02 novembre 2009

Belo, ses si chères longueurs

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Rentré de Belo Horizonte ce week-end, après un détour par Rouen pour les cinquante ans de ma cousine germaine, je te balance en vrac quelques ultimes impressions brésiliennes.

A Belo, les rues s'affranchissent du relief, pourtant encaissé. Elles forment un quadrillage qui ne connait pas d'écart. Une maille serrée est-ouest-nord-sud, et une maille large qui embrasse la première de grandes diagonales plus espacées. Relier un point à un autre relève ainsi des mathématiques appliquées. Mais les pentes laissent des traces parfois douloureuses dans les jambes. Et sur les moteurs de voiture.

Cette planification a évidemment échappé, sur sa périphérie, aux favelas, y compris les plus anciennes aujourd'hui "régularisées", dont l'organisation respecte la géomorphologie du sol. On y trouve parfois de petites criques sauvages à l'abandon, ou restaurées en jardins publics où l'eau et ses sources naturelles retrouvent leurs droits.

Jeudi, je suis allé nager dans un de ces clubs privés qui sont l'apanage des couches suprieures de la société, le Minas Tenis Clube. Probablement les plus chères minas tenis clube.jpglongueurs que je ne me sois jamais offertes. A trente euros l'invitation sur parrainage, et en donnant de ma personne, ça m'a fait 1 euro les cent-mètres. Les installations étaient impressionnantes, il est vrai. Dans un site indécelable de l'extérieur, presque dans le fond d'une fosse entourée de végétation tropicale, on comptait un bassin olympique extérieur de cinquante mètres, deux bassins découverts de vingt-cinq mètres, et deux autres au rez-de-chaussée d'un bâtiment où l'on trouvait aussi, selon les niveaux, des courts de tennis, de baskets, de volley, de squash, des agrès de musculation...

churrascaria-745146.JPGOutre les buffets "au poids", on est amateur de viande, au Brésil, et notamment de grillades. Les churascarria sont des restaurants populaires, on t'y propose toutes sortes de viandes, et tu peux même y choisir des assortiments à volonté. Les morceaux sont empalés sur de larges et longues épées médiévales, qui viennent défiler avec des morceaux fumant devant ton assiette. On y découpe une tranche ou deux, avant qu'une autre te soit apportée, puis une suivante dans un défilé qui te mène bien au delà de la satiété.

Il y a une marque de pains ou de biscottes qui s'appelle "Maricota". Un jour, une étudiante colombienne qui participait à notre séminaire s'est précipitée pour faire la photo d'un camion qui en arborait l'enseigne. Elle était tordue de rire. Si j'ai bien compris, ça veut dire "tantouze" dans son pays, en tout cas précisa-t-elle, "it is a very bad word". Merci pour elles.

Un jour, une belle femme gracile se tenait dans une rue juste devant nous, le visage délicatement maquillé. Elle portait un petit boléro fuchsia dont les bretelles soulignaient de fines épaules hâlées, où ondulaient de fins cheveux mi-longs selon les mouvements du corps ou sous l'effet du vent. Elle discutait et riait avec la femme, assez insignifiante, qui l'accompagnait. Elle portait la note du restaurant qu'elle s'apprêtait à régler entre son moignon gauche et son sein, et au bout de son moignon droit, à hauteur de coude, son sac à main noir dans un sky très mode, qu'elle relevait, posait, ouvrait, de gestes amples.

Je suis retourné le dernier soir au Sauna Specific, pour me changer de l'impression laissée par le sauna so british du Minas où j'étais allé faire mes longueurs. Il y avait du monde en fin de semaine, pas comme lundi dernier. Des hommes, serviette autour de la taille, jouaient aux cartes sous un vieux tube cathodique qui diffusait des images en couleur, et fumaient leur cigarette. D'autres les regardaient, debout à côté du bar, ou devisaient. Hola Oliver, me fit Pablo en me reconnaisant. L'ambiance était bon enfant. Derrière la porte juste derrière, sous les douches, d'autres encore se jaugeaient. J'y fus convoité et l'on m'y présenta des longueurs d'un autre genre. Et ça m'a flatté. Bruno était là, avec en me voyant un sourire heureux et innocent. Il m'a refait le coup du massage et je n'ai pas su lui dire non.

Petit mémo pour ceux qui s'apprêtent à partir au Brésil : si ton vol n'est pas direct, évite d'acheter de la cachaça dans les boutiques de l'aéroport : elles te seront confisquées lors de l'escale de Lisbonne - rapport aux normes de sécurité aérienne...! - et elle prend alors un goût plus amer.

28 octobre 2009

bons baisers de Belo Horizonte

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J'ai posé samedi soir le pied au pays de la capoeira et de la capeirinha. Un voyage professionnel.

D'où cette petite carte postale, pour te dire que je pense malgré tout bien à toi.

A mon arrivée, mon bagage était perdu et j'ai été dédommagé. J'ai dépensé trois fois le montant de l'indemnité, au delà des effets de première nécessité, pour me reconstituer une petite garde-robe. Dimanche soir, la valise m'attendait déjà dans ma chambre...

Le temps est chaud en journée, frais le soir, et les averses tropicales épicent nos visites de terrain.

Sur le toit de l'hôtel, il y a une piscine. Enfin, une baignoire tripple size. J'ai renoncé.

