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20 mars 2011

oh! la belle vitrine

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On se demandait, depuis que Kadhafi avait perdu les faveurs de notre souverain, comment Sarkozy allait financer sa campagne électorale en 2012. Maintenant on sait. Ce sera Serge Dassault. Joli coup double, Monsieur le président !

Il y a le feu à notre commerce extérieur, il ne faut pas être grand prince pour deviner qu'Areva va avoir du mal, pour un moment, à vendre sa technologie nucléaire, mais qu'à cela ne tienne ! Nous avons enfin la vitrine rêvée pour promouvoir nos joyaux militaires, et en particulier ces fichus Rafale pour lesquels Sarko se démène en vain depuis cinq ans. Cinq ans de missions VRP dans le monde entier, et pas un seul contrat de conclu ! Pas un !

Alors là, je parie ma maison, ma bite, et mon goût pour l'opéra qu'on va en prendre plein les yeux : vues de près, de loin, officielles ou quasi-clandestines, images de la préparation, de l'armement, de l'intérieur du cockpit, présentation des prises de vue réalisées, de la précision micro-chirurgicale des frappes... Areva prend l'eau, mais notre complexe militaro-industriel vole à notre secours. Le Rafale a enfin son terrain d'intervention !

Et d'une pierre deux coups : on a un président chef de guerre. Ça donne de l'allure, chef de guerre. Ça en impose. Il a même son nom de guerre Aube de l'Odyssée ! On n'a plus envie de rigoler, là. Gare à celui qui s'aventurera à la polémique. C'est l'heure de l'union sacrée derrière notre chef. Ouf !

Évidemment, parce que tu as mauvais esprit, tu voudrais dire : "C'est un peu tard, jeune homme. Montrer les muscles aux premières heures de la révolution libyenne, quand Kadhafi était ébranlé, vacillait, que ses généraux changeaient de camp ou hésitaient à le faire, eut été plus utile". Mais à la guerre, comme à la guerre, tu vas t'abstenir de refaire l'histoire, te taire en somme, et assister, les yeux écarquillés, aux conférences de presse quotidiennes de l'état-major des armées (comme cette sémantique est douce à lire, non ? Les journalistes s'en délectent tant, en tout cas...), et attendre sagement l'annonce des premiers contrats de vente de nos Rafale nationaux. Puis du marché que nous ouvrira la future probable nouvelle Libye.

Tiens, mais c'est élection aujourd'hui, non ?

Bon mais pfff ! à quoi ça sert, les Départements ?

06 janvier 2009

résolution 242

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des rires au loin

des bruits soudains depuis les ruines

une photo, un cadeau, quelques mots de saison

comme une fraternité

puis la bombe

un temple anéanti

effacé

et des ruines encore

660 cadavres ce soir

cent par jour

cadavre terroriste ou cadavre collatéral

tu ne pèses rien

demain tu seras mille

avec sur le visage, un sourire de miséricorde

énigmatique

figé

anéanti.

Le 22 novembre 1967, à sa 1382ème séance, le Conseil de sécurité des Nations Unies adoptait à l'unanimité la résolution N° 242, qui exigeait le retrait de l'armée israélienne de toutes les terres occupées lors de la guerre des six jours et la cessation de tout acte de belligérance.

Aujourd'hui, 41 ans, 1 mois et 16 jours plus tard, la communauté internationale n'a toujours mis en oeuvre aucune sanction d'aucune sorte à l'encontre de l'Etat d'Israël pour l'obliger à respecter le droit international (voir ici la liste des résolutions jamais appliquées par Israël).

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08 mars 2008

Ya baharyyeh !

