Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

07 juin 2010

BHL a encore frappé

Levy-Bernard-Henri-BHL.jpg

BHL a pris un coup de vieux. Il a eu besoin de plus d'une semaine pour relever la tête. Sonné par l'indignation internationale qu'a suscitée l'attaque israélienne contre la flottille de la paix.  Une semaine pour construire la contre-attaque - on l'a connu plus alerte -, pour fourber ses armes, un peu désuettes, disons-le. Il lui a fallu l'arraisonnement "pacifique", avant-hier, du navire irlandais pour se convaincre - c'est bien la preuve, n'est-ce pas ? -  que l'assaut de la semaine précédente était "stupide", le piège dans lequel il n'aurait pas fallu tomber, une faute de goût pour ainsi dire.

Il n'y a ainsi pas de blocus, voilà ses munitions. Ou celles-ci encore : la flottille de la paix n'était qu'une "épopée misérable". Et pour l'artillerie lourde : la communauté internationale, c'est "des bataillons de Tartuffe". Quant à l'enquête internationale réclamée par le conseil des droits de l'homme de l'ONU sur les dévastations d'il y a un an et demi, disqualifiée par avance du seul fait que Pakistanais, Iraniens et Cubains s'y soient ralliés. Pâ pâ pâ, la bombe atomique, dis ! Des confétis, en fait.

On a le gouvernement le plus à droite que l'État d'Israël ait produit depuis Ariel Sharon et la guerre du Liban, mais l'homme dit de gauche en prend la défense de toutes ses faibles forces dans les colonnes du journal où il dispose d'une tribune à vie, Libé.

Avant-hier encore, on comptait 15.000 personnes dans les rues de Tel-Aviv, des pacifistes israéliens, pour dénoncer l'impasse guerrière de leur gouvernement. S'il y a une chose qui est sûr, c'est qu'on ne trouvera jamais BHL aux côtés de cet Israël-là, et qu'on ne l'entendra jamais hurler "Juifs et arabe, refusons d'être des ennemis".

Il la gagnerait comment, sa vie, alors ?

24 janvier 2009

crimes de guerre

gaza3-9.jpg

Je rentrais chez moi hier soir en voiture. Longue soirée, longue semaine. Sur France-Info, Francis Wurtz, interviewé depuis Gaza. Et soudain des larmes.

Francis Wurtz est député européen, où il dirige le groupe de la Gauche européenne. Il est l'un des rares hommes politiques à avoir le verbe clair, construit, toujours instruit, mais jamais résigné. Je l'aurais bien vu comme le candidat fédérateur de la gauche anti-libérale, lors des dernières élections présidentielles, pour éviter qu'elle ne se fracasse. Mais bon, on ne refait pas l'histoire.

Mais l'histoire, on peut la vivre, et la dire. Et la construire, essayer du moins, autrement.

Francis Wurtz est donc à Gaza, avec quelques parlementaires européens. Et sur France-Info, il témoignait de l'ampleur des dégats qu'il était en train de découvrir. Il disait ressentir la même émotion devant ce spectacle de désolation que celle qu'il avait éprouvée en 2002, après la destruction de Jénine qu'il était également venu constater. Il disait qu'on ne pouvait s'empêcher de parler de crimes de guerre, que les témoignanges qu'il ne cessait de recueillir le bouleversaient. Et soudain, ses larmes, en parlant dans le micro, lui si solide et si clair, il évoquait des exécutions sommaires, l'histoire de familles anéanties, on entendait dans sa voix les visages des femmes désespérées qu'il venait de rencontrer.

"Il faut absolument exiger une commission d'enquête internationale. Il faut qu'Israël soit jugé pour ça. Cette impunité n'est plus supportable".

Son émotion venait autant de la désespérance que de la stupéfiante vitalité de ce peuple, disait-il, malgré tout ce qu'ils ont vécu, de souffrances, d'humiliations. "Je suis impressionné. On ne peut pas anéantir ce peuple, pas à coup de bombes au phosphore. Tout ce qu'Israël a réussi à faire avec ça, c'est à faire grandir l'intégrisme, alors ça, oui, quelle stupidité, exactement ce qu''ils prétendent combattre".