Belo, ce n'est pas une destination touristique. Il y a des buildings et des grandes artères proprètes dans le centre, quadrillées à l'américaine, et des favelas dans les faubourgs. Pas parmi les pires du Brésil.

Dimanche, régnait dans le parc municipal, bariolé d'essences botaniques exotiques, de concerts de jazz et d'attractions foraines rudimentaires, une ambiance familiale et festive. Un paradis pour enfants et amoureux. Le petit marché central regorgeait de vêtements de femmes, et de vêtements d'enfants. Mais rien, pas un tee-shirt pour les hommes.

Dans ce pays, on mange au poids. La plupart des restaurants te proposent des buffets en libre service, avec une petite vingtaine de plats, de salades ou de garnitures au choix, et tu poses ton assiette sur une balance lors du passage en caisse.

Ici, le concept de piscine municipale n'existe pas. Il n'y a que des clubs privés, avec abonnement à l'année. Parrainé, tu peux bénéficier d'une invitation. Il t'en coûtera la modique somme de... 30 euros pour une journée ! A peu près ce que me coûte un abonnement de trois mois avec la ville de Paris pour, en ce qui me concerne, 35 à 40 entrées. On a le sens de la distinction sociale. J'essaye demain malgré tout.

brutos5443.jpgAh ! Il y a un sauna gay à... 4 minutes à pied de mon hôtel ! Drôle d'ambiance. Cadre désuet mais hospitalier. Lundi en fin d'après midi, il n'y avait qu'un client. Il est vite parti après que je l'eut aidé, de quelques caresses par défaut, à en finir. Puis je suis resté seul un moment. Puis un magnifique jeune homme, Bruno, souriant et athlétique est arrivé et s'est proposé pour un massage. Ça restera le souvenir voluptueux de ce séjour, sans doute. Mais là, il vaut mieux que je referme la porte.

07 octobre 2009

ne confondons pas islam et homophobie

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Une bien triste histoire d'homophobie dans le foot est en train d'alimenter une bien triste campagne d'islamophobie. Suivez mon regard...

A l'origine, la pitoyable décision d'un club de foot de Créteil, inscrit à la coupe de France du foot-loisir de refuser de disputer un match contre le Paris Foot Gay, prétextant des "convictions" de "musulmans pratiquants". Et hop ! Voilà qu'on nous refait le coup de la burqa...

L'homophobie dans le sport, dans le football en particulier, n'est hélas pas l'apanage du Créteil Bébel. Le Paris Foot Gay lui même anime et soutient, par son objet même, la lutte contre les discriminations fondées sur l'orientation sexuelle dans les milieux du football. Et il y a du travail.

Il a noté, par exemple, que la Fédération française de foot n'a toujours pas inscrit l'homophobie dans la liste des discriminations à proscrire dans les stades, qu'un seul acte homophobe, à ce jour, a été condamné dans un stade. Il révèle que pour un joueur, vivre librement son homosexualité sans avoir besoin de se cacher est une gageure, au point que jusqu’à présent, personne ne s’y est aventuré... et pire, que certains équipementiers demanderaient aux professionnels concernés de ne surtout pas dévoiler leur « secret ». Il rappelle en outre que chez les 15/25 ans pourtant, la découverte de leur homosexualité et la crainte de l’homophobie constituent un des principaux facteurs de risque de suicide.

Ce combat est donc légitime, vital, et mérite d'être soutenu sans réserve pour continuer à faire évoluer les mentalités et abattre les archaïsmes : rien n'est jamais acquis, dans ce domaine comme dans les autres.

h-20-1715993-1254139272.jpgMais la tournure qu'a prise cette affaire, et le buzz médiatique qui l'entoure, a quelque chose de dérangeant parce que, de rebonds en ricochets, de blogs en articles de presse, c'est encore une fois le procès de l'islam, et donc des musulmans, dans un joyeux amalgame à faire bander les conservateurs catholiques et autres racistes de tout poil, qui s'est peu à peu substitué au débat sur l'homophobie dans le sport.

En ce qui me concerne, je me souviens que c'est à Alep, en Syrie, dans mes tendres années, que j'ai pour la première fois ressenti le regard d'un homme sur moi, que c'est sur des chansons d'Oum Kalthoum qu'il m'arrive de baiser, sans retenue, dans le sauna gay du Ryad. Et je voudrais bien que celui qui, dans le hammam de la grande Mosquée de Paris, ne s'est jamais livré à de discrets attouchements me jette la première pierre !

Thomas Pitrel a pondu hier un excellent article sur ce sujet, qui constitue une salutaire mise en garde, et un rappel de ce que les jeunes musulmans ou d'origine musulmane, sont eux-même régulièrement stigmatisés pour ce qu'ils sont et n'ont nul besoin de l'être d'avantage sauf à se voir définitivement enfermés dans l'univers de la cité, où l'homophobie n'est hélas pas le seul travers...

J'ai hâte, d'ailleurs, de lire ce livre de Brahim Naït-Balk, paru cette semaine, Être homo dans la cité, où il témoigne de comment, musulman, il a enduré un double martyre parce qu'il n'était pas, dans sa banlieue, la figure type du mâle fouteux...