La nuit fit d'abord tinter ses cristaux de lumière

sans souffle

sans saveur

Elle étouffait nos paupières

Mais peu à peu elle devint plus légère

La montée de l'aube accompagnait le chant du coq

Les criquets et les chacals se turent

 

A l'instant de la poussée irrésistible de l'aurore

Une voix s'éleva à la recherche tatonnante des étoiles

une voix étirée, fébrile, sans rythme apparent

Et la voix devenait plus limpide

Et le jour devenait plus limpide

Dans son élan elle rencontrait nos rêves

les percutait et les rompait

Soudain la place devenait libre pour que s'y installa la vie

 

Et quelle vie, ya baharyyeh !

Quel amour !

Comme moi, tu les as vus

ces regards pleins de lumière

qui s'accrochent au fil invisible de la complicité

Ya baharyyeh !

Tu as entendu ces claquements de mains intrépides

Ces pieds multicolores qui éprouvent ensemble le besoin de frapper

Et de frapper le sol entre deux pas de danse

Ya baharyyeh !

Ces rires pleins de souffle et de générosité

Tu les as vus, ya baharyyeh !

Ces corps qui se balancent avec l'assurance des gazelles

Ces visages qui ne ressemblent à aucun autre

Et tu as ressenti

Ya baharyyeh !

Comme moi

Leur contact fraternel

 

La mer et ses berges montagneuses sont leur pays

Vigne et oliviers poussent entre leurs mains

Leurs chants d'eau et de miel irriguent leurs vergers assoiffés

Leurs yeux déroulent d'interminables

vagues de tendresse au dessus de tes épaules fébriles

Et leurs coeurs

Sans cesse

scrutent tes joies et tes peines

 

C'est là, sur les flancs rocailleux de leur vie que se niche leur âme

leur sincérité et leur fidélité

 

Six ans

Août quatre-vingt cinq – août quatre vingt onze

Presque deux mille jours

Deux mille longues journées sans venir à votre rencontre

Votre sincérité est indemne pourtant

Et vous, toujours fidèles

Tels quels

Juste quelques rides – Là, comment ne pas les voir

Au coin de votre bouche

Et là, aux extrêmité de vos yeux

A cause du soleil bien sûr

mais aussi

Surtout

A cause de l'orage

 

Il faut faire la guerre

avait dit le roi de la montagne

Oui il faut la faire

avait répondu l'empereur de la mer

Et tuez-les

Et n'épargnez personne

Dirent mille seigneurs de pacotille en écho

 

L'appel du sang

quinze ans durant retentit

Sans se taire

Ou quand il se taisait Ariel Sharon reprenait le haut-parleur

Et hurlait plus fort encore

Vous deviez exploser

 

Il y a deux mille jours Rappelles-toi

Août quatre-vingt cinq

Le déluge

C'est si simple de cacher cent kilos de TNT dans

une voiture

Si simple de tendre un piège à des femmes et des enfants

Si simple d'être aveugle devant un marché de Beyrouth

Déclic pour l'enfer

Déluge

Fer feu sang

assourdissante agonie

Interminable humiliation

Et pourtant simple prélude

Vous deviez exploser

 

« Où vous cachez-vous Seigneurs de pacotille

Contre qui tirez-vous

Roi de la montagne

Empereur de la mer

Cessez le feu, Brisez l'obscurité

Vous ne gagnerez pas ! »

 

Ils n'ont pas gagné

Août quatre-vingt onze Vous n'avez pas explosé

Vos mains sont encore belles

Plus belles encore et plus fermes

Tendues en direction de vos frères

Et vos quelques rides vous ont rendu plus beaux

 

09/91

(ce texte, je l'avais écrit à une époque où je n'écrivais pas, au retour d'une expérience riche de rencontres au Liban, que je raconte là. Je venais de faire la connaissance de Issam. Je ne me rends pas compte de ce qu'il vaut, mais il m'est cher, et ça m'a fait plaisir de le partager avec toi)

08:24 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : poésie, liban, guerre, amitié, paix

24 février 2008

quelle connerie la guerre !

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J'ai besoin d'inventer un nouveau mot pour écrire ce qui va suivre. Indélébilité. L'indélébilité de la guerre, c'est ça qui me vient après ma soirée d'hier.