Dans ses larmes, il disait ressentir quelque chose de fondamentalement absurde, d'ignoble et d'absurde.

Les larmes d'un homme politique. De vraies larmes, retenues mais audibles, des larmes qui te réconcilient avec la politique, et qui te donnent l'espoir qu'on parle enfin de Gaza et de la Palestine pour ce qu'ils sont.

Aujourd'hui, je vais pour la deuxième fois dans les rues de Paris pour Gaza. A 14h à Denfert Rochereau pour aller vers l'Elysée. Le canon est silencieux mais se terre tout près. Alors c'est pour dénoncer les crimes de guerre, que cette fois j'y vais.

G. continue de m'envoyer des articles et des témoignages. Celui-ci raconte comment une famille a été désintégrée, et illustre le consensus de tous les acteurs humanitaires pour reconnaître et qualifier les crimes de guerre.

_________________________

gaza4-11.jpg«Ils criaient: «On va tous vous tuer, allez à la mort!»

Retour sur le massacre de la famille Samouni.


Ce sont les adolescents qui racontent le mieux ce qui s'est passé les 4 et 5 janvier à Zeitoun, une petite ville proche de Gaza-City et de la frontière avec Israël. Les filles comme Almaza Samouni, 13 ans, qui a perdu sa mère, Leïla, ses quatre frères, Ismaïl, Isaac, Nassar et Mohammed, et plusieurs cousins et cousines. Ou Kanaan Attia Samouni, 12 ans, qui a vu un soldat israélien tirer quasiment à bout portant sur son père devant la porte de sa maison, puis sur son petit frère Ahmed, tué d'une balle dans la tête.

«Ne tirez pas!»

Au total, les Samouni, une famille d'agriculteurs plutôt aisés, perdront 22 des leurs dans ce que les organisations humanitaires considèrent comme un «crime de guerre délibéré». Parmi eux, neuf enfants et sept femmes. Sept autres parents plus éloignés, dont trois enfants et deux vieillards, seront aussi tués. Si l'on fait le bilan des victimes, ce sont plus de 70 personnes qui ont trouvé la mort ou ont été blessées. Le bilan fourni jeudi par Amnesty International, qui enquête actuellement à Gaza, est encore plus lourd : 40 tués, dont 33 pour la famille Samouni.

La longue avenue Saladin, qui mène au hameau, apparaît déjà comme la prémonition du désastre. Un tsunami semble avoir remonté la rue, détruisant sur plusieurs kilomètres maisons, mosquées, ateliers, usines, vergers. Au hameau, deux maisons sont très abîmées mais debout, quelques autres par terre. La mosquée a rendu l'âme. L'endroit pue la charogne. Des centaines de volailles, mais aussi des vaches, des ânes et chèvres, gisent sur le sol. On piétine l'intimité des maisons: le linge, les vêtements, les tenues nuptiales, les photos de famille, les livres d'enfants, les meubles, tout a été jeté à la rue et mêlé à l'ordure. A l'intérieur d'une des demeures survivantes, où les soldats s'étaient installés, tout a été souillé.

Le 4 janvier, vers 6 heures, une unité israélienne prend possession du hameau. La famille Attia Samouni est alors réunie autour du thé. Quand le père, Attia, 45 ans, entend les soldats s'approcher, il sort sur le pas de la porte en criant «
S'il vous plaît, ne tirez pas, il y a des enfants.» Il tombe aussitôt foudroyé. «J'ai vu celui qui a tiré. C'était un soldat africain [ndlr: d'origine éthiopienne]. Mon père avait les bras levés», raconte Kanaan. Des «bombes de feu» (sans doute des grenades fumigènes) sont ensuite lancées dans la pièce où s'était installée la famille, en tout 18 personnes. Les explosions referment la porte, fracassée la seconde suivante par des rafales. Il y a aussi du sang, celui d'Ahmed, 4 ans, tué par au moins une balle. Sa mère, Zahwa, qui tient un bébé de 10 jours, est aussi touchée mais assez légèrement. Puis, les soldats leur ordonnent de sortir et d'aller jusqu'à la route. «Ils criaient: «On va tous vous tuer, allez à la mort?» Avant, ils nous ont obligés à enlever nos vêtements. Comme si des enfants pouvaient cacher des armes.» La maison des Attia sera ensuite détruite au bulldozer.