Autrement, puisque l'on parle foot et parce qu'il est urgent qu'on inverse les regards, je te propose de revoir ce petit bijou :



07 août 2009

Lajos Batthyány, ou la débandade hongroise

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Il avait 42 ans quand ils l'ont assassiné. Premier Président du Conseil d'une Hongrie qui s'essayait républicaine et indépendante. Entre 1848 et 1849. Ce n'était pas rien, pour cette nation, de s'affranchir d'un même mouvement du joug féodal et du joug impérial. Ni pour ce jeune homme issu d'une famille noble de prendre le parti des républicains. Il y avait alors de puissants courants de pensée qui donnaient corps à ces rêves, des artistes s'engageaient, des poètes regardaient l'Europe et lui vouaient un avenir.

C'était le Printemps des peuples, dont le vent avait pris naissance en France. Partout, des révolutions libérales, à qui il manquait de reconnaître leur place aux ouvriers, ce qui inspira à Marx et à Engels le Manifeste du Parti communiste, qu'ils publièrent, anachroniques visionnaires, à cette même époque.

De quelle utopie ils étaient capables nos Victor Hugo, Sándor Petőfi et toutes cette intelligentsia qui ne se résolvait pas à l'enterrement des Lumières ! L'armée des Habsbourg fit appel aux armées du Tsar pour écraser la République hongroise naissante, mais l'Empire austro-hongrois ne serait plus jamais le même, la Hongrie avait conquis sa maturité, et la nouvelle position qu'elle occupait dans l'Empire lui permettrait de jouer les premiers rôles dans le développement bourgeois de la fin du XIXè siècle. Le millénaire de la Hongrie serait célébré avec un faste incroyable en 1896, avec une Exposition Universelle, la première ligne de métro d'Europe continentale, de grandes artères et un raffinement qui font encore le cachet du Pest d'aujourd'hui...

Au fond, si l'Empire n'avait pas été du mauvais côté du manche pendant la Première guerre mondiale, et si - cruelle humiliation infligée aux perdants - la Hongrie n'avait pas été dépecée des deux tiers de son territoire, qui sait quel rôle elle occuperait aujourd'hui en Europe ?

Mais c'est ainsi. L'indépendance fut écrasée en 1849, Batthyány fut exécuté le 6 octobre, et la Hongrie perdit la guerre. Par dessus le marché, une guerre plus tard, elle fut mise au régime Traband et komsomols.

Il reste de ces époques des vestiges.IMG_3693.JPG

La place Batthyány, à Budapest, est de fait l'une des plus intéressantes. Située sur le bord du Danube, ouverte sur lui, elle fait face au Parlement sur la rive opposée, et c'est de là que l'on peut en apprécier le mieux son architecture victorienne dans toute ses dimensions. Une petite  église pittoresque côtoie une halle de marché en brique, et la statue de Janos Batthyány se dresse comme à la proue d'un navire.

C'est près d'elle que m'a rejoint Attila, mardi soir, et que nous avons bu un verre sur la terrasse du café Angelina. C'est drôle, notre moyenne d'âge était justement de 42 ans : l'âge des martyres !

Attila, je l'avais rencontré aux bains Szechény l'avant veille, avais approché mon transat du sien après avoir constaté son attirance, et avait pris plaisir à lui caresser les jambes et le torse. J'avais compris qu'il n'était pas adepte des petits coups consommés sur place. Nous n'avions pas parlé, sauf lorsque je dus partir pour un dîner chez belle-maman ! Le hasard avait voulu que nous nous rencontrions le lendemain sur une autre terrasse, à Palatinus. Cette fois, je lui avais offert de nous retrouver le lendemain pour passer une soirée ensemble, il avait accepté et nous y étions.

Il avait en lui beaucoup de douceur, qui parfois confinait au flegme et qui n'était pas toujours simple à interpréter. Nous avons parlé moitié en hongrois, moitié en anglais. Il venait de passer une dizaine de jours en Croatie. Tiens, à Trogir, justement, où j'avais été moi-même en vacances l'année de la canicule, en 2003. Nous avons aussi confronté nos expériences d'appendicites. J'en avais moi une marque laide et boursouflée, à cause d'une péritonite évitée de justesse en 88. Lui avait été opéré durant des vacances en Égypte, il y a trois ans. Mais une infection subite lui avait valu de retourner sur le billard une semaine plus tard, il en portait une cicatrice discrète mais spectaculaire, verticale, au milieu du ventre.

Je te parle d'Attila parce qu'il s'est produit une chose troublante, que je redoutais un peu. Alors que nous étions chez lui en pleine étreinte, je me suis mis à penser au billet que j'allais en faire pour ce blog. A sa structure, à la petite page d'histoire avec laquelle j'avais envisagé de l'introduire, dès la lecture au pied de sa statue des dates de naissance et de mort de Batthyány, à nos deux rencontres précédentes dans un contexte naturiste, à certains détails de son anatomie : ses cicatrices, la tâche de vin brune qu'il lui dévorait le flanc, ses testicules qui lui pendaient à mi-cuisse.

brutos11754.jpgCes pensées me faisaient débander, et cet épisode-même vint aussitôt trouver place dans mon projet de billet, me piégeant dans un dérisoire cercle vicieux. Cela m'était déjà arrivé une fois dans un sauna parisien. Et je n'aime pas du tout ce sentiment d'être ainsi dominé par mon sujet, l'impression de ne plus vivre les choses pour ce qu'elles sont mais pour pour ce que je pourrais en dire.

