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12 octobre 2010

lettre ouverte à mon blogopote manifesto-sceptique

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Je ne sais pas s'il est absurde de se retrouver chaque quinzaine pour battre le pavé, quand d'évidence, une bonne vielle révolution des familles aurait tôt fait de venir à bout de cette maudite réforme.

Je ne sais pas si les syndicats composent et jouent un jeu au lieu de jouer leur rôle.

Je ne sais pas s'ils sont au fond résolus à l'échec ou s'ils y croient vraiment.

Je ne sais pas en appelant à la grève générale illimitée et reconductible partout, là, maintenant, s'ils aideraient le mouvement social à se structurer davantage, ou s'ils ouvriraient une division dans le front syndical, si rare.

Si cela donnerait du tonus à la lutte, ou si cela isolerait les plus radicaux de tous les autres et produirait l'image d'un mouvement terni en phase d'extinction.

Je ne sais pas s'il y a ailleurs que dans ce qui se construit semaine après semaine, depuis juin, de meilleurs ingrédients à une possible victoire.

Ce que je sais, c'est que ce qui se joue, c'est mon avenir, le tien, le nôtre, notre vieillesse misérable, notre jeunesse resplendissante, le sens de la société et du développement humain. Ce qui se joue, c'est le diktat du capitalisme ou un possible retour à ce beau concept que fut autrefois "la conquête sociale".

Ce que je vois, c'est aussi que le gouvernement a fait de l'essoufflement progressif du mouvement l'arrête dorsale de sa communication, et que l'Élysée fut le premier à tirer le 23 septembre dernier en déclarant, preuves à l'appui, que l'adhésion des Français à sa réforme gagnait du terrain.

Entre ce que je sais et ce que je ne sais pas, entre ce que je vois et ce que je ne vois pas, j'ai au moins la certitude, qu'aujourd'hui encore, aujourd'hui surtout, il faut en être. Un rebond dans la mobilisation, une entrée en force des jeunes dans les cortèges, finiraient de désarmer les communicants du pouvoir. Je ne m'attends pas ce soir à entendre autre chose qu'une nouvelle querelle de chiffres, dont les amuseurs publics feront leurs choux gras. Je ne m'attends pas à entendre Fillon annoncer qu'il renonce à sa réforme. Mais je suis certain qu'à partir d'une mobilisation en hausse demain, l'espoir pourra changer de camp. Et que l'idée même d'un mouvement plus déterminé, reconductible ou que sais-je n'en sera que plus crédible.

Parce qu'il faut aussi les entendre, les hésitations des collègues. Leurs doutes face à un pouvoir tellement cynique, face à leurs échecs, aussi. Leur fatigue... Il n'en faudrait pas beaucoup pour qu'ils s'y mettent complètement, vraiment, dans ce mouvement, juste gagner un peu de confiance encore. Alors Olivier, eux aussi redoutent parfois que ce soit pour des prunes, moi aussi, mais ne crois-tu pas qu'on a d'abord besoin d'espoir, d'unité, et de force ?

30 janvier 2009

le flambeau

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Le CPE battu. A plate couture. Les grèves et manifestations furent les plus importantes depuis plus de vingt ans. Bel exploit, Monsieur Sarkozy, avoir mis autant de monde en grève et dans la rue, après même pas deux ans d'exercice du pouvoir, le mieux est que vous remballiez dare-dare vos réformes désastreuses.

Je fus surpris de voir autant de gens qui manifestaient quasiment pour la première fois de leur vie. A quarante balais. Et puis il y avait ces familles, ces jeunes pères avec leur mouflet sur les épaules. Si craquants, les jeunes pères...

A un moment donné, des enfants, de sept à huit ans tout au plus, se regroupèrent au milieu des grands et se mirent à chanter : "Darcos, t'es foutu, la jeunesse est dans la rue". J'ai jeté un coup d'oeil à Yo : "c'est bon, la relève est prête". Et puis il y eut comme un malaise. Et une discussion sur les enfants, la politique et le libre arbitre. Y a-t-il de l'embrigadement ? A-t-on demandé à ces enfants d'apprendre des slogans pour les crier à tue-tête dans une manif ? Ou bien par jeu, se sont-ils mis d'eux même à imiter les grands, et à crier des phrases sans forcément bien en comprendre la signification ? Est-on dans la manipulation, ou dans l'éducation ?

Je me souviens de mes premières manifestations. Je ne faisais pas trois pommes, j'étais sur les épaules de mon père, ou de ma mère. On vilipendait Poniatowsky, à l'époque. C'étaient les grandes grèves de la métallurgie. Je me souviens aussi des longues soirées à la maison où toute la famille s'y mettait, autour de la table, pour plier des tracts en quatre avant d'aller faire la tournée des boîtes-aux-lettres du quartier.

Ah ! évidemment, je ne peux pas nier qu'une bonne partie de mes convictions se sont construites dans ces pratiques, dans cet exercice de démocratie populaire, où la politique était faite par de simples gens, en famille. Ni que, devenant plus tard leader étudiant, je disposais ainsi de réflexes, d'une culture de la manifestation, et du discours politique qui va avec.

Mais y ai-je perdu mon libre arbitre ? Au delà de cet atavisme, n'ai-je pas par ailleurs, à travers d'autres rencontres, d'autres expériences, à travers des ruptures aussi, appris à prendre de la distance et, tout en conservant quelques valeurs fortes, à sortir du chemin d'église pour avancer à la débroussailleuse ?