A l'intérieur, c'est l'horreur

Quand on demande à Almaza, l'orpheline de 13 ans, où est sa maison, elle répond «mais vous marchez dessus». Un engin a tellement aplati la demeure qu'on ne la distingue plus de l'amoncellement de caillasses et de fange qui s'étend alentour. Almaza a fait partie du groupe de 90 personnes que les soldats ont rassemblées et poussées vers un entrepôt. Ils y resteront vingt-quatre heures. «
Il n'y avait rien à manger, rien à boire, pas de lait pour les bébés.» Alors, le lundi 5 janvier, vers 6h30 du matin, quelques personnes bravent l'interdiction pour essayer de trouver quelques provisions. A peine ont-elles ouvert la porte qu'un missile est tiré sur la maison, suivi d'un deuxième une minute plus tard, puis d'un troisième. A l'intérieur, c'est l'horreur. Du sang et de la fumée partout. Derrière un drap blanc, les survivants parviennent à sortir. Parmi eux, Waed Samouni, un père de six enfants, blessé à la tête, dont les parents ont été tués. S'il parvient à s'enfuir avec quatre de ses fils, il est obligé d'abandonner sa fille Aza, 3 ans, et Omar, 4 ans, dans l'entrepôt détruit. «Omar est resté deux jours à côté de sa petite sœur morte. Quand on l'a retrouvé, il ne voulait pas partir sans elle.»

Car ce n'est que le 7 janvier que le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) parviendra à secourir les blessés, l'armée israélienne empêchant ses ambulances d'accéder à Zeitoun. L'interdiction provoquera la colère de Pierre Wettach, chef de la délégation du CICR, qui, fait exceptionnel, sort de sa réserve: «L
es militaires israéliens n'ont pas fait en sorte que le CICR ou le Croissant-Rouge puissent leur venir en aide, ni respecté leur obligation de prendre en charge les blessés, comme le prescrit le droit international humanitaire.» Les survivants enfin évacués, l'entrepôt sera rasé. Avec les cadavres à l'intérieur. Almaza, elle, vient chaque jour errer sur les ruines: «Quand je serai grande, je rejoindrai la résistance.»

Jean-Pierre Perrin, envoyé spécial à Zeitoun. Libération

23 janvier 2009

sous les bombes

sous les bombes.jpg

G. est un expatrié français à Gaza. Il n'était pas sur place pendant les bomnardements et les opérations terrestres, mais pas loin. Et il est resté en contact, d'une façon ou d'une autre, avec des amis à lui.

Il a reçu ce récit, écrit à la fin de la deuxième semaine d'opérations. La femme de Mohamed Mussalem, un artiste de Gaza, professeur au département des Beaux arts de l'université Al Q'sa. Il vient de me le transmettre et je te le livre tel quel.

Un témoignage sensible sur la situation, le quotidien de la guerre, l'état d'esprit de ceux qui y vivent. Un retour utile, pour que Gaza ne soit pas reconstruit à l'identique : derrière des barbelés, comme un ghetto sans visage.

_________________________

"bonjour

On est toujours vivant ...jusqu'a maintenant  au moins.... après plus d'une semaine de stress et d'horreur qu'on a vécu pendant les bombardements continus sur Gaza. Autour de notre maison, plus de 15 missiles de F-16 sont tombés, vous imaginez la suite… des fenêtres qui ont éclaté, la maison et le sol qui tremblent au dessous de toi, les enfant terrorisés, on n’ose même pas aller aux toilettes de peur d'avoir le plafond sur la tête.

Dès que les opérations des forces terrestre on commencé le 10ème jour, il y a eu des incursions au quartier Atatra et Salatine à 500 mètres de chez nous. C'était l'enfer, toute la nuit on entendait des explosions, très fort, on aurait dit qu’elles étaient juste devant ta porte, on voit de la fumée partout le ciel gris toute la journée, des accrochages continus, des Apatchis, de la mer on nous attaque de partout.