Curieusement, lui-même s'excusait de ne pas avoir d'érection plus vaillante, et mettait sa défaillance sur le compte de la fatigue. Il se mit à me parler de son petit copain, Zoltan, avec qui il était dans une relation "ouverte" qui ne l'épanouissait pas. Une relation d'un an, qui n'a jamais connu de phase fusionnelle. Je lui ai parlé de ma relation avec Igor, vieille de maintenant presque douze ans, et qui en était à sa phase... comment la qualifier, tiens, ma phase avec Igor ? ce sera peut-être l'objet d'un prochain billet...

Il m'a aussi appris à dire "caresser" en hongrois : simogatni. En parlant ainsi, en l'écoutant, en caressant ses mains solides et ses larges épaules, en laissant mes lèvres trainer sur ses bras et sur son cou, j'ai enfin recommencé à bander, et il a souhaité que je jouisse avant de le quitter.

Nous avons prévu de nous revoir ce soir.

04 août 2009

Federico et Roberto

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Federico, le napolitain. 46 ans radieux. Le corps et le visage secs, comme je les aime. Une barbe de deux jours, rèche, quelques rides riantes au coin de l'œil, et un sourire lumineux. Nous sommes donc aux bains Király de Budapest. C'était mardi dernier, il y a juste une semaine...

Il ne nous a pas fallu longtemps pour nous enfermer dans une cabine de douche, c'était son choix. Il avait un corps svelte quoique peu athlétique, peut-être à cause de ses origines croates, la peau assez blanche, les jambes glabres, la queue longue et épaisse, lourde. Il m'embrassait en m'aspirant la langue avec énergie et a joui quand je lui léchais les couilles. Nous sommes ressortis de la cabine et il m'a présenté son compagnon, Roberto, très brun, petit, rigolard et rondouillard, poilu... pas du tout mon style, mais entreprenant malgré son incapacité à communiquer en anglais.

Federico nous a laissés un moment, un peu comme s'il m'avait déposé en gage, ou s'il avait voulu offrir des fleurs à son ami avec qui il comptabilise vingt ans de vie commune. Je me suis laissé faire, au vrai, comme si j'y voyais le moyen de retrouver Federico plus tard. Et puis ils étaient chaleureux. Nous sommes allés dans le bassin d'eau fraîche, où il fit bon s'immerger tant la chaleur montait. Je me livrait à lui, yeux fermés et lui tournant le dos, éprouvant à peine d'une main la vigueur de son érection. Je bandais sous l'effet de ses caresses. Il jouit en simulant une pénétration. Dans l'eau, chose que je me suis toujours interdite. Puis poursuivit jusqu'à ma propre éjaculation dans une cabine de douche.

Ils repartaient le lendemain matin par le premier vol de 7h 30, mais me proposèrent de les rejoindre pour un dernier verre dans la soirée. Ils me parlèrent de leur vie, de la folle flambée de l'immobilier à Naples, de leur séjour en Hongrie, dont ils me montrèrent quelques photos sur le petit écran de leur appareil photo. Roberto ramassa - pour sa collection - des sachets de sel et de sucre du café New-York où nous prîmes un Unicum avec glace. Federico faisait office de traducteur, patient et amusé. Roberto était ingénieur pour le métro de Naples, et Federico FunPhotoBox_3603021204770.jpgtechnicien prestataire indépendant.

Ils m'invitèrent à partager un ultime moment dans leur chambre de l'hôtel Ibis, place Luiza Blaha, et à me rendre à Naples les visiter pour quelques jours de vacance.

C'est jusqu'à aujourd'hui mon meilleur souvenir de ce séjour à Budapest, hors mis tout ce qui relève de soyeuses réminiscences, et qui n'a pas de prix.

03 août 2009

ils n'auront pas les bains Király

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Les bains Király méritent un billet à eux tout seul. Pour le mythe, et pour la vérité. Ils ne sont pas des bains comme les autres, et ne le seront jamais. Ni dans mon cœur, ni dans la vie. Ils ont tout tenté pour nous les voler : ils les ont fermés presque une année, pour des travaux d'assainissement - on sait que le Rácz n'a ainsi jamais rouvert. Il ont essayer d'imposer le port du maillot de bain pour en dissoudre l'atmosphère sensuelle et envoûtante. Ils n'ont pas encore proposé le port du bonnet, Dieu merci ! Mais cette clientèle homosexuelle ostentatoire, qui ne se cache pas comme on le lui a appris, les gêne, les a toujours géné, empêchent des projets touristiques de convenance, de luxe ou de standing, alors ils essaieront encore...

Mais les bains Király résistent.

Avant de s'y rendre, toutefois, il vaut mieux être un tant soi peu averti.

