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04 septembre 2010

manifestons avec Flaubert !

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J'ai reçu hier en fin d'après-midi un mail que ma messagerie (non mais de quoi elle se mêle, celle-là, des fois : elle s'est inscrite au fan club d'Eric Besson, ou quoi ?) avait fort mal à propos classé dans le dossier des messages indésirables. C'est pourtant le courriel le plus opportun que j'aie reçu ces derniers temps. Il m'est envoyé par un lecteur : Olivier, seule chose que je connaisse de lui, en dehors de ce qu'il livre en commentaires, avec grande parcimonie.

Je ne résiste évidemment pas au plaisir de te restituer cet extrait de Flaubert, vieux de 143 ans, mais qui illustre à merveille les raisons pour lesquelles je suis en manifestation dans les rues de Paris cet après-midi :

« (…) Je me suis pâmé, il y a huit jours, devant un campement de Bohémiens qui s’étaient établis à Rouen. — Voilà la troisième fois que j’en vois — Et toujours avec un nouveau plaisir. L’admirable, c’est qu’ils excitaient la Haine des bourgeois, bien qu’inoffensifs comme des moutons. Je me suis fait très mal voir de la foule en leur donnant quelques sous — Et j’ai entendu de jolis mots à la Prud’homme. BohemiensXIX.jpgCette haine-là tient à quelque chose de très profond et de complexe. On la retrouve chez tous les gens d’ordre. C’est la haine que l’on porte au Bédouin, à l’Hérétique, au Philosophe, au solitaire, au poète— Et il y a de la peur dans cette haine. Moi qui suis toujours pour les minorités, elle m’exaspère — Il est vrai que beaucoup de choses m’exaspèrent. 

Du jour où je ne serai plus indigné, je tomberai à plat, comme une poupée à qui on retire son bâton. (…) »

Gustave Flaubert, lettre à George Sand, 12 juin 1867 (Correspondance, la Pléiade tome 5, pp. 653-654)