténor épanoui Lawrence Zazzo, mais c'est Jane Archibald qui lui donnait la réplique, puisqu'elle en partageait le rôle avec Natalie Dessay. La belle Jane dont j'avais déjà, à Noël, apprécié les performances dans le rôle de Zerbinette, à Bastille, et qui là jouait, au sens propre, quelques rondeurs en moins, me semble-t-il, une merveilleuse Cléopâtre, à l'unisson de son amoureux.

Que te dire de plus que je ne t'en ai dit là ?

Que j'en ai eu pour mon argent, et n'ai pas une seule seconde regretté mon aventure.

Que rien ne vaut le spectacle vivant, qui te laisse suspendu aux voix et aux souffles, et où les gestes ont du sens.

Que le Concert d'Astrée, sous la direction d'Emmanuelle Haïm, produit un son de toute beauté, chaleureux et pénétrant, qui sait se faire discret pour saluer le chant.

Que les jumelles d'opéra que m'a offertes ma maman à Noël sont le cadeau le plus utile que j'ai reçu ces dernières années - avec une tasse thermos de voiture...

Que Jane Archibald est une grande, une jeune très grande, qui ose sans se cacher derrière son talent, 5301036_492c937b76_m.jpegignorante de Tartuffe. Y compris exhiber son sein nu sans le simuler d'un fourreau couleur peau - ce qui semble-t-il a déjà fait le tour de la galaxie mélomano-blogosphérique, si j'en crois le nombre de connexions sur ce thème qu'a reçu mon blog avant même que je n'aie pu l'évoquer dans un billet.

Que son timbre correspond mieux à la Cléopâtre d'Haendel que celui de Natalie Dessay, et tant pis si c'est blasphème que de le dire.

Qu'il était beau de voir le petit personnel égyptien du musée, d'abord indolent et incrédule, tout à ses corvées, inconscient des scènes que jouaient autour de lui les personnages d'une antiquité démomifiée, peu à peu se mêler à la partie, prendre part à la lutte contre le tyran dans une symbolique simplement chorégraphiée, et quitter réjoui ses sous-sols oppressants quand sonnait la fin du calvaire.

Que l'idée de cette mise en scène s'est avérée par pure coïncidence résonner d'une drôle d'actualité, mais que même sans cela, elle fut simple et efficace, rarement tirée par les cheveux, qu'elle avait le mérite d'interroger les représentations et la conservation, les supports de l'écriture historique, et de nous rappeler que nos mythes antiques furent dessinés à l'époque baroque, sans finalement avoir été beaucoup revus depuis.

opéra,jules césar,haendel,jane archibald,christophe dumaux,opéra national de paris,cléopâtre,le sein de cléopâtreQu'il est dommage que Ptolémée, jeune frère de Cléopâtre, fût dépeint en tyran lui disputant le trône - non que j'en conteste la vérité historique, mais parce que les postures de luxure dont il est paré dans la mise en scène de Laurent Pelly, et la beauté de Christophe Dumaux qui l'incarne, abdominaux compris, m'en ont fait un personnage inconfortablement désirable. Satanées jumelles !

Enfin, que je suis donc rendu à une nouvelle étape : celle d'apprécier des expériences lyriques même seul, même dans un registre dénigré par mon mentor, que je peux en laisser fleurir en moi le désir irrépressible, jusqu'à dépasser en intensité des projets obsessionnels, vains et destructeurs.

C'est une autre drogue. A 70 euros la dose, si c'est de la bonne, pourquoi pas ! Au moins celle-ci me prémunit-elle de déceptions blessantes.

13 février 2011

tout est affaire de décor

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J'ai beau être branché opéra ces temps-ci - je m'en vais d'ailleurs écouter La Voix Humaine, cet après-midi à l'Athénée - je suis passé à côté de la production dont tout le monde parle : Jules César, avec la star des stars, Natalie Dessay herself dans le rôle de Cléopâtre. A l'heure de la mise en vente, une petite voix amie m'avait glissé que, ben non, l'opéra baroque, pas trop, et j'en étais resté là. Et puis un jour, à la radio, au début de l'hiver, j'entendis un aria de Cléopâtre par Patricia Petitbon, et merde,  c'était magnifique. Haendel aurait-il donc mérité plus d'égards ? J'allais voir sur internet, mais Garnier était complet, et même en y mettant le prix on ne trouvait plus que des places sans visibilité.

J'avais fait mon deuil de l'affaire quand Radio classique se mettait à diffuser des publicités sur l'opération UGC : la représentation du 7 février, en direct live sur grand écran, dans quelques salles partenaires. Je n'ai pas d'abord vraiment prêté attention à cette offre. De l'opéra au cinéma, bof ! (pour 28 euros la place, soit dit en passant : même à Bastille, mes places réelles sont moins chères !). Sauf qu'il y a de cela quinze jours ou trois semaines, je suis tombé par hasard sur Manon, un opéra de Jules Massenet mis en scène par David McVicar.