Ce samedi, c'était théâtre et retrouvailles. Ca me rend toujours fier de connaître des artistes, et encore plus d'être leur ami, je crains toujours de n'en être pas digne.

Mon ami Issam Bou Khaled présentait donc au théâtre du Tarmac, dans le Parc de la Villette, une adaptation française de sa pièce Archipel, qui fit un tabac à Beyrouth à sa sortie, il y a dix ans.

Parlons donc d'abord théâtre. Archipel se définit comme une comédie noire futuriste. Les personnages sont des zombies, rescapés ou victimes d'une guerre du Liban. D'une guerre, oui, car nous sommes au 22ème siècle, et les guerres du Liban, on ne les compte plus. A chaque guerre, les destructions d'immeubles permettent de rejeter à la mer de telles quantités d'immondices, de béton, avec au milieu des cadavres, que les remblais sont à une guerre de relier le Liban à Chypre. Et de réaliser le mythe d'un Liban, pont entre l'orient et l'occident. En guise de mythe, les personnages de ce théâtre expérimental et absurde, comme tirés d'une bande dessinée, se vivent comme des déchets de l'histoire et évoluent dans l'univers glauque d'un égout.

L'adaptation française a un peu perdu de l'humour noir et caustique des premières scènes, et je me suis un peu noyé 80ea5da932c00903be548e444e721df3.jpgdans la frénésie du début, puis la poésie et le sens se mettent en place, et c'est un magnifique travail qu'il présente là (jusqu'au 15 mars - relâche dimanche et lundi).

Issam Bou Khaled, je l'ai connu au Liban l'été 1991, juste au sortir de la guerre. C'était à l'occasion d'un camp de vacances organisé entre jeunes communistes français et libanais. Pendant 15 jours, nous avons partagé l'accueil et la convivialité dont sont capables les orientaux, mais surtout connu de tout jeunes gens qui, c'est ainsi, avaient fait la guerre. Avaient grandi dans la guerre. N'avaient connu que la guerre. La plupart avaient porté le fusil, notamment dans la résistance contre l'occupation du Sud.

Cette phase de paix, si nouvelle, était complètement déstabilisante pour eux, leur équilibre se cherchait. Ils devaient faire leur deuil de la guerre. Il devaient faire leur deuil du projet démocratique et laïque qui les avait portés. Il y a ceux qui voulaient continuer comme si rien n'avait changé, parce qu'il restait au Sud cette "bande de sécurité", toujours occupée. Il y a ceux qui réfléchissaient à l'accompagnement dont auraient besoin tous ces ex-miliciens pour se reconvertir dans une vie normale. Ils se posaient mille et une questions sur l'avenir, et nous étions au coeur de leurs débats.

C'est étonnant, mais beaucoup envisageaient des carrières artistiques, comme s'ils ne voyaient que l'art et la création comme moyen de témoigner, de continuer à dire des valeurs, comme pour échapper au côté petit buiseness à qui la paix faisait désormais la part belle. Comme pour ne pas se trahir. Issam, qui était l'amuseur public au sein du groupe, avec un art sans pareil de raconter des histoires, une expressivité exceptionnelle du visage, des mimiques à se tordre, rêvait de commencer des études de théâtre.

Ce séjour avait été particulièrement intense en émotions et en amitiés. Pour moi qui connaissais déjà le Liban et son histoire, notamment à travers mes amitiés avec Menem ou Ali, et pour tous ces jeunes Français qui se prenaient un petit bout du monde en pleine tronche. Il y eut des histoires d'amour fulgurantes et des amitiés qui allaient durer. Issam et moi, on fait partie de celles-là.