Le pire c’est que dès le premier jour, on avait pas d’électricité, et bien sûr pas d'eau, même les citernes sur le toit on été trouées par  les éclats d'obus. Le seul moyen d'info qu'on avait était le téléphone et la radio, on entendait  les histoires de massacres et on recevait des nouvelles sur des amis des proches massacrés. Croyez-moi, des familles entières ont été massacrées à la fois. Un voisin, son frère était à la mosquée quand on l’a bombardée, ses 2 autres frères sont partis pour essayer de le trouver au dessous des murs quand ils ont reçus un 2ème missile sur leur tête, les trois frères  sont devenus des morceaux de viandes pour ne pas dire des cadavres  - on parle rarement de cadavres mais des morceaux de corps a peine on reconnaît les morts.

Apres 2 nuits  d'enfer, on a décidé de sortir, mes beaux parent refusaient de sortir mais on les a forcé, on était en danger,  les chars bombardaient sans avoir de cibles précises, et on n’était pas en sécurité. On a pris le risque de sortir avec un drapeau blanc moi, mon mari et mes 2 enfants et mes beaux parents, mon sac était déjà près, je savais que ce moment allait venir. Dieu merci, personne n'a été touché. Sur les media on parlait d'une trêve quotidienne de 13 h à16h  pour des raison humanitaires, mais c’était des mensonges, 2 femmes de mon quartier sont sorties chercher des provisions pour leurs enfants, il les ont tuées .

On était hébergés par  la sœur de mon mari  au centre de la ville de Gaza, d’autres n’avaient pas où aller, dans les rues des milliers de familles qui  se sont sauvées de leurs maisons. Une nouvelle génération  de réfugiés.

2 heures après  quelques voisins qui n’étaient pas encore sortis nous on informés qu'une bombe d'un char était tombée sur un côté de notre toit, trois jours plus tard. La Croix rouge  nous a informés qu'il y a une trêve entre 7h et 11h, pour les femmes : pour y revenir chercher le reste de leurs affaires. Et le reste des corps qui sont restés parce qu’on empêchait les ambulances de passer dans cette zone devenue militaire. Dans le quartier Al Atatra, la Croix rouge a découvert 4 enfants a côté de leur mère morte depuis 7 jours, et qui mourraient de faim, on les a sauvés à la dernière minute.

Ma belle mère et partie, toute les portes des maisons sont cassées et des fois explosées, l'armée Israélienne a fouillé toutes les maisons dont la nôtre, tous nos meubles sont abîmés et nos affaires par terre.

Je ne peux vous résumer ces 2 semaines en quelques lignes je suis partie de ma maison pour un appartement où il y a plus de 30 personnes réfugiées !! tous les gens qui habitent sur les limites est, nord, sud et ouest se sont déplacées au centre en disant qu ils sont plus en sécurité
En fait, personne n'est en sécurité, aucun Palestinien à Gaza.

On nous dit que l'objectif de cette guerre est d'exterminer les membres  du Hamas, un autre prétexte comme les précédents  pour exterminer et terroriser  le peuple palestiniens plus de 900 mort civils dont 275 enfants, 97 femmes, des mamans et 15 ambulanciers et 5 journalistes en 2 semaines.

Le message est Clair on fait payer au peuple sa liberté d'expression par ce que il a voté pour le Hamas.

Comme ça les gens vont détester le Hamas, on n'arrête pas de transmettre ses messages et franchir les ondes des chaînes locales pour nous dire tous ce que vous subissez, c'est à cause du Hamas qui vous a trahis et na pas pris la responsabilité de vous protéger.

Voila,

J'étais toujours contre le Hamas, je n'aime pas les islamistes extrémistes,  mais le ne suis pas imbécile pour croire a ces mensonges ! même avant le Hamas, on nous bombardait, on nous insulte sur les frontières, on nous emprisonne à l'intérieur de Gaza,  et devant le monde ils disent qu'ils se sont retirés de Gaza et ils ont leur liberté pourquoi ils se plaignent ?!