Car - je dois te le dire - ma télé est souvent branchée sur une chaîne musicale : Mezzo, que je paye en supplément à canal satellite pour compléter mon bouquet, et depuis peu BravaTV, tout en HD, qui s'est incluse à mon offre sans que je ne demande rien. Tout en pianotant sur mon ordinateur, donc, à l'affaire sans doute avec un billet de mon blog un soir, je me suis peu à peu laissé captiver. Oh!, le registre était classique, mais les voix étaient belles, les jeux étaient convaincants, et l'histoire d'un romantisme de bon aloi. J'ai découvert qu'un opéra à la télé, ça pouvait le faire, et qu'au cinéma, forcément... pourquoi pas, donc ! Je reconsidérais ma position sur l'opération UGC.

Las, le temps de réagir, toutes les places étaient prises dans les UGC. Toutes. A Paris comme en banlieue. Bah!, pas grave, ça me faisait au fond une petite économie...

Et puis voilà ce qui se passe quand on a fait son deuil de tout. C'était dimanche dernier, pile poil, la veille de la retransmission en direct dans les salles UGC, en soirée, à 19h50 : BravaTV diffusait un Jules César de 2007, dans une mise en scène de McVicar.

Rien que  le nom de McVicar m'arrête désormais : ayant retrouvé dans Manon des traits communs avec le 6a00d834ff890853ef010535df7899970c-500wi.jpgSalomé que j'étais allé voir à Londres l'an dernier, malgré l'éloignement des objets et de leur morale, j'avais fait des recherches et m'étais rendu compte que les deux productions étaient dues au même metteur en scène, à ce David MacVicar, donc, dont il m'apparaissait qu'il n'avait pas froid aux yeux, qu'il avait recours sans sourciller à la nudité sur scène, pour plutôt de bonnes raisons, et qu'il plaçait son trait là où l'œuvre méritait d'être soulignée. Sa page wikipedia m'apprenais même qu'une académie people l'avait classé parmi les cent personnalités gays les plus influentes de Grande-Bretagne. Il y a de ces classements !...

Son Jules César était fascinant. Toute la soirée, dimanche, nous sommes restés scotchés devant l'écran. La musique de Haendel était fabuleuse, les aris de Cléopâtre, chantés par la jeune métis Daniele De Niese, clairs et enjoués, les chorégraphies, égyptologisées et drôles. J'étais surpris de découvrir que Jules César et Ptolémée, les deux souverains rivaux et impériaux, étaient joués par une mezzo-soprano pour l'un (Sarah Connoly), et par un contre-ténor pour l'autre (Christophe Dumaux) - voilà qui bousculait nos visions machistes contemporaines du pouvoir, quand la majesté paraissait, dans l'imaginaire baroque, mieux incarnée par la performance vocale élevée. McVicar avait opté pour un Jules César napoléonien, et l'univers de la pièce, malgré les intrusions obligées de l'antiquité, du renaissant et du contemporain, s'ancrait dans une imagerie coloniale.

Outre qu'il se confirmait que - moyennant un peu d'intérêt pour la chose et de motivation - l'opéra à la télé, ça pouvait le faire, je découvrais une œuvre de Haendel tout bonnement magistrale. Il me fallait donc renier cette médiocre mécréance proférée là, il y a presque un an ! J'étais partagé entre satisfaction d'avoir finalement pu l'entendre, même par écran interposé, et frustration d'être passé à côté pour Garnier.

dec-cleo-300x177.jpgSeulement voilà, hier, nouvelle surprise : Mezzo diffusait le Jules César de lundi dernier, celui de Garnier et des salles UGC qui m'avaient glissé des mains. Je m'en rendis compte une nouvelle fois par hasard, juste après le dîner au moment même de l'ouverture du rideau, en quittant le journal de France 2 pour faire entrer de la musique dans la maison...

Alors là, j'ai tout arrêté. Igor, friand de musique baroque depuis longtemps et qui s'était pris au jeu la semaine dernière, a tout arrêté aussi, et nous nous sommes offerts une nouvelle tranche de Haendel - trois heures et demi non stop et sans entracte. Comme si nous y étions.