Voilà ce qu'en dit le Petit Futé :

kiralyfurdo.jpg"La construction des Király a débuté en 1565, sous l’autorité d’Arslan Pacha, gouverneur de Buda. L’édifice fut ensuite rénové et agrandi au XVIIIe siècle. L’approvisionnement en eaux thermales se fait par l’aqueduc des bains Lukács. A l’intérieur, la coupole centrale, percée par endroits, laisse passer des rayons de soleil à travers la nappe de vapeur... Cette lumière qui perce atténuée, les personnes autour absorbées dans leurs rituels de bien-être ou leurs pensées, l’ensemble fait de ces bains un lieu absolument envoûtant. (...) Les jours réservés aux hommes attiraient la communauté gay touristique et locale, ça n’est guère plus le cas…"

J'en suis perplexe. Bon, sur les aspects historiques et esthétiques, rien à dire, et puis comme ça, c'est fait. Mais la petite anecdote de la fin, qui m'a donné quelques sueurs froides, est heureusement une énorme erreur, ou un piège, car bien heureusement, c'est encore le cas.

En fait, ces bains sont recommandés, à juste titre, pour leurs caractéristiques patrimoniales par à peu près tous les guides de voyage. Mais c'est à croire que ceux qui y écrivent ont peur de l'eau, se contentent de repiquer l'information aux copains. Ou alors que ce sont des femmes, ignorantes de ce qui s'y passe le jour des hommes.

Le site cityzeum.com est à peu près le seul qui incite à la prudence, à mots couverts : "Ces bains turcs de Budapest plairont seulement aux moins pudiques. Naturistes et non-mixtes,(...) impossibles d'accès pour les familles, ces bains sont plus appropriés aux personnes désireuses de sensations relaxantes et de soins du corps."

Donc avant de t'y rendre, voilà ce qu'il faut absolument savoir à propos des bains Király.

D'abord qu'il faut prononcer [Ki-rail], et non [ki-ra-li], et que ça signifie roi.brutos13731.jpg

Ensuite, que c'est là que j'ai rencontré Péter, il y a treize ans. Il fut ma première liaison et mon premier chagrin. C'est à cause de lui, je crois, que bander vers le bas est pour moi, et pour toujours, "bander à la hongroise". Mais c'est un peu hâtif, j'en conviens... La rencontre s'était déroulée sur l'estrade en bois du hammam. Nous nous étions repérés, et assis l'un à côté de l'autre, nos mais s'étaient rapprochées de nos cuisses, puis de nos entre-cuisses, nous nous étions caressés sans aller au bout. Nous nous étions retrouvés plus tard dans un bar puis étions allés chez moi.

C'est là aussi que j'ai rencontré Shinji, l'hiver dernier, qui me fit un temps, et notamment lors du réveillon du nouvel an, oublier Saiichi, ou croire l'oublier, puisque je ne courais alors qu'à sa poursuite. La rencontre s'était passée sur la même estrade, sur le banc le plus haut, comme avec Péter, mais de l'autre côté. Ce jour-là, d'une main aussi experte que Saiichi, Shinji me fit jouir sur place.

furdo4_89_20080818100220_812.jpgEntre les deux, derrière ses mûrs muets, j'y ai rencontré beaucoup d'autres hommes, sucé, massé, palpé, malaxé, effeuillé... beaucoup d'autres bites.

Il faut aussi savoir que les bains Király sont ouverts aux hommes les mardi, jeudi et samedi, et aux femmes les lundi, mercredi et vendredi. De 6h le matin à 19h le soir. Je ne peux rien dire de ce qui s'y passe le jour des femmes. Je crois qu'on y croise un public paisible, et plutôt âgé, sans qu'il y ait d'enjeux de drague. Le jour des hommes, en dehors de quelques étrangers égarés par l'incurie des guides touristiques, on y trouve une foule essentiellement gay, à la recherche de sensations qui vont au delà de la simple relaxation - c'est un euphémisme.

Ils ont aussi leurs petits vieux. On les appelles les crocodiles, à cause de leur propension à circuler en silence dans le grand bassin central au dessous de la coupole, l'œil à hauteur d'eau, à s'approcher et à laisser trainer des mains fouineuses. Dans quelques recoins, notamment dans les bains secondaires, ont peut les voir se palucher. Ou ils se rapprochent pour observer de plus jeunes dans leurs caresses. Beaucoup en ressentent du dégoût. Pas moi. Je ne les regarde pas, je les oublie, ils font partie du décor. Je les ai toujours connus, à une époque où l'homosexualité était pour moi quelque chose de nouveau, et où j'étais terriblement excité par cette tension capitonnée. M'y plonger aujourd'hui, c'est revivre des phases initiatiques de ma vie, et j'en accepte l'environnement dans sa totalité. Et puis mon expérience m'a appris qu'une petite assistance repoussante n'est parfois pas inutile pour sembler, soi-même, attirant.

Et de fait, sans eux, je n'aurais peut-être pas croisé le regard de Federico, la semaine dernière. Ici, je te raconte.

25 juillet 2009

Budapest et ma libido, toute une histoire

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Je ne vais pas te la faire façon carte postale. Ou alors de ces cartes hyper-kitch, où des hommes - gros plan sur leur maillot de bain bien renflé - se la pètent grave, bronzés de la tête aux pieds, reluquant de la meuf en string. Parce que tu vas voir, je ne commence pas mon récit de vacances par de la poésie.

Donc, premières observations de Budapest. En fait, essentiellement cinq.