C'était Clair depuis que le Hamas était dans le gouvernement, cela fait 2 ans qu'on souffre du Blocus qui nous étrangle,  je rêve d'avoir le droit de voyager et de me déplacer comme toute autre personne dans le monde, d'avoir un pays national libre.

Les lanceurs de roquettes sont un autre prétexte  pour convaincre le monde que les Israéliens sont victimes  et qu’ils ont le droit de se protéger - contre les roquettes fabriquées localement - avec toutes sortes d'armes militaires, même celles qui sont interdites internationalement  (bombes phosphoriques ), sachant que pour la plupart des Israéliens transportés vers les hôpitaux, on a décrit leur état de "blessure" (état de panique et peur) on les comptait  comme victimes! alors que 1 millions et demis de palestiniens sont  terrifiés et les hôpitaux de Gaza  n’ont même pas les moyens de faire des interventions chirurgicales pour les vrais blessés.

Le conflit palestinien, la complicité des gouvernements arabes était aussi une couverture  pour ces attaque  et on s' en était bien servi.

Je doute qu'après tous cela, Gaza aura une vie normale. On est sous le choc et je doute qu'on va s’en remettre, et je doute que après cette guerre, si elle se termine, j'aurais une maison, je prie le Dieu que mes enfants restent vivants et si on va mourir, qu'on meure tous ensemble, je ne veux pas vivre pour voir mes enfants massacrés devant mes yeux .

Merci a tous nos amis de nous avoir envoyé des messages pour nous soutenir, j'apprécie les manifestations qu’on fait partout dans le monde, les aides qu'on reçoit, les actes de solidarité,  mais excusez-moi, je suis tellement désespérée, et en même temps convaincue  que Israël est bien protégé et qu'elle ne va pas cesser le feu, que après qu'elle aboutisse sur tous ses objectifs imaginaires - parce qu’en fait, ce sont les civils qui sont ciblés - et la décision de la fin de ces opérations va venir de ses Généraux, pas de la pression de la communauté internationale.
A part cela on a mangé, c’est le dernier de nous soucis.  Israël fait entrer les provisions nécessaires pour prouver qu 'elle est si humanitaire.
Il y a des grands problèmes pour la distributions d'aide à cause de l'absence des autorités spécialisées,  il n'y a que l'Unrwa et la croix rouge et qui  exercent leur rôle dans des conditions très difficiles.

Les gens n’ont pas perdu l'esprit de solidarité mais la catastrophe est sur tout le monde,  chacun a sa propre triste histoire, moi-même je suis en état de choc et à peine j'ai eu la force de vous écrire

Dania et Mohamed
"

20 janvier 2009

Gaza : l’enfer à l’hôpital Chifa

gaza5-3.jpg

Un tout nouveau lecteur de ce blog, qui connait bien Gaza, qui y a vécu puis s'en est éloigné avant d'y retourner bientôt, m'a adressé hier, par mail, ce témoignage. Il émane du médecin hollandais Harald Veen Fresed, qui vient de vivre l’enfer à l’hôpital Chifa à Gaza. Et il avait été publié sur lemonde.fr le 16 janvier dernier, sous la signature de Michel Bôle-Richard.

Je ne boude pas mon soulagement du cessé le feu qui règne sur le terrain, et ce n'est pas pour attiser la rancoeur, que je le publie ces scènes de guerre. J'aimerais croire que nous sommes rentrés dans une période de paix (ce mot hier à la une de grands journaux nationaux m'a fait désespérer de l'analyse journalistique). Il va y falloir du temps, du courage et des efforts pour arriver à la paix ! Et peut-être des générations. La paix suppose des droits, la liberté, la reconnaissance nationale. Mais aussi et surtout une culture de la paix. Le carnage israélien n'a semé, à côté d'invraisemblables destructions, que le poison de la violence, de la vengeance. Alors la communauté internationale a plus que jamais une responsabilité pour offrir, à travers sa fermeté à l'égard d'Israël, et une vraie implication sur le terrain, un tout petit germe d'espoir.

