Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

06 septembre 2011

erreur d'ordre

saignee-62fe8.jpg

Il y en a une qui va bien comprendre ce dont je parle. Entre douleurs et docteurs, elle a eu son lot de cynisme, de mépris ou d'impuissance.
 
Un mal m'a pris à l'improviste. C'était dans la nuit de mercredi à jeudi. Je ne sais pas si je dormais à ce moment-là, ou si j'étais dans un état de demi-éveil. Un fourmillement est venu titiller l'arrière de mon talon. Un fourmillement un peu bizarre, en vrai, assez court, de quelques secondes, qui comportait deux ou trois petites charges aigües. Une demi-heure plus tard environ, le phénomène s'est répété. J'ai machinalement gratté mon talon avec l'autre pied, à peine intrigué.

Dans la matinée, en pleine réunion, au même endroit exactement, une violente décharge électrique est venue m'assaillir, m'obligeant à bondir, à sauter à cloche pied, à étouffer des cris pendant une bonne dizaine de secondes, sous les yeux ébahis de mes partenaires. L'incident s'est répété devant eux, à l'identique, une demi-heure plus tard. Puis encore trois fois à l'heure du déjeuner avec mes collègues, à une demi-heure ou une heure d'intervalle à chaque fois, jusqu'à ce que je décide d'aller aux urgences de l'hôpital.

Évidemment, plus de douleur durant l'après-midi que j'ai passée à attendre, et une interne qui n'a pas trop su quoi me dire, m'a prescrit du Dafalgan, un anti-inflammatoire, et m'a conseillé de consulter un rhumato.

Je pensais l'affaire passée à 18h quand un nouveau spasme est venu me rappeler à la prudence, puis encore à minuit au moment de me coucher.

A trois heures du matin, l'attaque a repris, mais sous une forme plus malfaisante. Les crises duraienttalonAchille.jpg toujours une quinzaine de secondes, mais se répétaient toutes les cinq minutes. Elles ne me laissaient plus de répit, faisaient naître en moi l'angoisse de m'allonger et d'être rattrappé par les électrodes. Je me croyais dans une chambre de torture, à la merci de mon bourreau. J'hurlais dans ma chambre, debout, à marcher, à piétiner, à m'accrocher à des gestes illusoires, impuissant à soulager l'affaire. Je finissais pas appeler un médecin de nuit, qui me fit faire l'inventaire des anti-douleur de ma pharmacie personnelle, m'enjoint d'avaler deux Lamaline, et m'envoya une ambulance pour me conduire aux urgences du centre hospitalier d'Arpajon - pas question que je prenne le risque de conduire ma voiture avec une jambe devenant folle sous l'effet des décharges !

Entre l'appel du médecin et l'arrivée de l'ambulance, la douleur s'était à nouveau repliée. J'avais adopté la stratégie du footing permanent, sautillant sans cesse, mon intuition me disait que la bête n'attaquait qu'au repos.

J'ai plutôt de la sympathie pour les médecins urgentistes, ils font un métier difficile, ont peu de moyens, encore moins de considération. Pour peu qu'ils soient étrangers, leurs gardes sont payées au lance-pierre et je trouve depuis longtemps leur condition indigne de leur mission.

Déposé aux urgences par les ambulanciers, je fus battu froid quand l'infirmière d'accueil, à qui je décrivais ce qui m'avait conduit là, me lança "mais qu'est-ce que vous voulez qu'on vous fasse de plus ?" avant d'ajouter : "de toute façon, le médecin refusera de vous voir, elle a déjà renvoyé un malade tout à l'heure !"
 
Et de fait, si je ne fus pas abandonné, à 4h30 du matin, à la porte de ce délicieux hôpital de campagne, sans voiture, la médecin de garde a refusé de me voir. Là, la Lamaline faisant son effet, j'ai somnolé sans douleur, étendu sur un brancard, quand à 8h environ elle s'est finalement présentée à moi. Oh!, pas pour m'examiner, ni pour me consulter, par pour m'entendre lui décrire ma douleur, tenter un diagnostic, m'osculter ou me proposer des examens. Non, juste pour me dire : "Vous savez, Monsieur, venir aux urgences une deuxième fois en 24 heures, mobiliser une ambulance alors qu'on vous a déjà prescrit un traîtement adapté, ça s'appelle un abus de soin !"
 