1/ Il fait sensiblement plus chaud qu'à Paris. On y fleurte avec les 31-32 degrés, mais cette chaleur est sèche et n'assomme pas. La canicule s'est échappée avant mon arrivée, il faisait mercredi et jeudi plus de 38 degrés.

2/ On drague toujours à Palatinus. Malgré une affluence familiale nombreuse et expansive, des jeux aquatiques dans tous les sens, il se trouve, sur une terrasse naturiste réservée aux hommes, et dans l'obscurité du bloc de douche du premier étage, à gauche de la coursive, juste face aux escaliers qui montent à cette terrasse, des traditions de repérage et de premiers contacts, de masturbations discrètes. Il faut y être vigilant car un innocent peut toujours y débarquer par hasard, mais chacun y met du sien et il y a rarement d'incident. Des choses intéressantes s'y passent toujours, donc. Ça n'a pas changé.

3/ Mon sex appeal fonctionne encore. Dès mon entrée dans ce mâtodrôme, il s'est trouvé plusieurs individus pour se laisser magnétiser, s'approcher de  moi et m'offrir leurs vertus - légères, leurs vertus. Ca  me rassure. Qu'est ce que ce sera après trois semaine de nage intensive, de repos et de bronzage !...

4/ Ma  libido donne des signes évident de reprise : impatience à aller retrouver ces lieux, belles érections sous ces regards avides. Mais difficulté à me laisser aller dans un rapport prolongé. Était-ce la glauquitude de cette cabine de toilette, l'incongruité du bonhomme, qui m'avoua être transformiste en boîtes de nuit, ou les pensées qui, encore, me ramenaient à lui ? Toujours est-il que j'ai perdu mes moyens, et à mi-parcours, c'est pas cool. J'ai du travail pendant mon stage pour retrouver tout mon relâchement...

5/ Démis Roussos est mort, mais il chante encore. Tu imaginais, toi, qu'il donnait encore des concerts ? Eh bien il en donne. A Budapest, en demis-roussos.jpgtout cas. Il s'affiche partout. C'est donc à l'Est que la vie continue, j'ai bien fait d'y venir.

6/ Ah ! et puis une dernière observation : figure-toi qu'il y a une connexion WIFI depuis notre appartement. Gratuite. Sur un réseau non identifié. Un piège ? Ça a été ma première réaction. Mais au fond, non. J'avais pris plaisir, durant l'été 2007, stimulé par l'échange qui était en train de se construire avec Wajdi, à écrire et à écrire encore, à raconter. Des bribes de vie, des rencontres, des sensations sexuelles, ou sensuelles, des souvenirs. Je n'avais alors qu'un Internet café à ma disposition, mais cette expérience m'avait stimulé au plus haut point, et ce qui en est né a enrichi ma vie. Internet à la maison, c'est la même chose avec le confort en plus. Et puis maintenant, j'ai un blog pour balancer tout ça, sans usurper l'espace d'un autre. Et pour ce que devient le blog de WajDi !... Alors oui, les vacances, ce ne sera peut-être pas l'arrêt du blog, mais au contraire le temps du blog. Écrire, en profitant d'avoir du temps pour le faire. Au lieu d'écrire en courant, entre deux obligations, ou sorties, haletant, en y laissant une partie de mes nuits. Le confort, je te dis ! Et puis qui sait si je ne te raconterais pas un jour ma nuit avec Demis Roussos.

Allez, sois fidèle au rendez-vous pour pas manquer ça...! Bons baisers de Hongrie.

19 juillet 2009

le premier homme qui me marcha sur la lune

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C'était à la fin du printemps 1996. Je vivais à Budapest depuis plus de six mois. Je voyais chaque matin sous les douches de la piscine Alfred Hàjos de jeunes hommes nus, insouciants de leur jeunesse et de leur beauté. Mais tout autant que je prenais conscience de l'irrévocabilité de mon homosexualité, j'avais l'impression que chaque regard me trahissait, ou que ces jeunes n'étaient que des fabriques à fantasmes, inaccessibles et irréels. J'enviais simplement leur jovialité et le naturel avec lequel ils portaient leur nudité. Une ou deux fois par semaine, brutos10415.jpgsouvent le week-end, je commençais à explorer les bains thermaux, et je voyais alors d'autres nudités, plus équivoques. Les volutes de vapeur me faisaient disparaitre et j'y craignais moins d'exister au milieu d'elles.

Et puis une fois, c'était dans le bain de l'hôtel Gellert, il était arrivé qu'un homme s'approchât de moi, m'y caressât la jambe du dos de la main et tout en me parlant m'y empoignât le sexe. Il me dit en français - il était professeur d'université - qu'il avait bien de la chance qu'un jeune homme aussi beau que moi se laissât ainsi approcher. J'avais alors tenté à mon tour de lui toucher le sexe, mais ne rencontrant qu'une pièce molle cernée de poils longs, j'en avais ressenti du dégoût et le mis aussitôt à distance.