Il lui faut donc encore, et d'abord, regarder ce qui s'est passé. Les yeux ouverts sur le sang. Merci à G. de son envoi :

_________________________


Le médecin hollandais Harald Veen Fresed vient de passer une semaine à l’hôpital Chifa, dans la ville de Gaza. Ce chirurgien hollandais est épuisé. Envoyé par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), ce spécialiste des opérations abdominales a du mal à cacher son émotion après ce qu’il appelle «une véritable tragédie». Pourtant habitué aux guerres et aux situations de détresse - tout particulièrement dans les conflits africains -, il revient bouleversé par ce qu’il a vu. Pendant huit jours, sans discontinuer, le médecin a vécu toutes les horreurs.

Des membres mutilés, des cervelles qui sortaient, des tripes à l’air, des blessés qui mouraient après s’être vidés de leur sang. L’afflux était énorme. Il était difficile de faire face. On parait au plus pressé, choisissant ceux que l’on pouvait sauver, délaissant ceux pour qui c’était trop tard. Harald Veen Fresed explique que trois équipes de quinze médecins se relaient tour à tour, toutes les vingt-quatre heures, pour faire face à un afflux continuel de blessés.

A tel point que l’on peut à peine bouger et qu’il faut soigner au plus vite pour absorber ce trop-plein. Le médecin rend hommage à la compétence et au dévouement des docteurs Palestiniens. Il y a des médicaments, mais il n’y a pas suffisamment de matériels, ni de place dans les salles ou à la morgue. Les cas les plus graves sont expédiés en Egypte par Rafah

Je peux vous dire que le chiffre de plus de 1.000 morts est certainement inférieur à la réalité. On croit déjà avoir tout vu, être bien préparé pour affronter l’in affrontable. Eh bien je peux vous assurer que ce fut une véritable épreuve. Grand, blond, filiforme, pesant ses mots, Harald explique que le plus dur fut d’assister «aux drames personnels».

«Aux parents, aux familles effondrées face à la mort et à la souffrance. Vous assistez, impuissant, en silence, à ces tragédies. Certains voulaient suivre les blessés jusque dans la salle d’opération de peur de ne plus jamais les revoir vivants. Beaucoup avaient des blessures énormes provoquées par des éclats et je me demandais comment ils pouvaient encore survivre. On dit toujours que la guerre est horrible mais l’on ne peut pas s’imaginer ce que c’est, car l’on n’en voit qu’une partie».

Un grand trou dans le dos

Pour Harald, il y a tous ces morts mais il y a surtout tous ceux qui sont amputés, paraplégiques, aveugles. «La guerre ne s’arrête pas avec le cessez-le-feu. Pour beaucoup, elle dure pendant des années, toute la vie». Une chose est sûre pour lui, «J’étais content d’être là. Je me considère comme un privilégié d’avoir pu de façon infinitésimale apporter une aide». Après être intervenu pendant le génocide des Tutsi au Rwanda, en 1994, il avait décidé d’arrêter pendant deux ans pour en digérer l’horreur. Puis, il est reparti. Et chaque fois que le CICR l’appelle, il reprend sa valise juste pour faire ce qu’il appelle «une petite différence». «Ce qui est important, c’est d’être là» Il se défend d’être un idéaliste. Il en a beaucoup trop vu pour cela. Cela ne l’empêche pas de faire des cauchemars, de revivre des scènes.

Lorsqu’il a quitté Gaza, ce ne fut pas facile, car il a eu le désagréable sentiment «d’abandonner» ses collègues d’une semaine. Harald est allé retrouver sa petite fille de 3 ans. Le même âge que celle qu’il a vue arriver à l’hôpital Chifa, l’air intact, les yeux grands ouverts. Lorsqu’il l’a retournée, elle avait «un grand trou dans le dos». Plus jamais, elle ne remarchera.