Voilà donc le mal dont je souffrais, un abus de soin ! Du coup, le Dafalgan devait en effet constituer un "traîtement adapté"...
 
Après lui avoir tapé un scandale dont elle se souviendra, l'obligeant à baffouiller quelques explications de texte sur cette notion que je ne crois pas avoir jamais lue sur les tablettes d'Hippocrate - mais bien peut-être sur celles de Parisot - devant ses collègues incrédules, avoir récupéré finalement une ordonnance, un arrêt de travail et je ne sais quelle autre paperasse, je m'en suis revenu à la maison, grâce aux bons soins de la Bougre, et les douleurs m'ont repris devant la porte, à intermittence variable, me laissant la nuit suivante relativement tranquille, et celle d'après me rappelant à leur chambre de tortures. (Mais pourquoi diable une fois à l'hosto, les crises ne sont jamais fichues de se produire !)
 
Le "parcours de soin", j'en suis à me le faire moi-même, soumis aux délais de ministres que t'imposent les spécialistes de tous domaines. Les spasmes se sont arrêtés depuis plus de 36 heures, j'ose croire à une trêve, mais j'ignore tout encore de l'ennemi. Dans quel sanctuaire est-il donc tapi ?

17 octobre 2008

la toilette au lavabo : une autre façon de prendre son pied

 

friche-hopital-chaise-lavabo-nb.jpg

Je sors ce matin de l'hôpital. Il était temps... Quoi que.

En une semaine j'ai réussi à apprivoiser cette chambre, à me saisir de tout le nécessaire d'un mouvement de main vers la droite, d'une rotation de tablette vers la gauche. J'y ai des pâtisseries et autres gourmandises, la presse, une petite radio, des DVD à profusion, un téléphone portable, un accès internet finalement mieux qu'intermittent... J'y ai même depuis trois jours un stepper et des altères, pour me faire quelques exercices journaliers et ne pas finir victime d'une nosocomie pseudo sédentaire. Pour tout ça, merci maman (présente opportunément dans la région) et Bougrenette.

La chose la plus fun du séjour restera la toilette au lavabo du matin. Quel apprentissage ! L'enjeu, c'est de se laver du mieux possible, de se rincer le plus possible, en laissant tomber le moins d'eau possible sur le sol en lino, parce que ça met des heures à sécher et que la femme de ménage ne passe pas avant l'après-midi. Je précise que l'hôpital, évidemment, ne fournit pas de tapis de sol.

704001051.jpgJour après jour, je me suis donc construit une technique.

D'abord, je me mets totalement nu, ça rend tout plus simple. En gardant juste mes babouches aux pieds, parce que je n'ai jamais totalement confiance dans les sols des hôpitaux - ce en quoi j'ai sans doute tort... et je prépare à proximité de la porte des sous-vêtements propres.

Je commence par les cheveux, un passage sous le robinet, suffisamment surélevé comme fait exprès, la noisette de shampoing, une petite friction, et rinçage en abondance sous l'eau tiède. Je me les sèche et me les arrange aussitôt avant qu'ils ne forment des épis disgracieux.

Puis commence le travail au gant. C'est le plus délicat. Pas tant la phase de savonnage, mais celle du rinçage, tu as toujours l'impression que tu n'as pas tout nettoyé, habitué que tu es à utiliser une eau courante.

Moi je fais ça en trois étapes : d'abord, le torse et les aisselles. C'est assez simple, sauf qu'il faut faire travailler les deux mains, l'une après l'autre, et qu'au début, avec la perfusion, ce n'était pas très facile.

Puis, jambes légèrement écartées, ce que mes infirmières appellent la toilette intime - celle que je préfère.

