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06 avril 2009

Macbeth version GoogleEarth

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Je vais jouer ce matin aux spécialistes : car oui, j'y étais, c'était à l'Opéra Bastille, samedi, et c'était la Première. Macbeth, de Verdi. Je te racontais comment je m'étais procuré d'excellentes places à prix modique. Et franchement, j'y ai pris un grand plaisir. Je peux dire que Fiso aussi, il me semble. Sans m'improviser critique d'opéra à trois francs cinquante, je vais m'essayer à dire en quoi.

La mise en scène n'a pas fait consensus - c'est tant mieux m'a dit mon ami d'amour, qui m'accompagne avec bonheur dans cet apprentissage - et je ne saurais dire si parmi les "hou !" qui furent criés à la fin de la représentation, noyés, il est vrai, par une majorité de "bravos !" il fallait entendre d'indécrottables puristes ou des avant-gardistes frustrés. J'ai juste entendu derrière moi, lorsqu'un vers de Shakespeare fut lu au lieu d'être chanté - Un vers, en voix off - fuser un "quelle honte !" Autant de passion, d'afficion investies dans le spectacle m'a en tout cas réjoui.

En ce qui me concerne, et sans avoir donc de point de comparaison, j'ai aimé cette mise en scène. Une plongée dans le monde impitoyable de la conspiration via Google Earth, dans une époque que l'on ne saurait situer précisément, mais assurément moderne. La forêt écossaise transformée là en univers urbain impersonnel, aux façades neutres et sans vie, un réverbère en guise de lune, héberge non des sorcières étranges, mais des hommes et des femmes de tous âges, innombrables, aux costumes sans mode, juste d'après guerre, et l'on devine derrière les oracles invoqués dans le livret de Verdi, les IPSOS, SOFRES et autres CSA, les nouvelles divinités auxquels se fient les gens de pouvoir pour tracer leur cynique destinée.

Comme quoi, l'intrigue, la conspiration, les "je n'y pense pas qu'en me rasant" qui conduisent le monde et fabriquent des tyrans ne datent pas d'hier. Et rien n'a vraiment changé dans les lois du monde depuis Shakespeare. Sauf l'apparition du Dieu sondage.

Dmitri Tcherniakov, le metteur en scène, s'est libéré du carcan de l'immensité scénique du castellet d'opéra, resserrant l'espace sur la simple embrasure d'une fenêtre et faisant de nous, foule anonyme affamée de pipole, les voyeurs étroits du spectacle du pouvoir. Ses partis-pris sont audacieux mais tombent juste, pleins de belles trouvailles dans les décors, la vidéo est judicieusement employée.

Le chant de Violeta Urmana, qui joue une Lady Macbeth magnétique et abjecte est admirable, il est la charpente de ce spectacle. Juste, clair, dense.

Celui de Dimitris Tiliakos, Un Macbeth pathétique mais sexy, tarde à éclore. Je l'ai trouvé un peu étouffé dans les deux premiers actes, puis ils a percé, confronté à ses démons, dans les deux derniers.

Stefano Secco a le petit rôle du chef rebelle Macduff, soutenu par l'armée d'Angleterre, mais il rayonne, sabre au clair dans le 4ème acte, et la salle lui a réservé un triomphe.

Voilà. C'était mon deuxième opéra. La route est encore longue, mais franchement, j'y prend goût. D'autant que la partition était dense et que le chef, Teodor Currentzis, y a mis du cœur. Il a eu droit aussi au triomphe.

Bah ! Encore une petite douzaine comme ça, et je me rangerai d'office dans la catégorie des esthètes, moi aussi. Mon ami d'amour, qui sans trop en faire en est déjà à sa façon, nous a coché une ribambelle de spectacles pour la saison prochaine, dont le programme était disponible samedi soir. Wagner, Fénelon, Strauss, que sais-je encore... Il y aura de quoi faire.

J'espère simplement que je ne me prendrai pas un feu grillé, quatre points en moins sur le permis et quatre-vingt dix euros d'amende à chaque fois (eh oui, j'ai payé cher ma petite vantardise de l'autre fois !), sinon, ça ne sert plus à rien de se lever à cinq heure du matin !