Au cours de mes études d'arabe à Damas l'année d'après, j'ai eu la chance de pouvoir revoir régulièrement plusieurs de ces jeunes. Presque chaque mois, pendant un an, je m'échappais de la chape aculturelle syrienne pour passer quelques jours dans la liberté et la joie de vivre libanaises. Et c'est chez Issam et ses parent que j'étais hébergé à chaque fois. Il connut aussi plusieurs de mes copines de Damas, parmi lesquelles Agnes et Faridé, qui prolongèrent quelques années de plus que moi des séjours d'étude ou de travail au Liban ou en Syrie, et qui contribuèrent à entretenir la relation malgré la distance.

Samedi soir, donc, après la représentation, on s'est retrouvé comme autrefois. Et c'est vrai qu'on aurait dit que rien n'avait changé. Sauf qu'il y avait Bernadette, sa femme et premier rôle dans la pièce, et leurs deux enfants. Et que je leur ai présenté Igor. Il y avait également la soeur de Issam, Bouchra, que j'avais plusieurs fois rencontrée chez eux, et avec qui l'on a découvert hier que nous étions nés le même jour, le même mois de la même année. A neuf heures d'intervalle.

J'ai appris que la guerre de 33 jours d'Israël contre le Hezbollah, durant l'été 2006, avait provoqué trois fois plus de destruction que les seize années de la guerre civile.

J'ai découvert un Issam pessimiste, résigné à de nouvelles guerres - parce qu'il pense qu'un exemple libanais démocratique et de coexistence interreligieuse est de toute façon insupportable aux pays voisins, à Israël et aux Américains - et prêt à fuir pour épargner à ses enfants ce qu'il a lui même enduré.

Issam, c'est un chrétien, avec un nom de musulman. Bernadette, c'est une musulmane chiite, avec un prénom chrétien. Leurs enfants ne sont ni l'un ni l'autre, mais la société ne fait plus de place aujourd'hui aux ni l'un ni l'autre. Libanais, tu es sommé de choisir ton camp ! Chrétien ou musulman, pro-syrien ou anti-syrien, pro-Hezbollah ou pro-Israël... Le Liban a souvent été comme ça, sans quoi il n'y aurait sans doute pas eu de guerre, mais au moins existait-il des espaces de respirations, des passerelles, y avait-il aussi un mouvement laïque porteur d'un Liban non-confessionnel. Leur couple et leur famille témoignent à eux seuls de ce rêve. Cet espace n'existe plus et il étouffe.

Et pourtant, son oeil est resté si clair. Et comme j'ai aimé qu'il me parle, et qu'il me parle, pendant des heures, plongeant dans mon regard son accent sans pareil. Quelle connerie la guerre !

18 décembre 2007

mes amours secrètes (2) Ali

 

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Voici l'une de ces parenthèses sentimentales, au coeur de mon amour pour Menem (voir là).


Il s'appelait Ali. Ce devait être en 84, ou en 85. Ali, il faisait parti de ces wagons de Libanais à qui le milliardaire Raffik Hariri - qui n'était pas encore Premier ministre du Liban dans cette période de guerre, mais préparait le terrain avec son fric - offrit des bourses pour venir étudier en France. Parmi tous ceux-là, auprès de qui Menem, ma copine Soumaya, et d'autres Libanais de Marseille un peu engagés essayaient d'apporter du réconfort, des jeunes échouèrent à la fac Saint-Charles. Apparemment, tous n'avaient pas de projets d'étude très précis, c'était le cas de Ali. Curieusement, il y avait souvent beaucoup de légèreté, chez ces jeunes, qui se manifestaient avec une exubérance toute méditerranéenne, ou parfois jouaient de leur statut de victimes de guerre. Chez Ali, il n'y avait pas ça, il était comme décalé, il renfermait une sorte de nostalgie, une indécision, il était venu là, en France, mais ne savait pas bien pourquoi. D'emblée, on sentait qu'il souhaitait repartir. Qu'il allait repartir. Il passait beaucoup de temps avec tous les autres, c'était sa communauté, f04cbaf99fc94de9e0e3dadfb82fbf19.jpgparfois au delà même des clivages, mais il était différent. Menem avait fui la guerre à ses débuts. Ali, lui, l'avait vécue. Il était du Sud, son village était occupé. Je crois qu'il ressentait comme de l'irresponsabilité à être là, et son malaise toulours mal verbalisé le rendait attachant.