Il était néanmoins évident que le moment approchait où j'allais passer à la casserole, et j'en recherchais l'augure. Je découvrais aussi que les printemps à Budapest étaient inondés de soleil, que les gens aimaient alors à se dévêtir. L'Est s'avérait être autre chose que ce que je m'en était représenté depuis tout petit : il y régnait une douceur de vivre, des couleurs et des rythmes des plus agréables. A la fin du travail, je commençais à m'aventurer à la grande piscine familiale Palatinus. Je ne sais plus d'où je le tenais, d'un guide ou d'une observation plus personnelle, peut-être de ce malheureux professeur d'université, mais je savais qu'il y avait des terrasses naturistes non mixtes, et qu'on y faisait parfois des rencontres. Qu'était une rencontre, d'ailleurs, et si elle avait lieu, comment le savoir ? Et qu'en faire ? J'allais peut-être là-bas avoir des occasions de répondre à ces questions.

1-as (5).jpgJe ne sais plus bien dire si c'est à mon premier passage que la rencontre eut lieu. Ou s'il m'avait fallu y revenir plusieurs fois, car j'ai la faculté d'occulter les tentatives infructueuses. J'y étais allé plusieurs fois à de simples fins exploratoires, me semble-t-il, sans m'attarder, me sentant intrus ou me croyant observé. Toujours est-il que ce jour-là, de mai ou de juin 96, un samedi, autant que je m'en souvienne, sur la terrasse d'abord, puis sous la douche de façon plus explicite, un garçon m'observa et me fit comprendre que je lui plaisais. Lui n'était pas vraiment beau. Mais il était jeune. Il était un peu édenté, très brun, et je me souviens que je me demandais s'il n'était pas Gitan. Je l'ai même supposé être un prostitué, et durant tout ce qui allait suivre, jusqu'à son départ, ne connaissant ni les codes de la drague ni ceux du tapin, je m'imaginais qu'à la fin il allait me demander de le rétribuer de quelque chose.

Il s'appelait Csaba. Il était en vélo alors que j'étais venu en bus, il avait donc du suivre le bus pour me rejoindre chez moi, et cette insistance m'avait intrigué. Il avait l'air content de me suivre, et me fit comprendre que les Français étaient des amants de choix.

Autant que je m'en souvienne, je ne m'embarrassais pas de savoir si je serais à la hauteur ou non. J'avais juste besoin de vivre cette expérience. Et qu'importait qui il était au fond, et ce qui le motivait. Qu'importait son sourire un peu benêt. Pour la première fois, j'allais embrasser un homme avec frénésie, un homme frotterait son sexe contre le mien, m'arracherait les vêtements, je connaitrais mes premières pipes. Mon cœur battait fort, mais je ne donnais visiblement pas l'impression d'être novice. En entrant dans mon immeuble, j'eus l'impression que les voisins étaient tous à l'affut, et qu'ils préparaient déjà un rapport circonstancié à l'attention de l'organisation qui m'employait. Une fois chez moi, je les imaginais dans le couloir écoutant à ma porte chaque bruit que nous pourrions émettre. Mais finalement, dans l'action, j'évacuais ces sensations parasites, et me laissais aller à prodiguer des caresses et à en recevoir.

Je revois peu de choses de ces premiers pas sur ma lune. Un canapé vert bouteille, une lumière déclinante, un sexe tendu... Dans mon brutos5134.jpgsouvenir, je nous revois surtout debouts. Il n'y eut aucune pénétration, donc aucune capote, et je suis incapable de dire si ces instants durèrent un quart d'heure ou trois heures.

Cela reste en tout cas le premier sexe d'homme que j'eus jamais touché à part le mien et celui si inconsistant du professeur d'université. De ce jour-là, je sortis du scaphandre de mon innocence sexuelle, et commençai une aventure foisonnante sur le chemin des hommes.

Dès vendredi, je repars en pèlerinage à Budapest, en mode sex and sun, et ce n'est pas au Palatinus que j'escompte la moindre de mes rencontres, comme pour laisser à mon soleil du Levant le loisir de se faire couchant.

[Je racontais là, à l'ouverture de mon blog, tout ce qui bouillait en moi à l'époque de ce coming out]

26 mai 2009

égalité hommes-femmes

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Un curieux point d'équilibre a sauté à ma figure dimanche après-midi, en roulant seul sur l'autoroute A5, livré à la déambulation de mes pensées : aujourd'hui, enfin, ces jours-ci, ma vie sexuelle, ou plutôt mon vécu sexuel, se partage entre deux moitiés égales : une moitié hétérosexuelle - les 13 premières années de ma vie d'adulte, non assumées, où je connus comme par défaut de premiers attouchements avec des femmes et deux longues expériences de vie commune avec elles - et une moitié homosexuelle - 13 ans de relations amoureuses débridées, heureuses ou piteuses, mais vécues dans l'immense soulagement de la sincérité.

Ça me fait un peu bizarre de réaliser ça : deux fois treize ans. D'un côté, quatre femmes : celle d'une nuit, qui me dépucela de sa bouche gourmande ; ma première copine libanaise, qui essuya à peu près toutes mes immaturités six ans durant ; une amie en détresse, qui m'attira à son lit un soir d'égarement ; et ma bretonne, une histoire de huit ans, qui traversa finalement avec moi le séisme du coming out.