Les gants jetables fournis par l'hôpital sont délicieusement ouatés. L'étoffe savonnée t'est une caresse, qui contourne ton sexe d'abord par la brutos5124_JustinMycles.jpggauche, puis par la droite, le soulève négligemment, masse soigneusement tes bourses, s'attarde sur l'entre-jambes, atteint lentement l'anus, l'explore superficiellement, déposant sur son passage une mousse onctueuse. Tes poils se collent diformes à ta peau blanchie. Ton sexe s'est légèrement gonflé. Alors de l'autre main tu en décalottes le gland, rétractant le prépuce le plus loin possible pour le nettoyer à son tour. Tu répètes les mouvements plus que de raison parce que ces caresses te sont agréables. Et puis, gant rincé, tu le passes, et le re-passes, le rinces, et le re-rinces, jusqu'à ce que ta peau ait retrouvé son timbre naturel. Tu bandes totalement. Ou tu ne bandes plus. Selon ce que France-info te dit du cac 40.

Puis, une jambe après l'autre, le pied dans le lavabo tu termines le travail à l'aide d'un peu d'eau courante. Te prendre le pied, le laver, le rincer et le sécher sans le mettre à terre : un vrai exercice d'équilibriste.

Enfin, il te faut constater l'étendue des dégâts, et selon l'abondance des flaques au sol, tu évalues le temps qu'il te reste avant d'y revenir pour le brossage de dents, et l'application de la petite crème réparatrice du visage (oui, parce qu'entre autre chose, les antibiotiques, ça fait desquamer, des fois...)

13 octobre 2008

le service public a de beaux restes

2008-10-11T163332Z_01_APAE49A1A0500_RTROPTP_2_OFRTP-FRANCE-HOPITAL-SONDAGE-20081011.JPG

J'avais gardé de l'hôpital de piètres souvenirs. Des déconvenues récentes liées à la maladie de mon Igor, dans deux grands hôpitaux parisiens, Lariboisière et la Pitié-salpêtrière pour ne pas les nommer, m'avaient laissé le goût d'un pourrissement généralisé : et des procédures administratives, et de la rigueur médicale, jusqu'à l'état d'esprit du personnel soignant... un peu comme si de dégradations en désillusions, le libéralisme économique et la crise avaient eu la peau de la mentalité du corps médical dans son entier, et avec elle du service public et de ses valeurs.

Pourtant là, je sors de deux expériences, dans deux hôpitaux de la grande couronne parisienne, l'une aux urgences ORL de Longjumeau pour le flegmon de mon amygdale, l'autre aux urgences puis en médecine interne à Arpajon pour cette fichue colite pseudo-membraneuse qui a résulté de mon antibiothérapie... et finalement, je suis rassuré, la bête a de beaux restes.

J'y ai trouvé du personnel d'accueil souriant, attentionné, se souciant de toi comme si tu étais un vieil habitué. J'y ai vu mon dossier médical circuler de main en main, de service en service avec fluidité, les examens s'enchaîner les uns aux autres, sans qu'on te laisse attendre inutilement durant des heures dans un box froid et impersonnel. J'y ai croisé du personnel soignant aux petits soins justement, patient et tâchant de transmettre de la bonne humeur, et des médecins disponibles - soit dit en passant presque tous étrangers, docteurs ou faisant-fonction d'interne, payés au lance-pierre - mais prenant le temps de t'expliquer par le menu ce qui avait pu t'arriver, allant même jusqu'à imprimer des pages sur internet pour te permettre de bien comprendre l'origine de ton mal - et d'en rédiger une note.

Je pensais que de l'hôpital, on avait vite fait de te pousser dehors, j'ai vu qu'on ne jouait pas avec les fièvres et les risques infectieux.

J'aurais dit il y a peu à qui prônait la spécificité française dans le système de santé qu'il vivait sur des mythes et se berçait d'illusions, qu'il brutos975_Caelestis.jpgparlait d'une époque révolue. Je ne suis pas mécontent de constater qu'au moins, ici et là, l'esprit de service public connaît de belles survivances.

Un bémol ? Non, deux : pour ce qui est de la gastronomie, la réputation des hôpitaux n'est pas nécessairement surfaite. Quant au personnel soignant, il est exclusivement féminin dans le service où je suis. C'est bien quand tu es au plus mal, c'est même top pour te faire materner un peu. Mais dés que tu commences à aller mieux, toi qui rêvais d'infirmiers de nuit nus sous leur blouse...