Est-ce parce que j'avais perçu tout ça à travers ses grands yeux clairs, ou est-ce par mimétisme, Menem l'ayant pris lui-même sous son aile ? Toujours est-il que je me sentais attiré par ce garçon. Et plus il apparaissait évident qu'il ne resterait pas, pas plus que quelques mois, plus j'éprouvais violemment le besoin de me lier à lui. Et lui me renvoyait de l'amitié forte en retour, me confiait ses souffrances, ses faits d'arme aussi, me montrait la photo de sa copine, il me transcrivait les textes de chansons et m'aidait à les apprendre. J'avais pourtant la même retenue que j'en avais eu avec Menem, j'avais appris à rester tendu comme un arc pour ne jamais aller trop loin. Je m'interdisais certains jour de passer le voir dans sa chambre de cité-U, pour laisser croire presque à de l'indifférence, pour que la demande d'amitié semble toujours venir de lui. Nous nous voyions ainsi souvent en présence de Soumaya, ou au sein de tout leur groupe. Je ne me souviens pas avoir jamais bandé pour lui, ni ne m'être jamais branlé en pensant á lui. Encore aujourd'hui, je serais incapable de me le représenter nu. Ali, c'était un visage, un regard, un rire plus qu'un sourire, une voix.

Pour son départ, nous avions organisé une soirée à la maison. Il y avait Menem, Soumaya, deux-trois autres amis libanais. Et j'eus cette incroyable audace, toute honte bue, de lui remettre un poème écrit pour lui. Devant tout le monde, que je m'efforçais de ne pas regarder mais que je supposais stupéfait. Le lui remettant, et pendant tout le temps où il le lut, en silence, puis quand il circula de main en main, ayant l'impression que le masque était tombé,  je m'étais fermé à toutes les réactions, y en eut-il ? Peut-être que tout le monde avait compris et qu'on ne pouvait que se taire. Ali me remercia. Ce n'était pas un poème d'amour, non, je l'ai retrouvé récemment et le publierai peut-être bientôt. C'était un hommage à un "jeune homme du Sud, qui de sa sève couleur de miel éclabousse le sein des humbles".

4abadc0d7e1af886c9db894693166285.jpgVoila ce sont ces deux amours-là qui m'ont fait. L'un a duré cinq ans par épisode, l'autre a duré trois mois comme un tsunami. Avant, je n'étais rien. Pas de vie, pas d'envie, pas de choix, pas d'horizon. Et là, O. devenait Abou-Zeitoun, comme Fiso dans un autre contexte nous disait avoir été l'Africaine. D'un coté, dans la grande histoire de ma vie telle qu'elle s'est déroulée au grand jour, ces années d'empathie pour  la civilisation arabe, de pénétration fusionnelle avec cette culture et cette langue, m'ouvraient grand les portes du monde. Et se dessinait là un itinéraire qui aurait pour moi d'importants prolongements professionnels. Dans l'autre histoire, secrète, précieuse, inviolée, qui tourbillonnait silencieuse en moi, se jouait autre chose. Les efforts pour plaire tout autant que les épreuves pour échapper à la monstruosité de l'aveu façonnaient, forgeaient là dans mon être, une retenue, des inhibitions, mais aussi une façon de marcher à l'instinct, de poser des jalons pour avancer sans être vu vers des territoires cachés.

Je n'en étais pas encore rendu à mes 31 ans. Des souffrances, dues à des amours inavouables, j'en aurais d'autres : Francois-Xavier, Karim, Laurent... Elles ne seraient pas moins terribles, mais n'auraient plus la puissance constructrice de ce don total que j'avais eu avec ces deux-là.