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15 janvier 2012

Oum Kalsoum en business class

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J'étais donc samedi dernier à l'Institut du Monde arabe pour entendre la belle et charismatique Ghalia Benali reprendre le répertoire de Oum kalsoum. Une audace dont elle nous a raconté tout le chemin qu'il lui avait fallu parcourir pour l'assumer. Cet itinéraire la fit passer de l'appartement de sa grand-mère, où la photo de l'idole ne quittait pas les mûrs, à une séance vivifiante de gommage au hammam avec une masseuse qui chantait faux mais fort. Et sans complexe. Il fallait se convaincre qu'Oum Kalsoum était désormais au delà de la légende, retrouver le regard d'enfant qui la lui faisait voir comme une membre de la famille. Se persuader qu'elle était trop populaire, trop présente, trop patrimoniale pour être interdite de reprise. Et elle a fantastiquement bien réussi cet emprunt, retrouvant les accents rauques de la Reine, ses souffles déchirants, vibrants, étouffés dans d'ultimes diphtongues. Avec, en plus de la présence, un sourire irradiant, des musiciens de génie - en particulier le joueur de luth - et la petite lumière des révolutions arabes, commencées juste un an plus tôt dans le berceau des deux chanteuses, l'Égypte et la Tunisie.

Le grand auditorium de l'Institut du Monde arabe a été refait il y a peu, et rebaptisé salle Rafik Harriri. On croirait la cabine business d'un 747 : vastes sièges en cuir simili noir, accoudoirs larges d'au moins vingt centimètres, reposes-tête... C'était étrange de voir ces mamas qui s'agitaient, cherchaient leur place dans le noir au début du concert, qui fredonnaient de la gorge et des mains les refrains les plus connus, qui youyoutaient à la fin de chaque performance vocale, occuper ainsi cet espace aseptisé pour conférences internationales où l'on aurait plus volontiers imaginé des hommes d'affaire en costard et des hôtesses de l'air blafardes et anorexiques qu'un rendez-vous très féminin de nos banlieues.

Le lendemain, je découvrais un autre auditorium, celui de la Cité de la Musique pour un concert gratuit des lauréats du conservatoire national supérieur de Paris. Un orchestre de jeunes, éphémère, qui nous a régalé d'une interprétation très soignée du concerto pour orchestre de Bartók. La salle avait une acoustique impeccable, et tout en ovalie quelque chose d'un paquebot.

costa croisières.jpgBon, c'était avant que n'échoue le triple A de la France au large de la Toscane, avant que n'échouent les nouvelles négociations de la Grèce avec ses créanciers-vautours, avant que l'on ne reparle des turbulences de la zone euro, à nouveau menacée de naufrage alors qu'on la croyait embarquée sur de solides canots de sauvetage. C'était avant qu'un capitaine de pédalo ne fracasse une croisière de luxe, par temps clément pourtant, et n'en quitte l'embarcation sans se soucier des femmes et des enfants. Bah, au fond, combien sont-ils les disparus de ces épisodes tragiques, ces damnés de la terre et de la mer ? Quelle est l'épaisseur humaine des pertes et profits de l'actualité ?

C'est dire que malgré mes bonnes résolutions, il me faut du temps pour te raconter mes sorties musicales, ou simplement les évoquer. Je suis rattrapé par une vie qui court toujours plus vite. Je gère comme je peux mes scrupules à ne pas faire plus de politique sur cette page, alors que. Et encore, je ne t'ai rien dit de Manon. C'était mardi à l'Opéra Bastille, une Première avec Coline Serreau et Natalie Dessay. Où il fut aussi question d'étranges compromis, entre amour, futilité, pauvreté et convoitise.

08 janvier 2012

bonne année bon dos

voeux politiques

J'ai sauté un dimanche, dis-donc ! Bon, mais il n'est pas trop tard. J'en suis juste réduit à un tir groupé : bonne année, bonne galette. Et puis bon dos, c'est important le dos, on ne le dit jamais assez.
Le mien tyrannise mes nuits, espace mes séances de nage, m'oblige à des stratégies de maréchal pour sécher mes pieds, enfiler mes chaussettes ou lacer mes chaussures.