Michel Bôle-Richard

15 janvier 2009

le millième mort

Depuis quelques jours, le petit carré bleu en haut à gauche de cette page, mon "entre deux eaux Express" devenu longue bande bleue, tient le décompte du massacre. Il aurait pu reprendre l'appel au boycott d'Israël. Il aurait pu relayer l'appel à la suspension des accords économiques Israël - Union européenne. Il aurait pu nicher des vidéos, ou des diaporamas, montrant des populations qui fuient, des enfants ensanglantés qu'on porte à pleins bras, des femmes meurtries devant la maison détruite ou des fils perdus, le regard hagard des chirurgiens décontenancés devant les ravages inconsidérés que provoquent sur les corps des munitions de nouvelle génération. Il aurait pu citer des paroles pacifistes d'intellectuels israéliens conscients, plus que beaucoup d'autres, du déshonneur dont se couvre leur pays. Il aurait pu se dédier au décryptage facile de la complaisance criminelle des BHL et autres philosophes au cynisme princier. Il a fait un peu tout ça, mon petit carré bleu, depuis quelques jours. Mais en plus de ça, il tient le décompte morbide.

Et hier soir, le compteur a passé les mille.

La guerre, ça laisse pantois, et parfois je te sens coi devant ce désastre et l'étalage que j'en fais. Que dire, que penser ? Qui accabler ? Et de toute façon, à quoi ça sert de l'ouvrir, ça fait soixante ans qu'ils se foutent sur la gueule ? Même le président américain élu ne sait pas encore quoi dire...

Et pourtant, cinquante bonshommes flingués par jour, ou cent. Un sur trois un enfant. Des mutilations jamais vues. Sans parler de l'empoisonnement des sols par l'uranium appauvri, et celui des âmes par la culture de la haine. Les organisations internationales humiliées ouvertement, de l'ONU à la Croix Rouge Internationale...

On n'a pas le droit de banaliser ça. Ça vaut le tribunal pénal international. C'est du niveau de Milosevic, ou de Saddam Hussein, même si ça sait s'habiller d'une diplomatie élégante, bien en cour à Paris, à la maîtrise parfaite du français et des codes de la société occidentale.

Alors oui, je tiens ce décompte, je le tiendrai jusqu'au bout. Sans jamais oublier que derrière chaque unité de ce mille-là, il y avait des yeux qui riaient, une barbe qui naissait, une peau qui ruisselait l'été, des paumes qui battaient la mesure, un sexe qui palpitait, il y avait un immense potentiel de vie et de paix, et de bon voisinage, un réservoir généreux...

11 janvier 2009

l'autre compteur de la guerre

l'huma palestine.jpg

Nous en sommes donc au 16e jour du massacre. Le compteur morbide affiche des chiffres étourdissants :

878 tués,

dont  275 enfants,

et 100 femmes,

3.681 blessés,

dont 400 dans un état critique.

Israël annonce son intention d'intensifier ses opérations, l'a fait savoir par tract aux populations palestiniennes, qui n'ont de toute façon pas le loisir de fuir.

Hier, un autre compteur s'est allumé : celui de la mobilisation. Le cortège parisien était dense et compact. Plus de cent mille personnes. Pour le Moyen-Orient, ça ne s'était pas vu depuis l'invasion de l'Iraq par les Etats-Unis. Il y avait de la détermination calme, et beaucoup de colère. Ce sont les slogans en faveur de la paix qui s'entendirent le plus.

Durant tout le trajet, on vit dans toutes les portions de cortège des posters reproduisant la une de L'Huma de mardi dernier : "C'est la Palestine qu'il faut sauver". J'étais fier de voir mon journal reconnu pour ses accents, son rôle et son courage, au milieu du consensus mou du reste de la presse. Au prix de bouts des doigts gelés, je portais moi aussi, d'un bout à l'autre de la manif, cette bannière combative et pacifiste.

Bien-sûr, il y eut des groupes de fous-furieux. A défaut de braquer leurs caméras sur des vitrines endommagées, ça permit aux télévisions de choper en vol des images de drapeaux israéliens qu'on brûle. C'est bien, les drapeaux qu'on brûle. C'est comme les hymnes qu'on siffle : ça fait choc. Ça heurte les bonnes consciences morales. C'est bien la preuve, quoi !