12 octobre 2008

appelez-moi Nosocomial

MaleNude288.jpg

C'est donc du petit lit blanc de ma chambre d'hôpital, où l'on m'a mis à l'isolement, que j'ai écrit ce billet et que je l'ai posté, profitant d'une courte éclaircie dans le ciel wifiesque tourmenté des alentours.

Sais-tu quelque chose de ces maladies nosocomiales, dont on nous rebat les oreilles ? Oui, certes, qu'on les attrappe à l'hôpital, mais encore ? Eh! bien, moi, je sais, je l'ai appris à mes dépends ces jours-ci. Non que j'en ai été la victime, mais parce que j'en suis devenu l'agent infectieux. Aaaaaaaaarghhhhhh ! Ca fait peur, hein ?

Qui suis-je donc ?

Je suis une bactérie découverte il y a trente-quatre ans, qui répond au doux nom de clostridium difficile (prononcer "difficilé", c'est du latin !). Je prospère parmi quelques camarades d'intestin chez presque un individu sur vingt, sans déranger personne. L'harmonie règne en général dans cette jungle digestive. J'adore les milieux tropicaux humides autour de 37°.

Moi, j'étais chez un pauvre bougre qui ne demandait rien à personne. Depuis très longtemps, peut-être. Seulement voilà, il s'est chopé une angine il y a à peine quinze jours. Oh!91, qu'il se fait appeler... Les angines, ça, j'adore, surtout quand elles donnent un flegmon de l'amygdale. Antibiotiques assurées ! et pas n'importe quelles antibio, parce qu'on on ne rigole pas avec les flegmons... L'augmentin, large spectre, l'idéal, ça fusille tout le monde, toute la flore intestinale. Toute ? Non. Car un petit germe résiste encore et toujours à ces envahisseurs : moi. Et alors là, c'est Byzance, tout le terrain passé au défoliant, je l'ai pour moi tout seul, l'intestin était un refuge, il devient un paradis, je prolifère, et je prolifère, et je fais des galipettes, et je me multiplie encore et encore. On ne me reconnaîtrait pas. Pathogène, il paraît que je deviens alors.

Je m'amuse à filer des coliques à mon patron, quelques crampes d'estomac (ça, j'adore, ça le fait hurler de la mort !...), je lui fais monter la fièvre, et je me marre chaque fois qu'il me balance un doliprane. Je peux même aller jusqu'à perforer des côlons, et là, crois moi, c'est la fin des haricots.

Là où je suis vicelard, c'est que si on me sort de mon milieu naturel, genre évacuation d'urgence via une diarhée carabinée, je me transforme en spores, et je peux survivre à sec pendant des jours et des jours, je me dépose sur les sols, sur les poignées de porte... jusqu'à ce que je sois ingéré par un individu étourdi, que je retrouve un intestin, et que je puisse recommencer ma vie ailleurs.

C'est d'ailleurs pour ça qu'on me trouve surtout dans les hôpitaux, et dans les maisons de retraite.

s_infectrl.jpgSeulement voilà. Si un médecin me reconnaît, là, c'est moi qui fais la tronche : expédition aux urgences, mise sous perf, antibiotique ciblé sur ma personne, pendant quinze jours au moins histoire que je ne relève pas la tête. Et pendant ce temps-là, le bonhomme : il ne doit voir personne. Du moins pas sans gant et sans masque. Eau de javel et bétadine à chaque contact, même mes spores n'y survivent pas. Et puis avec toutes ces campagnes contre les maladies nosocomiales, ils ne prennent pas la question à la légère !...

Bon, là, Oh!91, il va déjà mieux, et c'est moi qui suis à la peine. On lui a même enlevé sa perf hier, il n'a plus de fièvre, plus de coliques. Il est juste enfermé dans sa chambre comme un lion en cage. Il y est seul, en plus - être contagieux n'a pas que des inconvénients. Il a même eu du bol d'arriver à capter un hotspot wifi, précaire mais quand-même, pour ne pas être coupé du monde. Parce que si je suis malin, les ondes, je n'ai pas encore réussi à les choper...

Donc je crois qu'en définitive, je vais bientôt te le rendre à la vraie vie. Et tant pis pour ma pomme !