Que te souhaiter d'autre : de la musique, beaucoup de musique, ça panse le reste, la musique.

De l'amour, mais là tu n'y peux rien. L'amour est comme ça ("el-hobbe kéda"), chantait hier soir Ghalia Benali, reprenant un refrain populaire d'Oum Kalthoum à l'Institut du Monde arabe. Tantôt il te magnifie, tantôt te laisse pantoie, mais si tu en veux, tu es bien obligé de tout prendre...

De l'espoir. Je sais, ça c'est dur. Tu voudrais que notre hollandais volant t'emmène dans le domaine du rêve, ou dans celui du courage, tu voudrais pouvoir t'accrocher à lui pour avec lui renverser les oligarchies financières qui ont confisqué toute la richesse et tout le pouvoir. Bon, ben ça va pas le faire... il s'en tient à son rôle de vaisseau fantôme, rivalisant sur le terrain de la petite phrase ou celui de la bonne gestion. Faut chercher ailleurs ! Peut-être en dehors des institutions démocratiques traditionnelles, verrouillées, aseptisées, détournées de leur fonction : ce n'est manifestement plus là que se trouve le sens du bien commun. C'est la première fois que je commence une année en pensant que ma génération connaîtra peut-être le fascisme. Ça plombe l'ambiance, hein !?!... Voilà mon analyse, en fait : j'ai l'impression que le rejet "de gauche" de la politique a pris ses distances avec les tripatouillages stériles qui alimentent les faux-semblants, les jeux d'alternances sans perspective, sans projet. Ce rejet là, trop conscient, trop lucide, mise sur une expression démocratique en dehors des institutions en place : il expérimente des formes d'échange alternatives, des formes démocratiques alternatives, il essaie de construire un autre chose à son échelle. Il rejette l'état du monde mais sans s'en remettre à un lendemain qui chante ni à un pouvoir à s'accaparer. Il ignore l'esprit de boutique qui caractérise notre vie politique. C'est Patrick Viveret qui en parle très bien. Et puis il y a l'autre rejet, celui du repli, de la faute sur l'autre, de la compétition des misères, celui qu'on appelle populiste et qui joue sur les bas instincts, le racisme, celui qui mêle burqa et oligarchie financière dans la même phrase pour brouiller les pistes, celui qui aveuglément pourrait s'en remettre simplement à un autre pouvoir comme pour donner un coup de pied de désespoir dans la fourmilière.

C'est peut-être pour avoir vu Apocalypse - Hitler, l'excellente série de France télévision l'année dernière, que j'en viens à penser que seul ce rejet de droite, porteur de fascisme, est capable de rivaliser, en terme de pouvoir, avec le système en place, parce que lui a décidé de se servir du système de l'illusion démocratique pour commencer son œuvre.

Bon, ma culture politique m'incline à penser que rien n'est joué à l'avance, qu'il y a toujours place à voeux politiquesl'action, à la conscientisation, mais putain qu'ils ne nous aident pas, tous autant qu'ils sont, nos hommes politiques ?

Mélenchon, Joly, Joly, Mélenchon ?... C'est sans doute entre les deux que mon cœur balance, sans qu'ils ne me donnent ni l'un ni l'autre totalement matière à y voir l'incarnation d'un espoir crédible. Mais bien que désabusé du système, je n'ai pas âme à devenir totalement renonçant...

A mon corps défendant, je ferai donc un roi le 6 mai prochain. Un roi par défaut, à l'hypocrite frangipane, mais un roi.

Qu'au moins la galette soit bonne à midi !

Ah, et puis une résolution quand même : celle de retrouver ici de la régularité (mais tu sais ce que valent les résolutions de début d'année...)

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Illustration volée à Michel CARLIN