De l'autre, des histoires qui se succèdent, se ressemblent, ne mènent nulle part, mais dans l'éclate. De la tendresse à revendre, mais aussi beaucoup de lâcheté et d'inconséquence. Quelques centaines de queues goulûment avalées, d'autres simplement masturbées dans quelque recoin sombre - une porte cochère à La Havane, un jardin public à Budapest, un hôtel de luxe à Tel-Aviv, les toilettes en sous-sol d'un restaurant de La Bastille, des douches publiques d'ici et d'ailleurs - ou en pleine lumière dans des saunas, des clubs naturistes, ou des soirées privées très "open". Assez peu de pénétrations, en fin de compte, ni dans un sens ni dans l'autre. Quelques beaux élans amoureux, de plusieurs semaines ou de plusieurs mois, une vie commune de plus de onze ans qui perdure - ce qui devrait me rendre fier, sauf que je ne lui trouve plus de sens. Et enfin une vraie histoire d'amour, construite dans le partage et le combat, mais en fait sur du sable, qui n'a que faire de mes digues et ne débouche nulle-part.

Cela me fait donc 26 ans de vie sexuelle ! Wouah ! Non, attend, laisse moi recompter... C'est bien ce que je me disais : 25 ans, seulement, 25 ans de vie sexuelle, puisque je me compromis durant toute une année dans une double vie avant de parvenir à sortir du trou.

Cela nous fait donc un quart de siècle, pour une égalité presque imparfaite.

19 mars 2009

du petit lait

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C'est étrange, j'aurais du écrire depuis longtemps, comme d'autres l'ont déjà fait, un avis, ou une critique, enfin dire un peu mon regard sur le film, THE film, qui forcément me concerne, qui doit me concerner, pas plus qu'un autre blogueur, pas plus qu'un autre pédé, mais pas moins non plus, du moins, par la force des choses.

D'autant que bénéficiant d'un désistement de dernière minute, je m'étais raccroché, à l'invitation du beau Yo, (à la nuque soyeuse et aux yeux d'émeraude, tati-tata, ceux qui ne connaissent pas le personnage iront gratter dans les couches quaternaires de ce blog), à une avant-première organisée par le groupe LGBT d'Amnesty International.

Et puis sollicité par la vie, ou par d'autres urgences, j'ai laissé passer le temps de l'écriture, et du coup à l'heure de m'y mettre (avantage de la grève, la manif sera dans l'après-midi, j'y retrouverai Yo d'ailleurs, tiens !), je me suis demandé si dans ce film quelque chose m'avait conduit à ainsi en retarder l'échéance. Je n'ai rien trouvé, que ma flemme.

J'avais aimé Eléphant, de Gus Van Sant. Ce film m'avait même hypnotisé. Son silence, ces parcours qui se croisent, ces lieux qui se répètent à l'infini, sous des angles changeants, ces minutes à l'inéluctable terrifiant scanées sous toutes les coutures et qui n'en finissent pas, ces petits détails qui raccrochent les scènes les unes aux autres et finissent par constituer la loupe grossissante du massacre. J'avais aimé une certaine sobriété, l'effacement total du cinéaste derrière les déambulations, le malaise livré sans accusé de réception sur la simple banalité d'humiliations tues et de frustrations insoupçonnées. Le langage cinématographique m'apparaissait neuf.

J'étais donc heureux de voir que Gus Van ant s'attaquait à la biographie d'un combattant de la cause homo. Dont j'ai découvert l'essentiel de la vie et des combats pour l'occasion. Il s'est profondément renouvelé pour ce film. La construction est plus classique. Le propos plus didactique, avec la répétition pas franchement indispensable en fin de film d'une réplique prémonitoire de Harvey Milk. Mais la reconstitution des années 70 m'a bluffé, le grain de l'image y concoure, les images d'archive se fondent dans le projet. Et, on l'a beaucoup dit, Sean Penn est une magnifique incarnation, sobre et rayonnant. Son jeu est d'une remarquable crédibilité. Et tous les personnages, d'ailleurs.

Ce film vient comme un rappel salutaire de la dureté et de l'actualité du combat contre les conservatismes. Benoît XVI, qui s'est rendu Benoit_XVI_1_-_mains_en_l'air.jpgcoupable avant-hier de crime contre l'humanité en stigmatisant l'usage du préservatif dans le combat contre le SIDA, nous confirme qu'on aurait tort de se croire protégé des régressions les plus archaïques. Mais au delà, j'y ai lu deux messages essentiellement politiques :

D'abord, que le combat contre les discriminations a toujours une portée universelle, que les minorités, en se libérant, libèrent les majorités et leur ouvre des espaces nouveaux. De ce point de vue, je suis assez convaincu que la place de la famille dans la société, et les droits de chacune de ses composantes dans la famille, pourront être revisités quand on aura reconnu, par exemple, aux couples homosexuels qui le souhaitent le droit à l'adoption. Et pas l'inverse (ceci est en référence à un débat que j'ai eu récemment, sur un autre blog, avec Dorham)

19023218.jpgEnsuite, qu'en politique, de fait, l'outrance n'est pas nécessairement antinomique avec le consensus. J'ai aimé le regard que porte le film sur le jeu politique d'Harvey Milk, encourageant sa communauté à se montrer telle qu'elle est, à tabler sur la visibilité gay, tout en manifestant sa plus grande préoccupation pour les sujets qui font la banalité du quotidien : on peut ainsi prendre la tête de manifestations pour que les homosexuels ne soient pas interdits d'enseignement, tout en se levant tôt le matin pour aller ramasser des merdes de chien dans un jardin public. Presque une leçon.

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