Il y a en France une culture de la manifestation. Probablement certaines de nos façons de faire proviennent des communards, qui eux-même s'inspiraient sans le savoir des révolutionnaires de 1789, lesquels s'étaient nourris des jacqueries paysannes des siècles précédents. Je suis toujours amusé, vingt-cinq ans après mes premières manifestations étudiantes, d'entendre les lycéens s'exprimer sur les mêmes airs graves ReveGeneral.jpget burlesques, et souvent avec des slogans et des argumentaires voisins. Et puis malgré tout, ces temps de rencontre et de mobilisation sont des moments de création. Comme ce magnifique slogan, "Rêve général", qui fait aujourd'hui flores dans les manifestations, et que nous arborions tous fièrement hier.

C'est peut-être cette capacité à transmettre le flambeau en toute simplicité qui perpétue l'esprit de la résistance, le goût pour l'utopie, et finalement permet à l'espoir de ne pas se perdre dans le cynisme.

29 janvier 2009

dans la rue

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Aujourd'hui, c'est dans la rue que ça se passe. Tout mon service est en grève, activité zéro. Posture de combat, mais cool. Et des chaines dont nous libérer, celles de ce discours idéologique qui nous méprise, qui nous culpabilise, et qui nous laisse à poil.

On est des petits, on ne pèse pas bien lourd, quand il y a un crack boursier, nous sommes les derniers à qui l'on pense, il paraît que ça ne se voit même plus quand on est en grève... alors...

Alors quelque chose me dit qu'on va nous voir, aujourd'hui. Pour une fois qu'on y sera tous : secteur public et secteur privé toutes les branches professionnelles, et puis surtout, tous les syndicats ensemble, avec une plateforme revendicative commune, ça devrait bien avoir quelques résonnances, non ?

A 14h, je rejoins Fabrice, un de mes co-usagers de Roger Le Gall. Fabrice, il est un de ces potes avec qui nous nous croisons régulièrement. Ça va faire cinq ou six ans que ça dure. Une connivence qui s'est installée un jour où nous nous sommes vus bander l'un pour l'autre. Il a un sourire radieux et un beau regard clair derrière sa barbe rousse. Il ne s'est jamais rien passé entre nous, mais chaque fois que nous nous voyons, en bout de ligne ou sous les douches, nous prenons un peu de temps pour papoter, et nous dire nos chagrins d'amour. Nous avons des chagrins qui se ressemblent. Qui se comprennent. Hier, il m'a dit qu'il serait en grève pour la première fois de sa vie. Alors on va se retrouver à la Bastille. Je n'ai pas trop envie de défiler derrière les grosses machines syndicales, et lui pas trop dans le cortège d'Air-France, alors peut-être trouverons-nous la banderole des chagrins inconsolables, et réclamerons-nous, de Sarkozy, le droit à l'évasion des cœurs.

20 novembre 2007

la grève, "comme je respire"

Je fais un aveu - quitte à me fâcher avec la moitié de la toute nouvelle audience de ce jeune blog - aujourd'hui, je suis en grève. Et je l'assume !

Et si je fais grève, ce n'est pas :
- pour emmerder le monde : je suis fonctionnaires mais mon service ne travaille pas en contact direct avec le public ;
- pour m'offrir une grasse matinée : elle serait bien chère payée vu ce qu'on va retenir sur ma paye ;
- pour moins travailler : je suis cadre, et tout ce que je ne ferai pas aujourd'hui, je le ferai un autre jour, charette, charette, quand tu nous tiens ! ;
- parce que j'aime trop les RTT : j'ai trois ou quatre semaines de congés que je n'arriverai pas à prendre, comme chaque année  - ça s'appelle la conscience professionnelle, et ça n'est pas incompatible !
cc51d7713b0ab16caf5358e714e50b80.jpg- pour m'offrir une après-midi dans un sauna gay : putain, ç'aurait été une bonne idée pourtant ! J'ai pas souvent l'occasion... Mais bon, le parcours prévoit Italie - Invalide, sans passer par la case partouze.

Donc, si je me résume, je fais grève :
- pour dénoncer la suppression de postes dans la fonction publique, parce que je crois qu'une société de justice, de bien vivre ensemble, a besoin de service public, de juges, de policiers, d'enseignants, de mèdecins et d'infirmières...
- pour que tous ces métiers soient revalorisés, par le salaire, alors qu'on nous les bloque totalement depuis deux ans ;
- pour dire ma solidarité aux cheminots, aux électriciens et gaziers, qui se sont vus depuis des mois traités de tous les noms d'oiseaux, de collabos et de nantis, et que je trouve ça injuste ;
- et ma solidarité aux sans-papier, aux sans-logis, aux sans droit, aux sans tout court, pour les reconnaître dans toute leur humanité ;
- et enfin parce que des nantis, notre pays et notre monde en connaissent. Ils sont même, paraît-il, de plus en plus nombreux chaque année à pointer au registre des millionaires en euros. Limite, ils n'avaient pas besoin des 15 milliards supplémentaires que Sarko leur a offert cet été sous la forme d'un paquet fiscal.

Je ne crois pas en cette société qui soigne ses riches pour éviter leur désertion et qui enfonce les humbles pour les faire vieillir pauvres. Je ne crois pas en une société qui divise.

Je suis en grève parce que j'aime les autres - comment dis-tu, Boby ? - comme je respire.