Donc voilà ce que j'avais raté - et il y a une ironie à cette histoire... Natalie Dessay, qui agace, je le sais, certains de mes amis mélomanes, en raison de ce qu'elle se joue de sa notoriété, n'a toutefois pas une réputation usurpée. Son chant est beau, ciselé, substantiel, son jeu est drôle, on y décèle souvent une jubilation juvénile, surtout dans les joutes avec Christophe Dumaux (photo ci-contre), qui joue le même Ptolémée que dans McVicar, qui y chante tout aussi bien un répertoire qu'il maîtrise depuis Dumaux_Press21.jpeglongtemps, mais qui en plus y dévoile de longues jambes et un torse nus à croquer et se fait faire une pipe par un jeune éphèbe sur scène. César cette fois y était joué par un contre-ténor, comme Haendel l'avait voulu, et la performance de Lawrence Zazzo y fut remarquable, sans doute plus crédible que celle de Sarah Connoly. Un autre rôle nous a impressionnés : celui du jeune Sextus à l'esprit vengeur, le fils d'un Pompée décapité par Ptolémée pour plaire à César, alors que celui-ci se rendait à Alexandrie pour signer la paix... La jeune mezzo-soprano Isabel Léonard y a une présence raffinée, bien qu'enlevée, et son duo avec sa mère Cornelia, jouée par la Mezzo Varduhi Abrahamyan, est proprement sublime.

Laurent Pelly en a fait la mise en scène. Je ne sais pas si j'ai déjà vu des œuvres à lui, son nom m'était inconnu et il y a peu que je m'intéresse à ces détails... Mais c'est à lui que l'on doit l'ironie de l'histoire. Car ici, César fait son entrée... au musée. Nous sommes dans les magasins d'un grand musée d'antiquité. Les personnages sont tous des effigies qui s'animent, ou plutôt en sont les fantômes, les manutentionnaires et autres gardiens de musée s'agitant autour d'eux sans sembler les voir. L'idée est intéressante, même si est un peu kitsch de faire chanter les bustes quand le chœur acclame l'arrivée du souverain.

On pourrait donc être au Louvre, par exemple. Ou à la National Gallery. Mais ce personnel qui s'agite autour des sculptures et autres sarcophages, qui les déplace, les range, les ouvre, les nettoie, a quelque chose de spécial. Dans son aspect. Dans ses couvre-chef. Il s'agit d'arabes, c'est bien ça, ce sont des arabes. D'ailleurs, les étiquettes, aux portes des placards, mais oui, elles sont écrites en arabe. Ce sont des Égyptiens et nous sommes en Égypte. Au musée d'antiquité du Caire. Nous sommes david mcvicar,laurent pelly,natalie dessay,jules césar,haendel,georg friedrich haendel,opéra,opéra national de paris,palais garnier,mezzo,bravatvplace al-Tahrir très précisément, parmi les plus belles collections d'antiquité du monde et à deux pas du trésor de Toutenkamon...

Ainsi donc, Garnier mettait en scène des rois décapités et triomphants dans le lieu même et au moment même de la plus spectaculaire révolution démocratique contemporaine... Pharaonique clin d'œil !

06 juin 2010

musique au fil de l'eau

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Gee Mee, blogueur inclassable mais à l'utilité sociale avérée, à qui l'on devait plein de petites astuces sur lesquelles ces dames se précipitaient pour améliorer la décoration de leur blog, qui avait reconnu une fois le cobaye qui sommeillait en moi, et qui en blogueur-citoyen conséquent s'engage pour l'eau et promeut les manifestations qui la célèbrent, vient de pondre un billet qui, sans avoir l'air d'y toucher, constitue la note la plus utile jamais publiée sur un blog depuis que l'homme a marché sur la lune.

Puisqu'il ne s'agit pas moins que de musique.

La musique peut désormais revenir sur nos pages.

Deezer, grand pourvoyeur en ce domaine - beau catalogue, vraiment - qui après avoir alléché les blogueurs de magnifiques lecteurs importables s'en était pourléché d'un bras d'honneur, peut à nouveau venir égayer nos pages. Et ce, grâce au simplissime tutoriel que Gee Mee a conçu et exposé.

Un exemple ?

Exemple dédicacé à la fée, tiens, au goût immodéré pour la musique baroque, qui a besoin d'un petit remontant en ce moment. Water music, évidemment, puisque nous sommes rentrés dans le mois de l'eau, que Danielle Mitterrand vient de lancer la campagne des porteurs d'eau, que Chambly était en fête pour l'eau samedi et que le festival de l'Oh! se profile pour le week-end prochain.

Fiso t'y fait d'ailleurs de belles suggestions de programme, tout comme Nicolas, si tu as envie d'aller te perdre sur les berges de la Seine ou de la Marne.

Tu pourras, d'ailleurs, y écouter de la musique symphonique, Haendel, évidemment, mais aussi la Sirène, d'Auber, puisque les femmes en sont les invitées d'honneur, ou la Sicilienne, de Fauré (que je te mets en deuxième exemple. Quand on aime...).

Et tout ça parce que le Rainbow Symphony Orchestra y est invité, pour la première fois.

Je n'oublie pas qu'ailleurs, on célébrait la biodiversité, ce week-end. La faune et la flore étaient à l'honneur, et les jardins s'en donnaient à coeur-joie. Je crois avoir entendu un papillon voler.