Les mobilisations, on les sent monter quand on entend parler d'une manif depuis différents cercles. Ce fut le cas toute cette semaine. Mes amis de mon époque arabe, évidemment, beaucoup de mes collègues, ça va de soi, quelques blogueurs, et pas des  moindre (j'ai d'ailleurs fait ma toute première manif avec Boby)... et puis même, un soir de cette semaine, à la nocturne naturiste de Roger Legall, je surpris une conversation entre deux nageurs où l'un cherchait à convaincre l'autre de l'urgence qu'il y avait à manifester. J'eus ainsi un échange avec un plongeur, qui s'avérait être par ailleurs militant de l'Union juive pour la Paix. Tout en me réchauffant dans le contact sensuel et audacieux, mais discret, d'un beau garçon.

Dans le froid de la guerre, parfois il manque la chaleur des caresses.

09 janvier 2009

"le seul conflit au monde dans lequel la population n’a même pas le droit de fuir"

070924-al-haq-gaza.jpg

Il y aura du monde, beaucoup de monde à Paris, ce samedi, pour réclamer l'arrêt du massacre à Gaza et l'instauration d'une paix juste et durable au Moyen-Orient. J'y serai, pour mettre un coup d'arrêt à mon insupportable inaction.

Je voudrais te renvoyer sur cet article d'Alain Gresh, publié sur le site de France-Palestine ce jour. Il y cite une déclaration datée du 6 janvier, du haut-commissaire des Nations unies aux réfugiés, António Guterres, affirmant que Gaza est "le seul conflit au monde dans lequel la population n’avait même pas le droit de fuir".

Entre autres spécificités...

 

08 janvier 2009

pour notre dignité humaine

1-Ghetto-Varsovie.jpg

« Ce qui évoque en moi l'association avec le Ghetto de Varsovie, c'et certes la politique d'encerclement qui fait aujourd'hui de la bande de Gaza le plus grand ghetto du monde, c'est la politique d'affamement de la population, ce sont les tunnels que creusent les jeunes pour rapporter de l'extérieur du pain et des armes et bien d'autres choses encore. Mais c'est surtout la portée universelle du combat que mènent les résistants palestiniens qui ne se battent pas seulement pour leur indépendance nationale, mais "pour notre liberté,... pour notre bonheur,... et pour notre dignité humaine, sociale et nationale à nous tous, citoyens du monde". »

Depuis quelques temps, le parallèle avec l'insurrection du ghetto de Varsovie me taraude, je l'ai même esquissé ici. Je suis donc soulagé de lire ce matin dans l'humanité Michel Warschawski, juif israélien, journaliste, et président du centre d'information alternative de Jérusalem, qui ajoute : "L'Etat juif a perdu le droit de se targuer d'une filiation quelconque avec les martyrs et les héros du ghetto de Varsovie!".

Tu trouveras ici une évocation du soulèvement du ghetto de Varsovie, avec cette lecture qu'en fit Marek Edelman, un des rares survivants de l'insurrection, qui s'applique tant à la situation des Palestiniens aujoud'hui : « En nous soulevant, nous avons rappelé notre appartenance au genre humain. En prenant les armes contre ceux qui voulaient nous anéantir, nous nous sommes raccrochés à la vie et nous sommes devenus des hommes libres. » Ou encore ce passage extrait de la Proclamation du Ghetto au combat lancée le 23 avril 1943 :

« Nous nous battons pour notre liberté et pour la vôtre... Pour notre honneur et pour le vôtre... Pour notre dignité humaine, sociale, nationale et pour la vôtre... »

Ce jeudi à midi et demi, voilà ce que l'on pouvait lire dans une dépêche : "Au total, l'offensive israélienne a tué au moins 708 Palestiniens, dont 220 enfants et 86 femmes, et fait plus de 3.100 blessés". La guerre éthique d'une armée morale ?

Finalement, faites comme Libé, ne dites plus : "l'armée israélienne poursuit son massacre de Palestiniens à Gaza", mais "Tsahal maintient sa pression militaire sur le Hamas".

Moi je préfère conclure comme Michel Warschawski dans l'Huma : "Pour notre liberté à nous, pour notre dignité et pour notre honneur, Ghetto Gaza ne doit pas tomber. Gaza doit vaincre."